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(fr) Feu, carcasse et ONG

Date Wed, 1 Mar 2006 10:50:53 +0100 (CET)


Journalisme bananier et charité ordonnée
Feu, carcasse et ONG

_________SOMMAIRE____________________________________________________

- "Sentez-vous au loin la fumée des carcasses calcinées ?"
- Dépolitisation du feu
- Émotion charitable, émotion commerciale
- De la mobilité paralysante
a) Marché de l'insertion, marcher au pas
b) Le marché de la mobilité
c) Une mobilité strictement "nationale"
_______________________________________________________________________


« Des yeux sans regard te jaugent ? du vigile à l'AS ? des appels,
rappels, des mots sans sentiments, ni envies, ni contenus. Endroit de
désolation et de soumission, seul le feu pourrait y mettre un peu de
joie... » Farid, in Boris Lamine, Il fera si bon mourir, Sarcelles, Pas
même t'y crois production, 2006, p. 8[*].




"Sentez-vous au loin la fumée des carcasses calcinées ?"

Lundi 06 février 2006. France-Info. Quelque part entre 11h et 12h...
L'heure de la soupe. C'est la rubrique "musée des curiosités". La radio
nous sert un "repotage" sur "Les Autos du Coeur", une association créée «
dans l?esprit des Restos du C?ur », par un certain Jacques Beaugé,
concessionnaire d'Amboise (37) en préretraite. Un nouveau concept
coluchien pointe son museau pour flairer, semble-t-il, le business
caritatif. Celui-ci vise à recycler des voitures destinées à la casse pour
les "donner", contre "don", à des personnes qui auraient « perdu la leur
dans un incendie », « soit à cause d'un accident, soit à cause d'un acte
de délinquance » précise la journaliste[1]...
Un léger soupçon prend place : la mémoire des émeutes de cet automne est
encore toute fraîche ; les analyses réductrices qu'en ont fait les médias,
aussi. Première remarque sans, à notre tour, prendre de recul :
D'après la journaliste, il semble que si les "pouilleux" n'ont pas de
voiture, c'est soit parce qu'ils sont trop bêtes (et bourrés) pour avoir
un accident, soit parce que c'est à cause d'autres "salauds" de pauvres
qui ne savent pas faire quoi d'autre que cramer la voiture de leurs
voisins... Il ne lui vient pas à l'idée, semble-t-il, que si les "pauvres"
n'ont pas de caisse, c'est peut-être pour d'autres raisons. Exemple : Le
"pauvre" est malgré tout quelqu'un de lucide qui s'aperçoit que la voiture
est un gouffre financier qu'ille ne peut pas combler, ou qu'ille ne veut
pas combler. D'accord on lui offre une voiture. Mais peut-être que ce
cadeau sonne comme un gâteau empoisonné : car une voiture même donnée
"gratuitement", est un produit glouton. Alors peut-être que le "pauvre" se
dit qu'ille préfère encore se déplacer autrement plutôt que de dépendre
d'un "confort" qui l'obligerait à se faire encore plus exploiter...

Par ailleurs, en creusant le sujet, on s'aperçoit que ce qui n'était qu'un
détail "pyrotechnique", devient la raison d'être de ce "folklore
populaire". Le concept a bien compris que pour percer, il lui fallait
s'inventer un mythe. Du feu, de la violence, des indigènes : tous les
ingrédients "primitifs" pour en faire un mythe parfait. Pour cela, les
médias vont être d'une aide irremplaçable, comme d'hab. Dans le "repotage"
de France-Info, ce n'était pas dit explicitement, mais en allant voir
d'autres médias (via internet), on apprend que l'association place en
effet son origine dans une réaction directe aux émeutes de cet automne.
Une réaction qui prenait matière dans une prise de position...



Dépolitisation du feu

Notre démarche a été de s'intéresser à 4 sites "d'informations". Ceux-ci
présentaient l'avènement des "Autos du Coeur" de manière très uniforme.
Parmi ces sites, un relève de l'information dite généraliste (yahoo.fr),
et trois sont spécialisés dans le domaine automobile (spécialisés dans la
mesure où ils servent à faire valoir la voiture comme une norme sociale
incontournable : automobile.nouvelobs.com, news.caradisiac.com et
autoplus.fr)[2].

