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(fr) Bolivie : " Les mouvements sociaux sont terriblement machistes "

Date Sun, 12 Mar 2006 23:35:18 +0100 (CET)


Entretien avec Julieta Ojeda du Mouvement Mujeres Creando de La Paz, Bolivie.

"Dans une ancienne maison de La Paz, trois femmes discutent, assises sur
les marches de l'entrée. La musique qui nous parvient de l'intérieur de
cette maison est celle d'un cabaret francais de la décennie 20. Nous
sommes face à la "Vierge des désirs" (Virgen de los deseos), la nouvelle
maison créée en 2005 par le Mouvement social bolivien Mujeres Creando
(MC), un espace de femmes dans lequel elles participent en direction de la
société.

Depuis 12 ans, MC utilise sa créativité et son génie pour, entre autre,
lutter contre les inégalités de genre, y compris à l'intérieur des
mouvements sociaux auxquels elles invitent à revoir leurs propres
dynamiques internes et réseaux de solidarité. Elles éditent le journal
Mujer Publica, des livres de poésie et de sexualité ; elles ont réalisé un
(un succès et une polémique) programme de TV qui portait le nom de Mama no
me lo dijo (Maman ne me l'a pas dit). Elles ont créé une structure
économique dans laquelle des initiatives productives menées par des femmes
permettent à chaque groupe d'assumer la responsabilité de la prise en
charge de la maison à partir du travail manuel, intellectuel et créatif.
Mais surtout, elles ont reussi à être connues et reconnues en sortant dans
la rue : occupant, peignant et en y portant leur dénociation ; sans
hésiter à demander justice pour les victimes des troubles d'octobre 2003
ou à agir comme bouclier humain dans les continuelles luttes vers les
conquêtes civiles.

Sur les murs du bar de la "Virgen de los deseos" on peut voir de
gigantesques et vieilles photographies de cholas (femmes boliviennes de
l'altiplano) du début du XXè siècle, accompagnées de graffitis avec leurs
typiques slogans peints dans la rue. "La rue est ma maison sans mari, mon
entreprise sans patron, mon salon de couleurs..."

Tandis qu'elle prépare un maté de coca, Julieta Ojeda, coordinatrice de MC
et membre du groupe fondateur (à 18 ans), parle de ses idées, sa vision,
spécialement a la veille des élections présidentielles du 18 décembre.

"Depuis octobre 2003, en Bolivie, a lieu un processus de transformation et
de changement. Au sujet du rôle des femmes, nous notons qu'il y a une
forte participation, effective, que ce soit lors de protestations, de
grèves de la faim et de manifestations, mais la visibilités des femmes est
nulle, elle n'existe pas. Il n'y a pas une leadere comme référente dans
les mouvements sociaux. Dans les dernières mobilisations ont surgi six ou
sept nouveaux caudillos, hommes, qui se sont transformés en
interlocuteurs. Les mouvements sociaux sont terriblement machistes. Les
subalternes qui soutiennent les mouvements, femmes, ancien(ne)s et
personnes très jeunes, ne sont pas prit en compte. On ne leur donne pas la
possibilité de participer dans la prise de décisions.

A quoi l'attribues-tu ?

La femme remplie un rôle économique, admisnistratif et affectif fort à
l'intérieur de la famille bolivienne. Il est chaque fois plus commun de
voir le rôle de soutien familial sur les épaules des femmes. Mais à
l'heure de prendre les décisions, l'homme est toujours celui qui s'impose.

Pourquoi ?

Pour une espèce de machisme qui es reproduit à l'intérieur de la famille
et aussi des organisations sociales. La femme l'encourage et fait partie
de cette logique. Nous croyons en l'autonomie et non au séparatisme.
L'autonomie implique une parole propre, une organisation où toutes et tous
pouvons prendre des décisions. Nous voulons qu'il existe un sujet femmes,
qui puisse servir d'interlocuteur avec d'autres organisations, avec les
mouvements sociaux ou avec l'Etat. Il n'existe pas actuellement ce sujet
femmes. Nous luttons pour son existence dans toutes les organisations. Il
y a des expériences des Travailleuses Domestiques ou des Travailleuses
Sexuelles qui ont du attendre des années avant d'être reconnues par la
Centrale Ouvrière Bolivienne (COB), parce que supposément elles n'étaient
pas des travailleuses. Bien qu'elles obtenurent la reconnaissance, à
l'heure de prendre des décisions, elles ne sont jamais prises en compte.

Comment travaillez-vous pour obtenir le changement ?

