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(fr) Courant alternatif # 159 - mai 2006

Date Thu, 25 May 2006 16:42:45 +0200 (CEST)


*** SOMMAIRE
Edito p. 3
SOCIAL CPE
Leur démocratie n'est pas la nôtre p.4
La lutte à Reims p.5
A Boulogne sur Mer ... p.6
SOCIAL
Le congrés de la CGT p.7
NUCLÉAIRE
Manif anti-EPR à Cherbourg p.8
SOCIÉTÉ
Le planning familial a 50 ans p.9
IDÉOLOGIE
Les nouveaux réactionnaires ne sont pas ceux que l'on croit p.11
A LIRE p.13
Des bagnes pour enfants dans le Tarn p.13
SOCIÉTÉ
La situation des militants d'AD p.14
RUBRIQUE BIG BROTHER p.15
Justice et psychiatrie p.16
SANS-FRONTIERE
PAYS BASQUE : la paix n'est pas une fin en soi p.17
CAMPING LIBERTAIRE été 2006 p.20
Israël-Palestine: quelle frontière? p.22


*** EDITO

Une victoire inachevée

Comme la victoire du NON au référendum contre le Traité de Constitution
Européenne, comme la révolte des banlieues en Novembre, le mouvement
anti-CPE a surpris par sa force, son ampleur et sa détermination. Face à
la fermeté du gouvernement, étudiants et lycéens répondent par les
occupations de Facs et de lycées. Face à la rigidité du premier ministre
qui joue la montre et la lassitude, le mouvement anti-CPE s?enkyste en ?
acte politique ? et la grève se pare de rêve d?espoir, et de fête.
L?individualisme, le chacun pour soi est jeté hors des amphis pour
ressortir des Assemblées Générales en une force collective, solidaire et
unitaire. En peu de temps, cette génération dite apolitique acquière sa
maturité politique pour poser le problème de la précarité dans sa
globalité. D?où l?ouverture des AG d?étudiants en AG de ville, où
chômeurs, précaires et salariés sont invités à venir échanger. Elles
deviennent les lieux de politisation, où nombre de sujets sont abordés
sans tabou. Les A.G. massives vont devenir le centre politique de cette
autonomie, qui va nier partis politiques et organisations syndicales.
Etudiants et lycéens s?auto-organisent, et prennent des initiatives vers
les ANPE, des boites d?intérims où des entreprises afin d?élargir la
lutte. Les comités de grève ou d?action et leurs commissions deviennent
des lieux et des instruments de démocratie directe. Des délégués sont
mandatés, élus et révocables. Les encartés syndicaux n?ont pas plus de
voix que les non syndiqués. Un mouvement qui se placera sur un terrain
offensif d?affrontement de classe : exploités du monde du travail contre
exploiteurs au service du capital. 25% des étudiants ou étudiantes sont
des précaires.
Face à cette offensive et devant l?échec d?une politique d?attentisme, en
vue du pourrissement de la lutte, la bourgeoisie change de tactique et D.
De Villepin est obligé de s?effacer devant N. Sarkosy. Son retour au
premier plan sera préparé et porté par la presse. Tout en maintenant des
échanges avec les organisations syndicales, il essaie d?enfermer le
mouvement dans le piège de la violence policière, de la provocation,
puis de la répression. Cette stratégie sera vouée à l?échec. Par sa
maturité et son autonomie politique qui font sa force, par la multiplicité
de ses actions, et par la fluidité de son auto-organisation le mouvement
saura éviter le piège de la provocation policière, constituée par la
présence de CRS et de policiers en civil dans les cortèges, parfois aidés
par les services d?ordre syndicaux. Ainsi les incursions de casseurs pour
dépouiller les manifestants, devant une passivité policière étonnante,
était longuement et complaisamment filmé ou photographié par les médias.
Le pouvoir espérait alors distiller la peur, casser les solidarités et
l?unité en démoralisant les manifestants, semer le doute chez les salariés
et freiner les sympathies de l?opinion. La tactique Manif / Violences,
Etudiants / Casseurs échouera. Le message ne prend pas et ce n?est pas
faute d?avoir été pleinement relayé par les médias propagandistes. Sarkosy
devant déclarer qu?il fait la différence entre les gentils étudiants et
lycéens et les voyous, les casseurs.
Cette maturité politique va très vite permettre au mouvement d?assumer son
autonomie. Plus le premier Ministre s?entêtait, plus le mouvement écartait
et déjouait les tentatives de récupération des partis et syndicats visant
à le canaliser et le noyauter. Tel, l?apparition de syndicats ? jeunes ?
dans les manifs : CGT jeunes, CFDT jeunes, FO jeunes, UNSA jeunes? mais en
vain. Sentant le danger, ces organisations supplétives du pouvoir, ont dû
très vite s?adapter pour accompagner ce mouvement. Alors qu?elles ont de
tout temps accompagné (ouvertement : CFDT ou par un laisser faire : CGT)
l?offensive anti-sociale de la bourgeoisie contre les travailleurs, y