Tous ces sites, sauf un, ont choisi de mettre en avant l'existence de
l'association en référence directe à ce qui pouvait se rapprocher à de
récentes émeutes suburbaines. Yahoo commence fort en titrant son article :
« Voiture incendiée? Appellez les Autos du Coeur ». Le NouvelObs-Auto se
contente d'un timide « Voiture incendiée » pour introduire son article
qu'il intitule "les Autos du C?ur à votre aide" : à croire que le journal
a profité de l'occasion pour s'enrichir d'une rubrique haute en couleurs
("Voiture incendiée"). La palme du titre revient peut-être à Autoplus ;
d'une part parce qu'il fait encore plus fort dans l'explicite, d'autre
part parce qu'il a moins copié sur ses petits camarades, du moins en
apparence, parce qu'il a rusé en utilisant une facile paraphrase :«
Banlieues en feu : solidarité automobile ». Seule la brève de Caradisiac
n'évoque pas aussi explicitement le sujet de manière "enflammée", se
contentant d'accompagner la mièvrerie caritative de ses confrères ; son
intitulé : « L?association "Les Autos du Coeur", l?équivalent des Restos
du Coeur ». Ceci dit, ce dernier article n'échappe pas, lui non plus, à la
mythification des banlieues incendiaires, car il précise quand même que
l'objectif de l'association « est de récupérer des véhicules destinés à la
casse pour les offrir à ceux qui ont perdu le leur lors d?incendies »...
Et d'ajouter : « ou [en cas] d?inondations ». Seul Yahoo mentionnera ce
côté "noyade", mais faut-il croire que dans ce cas précis, "inondation"
signifie peut-être l'action d'éteindre, au moyen de l'eau, des voitures
qui flambent ? Les deux autres sites en tout cas, n'ont retenu que
l'option "inflammable". Le NouvelObs-Auto précise que pour prétendre à un
don de l'association, il faut notamment "fournir une preuve de l'assurance
de son véhicule incendié". Point-barre. Quant à Autoplus, après son titre
"flamboyant", il évoque la "chaleur" émotionnelle d'où serait née l'idée :
« Ému par la détresse des propriétaires de véhicules brûlés suite aux
échauffourées des banlieues, l?homme [Jacques Beaugé] a créé son
association ».

Après tout, ces médias pourront toujours se justifier en se réfugiant
derrière les propos de l'intéressé. La création de son association est
liée à un contexte précis selon ses propres dires. Précision d'ailleurs
inscrite dans la présentation officielle de l'association, bien placée
dans la rubrique associative de la mairie d'Amboise : « L'éloignement de
la banlieue, les transports en commun aux horaires rigides, auxquels
s'ajoutent ces derniers temps la destruction par le feu et le vandalisme
des véhicules, conduisent à de nouvelles situations de détresse sociale
quand l'absence brutale de moyen de transport empêche un individu de se
rendre à son travail ou pire d'en trouver un et de l'exercer... »[3]. Les
médias ne feraient donc que relayer l'info qui existerait d'une façon ou
d'une autre... Sauf qu'entre continuer à enfoncer ces quartiers dans une
stigmatisation superficielle, et, dépasser cette stigmatisation en
essayant d'aller au fond du problème, il y a toute une distance de langage
dans laquelle ces médias décident de s'inscrire, préférant opter pour la
première formule. Or, ce décalage relève de visions lourdes de
conséquences politiques. Car dans un cas, on parle de "stigmates", alors
que dans l'autre cas, on parle de "signes".

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? Le stigmate se suffit à lui-même. Pas besoin d'aller plus loin : les
marques qui sont les siennes expliqueraient tout. Le stigmate suppose
ainsi un certain fatalisme. Dans le mythe chrétien, le mot est utilisé
pour désigner des marques "miraculeuses" survenues sur le corps du
personnage Jésus Christ. Le stigmate viendrait donc du "ciel" ; il serait
la frappe d'un agent transcendant, une marque "naturelle" qui ne
s'explique pas. Cet état de "nature" permettrait ainsi de faire l'économie
d'une démarche : comprendre les causes du surgissement de ces marques :
"C'est comme ça, c'est naturel, un point c'est tout". Démarche dont
s'accommodent fortement les "agents de surface" que sont la plupart des
médias.
? Alors que le mot "signe" ne se suffit pas à lui-même. Il est une marque
secondaire. Car il n'est que l'extrémité d'un système. La face émergée de
l'iceberg. Le mot "signe" suppose l'existence d'un langage. Il est
l'expression d'une signification qui ne se montre pas aussi facilement. Il
faut creuser pour aller la trouver. Le signe n'est pas frappé (par un
agent transcendant). Le signe frappe (des individus). Le signe procède
ainsi d'une voie active et non passive.
--------------------------------------------------

En privilégiant ce genre d'article, ces médias font un choix politique.
Ils trouvent là les éléments qui leur conviennent. Étant sociologiquement
composés d'individus forgés dans les idéologies bourgeoises et
post-coloniales, ces médias en sont l'émanation. Ils ne peuvent pas
considérer ce lieu qu'est la banlieue, autrement qu'à travers le regard du
dominant blanc et raciste. De ce lieu "externe", ce dominant a peur ; car
s'y parquent des ressentiments qui peuvent sans cesse menacer ses
privilèges quotidiens et structurels. Ces médias voient de loin ces
banlieues, et ils ne les voient pas plus qu'un folklore de cocktails
exotiques, version Molotov. Et lorsque cette violence va de fait
s'exprimer, ils s'emploieront à la dépolitiser. Alors que cette violence
exprime la plupart du temps le refus d'une domination subie, ils la
réduiront à la rubrique "faits divers" et "délinquance". C'est en ces
termes explicites que "l'oeuvre" caritative des "Autos du coeur" se situe
: « la destruction par le feu et le vandalisme des véhicules »[4]. L'acte
du feu ne peut être qu'un acte de "vandales" pour elle. Les médias et
cette association ne pouvaient que se séduire réciproquement tant leur
prise de position est commune. Une prise de position qui articule la
conjugaison des castes dominantes et répressives.

