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(fr) Israel / Palestine : le vieil homme et le sang

Date Wed, 21 Jun 2006 14:33:52 +0200 (CEST)


Ilan Shalif et la lutte contre le Mur

Ce 13 juin, Tsahal, l?armée israélienne a repris ses attaques au moment où
des violences entre partisans du Fatah du président palestinien et le
Hamas au gouvernement laissent craindre que le bras de fer politique ne
vire à l?affrontement armé dans les Territoires. Ilan Shalif, lui, à 70
ans, continue à lutter pacifiquement à Bil?in avec les Anarchistes contre
le Mur. Si un vieillard peut le faire, d?autres le peuvent.
Ce mardi 13 juin, l?armée israélienne a frappé en plein coeur de Gaza. Ces
frappes, qui visaient un véhicule transportant des militants palestiniens
qui aillaient tirer des roquettes sur le sud d?Israël, ont manqué leur
cible. Huit civils ont été tués. Une nouvelle fois, ce sont des innoncents
qui paient de leur vie la guerre que les nationalistes de tout bord se
livrent sans merci.

Ces frappes israéliennes accentuent l?impression de chaos dans les
Territoires, où s?affrontent les fidèles du président de l?Autorité
palestinienne Mahmoud Abbas et les militants du Hamas, à la tête du
gouvernement. Ces violences surviennent sur fond de querelle politique
entre M. Abbbas et le Hamas, farouchement opposé au référendum que le
dirigeant palestinien a convoqué pour le 26 juillet.
L?Etat engendre la violence, soit qu?il cherche à imposer son pouvoir vers
l?extérieur soit qu?il tente de le contrôler en son sein. Plus que jamais
: deux Etats, ce sont deux Etats de trop.

*********

Le vieil homme et le sang

Cet article de Liat Shlezinger a été publié le 28 mai 2006 dans le journal
"Ma'ariv", l?un des deux principaux quotidiens israéliens, dans le cadre
d?une manifestation à Bil?in, l?une de la soixantaine que les Anarchistes
contre le Mur organisent chaque vendredi depuis près de 16 mois.
Manifester contre le Mur

Ilan Shalif a déjà 70 ans mais cela ne l?empêche pas de se rendre chaque
vendredi à la manifestation contre le Mur de séparation à Bil?in et de
s?opposer aux soldats israéliens.

"Armé" seulement d?une bouteille d?eau, Ilan Shalif est en route vers une
autre bataille contre le barrière de séparation. Chaque vendredi, depuis
un an et demi, comme une montre dont la batterie ne s?épuise jamais, il
fait la route de Tel-Aviv au village palestinien de Bil?in. Il n?a pas
manqué une seule manifestation. Sauf, lorsqu?on lui a interdit de se
rendre à Bil?in, après avoir été libéré par la police, et quand il a eu
une opération à coeur ouvert. Mais, une semaine plus tard il était de
nouveau avec les jeunes Anarchistes israéliens contre le Mur et esquivait
les balles en caoutchouc, qui sifflaient.

Dans le village de Bil?in, où les manifestations les plus violentes de la
gauche ont eu récemment lieu, les gens sont "fous" de lui. Ils l?appellent
"grand-papa". Tandis que d?autres de son âge préfèrent passer leur temps
avec leurs petits-enfants, Shalif, à 70 ans, préfère passer ses vendredi
en compagnie des grenades de choc et des gaz lacrymogènes.

Chaque manifestation à Bil?in commence par une longue marche accompagnée
par le chant des villageois et des manifestants, qui agitent des drapeaux
tout le trajet jusqu?au point de confrontation avec les soldats présents à
la barrière qui sépare les terres du village et le secteur de Modi?in
Illit, la colonie construite sur les terres de Bil?in et d?autre villages
palestiniens voisins. Shalif marche rapidement sous le soleil chaud et se
trouve à la tête de la manifestation. Quand la confrontation entre les
manifestants et les soldats commence, il s?assied sur une des grandes
pierres et regarde autour de lui. De temps en temps, il essuie son front
et nettoie ses lunettes.