compris dans la généralisation de la précarité. Elles ont dû trouver,
malgré leurs divergences de forme, une unité syndicale de façade contre le
gouvernement. Ce qui les conduira à radicaliser leur
discours en exigeant le retrait du CPE avant toute ouverture de
négociations. Ces organisations ne voulaient à aucun prix que les
travailleurs ne se mobilisent massivement avec les étudiants et
lycéens. Elles refusaient l?idée de grève générale, hantées par le
spectre de Mai 68. Pas celui des étudiants sur les barricades, mais celui
des 10 millions des travailleurs, de grévistes occupant leurs lieux de
travail et bloquant l?économie. Elles n?ont eu de cesse de chercher
discrètement, avec les dirigeants de l?UMP et autres partenaires au
pouvoir, une sortie rapide de cette crise. Il n?y a qu?à voir avec quel
soulagement et précipitation elles se sont ruées, les unes derrière les
autres, à la rencontre des représentants et présidents de l?assemblée
nationale et du sénat. Pour ensuite nous présenter l?effacement du CPE, de
la loi sur l?égalité des chances, comme une grande victoire et nous faire
oublier leur attentisme consensuel sur les autres mesures du projet de
loi. Mais l?hymne de la victoire, qu?elles ont si énergiquement entonné, a
laissé un goût amer sur plus d?un campus, et la déception d?une lutte
inachevée chez plus d?un étudiant, d?un lycéen, voire de salariés engagés
à leur côté. Leur victoire n?est pas la nôtre pourrait-on dire ! Certes
nous ne bouderons pas la satisfaction d?avoir fait échec à la politique
du gouvernement sur ce point. La bourgeoisie, veut occulter la victoire
des étudiants et lycéens par le triomphalisme éhonté de ses
supplétifs syndicaux. B.Thibault va l?utiliser pour asseoir encore plus
son orientation réformiste dans la CGT, lors du 48e congrès à Lille. Ne
soyons pas dupes, la bourgeoisie concertera davantage ses partenaires
syndicaux en les institutionnalisant encore plus dans les rouages du
capital. C?est une des ? décisions ? que proposera le secrétaire général
de la CGT à ses congressistes en guise de modernité syndicale. Notons, que
c?est ce même déni de concertation qui a vexé Chérèque et poussé la CFDT
à refuser le CPE alors qu?elle venait de signer le 9 Mars le contrat ?
seniors ? qui accompagne la précarité chez les retraités..
La victoire réside dans la capacité qu?a eu cette génération à faire de la
politique en se réappropriant sa vie, en reprenant ses affaires en main et
en en assumant sa gestion directe durant la lutte. certes, avec des
hésitations, mais aussi avec assurance et conscience, selon les lieux.
Il ne s?agit pas de mythifier cette lutte mais de tirer les enseignements
de ses forces et de ses faiblesses pour nos prochaines luttes à venir.
Capacité politique qui a aussi, permis d?éviter le piège de l?enfermement
dans une dynamique générationnelle d?étudiants, pour trouver des
solidarités de classe intergénérationnelles constatées dans les manifs et
les actions.
Victoire aussi contre ces intervenants médiatisés, chiens de garde de la
bourgeoisie, néo réactionnaires venus nous démontrer que le mouvement
était une fois de plus rétrograde, passéiste, que nous tournions le dos
au progrès de la mondialisation, que nous nous
fermions à la modernité etc. Mais ils se gardaient bien de nous expliquer
pourquoi, en Grande Bretagne et en Allemagne se déroulaient des grèves
massives de salariés démontrant que le prolétariat du vieux continent
européen commençait à relever la tête. Victoire donc, contre ces têtes
mal-pensantes, suintant l?idéologie dominante qui traduisent toutes luttes
de résistances en un combat dépassé et voué à l?échec.
Oui, la bourgeoisie a été inquiétée. Pas par les casseurs mais par les
trois millions de manifestants qui ont défilé dans les rues. Elle saura en
tirer les leçons et se préparer à réprimer les luttes et mouvements
sociaux qui ne manqueront pas de surgir, tant les causes de révolte sont
nombreuses et insupportables pour les opprimés et les exploitées.
Malgré la sainte alliance entre tous les défenseurs de l?ordre et du
capital, les forces qui ont animé et dynamisé le mouvement sont encore
intactes. Elles vont sans doute obliger la bourgeoisie à
revoir pour l?instant, à la baisse son offensive contre d?autres secteurs
de salariés, sous peine de souffler sur des braises encore chaudes.
Cette victoire inachevée ne doit pas conduire à la déception pour une
résignation future mais au contraire, nous renforcer pour d?autres luttes
et sans doute d?autres victoires.

OCL CAEN le 20. 04. 2006

[ repris du site http://oclibertaire.free.fr ]

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