Or, quand le désespoir causé par la relégation sociale et post-coloniale
ne laisse entrevoir aucune issue, quoi de plus logique que de mettre le
feu à ce qui vous entoure. Dans une cellule, on ne peut brûler que son
matelas ou sa couverture, pour exprimer sa fureur, la fureur de ne pas se
laisser détruire, de faire que l'étouffement cesse, quitte à s'étouffer
soi-même. Ici et là, ça respire le quartier d'isolement. Au bout de
quelques contrôles d'identité et autres humiliations, on s'enferme dans
son quartier. L'État et ses bras armés et civils vous ont fait comprendre
subtilement qu'ils vous ont parqué-e-s dans une réserve, que les
ailleurs, pour vous, n'existent pas. Comme on brûle le matelas de sa
cellule, que peut-on faire d'autre que brûler les voitures de ses voisins
?... Pourtant, ce n'est pas l'envie d'aller brûler celles des ministres ou
d'autres bourgeois qui manque. C'est que leurs quartiers, à eux, sont
étroitement surveillés. D'ailleurs c'est assez simple : pas même besoin
que les gardes soient en permanence à l'intérieur de ce lieu. Il suffit
qu'ils soient présents dans les quartiers de relégation pour transformer
une surveillance territoriale en protection de classe. On "surveille"
ainsi les quartiers de riches en empêchant les pauvres de se rendre
facilement dans cesdits lieux : rien de plus simple et de plus efficace
que d'aller à la "source" du "mal". Cette dialectique de la surveillance
suppose ainsi que si ces quartiers de pauvres sont des ghettos, les
quartiers de riches en sont alors autant en miroir inversé.



Émotion charitable, émotion commerciale
Arrêtons-nous maintenant à la page du site de la mairie d'Amboise où
apparaît une présentation officielle de l'association (page que nous
évoquions un peu plus haut). À première vue, la question un peu cocasse
qui nous vient, est d'ordre géographique : pourquoi Amboise ? Pourquoi
cet Amboisien a été "ému" (c'est son mot) par une situation qui s'est sans
doute déroulée à mille lieux de ses préoccupations de concessionnaire en
préretraite ? Cela nous étonnerait, en effet, d'apprendre
qu'Amboise-la-bourgeoise fut menacée par des gueux venus assiéger son
château et faire la peau aux fantômes de François 1er et de Léonard de
Vinci. Hypothèse "inquiétante", même, parce que cela signifierait que
cette "pauvre" mairie d'Indre-et-Loire a encore du pain sur la planche
avant de bannir totalement les indésirables de sa "charmante" cité qui
préfère souvent flirter avec le touriste master-card. À la question
précédente, une première réponse s'impose : la pieuvre médiatique a fait
son oeuvre, elle qui est souvent prompte à épancher "l'émotion"
susceptible de saisir toute bonne "âme" charitable. Autre réponse : sans
doute le sens des affaires y est-il aussi pour quelque chose, lui qui est
toujours là pour émouvoir toute bonne "âme" commerciale... Car le charity
business, ça peut rapporter gros, en capital "richesse" et en capital
"nobel", du moins en capital médiatique, et peut-être même que nous y
participons un peu en glosant sur son entreprise. L'or et la gloire, merci
les pauvres.
On nous objectera que nous voyons le mal partout. Que nous ne sommes pas
dignes de comprendre la souffrance de ceux qui ont perdu leur voiture. Que
nous ne sommes donc que de petits-bourgeois, blabla blabla. En effet,
l'association fait a priori bonne figure. Son objectif avoué est de donner
des voitures, en mettant même quelque peu en avant l'absurdité des
logiques de consommation industrielle et leur gaspillage monumental : «
Chaque année, on détruit en France quelque 1 400 000 véhicules »[5],
sous-entendant que la plupart de ces véhicules sont en parfait état de
marche ou presque, et qu'il suffit de mettre un peu la main à la patte ou
de déconstruire avec la norme esthétique du "neuf" pour les réutiliser.
L'idée semble intéressante et généreuse à certains égards. Sauf que c'est
toute la machine caritative qui se retrouve de nouveau alimentée ; une
machine qui se génère en terme de bénéfices financiers et, en terme
d'idéologie citoyenne visant à contrôler la radicalité politique des
groupes sociaux concernés.