Son fils Gal (42 ans) est assis juste derrière lui. Il pose une main ferme
sur son épaule à chaque fois qu?il veut rejoindre les manifestants en
train de s?opposer aux soldats. "Papa, assieds-toi", lui dit-il d?une voix
autoritaire. "Papa, ça suffit. Pas cette fois. Ce n?est plus pour toi.
Papa, ça n?ira pas de cette manière." Il s?inquiète pour son père. Chaque
vendredi, Gal sert de chauffeur à Ilan jusqu?à Bil?in, puis jusqu?à
Tel-Aviv. Mais surtout, Gal se définit comme "la garde personnelle" de son
père.

"Je connais mon père... Si je ne vais pas avec lui, il fera quelque chose
stupide et sera blessé. C?est une personnes d?un certain âge mais qui se
comporte souvent comme un enfant", dit-il en souriant. Ilan est fragile du
coeur depuis son opération quelques semaines plus tôt. Gal a accepté de
l?accompagner aux manifestations contre la promesse de rester prudent.

C?est la fin de la deuxième semaine de mai, et dans quelques temps Shalif,
père de deux enfants et docteur en psychologie, devra subir une opération
compliquée et dangereuse de l?abdomen en Allemagne. Il en reviendra trois
semaines plus tard, il s?en remet toujours. "Bien entendu, il est censé se
reposer maintenant", explique Gal, "Mais il est réellement beaucoup plus
détendu ici ! S?il était à la maison, il serait tellement plus stressé,
et, de toute façon, personne peut lui dire ce qu?il doit faire".

La manifestation devient plus violente, même en comparaison avec celles de
ces dernières semaines. Trois manifestants sont conduits vers l?hôpital.
Gal semble inquiet. "Bientôt, on ouvrira mon père pour une opération",
dit-il. "Je n?ai pas l?intention de le laisser ouvrir ici, avec des
bâtons".

En dépit de la difficulté d?être le garde du corps d?un rebelle de 70 ans,
il le regarde avec grande fierté. "Je ne serais pas ici si je n?avais pas
dû le protéger. Je n?ai pas le courage de me battre pour les choses
auxquelles je crois, mais lui bien. C?est pourquoi je l?admire".
"Wow, respect !"

Le village de Bil?in est situé à l?est de la colonie de Modi?in Illit. Les
manifestations qui ont lieu là chaque vendredi depuis un an et demi font
partie de la lutte des habitants du village palestinien contre la barrière
de séparation qui menace de les priver d?environ 60% de leurs terres
cultivables. Sur ces terres, les villageois cultivent des oliviers, et
c?est précisément là que les nouveaux quartiers résidentiels de la colonie
de Modi?in Illit doivent être construits. Dix jours plus tôt, les citoyens
de Bil?in ont même demandé à la Cour suprême de Justice israélienne
d?empêcher la confiscation des terres. Les manifestations de Bil?in voient
également la participation d?activistes israéliens de gauche, beaucoup
d?extrême gauche comme les "Anarchistes contre le mur", qui viennent du
centre d?Israel et manifestent côte à côte avec les Palestiniens.

La manifestation suit son itinéraire selon un rituel connu par les
manifestants et les soldats. D?abord, les villageois marchent jusqu?au
tracé de la barrière de séparation, où les soldats et la police des
frontières les attendent, équipées de gaz lacrymogènes, de grenades de
choc, et d?autres munitions destinées à disperser des manifestations. Du
côté palestinien, plusieurs jeunes s?arment de pierres. Plusieurs
manifestants israéliens ont été blessés ici.