"Mujeres Creando" a 12 ans de chemin derrière elle. Nous avons collaboré
avec d'autres organisations de femmes. Un des points centrales que nous
revendiquons est l'organisation horizontale et le respect mutuel. Si une
organisation qui travaille avec nous n'est pas capable de respecter le
lesbianisme, par exemple, on arrête de travailler avec elle. Nous refusons
la discrimination et l'intolérance. Un autre des points importants est
notre autonomie par rapport aux partis politiques, aux ONG et à l'Etat.
Nous avons participé au conflit, il y a trois ans, entre des femmes et des
banques qui proposaient le système de micro-crédit, quand beaucoup avaient
été escroquées. On en est arrivé à occuper la super-intendance de La Paz
et obtenu de grands triomphes. Qu'une endettée puisse s'asseoir pour
discuter avec un avocat et un gérant était impossible avant les
manifestations, maintenant cela a lieu. Nous croyons en la possiblité
d'impulser des mouvements de femmes indépendantes et autonomes, qui
puissent se relationer d'une autre manière avec les organisations
sociales.

Comment participe MC dans le cadre social bolivien, en particulier en
octobre 2003 ?

Nous avons une manière particulière de participer, nous ne sommes pas un
groupe massif. En octobre 2003, nous avons projeté de la peinture sur le
Palais de Gouvernement, en dénoncant les massacres que menait le
gouvernement de Sanchez de Lozada. Ce sont des actions créatives qui ont
leur impact. Nous collions aussi des affiches qui disaient : "Les putes
nous précisons que ni sanchez de Lozada ni Sanchez Versain sont nos
enfants" (en référence au slogan 'Fils de pute', fortement utilisé en
Amérique Latine). C'était une réponse à la droite et à la gauche, à leurs
discours fascistes, violents et caudillistes. Nous ne croyons pas qu' en
ayant recours à la même violence que l'Etat, on va pouvoir changer les
choses. Nous prenons l'espace public pour le récupérer comme espace
politique. Nous avons aussi eu des programmes de télévision. Les actions
de rue, la réalisation de débats, l'utopie et l'avortement ont été traités
dans nos programmes.

Quelles sont les expectatives de changement face à ces élections ?

Les marches d'octobre ont été chargées d'espérance, avec une forte dose de
contre-pouvoir. Les organisations de quartier rejettaient les caudillos.
En mai-juin un processus inverse a eu lieu, le pouvoir a de nouveau été
remis aux caudillos. Maintenant, il n'y a pas de projet réel de
changement, justement à cause des divisions. Le parti de (Evo) Morales est
un clair exemple du processus de transformation qu'ont souffert les
mouvements sociaux. Le MAS (Mouvement vers le Socialisme) n'est plus un
mouvement social cocalero, il s'est transformé en parti politique. Il veut
répondre à des problématiques nationales et entre dans les règles du jeu.
L'objectif d' Evo c'est d'être président et se fonde sur la base des
demandes sociales. Cela s'est clairement vu dans la politique pendulaire
qu'a mené en avant le MAS au sujet de la nationalisation des
hydrocarbures.

Il y a des possibilités d'intégrer les actions des mouvements ?

C'est un des grands problèmes des mouvements sociaux : les caudillismes.
On a un terrain qui est totalement parcellisé ; chaque caudillo a sa
petite parcelle de pouvoir et aucun n'est disposé à céder son espace. Il y
a une ignorance de l'hétérogénéité. Nous croyons que l'apport des
organisations féministes est une contribution sur ce terrain ; évidemment
cela n'est pas pris en compte. Nous croyons en l'hétérogénéité des
mouvements, c'est pour cela que nous proposons l'alliance entre putes,
lesbiennes, travailleuses domestiques et paysannes. Les espaces
d'intégration qui pourraient converger et affecter le système sont
différents, cela renforce nos organisations. Je te donne quelques exemples
: quand se pose la question des zones rouges dans la ville, nous devons
dire quelque chose parce qu'il y a des femmes dans cette discussion ;
quand se pose la question de la loi, nous ne sommes pas d'accord avec les
lois, mais nous pouvons opiner parce qu'il y a des camarades qui
travaillent avec notre mouvement. Cette hétérogénéité, au lieu de nous
diviser et de nous séparer, nous renforce. Nous devons incarner les luttes
d'une autre manière, ne pas parcelliser mais unir. On a aussi vu un fort
conservatisme dans les mouvements sociaux par rapport à l'apparence, cette
question de définir qui est originaire, qui est indigène, laissant de côté
ce qui unit dans l'exclusion et la domination.

Que rêves-tu pour la Bolivie ?

Je rêve d'un peuple qui décide son pays. A ce sujet, les féministes devons
continuer à lutter pour que la femme gagne des espaces dans les mouvements
et dans la société. Je rêve d'un pays sans préjugés où tous puissions nous
voir, nous reconnaitre et nous respecter dans les différences.

Entretien réalisé par Fernando Ledo, Nicolas Recoaro et Leonardo Spinetti.

Hecho en Buenos Aires (journal vendu dans la rue par des pauvres), janvier
2005.

Traduction : Fab, santelmo(a)no-log.org

[ texte paru préalablement sur http://endehors.org et
http://paris.indymedia.org ]
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