-En terme de bénéfices financiers déjà (ce qu'on appelle le
charity-business) Ce type d'association permet souvent de décrocher des
quantités
mirobolantes dans le marché, lui aussi compétitif, des subventions (État,
collectivités territoriales, entreprises privées, particuliers...). La
recherche de contact avec les pourvoyeurs de fonds a été une des premières
démarches de l'association : « Jacques Beaugé a écrit à différentes
personnalités politiques pour faire part de son projet »[6]. Sans compter
que la voiture "donnée" ne l'est pas gratuitement puisque l'association
fonctionne sur le principe du don/contredon : en échange de la voiture,
une somme est demandée officiellement « pour aider à payer le contrôle
technique et d'éventuelles réparations ». Ils appellent cela faire « un
don à l'association »[7]. Il faudrait voir avec plus de précisions comment
tout ceci va évoluer, mais on peut d'ores et déjà imaginer que l'opération
sera au moins rentable, si ce n'est plus ; et comme le dit si bien J.
Beaugé en parlant des politiques qu'il tente de convaincre : « L'idée
plaît. D'autant qu'elle ne coûte pas cher » (NouvelObs-Auto). Peut-être
qu'il faudrait préciser autrement : l'idée plaît ; d'autant qu'elle ne lui
coûte pas cher (et qu'elle peut lui rapporter gros). Jacques Beaugé
s'apercevra sans doute (si ce n'est pas déjà envisagé) qu'une telle
entreprise pourra lui apporter un complément de salaire plus confortable
que sa préretraite, comme tout bon directeur d'association caritative
d'ailleurs[8]. L'opération médiatique semble ainsi être menée à hauteur
des ambitions portées. Le modèle est celui d'une grosse écurie : les
Restos du Coeur. Une grosse écurie dont les opérations markéting via
notamment le showrity-business (les Enfoirés), dissimulent mal l'entrée en
matière d'un marché de la misère. Pourquoi faire tant de tapage
médiatique, si ce n'est notamment pour que quelques petits chefs bien
malins s'en mettent plein les poches ?... D'autant que la bouffe
distribuée (et souvent périmée) ne lui coûte rien, comme d'ailleurs la
gestion du système (merci les "crétins" du bénévolat). Les Autos du Coeur
peuvent dès lors se lancer elles-aussi dans le débouché gagnant du marché
humanitaire. Le fait que l'initiateur des Autos du Coeur soit un ancien
vendeur, semble être plus qu'une coïncidence. Il laisse en tout cas
supposer que le concept caritatif louche généreusement sur la tendance
markéting. La figure de la "victime" comme force de vente : c'est sans
doute l'objectif que se fixent ces entreprises de l'humanitaire qui sont
souvent assistées par des professionnels de la communication[9]. Sans
parler du fait que ces entreprises s'acoquinent parfois avec d'autres,
d'envergure plus multinationale, lesquelles trouvent par là l'occasion de
redorer leur blason éthique. Et dans tout ce fatras économique, l'État y
trouve aussi son compte...

-En terme d'idéologie caritative
Le rapprochement avec les Restos du Coeur n'est sans doute pas anodine. Il
marque l'ambition plus ou moins avouée de s'imposer comme un relais
incontrournable de l'État. L'arrosage en subventions conditionne la
fonction symbolique d'une association caritative. Celle-ci devient dès
lors une agence semi-privée. Le qualificatif d'ONG (organisation non
gouvernementale) revêt un usage de dupe. L'État étale en effet sa
confiance en accordant à l'ONG des subventions ou en facilitant les
donations (par un système d'exemption d'impôt pour les donateurs). Un acte
non gratuit, parce qu'il permet à l'État de dissimuler derrière ce visage
bienfaiteur, l'acte d'achat d'une paix sociale orchestrée en ordre de
bataille. Tant que l'association ne fait pas d'agitation politique, on lui
offre les galons qui lui permettent d'épauler l'État dans la gestion de la
misère. Cette gestion sert à canaliser les frustrations qui ouvriraient la
porte aux révoltes populaires si elles n'étaient pas, précisément,
contrôlées "grâce à" ce gadget que constitue "l'association caritative".
Ici, la seule menace que pourrait constituer l'association des "Autos du
Coeur", se situerait dans une logique de concurrence commerciale ; mais
elle aussi semble être finement calibrée. La sélection des candidats à
l'"Auto du coeur" semble, en effet, motivée pour ne pas froisser l'intérêt
des industriels de l'automobile qui ont sans cesse besoin de renouveler
leur parc, et pour cela ils ont besoin que la "masse" achète sans cesse du
neuf. Pour les mêmes raisons, il s'agit de ne pas froisser les maisons de
crédit. Elles aussi ont besoin que la "masse" achète des voitures neuves
pour pouvoir s'engraisser sur les crédits de consommation qu'elles lui
auront vendus. Pour cela, on limite d'entrée le nombre des candidats en
n'acceptant seulement ceux qui peuvent fournir une attestation d'assurance
de leur voiture incendiée ou inondée. Autrement dit, seulement ceux qui
étaient déjà propriétaires d'un véhicule, seulement ceux qui étaient déjà
pleinement dans le cycle de consommation automobile. Un premier niveau
d'exclusion s'opère ainsi, mine de rien. Par ailleurs, l'association agite
d'autres fusils à son épaule. Elle n'hésite pas à employer l'argument des
retombées économiques et fiscales pour faire valoir les intérêts de son
opération : « Pour M. Baugé, cette initiative ne peut faire que des
heureux, "même l'Etat". "Une personne qui récupère une voiture est un
contribuable intéressant qui va payer des taxes sur les carburants, une
carte grise, des péages, des parcmètres et peut-être, malheureusement",
sourit-il, "des contraventions" » (yahoo.fr).