"Si les manifestants de gauche n?étaient pas ici, la lutte serait vue sous
un tout autre jour", expliquent les représentants du comité populaire du
village. "Leur présence et celle de la presse nous protègent de la
violence des soldats qui savent qu?ils sont surveillés et qu?ils ne
peuvent donc pas faire ce qu?ils veulent. Nous réussirons car nous sommes
têtus, et chaque vendredi, sans exception, nous continuerons à venir ici
avec les Israéliens et les activistes internationaux et nous manifesteront
jusqu?à ce que nos terres nous soient rendues".

Acram Hatib, activiste palestinien et membre du comité populaire du
village, dit que l?une des choses les plus encourageantes à ses yeux est
de voir Shalif chaque vendredi. "Fermeture, couvre-feu ou tir, je verrai
toujours Ilan et ses cheveux gris ici", dit-il tout en essayant de retenir
les jeunes lanceurs de pierres.

"Wow, respect !" s?exclame bruyamment une jeune femme aux cheveux noirs et
rouges courts quand elle remarque la présence d?Ilan en ces lieux. "C?est
un endroit très dangereux, et j?hésite chaque fois que je dois venir. Et
de le voir, malgré son âge et tout, j?ai vraiment un grand respect".

Roni Barkan des "Anarchistes contre le mur" voit dans Shalif un modèle
personnel. "Je ne m?exprime presque jamais de cette manière, mais à mes
yeux il mérite vraiment l?admiration. Ce qui est si beau chez Ilan c?est
qu?il a peut-être 70 ans mais il fait ce qui lui semble juste et il vit sa
vie de cette façon, en dépit du prix qu?il doit payer".

Shalif lui-même, d?autre part, ne se sent pas différent quand il regarde
la foule jeune qui participe à ces manifs.

Liat Shlezinger : "Vous savez qu?il n?y a pas beaucoup de personnes de
votre âge qui prennent la peine de venir à Bil?in afin de manifester ?"

Ilan Shalif : "C?est vrai, il n?y a pas beaucoup de gens de 70 ans, mais
c?est ce que j?aime faire et ce en quoi je crois. Je ne me vois pas faire
autre chose. Quand j?étais un enfant j?étais hyperactif et je pense qu?il
est en resté quelque chose. Je ne sens pas la nécessité de rester à la
maison et de me reposer. Je suis peut-être un peu plus vieux, mais à
l?intérieur de moi je sais que je suis toujours jeune. Il y a des gens de
mon âge qui se détendent en faisant d?autres choses. Je ne pense pas que
je sois étrange ou exceptionnel. En outre, je pense qu?en raison de mon
âge les soldats me traitent relativement doucement. Peut-être aussi par
pitié. Ils frappent toujours les jeunes, et à maintes reprises je suis
resté indemne. Indemnité pas vraiment parfaite, les soldats attaquent
souvent sans distinction les vieux et les jeunes, les Palestiniens, les
Israéliens ou les étrangers, les manifestants ou les travailleurs de la
presse, les hommes comme les femmes... Une fois, il y a quelques mois,
nous nous étions assis sur la route lors d?une manifestation. Les soldats
nous ont arrêté l?un après l?autre, sauf moi."

Liat Shlezinger : "Et qu?a à dire votre épouse à propos de tout ceci ?"

Ilan Shalif : "Nous ne discutons plus de ce sujet. Elle s?inquiète pour
moi, mais elle sait qu?à la fin je ferai quand même ce que je veux. Je ne
peux simplement pas croire que je puisse juste m?asseoir à la maison,
après avoir passé ma vie entière en tant qu?activiste. Je ne sais pas
vraiment ce qui pourrait m?inciter à vouloir arrêter".
Rebelle depuis toujours