On retrouve ainsi en filigrane le thème de la dépolitisation du feu :
Un problème politique surgit. Des dominés expriment leur colère, moment
où le pouvoir peut à tout moment vaciller, du moins celui-ci est plus que
jamais sur ses gardes (décrétant par exemple l'état d'urgence). La
répression est fulgurante. Après quoi apparaît une dose de caritatif pour
faire mine que le problème a été saisi, ne s'agissant là que d'un bout de
sparadrap sur une hémorragie interne : "Je vous ai compris ! J'ai compris
vos désirs de liberté ! J'ai la solution : c'est de voiture dont vous avez
besoin". Le dominé, quand il n'est pas criminalisé, devient le "pauvre",
la personne infantilisé politiquement, confiné dans un espace politique
neutralisé, celui du mendiant, réduit à l'assistanat, qui doit avant tout
la fermer, et s'il veut "s'émanciper" ce n'est que dans les cadres offerts
par la loi et par la norme. La voiture apparaît d'ailleurs comme un des
meilleurs outils pour cela. C'est pourquoi l'association a eu son premier
succès médiatique. Elle suggère que posséder un bien de consommation comme
une voiture, c'est renforcer ou accroître sa
dépendance financière ; ce qui signifie, dans un cadre juridique, se faire
exploiter au travail. Et voilà comment une association caritative
s'emploie à travailler main dans la main avec le contrôle social et
l'enjeu capitaliste...



De la mobilité paralysante
a) Marché de l'insertion, marcher au pas

« S'insérer, être acteur de la vie sociale et non plus spectateur,
nécessite de se déplacer », tel est le credo des "Autos du coeur"[10],
pour qui "être acteur de la vie sociale" semble se réduire au fait de
"perdre sa vie à la gagner". L'association reprend ainsi le thème dominant
de la sacralisation du travail, du travail pour le travail : «
L'éloignement de la banlieue, les transports en commun aux horaires
rigides, auxquels s'ajoutent ces derniers temps la destruction par le feu
et le vandalisme des véhicules, conduisent à de nouvelles situations de
détresse sociale quand l'absence brutale de moyen de transport empêche un
individu de se rendre à son travail ou pire d'en trouver un et de
l'exercer... ». L'idéologie totalitaire du travail savamment orchestrée,
trouve là un de ses innombrables vecteurs. Vecteur de choix puisqu'il
chemine dans une galerie de mise : "banlieue", "éloignement", "détresse",
"travail" et encore "travail"... Au loin est agité le spectre de la crise
du chomâge, marionette servant à taire un problème structurel, celui du
travail justement. Ce spectre isole depuis trop longtemps la question du
travail de la question "pourquoi le travail". Il scande, depuis des
lustres, le slogan du "travail, pour le travail", slogan qui permet à ceux
qui en profitent en aval (les patrons et/ou l'État) de camper sur leur
domination. Slogan qui permet ainsi de faire l'économie d'une réflexion et
d'une remise en cause permanente. Le travail n'est pas vu comme il devrait
l'être, à savoir un minimum de tâches permettant de répondre à des
besoins. Le travail n'est pas vu comme l'outil qui poserait la question
d'un besoin. Il est devenu l'outil et la fin, l'outil et le besoin,
l'outil et le produit. Il s'agit de produire du travail, de produire pour
produire. Puisque le travail est devenu le besoin, pas besoin de savoir de
quoi on a besoin et de quoi on n'a pas besoin (voire de quoi on n'a plus
besoin). Or, est-on obligé-e de posséder une voiture, et qui plus est, une
voiture neuve qui fonctionne en plus au carburant fossile ? Est-on
obligé-e de consommer tant de produits industriels surtout quand on voit
le gaspillage que la productivité génère ? D'ailleurs l'exemple fourni par
l'association elle-même est assez probant : 1,4 millions de voitures par
an à la casse. L'association aurait pu partir pourtant de ce constat pour
tenter d'esquisser quelques petites réflexions sur le travail et la
production. Sauf que l'analyse poussée à bout, aurait pu la mener au
vertige. Elle l'aurait menée peut-être à la "terrible" prise de conscience
que le travail n'est que le maillon d'une chaîne qui l'enferme, comme
preque tous les individus, dans une structure imposante et aux allures
"complexes". L'association préfère alors se contenter de suivre la carte
au menu. Surtout ne pas faire d'histoire. Et tant qu'à faire se montrer
digne interprète et brave répétitrice, notamment en prenant part à son
tour au marché de l'insertion. Les Restos du Coeur, grand modèle des
petites Autos du Coeur, ont d'ailleurs accru leur position dans l'avatar
markéting de la misère en créant les "Relais de l'Emploi" : "Pauvres et
misérables, on vous nourrit, on vous habille, maintenant mes cocos, au
boulot !" Et pour ceux/celles qui auront "la chance" de dégoter un job, un
salaire en-dessous du smic suffira : « la majorité des salariés d'ONG sont
moins bien lotis, avec des différences de 30 % par rapport aux revenus au
sein d'entreprises classiques. »[11]. "Pauvres et misérables", les Restos
du Coeur et autres Greta ou je ne sais quel Afpa, vous trouveront un job
de confinement. Les gouvernements garantirons le cadre à coup de CPE, de
CNE ou de directives encore et toujours pro-patronales. Les Autos du Coeur
veilleront à ce que vous vous rendiez bien au travail même en cas
d'incident de parcours. Sans doute a-t-on prévu pour les autres, des
wagons menant à des camps où le "travail rend libre", des locomotives aux
couleurs carcérales frappées du sigle SNCF (Société Nationale des Centres
Fermés), avec le label "dès 14 ans".

Dans cette vieille rengaine totalitaire du travail, la voiture est depuis
presque un siècle un maillon stratégique de la civilisation industrielle.
Elle s'est tellement imbriquée dans le cycle
consommation-production-exploitation qu'elle est devenue une machine
inversée : une machine censée servir l'individu mais qui a fini par
l'asservir. La voiture renferme à elle seule une structure de domination.
Le discours de l'association montre que "voiture" est le synonyme
explicite du mot "travail" ; pour elle, "pas de voiture, pas de travail".
Alors qu'il faudrait plutôt inverser le sens pour mettre en avant la
soumission à laquelle un produit comme la voiture peut mener : "pas de
travail, pas de voiture". D'ailleurs, cette logique de la dépendance est
reconnue (et souhaitée) plus qu'à demi-mot par l'association : même donnée
gratuitement, une voiture reste un produit à fort potentiel consommable
(carburant, taxes, péages, parcmètres, contraventions...)[12] ; et qui dit
fort potentiel consommable, dit forte "chance" de devoir recourir au
salariat pour payer ces dépenses... La voiture ainsi confondue avec le mot
travail, la tentation est grande de rouler au son du triptyque "Travail,
Famille, Patrie". Pour les "Assos du Coeur", le fronton rutilerait sur les
bouchons de radiateur en scandant "Voiture, Famille, Patrie". À l'entrée
du mot "Famille", Jacques Beaugé, le directeur de l'association, expose
ainsi ses préférences : « Les familles dans le besoin seront avantagées
par rapport aux célibataires par exemple »[13]. Quant aux valeurs de la
"Patrie", nous avons déjà vu comment l'intéressé maniait les arguments
contribuables pour faire valoir son produit comme une plus-value étatique.
Mais nous reverrons cette question du patriotisme sous un autre angle un
peu plus loin... Ainsi, avec cet objet apparemment anodin comme la
voiture, nous touchons aux confins de l'idéologie sociale et politique, ce
que d'autres appelleront peut-être la question des mentalités. La voiture
n'est plus un simple objet, mais l'objet s'inscrit dans le conditionnement
qui structure les rapports sociaux, et qui par là ,forge les individus. La
voiture individuelle est cet objet-structure, tout comme le sont des
produits comme la maison, le mariage ou le couple hétérosexuel. Un objet
qui respire les replis nucléaires et les profils de profit. La devise
"Travail, Famille, Patrie" est associée historiquement à l'arsenal
vichyste ; mais elle est avant tout, structurellement parlant, le reflet
de la "candeur" bourgeoise...


b) Le marché de la mobilité

L'amalgame entre la voiture et le travail s'opère à travers une donnée
spatio-temporelle : le quotidien rythmé par le déplacement au travail (que
ce soit pour aller travailler ou que ce soit un travail dont la matière
est le déplacement même). Cette donnée se traduit structurellement et
visiblement dans le façonnement géographique qui conduit à l'urbanisme :
la ville, qui a été à l'origine une concentration d'intérêts, devient
l'intérêt où tout se concentre. Et dans cette place, la voiture tient le
pavé, car la ville est pensée surtout par et pour les voitures. Elle est
une place forte élevée à la gloire de la civilisation industrielle et de
l'idéologie bourgeoise ("bourgeois" vient de "bourg"[14]). Il y aurait
ainsi beaucoup à dire sur cette inscription dans l'espace urbain, un
espace réduit le plus souvent au trajet domicile-travail... Le propos
auquel nous allons plutôt nous intéresser ici, porte sur une autre
question symbolique, non moins abstraite : la "mobilité sociale", un mythe
perçu à travers le prisme normatif de la bourgeoisie.