Tandis que le reste de ses amis à Jérusalem attendaient avec intérêt leur
service militaire, il l?a éludé, grâce à une fracture de la main, une
chose dont il est fier à ce jour. "J?ai perdu mes illusions sur le
sionisme de Ben Gurion (le premier Premier ministre d?Israel, en 1948)
plus rapidement que prévu. Ce n?était pas pour moi", dit-il. En 1967 (lors
de la guerre d?occupation du 6 juin), il s?est retrouvé dans le mouvement
d?extrême gauche "Matspen", qui a entre autres soutenu politiquement et
encouragé l?objection de conscience totale. "Je me suis déplacé d?un
endroit à l?autre vivant dans les kibbutzim, et nous avons même été
expulsés avec mon épouse Aliza du kibbutz de "Negba" où nous avons vécu,
en raison de mes avis radicaux. Principalement, en raison des activités
politiques anti-sionistes que j?ai refusé d?arrêter. J?ai toujours su que
j?étais extrêmement radical et enfin j?ai trouvé des gens avec qui je suis
d?accord."

Plus tard, il s?est installé à Tel-Aviv et y a accompli un doctorat en
psychologie. Pendant son travail, il a même développé une technique qui
favorise la solution des problèmes en utilisant processus subconscient,
principalement et pas seulement en utilisant des techniques verbales.

Tout au long de ses années d?activisme gauchiste, il était bien connu des
personnes d?autres organisations et de la police, qui l?a détenu pour
interrogation plusieurs fois après de violentes manifestations auxquelles
il avait participé. Aujourd?hui, il passe son temps à surfer sur Internet
et à traduire des textes pour un site anarchiste international. Il est
membre du collectif de l?agence de presse Ainfos.ca depuis 1996. Quand
Shalif parle, il emploie le "vous". Il ne sent pas faire partie de nous,
les Israéliens, et il ne désire même pas se sentir comme tel, "merci
beaucoup". Il ne se rappelle pas quand il a voté pour la dernière fois
lors d?élections pour le Parlement. "Je ne me sens pas comme un de ces
fous qui crient en rue à propos de n?importe quoi", dit-il. "Mes
sentiments à propos d?Israël sont comme un voyageur du temps qui est
coincé ici sans pouvoir continuer son voyage. Je crois en un monde
non-hiérarchique, dans lequel il y a la liberté, l?égalité et la
fraternité. Un monde sans exploitants ni exploités, où les gens prennent
eux-mêmes leurs décisions."

Liat Shlezinger : Ne vous sentez-vous pas un peu isolé parfois ? Nous
cherchons tous une sorte d?appartenance de temps en temps.

Ilan Shalif : "Certainement pas. Je n?ai pas besoin du faux sentiment
d?intimité de la nation. Ce sont des substituts fictifs qui servent à nous
donner un sentiment agréable. J?ai mes amis ici à Bil?in, j?ai de vrais
amis chez les "Matspen" que je rencontre deux fois par un mois. Je n?ai
pas besoin d?État".

Bien que la plupart des jeunes Israéliens aient une meilleure idée de là
où vit la pop star Maya Buskila que d?où se situe le village de Bil?in,
Shalif estime que sa lutte lors des décennies passées n?a pas été vaine.
"En 1968, nous étions 18 "utopistes" qui avons pleuré et maudit
l?occupation mais maintenant la majorité croit qu?il nécessaire de se
retirer des territoires occupés. Une fois, j?ai écrit un poème sur la
façon dont chaque épaule aide à faire tourner la roue de l?histoire, et
que cela prendra un bon moment pour la faire tourner. Cela peut se
produire après beaucoup, beaucoup d?années, mais, à la fin, la révolution
viendra, j?en suis certain".


Sources :
ainfos.ca
anarkismo.net

Traduction (abrégée) de l?anglais par A voix autre
http://www.avoixautre.be
avoixautre(a)no-log.org

Pour en savoir plus et soutenir :
Le site des Anarchistes contre le Mur, en anglais, sur http://www.awalls.org/
http://www.avoixautre.be

[ texte repris du site http://www.anarkismo.net ]
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http://ainfos.ca/cgi-bin/mailman/listinfo/a-infos-fr


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