« Le mouvement même de la promotion petite-bourgeoise »[15]. En ces
termes, Roland Barthes désignait un mythe écrasant (au sens figuré comme
au sens propre), celui de la DS, de la "nouvelle citroën", de la "nouvelle
voiture", cet objet sans cesse surmédiatisé. Que nous soyons en 1957, ou
en 2007, le propos de Barthes reste pertinent. La voiture (parmi d'autres
produits), est l'objet par lequel la petite bourgeoisie s'entretient. Elle
est un message appelant celle-ci à se recycler sans cesse, l'incitant
ainsi à singer la grande bourgeoisie. L'objectif est d'entretenir
l'émulation au sein des normes dominantes. Cette émulation structure le
cadre émotionnel : le miroitement au bonheur pousse ainsi les prolétaires
à imiter leurs maîtres, pour ne plus penser à les abattre. Cette fonction
d'amnésie et de "pacification" se fait appeler par exemple "intégration",
ou "mobilité sociale", ou encore plus gravitationnellement : "ascension
sociale". Elle laisse ainsi sous-entendre que les rapports entre les
individus sont d'ordre hiérarchique. Qui dit ascension sociale, dit
structure pyramidale. Qui dit modèle de promotion, dit son attachement à
des rapports de domination. La voiture serait ainsi moins un objet de
déplacement horizontal que l'incarnation d'une mobilité verticale (et
hiérarchique). Le mythe bourgeois véhiculé par la voiture, incite ainsi à
éviter de se placer dans une mobilité horizontale. Le mythe bourgeois a
peur de la mobilité horizontale, parce que celle-ci n'hésite pas à aller
jusqu'à la confrontation. Le mythe bourgeois déroule le tapis de bitume
pour éviter que le terrain politique/social se déroule sur un champ de
bataille, terrain qui imposerait aux bourgeoisies de descendre de leurs
piédestals, ce qu'elles n'envisagent pas faire de sitôt. Le mythe
bourgeois a peur du mouvement horizontal, car le mouvement horizontal peut
s'appeler "émeutes". Les émeutes font vaciller l'idéologie bourgeoise car
elles s'inscrivent dans un mouvement de destruction visant le mythe de la
"mobilité sociale". Dans "émeutes", il y a d'abord mobilité horizontale
parce qu'il y a un champ de bataille : la confrontation directe avec le
système répressif de la bourgeoisie. Il y a ensuite mobilité horizontale
sous des formes encore plus subtiles. Après désaveu, l'État et les médias,
ont bien voulu reconnaître qu'après une première phase d'affrontements
directs avec la police, les émeutes de cet automne sont devenues plus
diffuses. Celles-ci se sont en effet très vite muées à travers la mobilité
de petits groupes affinitaires qui refusaient la simple confrontation,
préférant brouiller les pistes répressives en allant détruire des cibles
politiquement marquantes (centres commerciaux, institutions et symboles
étatiques comme des écoles, des bureaux ou des véhicules de la poste, oups
pardon, de la "banque postale", etc.). Sans parler du phénomène
d'ondulation générale qui s'est manifesté à travers une géographie elle
aussi horizontale. Les émeutes devenaient en effet flots. Une lame
ondoyante qui allait s'étaler pour la première fois de quartiers en
quartiers, de villes en villes, avec des résonnances aussi parfois dans
des pays voisins (Belgique, Allemagne).

Les voitures ont servi de foyer à l'onde de choc. Vedettes du feu
automnal, elles transcrivirent une plus-que défiance à l'égard des
symboles incarnant le mythe de l'ascension sociale. À ce mythe totalitaire
de la mobilité bourgeoise, a répondu la "mobilité horizontale" des groupes
d'émeutiers ; une mobilité en ce sens horizontale que les décisions
d'action se faisaient au consensus entre les membres d'un groupe, du
moins, sans qu'il y ait des figures marquantes de chefferie. Le rapport
des RG reconnaît lui-même que les émeutes n'ont pas eu les meneurs sur
lesquels les médias ou le ministre de l'Intérieur ont bien voulu
fantasmer. Ces "intellos" de la police étaient sans doute déçus de devoir
contredire leur ministre et les jounalistes en admettant qu'aucun "caïd",
ni aucun "barbu en grande gandoura blanche" ne fut à la tête d'aucun
mouvement de révolte. L'expression écrite du bitume et la littérature en
lettres de feu n'ont été un "signal de détresse" que pour ceux qui l'ont
vu avec un regard misérabiliste. L'élocution pyromane a été avant tout un
message politique sifflant la fin du jeu de dupes. Des révolté-e-s ont dit
par le feu combien le mythe de l'ascension bourgeoise leur sortait par les
trous de nez et combien illes comptaient s'en défaire. Brûler les symboles
de l'ascension sociale, même (surtout?) lorsque ces symboles font partie
du paysage dans lequel on est emprisonné-e, revenait à brûler le mythe de
"l'ascenseur social", à brûler "l'ascensceur" tout court. C'était dire
combien cette "mobilité verticale" les rejettent de toute façon, et
combien illes n'en veulent pas. Et passer par les "escaliers de
secours"[16] ne leur convient encore moins, car comment peut-on accéder à
ce mythe en hauteur quand celui-ci crée le handicap et détruit les
handicapés (au sens figuré comme au sens propre d'ailleurs). Des
révolté-e-s détruisent alors le mythe de cette mobilité verticale parce
qu'elle suppose des étages inférieurs et des étages supérieurs. Des
révolté-e-s détruisent ce mythe hiérarchique en y mettant tout le poids de
leur corps si "étrange" et "étranger" ; cette mise en avant venant
contredire le corps "performant" que la norme blanche et bourgeoise
voudrait imposer. Ces révolté-e-s, ce sont ainsi des mouvements
d'invalides qui disent : "Nous, on veut que du plain-pied !"...


c) Une mobilité strictement "nationale"
En tout cas, si "Les Autos du coeur" croient dur comme fer que l'auto,
c'est la "mobilité" par excellence, alors la "mobilité" crée l'exclusion ;
car ici, le ticket n'est pas une donnée envisageable pour les exilé-e-s
sans-papier. Il leur est même ouvertement refusé. L'association et les
médias qui la relayent allègrement, préviennent en effet que les
prétendants à la pétrolette du coeur devront montrer patte "blanche",
autrement dit être en "situation régulière". Le seul déplacement possible
accordé aux sans-pap semble être le "charter" en aller simple vers le
"Sud"... Cette exclusion explicite montre comment le commerce caritatif
peut être une entreprise-citoyenne au service de la nation et de la raison
d'État raciste. En des temps où exilé-e et basané-e suscitent dégoût,
suspicion et criminalisation tout azimut, l'association apporte sa pierre
de touche "citoyenne". Cette exigence porte d'autant plus un arrière-goût
amer, que la répression contre les émeutiers de cet automne a été menée au
point ultime où ses praticiens ont bien voulu la mener : nous ne parlons
même pas de la brutale mise en scène policière et judiciaire faite
d'arrestations arbitraires au faciès, de comparutions immédiates à la
pelle et de prison ferme à la pioche. Nous parlons des mesures d'expulsion
contre les "émeutiers étrangers" promises par un ministre carnassier,
mesures qui ont abouti à au moins deux déportations[17], mesures soi
disant d'exception qui dissimulent mal les relents d'un racisme d'État qui
n'aura pas longtemps feint la prétendue abrogation de la double-peine. À
noter que pour ruser avec son arsenal juridique, l'État transforme tout
simplement l'intéressé en sans-papier (par refus préfectoral de renouveler
le titre de séjour), donc en personne expulsable : la préfecture lève
d'abord le verrou, la justice entrouvre la porte, le flic n'a plus qu'à
pousser... Et les "bons citoyens" que sont par exemple les "Autos du
Coeur", n'ont qu'à acquiescer et applaudir.
Pourtant, quand on est sans-papier, il y a de fortes "chances", après
tout, d'être "pauvre", de voir sa voiture servir de feu de la saint-jean
en automne, et même d'avoir besoin d'une voiture pour justement aller se
faire exploiter, histoire d'essayer de survivre quand même et de faire
survivre ses proches. Il n'empêche, la loi est la loi, et "les Autos du
Coeur" tiennent à cet ordre. D'ailleurs, nous avons vu plus haut comment
l'association excellait dans le zèle étatique (« Une personne qui récupère
une voiture est un contribuable intéressant »). On aurait pu supposer que
ce n'était là que pure tactique financière visant à séduire quelques
puissants donateurs. Mais ce zèle de service nous montre que le "bon
citoyen" s'avère être un sujet aussi efficace que le maître...


kandjare bayn asnan

février 2006
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##NOTES##
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[*] Texte téléchargeable au fomat pdf : http://internetdown.org/ilfera

[1] Les propos de cette journaliste ne sont pas relevés ici au mot près.
Ils n'en sont pas pour autant déformés.

[2] Les références exactes des sites étudiés sont les suivantes, dans
l'ordre de citation :
-
http://fr.biz.yahoo.com/04022006/5/voiture-incendiee-appellez-les-autos-du-coeur.html
- http://automobile.nouvelobs.com/mag/breves/breve.asp?N=3138
-
http://news.caradisiac.com/L-association-Les-Autos-du-Coeur-l-equivalent-des-Restos-du-Coeur
- http://www.autoplus.fr/nacc&url=/actus/actus%3fopenform&numero_jour=644

[3]
http://www.ville-amboise.fr/descriptionStructure.php?id=697&domaine=3&famille=72&theme=&activite=

[4] Ibid.

[5] Ibid.

[6] http://automobile.nouvelobs.com/mag/breves/breve.asp?N=3138

[7]
http://www.ville-amboise.fr/descriptionStructure.php?id=697&domaine=3&famille=72&theme=&activite=

[8] Salaire du directeur général de Greenpeace : 4 200 à 4 500 euros
Celui du directeur général du Secours Populaire : 2 786 euros
( source : http://www.lexpansion.com/art/6.0.81396.5.html )

[9]
http://www.lexpress.fr/info/monde/dossier/humanitaire/dossier.asp?ida=430919

[10]
http://www.ville-amboise.fr/descriptionStructure.php?id=697&domaine=3&famille=72&theme=&activite=

[11] http://www.lexpansion.com/art/6.0.81396.5.html (le journal
L'Expansion n'est pourtant pas connu pour ses positions "syndicales")

[12]
http://fr.biz.yahoo.com/04022006/5/voiture-incendiee-appellez-les-autos-du-coeur.html

[13] Ibid.

[14] Voir notamment Régine Pernoud, Histoire de la bourgeoisie en France.
Tome I : Des origines aux temps modernes, Paris, Seuil, 1981.

[15] Roland Barthes, "La nouvelle Citroën", in Mythologies, Paris, Seuil,
1957, p. 152 (édition de 1970).

[16] En référence à Aziz Senni, L'ascensceur social est en panne... J'ai
pris l'escalier, L'archipel, 2005. Bréviaire du "petit" monde de
l'entreprise, et figure de la norme capitaliste même en banlieue ; il n'y
a pas un seul média qui ne l'ait cité à la suite des émeutes, comme si ce
gérant d'entreprise de transport s'imposait aux "petits Arabes" et aux
"petits Noirs" comme le modèle à suivre. Ils appellent cela
"l'intégration", aspirer à une carrure aux dents tranchantes : « Aziz
Senni a tout d'un grand chef d'entreprise : le costume, la cravate, la
poignée de main... Mais avant tout, et c'est sans doute le plus important,
la carrure » (dans l'indigeste Sélection du Reader's Digest, janvier 2006,
p. 89).

[17] Voir par exemple http://atouteslesvictimes.samizdat.net/?cat=5 ------


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