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(fr) Amendement a une proposition de guerre

Date Mon, 31 Jul 2006 17:03:08 +0200 (CEST)


Suite à notre Proposition de guerre lancée en grande pompe au Salon du livre
anarchiste de Montréal, nous avons peu reçu de commentaires. À cause de ce silence
retentissant, nous avons cru bon de ré-écrire notre texte. Vous trouverez la
version originale en bas du message.

Amendement à une proposition de guerre

À tous ceux qui sont restés sur leur faim avec nos hors d'oeuvres, ou qui n'en
bouffe pas par crainte d'indigestion, à tous ceux qui ne rentrent pas dans notre
chapelle wanna-be prolétarienne dé-ghettoisée et virtuellement organisée, bref
vous... salut (faux) camarade ! Qui sommes nous ? Surtout des couples hétéros
mariés ou étudiants blancs qui rejettent vos différences.

Après la septième grand-messe de la crowd anarco-nombriliste qui ne nous écoute
pas, nous, les anarco-trou-de-culistes, en profitons pour vous sensibiliser
davantage au sujet d'une question latente que nous allons résoudre pour vous :
comment rompre avec le sempiternel isolement
anarchiste afin de retourner à un anarchisme de masse comme dans le temps de l'IWW,
Makhno et la CNT ?

On voudrait vous faire croire que le problème a été exposé à maintes reprises au
sein de la plupart des collectifs. Le ghetto militant est un boulet que vous
traînez sans exception. Nous vous offrons à la place des bourreaux qui
détermineront le niveau de responsabilité et le degré d'idéalisme en présence. La
conjoncture actuelle - largement défavorable car personne ne veut se payer nos
solutions - ne peut se renverser qu'à partir d'un sujet révolutionnaire universel
(c'est à dire un travailleur blanc, urbain et purgé de toute trace de
contre-culture) qui est inconsciemment élucidé - entre deux bières sur un napperon
- aussi pressé que possible, pour rallier le prolétariat à notre cause qui est
impérativement la vôtre.

Pour mettre fin aux divergences politiques ou personelles omniprésentes, nous
offrons (parmi notre « panoplie de services à prix très compétitifs » payable avec
Paypal sur notre site) un procureur à la communauté, car ces différentes tribus
sont les principaux ennemis d'un développement durable du mouvement (pardonnez
l'expression onusienne). Nous voulons bâtir un mouvement de « tous contre nous et
nous contre tous ». Vous devez prendre le risque d'exposer publiquement nos
ambitions, certes d'envergure, malgré le fait que nous soyons trop fainéants, et
que nos polémiques sont obscurantistes, puériles de facto et illico idiotes.
Arrêtez de jaser de ces zones temporairement grises en catimini à l'intérieur de
vos groupes d'affinité ivrognes (voyez en noir et rouge sur du speed). La culture
du cannabis est une leurre.

L'anarchisme doit délibérément devenir mainstream et le mainstream anarchiste qui
existe nul part devra exister partout. L'impérialisme libertaire de nos idées,
c'est la liberté de tous d'être en tous points pareil. Au lieu d'être les acteurs
de la contestation, soyez comme nous : les bouffons de la contestation. Il y a une
mince chance que notre cher papa-l'État se sorte la tête de son derrière et se
transforme en
anarchiste, punk, végé, italien, ou autonome. Et admettons que la chose soit
probable, qui voudrait travailler avec lui ?

Le politique est une farce publique. La langue de bois militante doit présumer que
le monde est plus con que nous, et doit se baser sur du concret, tels les lieux de
travail. Certaines tendances du mouvement, comme la centralisation et le
syndicalisme, doivent prendre toute la place et occulter tout débat sur
l'organisation, nécessaire à notre hégémonie sur la société, en commençant par le
flicage des projets du milieu militant. Dorénavant, nous devons cautionner
activement la perspective d'un fratricide libertaire, et jamais nous ne devons
omettre l'expression cochonne et plaisante d'une politique masturbatoire d'un Roi
chevaleresque.

La famille anarchiste est dysfonctionnelle : elle manque de papas et de mamans (et
de frères). L'hypocrisie la plus crasse règne sans ces figures qui peuvent décider
à elles seules quand remplacer la vrai camaraderie par la fausse camaraderie. C'est
un phénomène que vous devrez aborder de front.

À quoi bon toujours se réfugier dans les sempiternels débats érronés propres à
notre milieu hermétique, quant à l'origine des petits chefs par exemple ? Ça ne
nous intéresse pas. Ce sont les meneurs d'une lutte populaire contre le système qui
comptent. Nous sommes écoeurés d'être assimilés à des imbéciles sans avenir...

Nous allons faire le grand ménage dans le mouvement anarchiste. Les cheveux longs
et les spikes mohawks de la contre-culture doivent être coupés, et même rasés, pour
se sortir de la diversité, engrais puant de notre scène hors d'ordre. On est ici
pour se faire des ennemis. La révolution sociale ne sera pas faite pour danser,
mais pour travailler dans des usines autogérées.

On ne propose rien
-mais vraiment rien.

Fièrement pas imprimé aux presses É.P.

hors_durs(a)elitemail.org



(version originale)
Proposition de guerre

Autonomes, anarcho-punks, insurrectionnalistes, végétaliens militants, queers
polysexuels, anti-spécistes, redskins, étudiants post-situ, nihilistes, alcooliques
révolutionnaires, latinophiles, primitivistes urbains, individualistes,
bureaucrates communautaires, anartistes, hippies perdus, paysans libertaires en
exil, petit-bourgeois autogestionnaires, bref, vous? salut !

Bienvenue à la 7e grand-messe de la crowd anarcissique montréalaise. Nous en
profitons - entre deux ventes lucratives - pour vous sensibiliser au sujet d'une
question latente encore irrésolue : comment rompre le
sempiternel isolement caractéristique de l'anarchisme contemporain ?

Le problème a été exposé à maintes reprises au sein de la plupart des collectifs.
Le ghetto militant est un boulet que nous traînons tous sans exception, bien que
le niveau de responsabilité à cet effet soit inégal, selon le degré d'idéalisme en
présence. La conjoncture actuelle - largement défavorable il va sans dire - ne
peut se renverser qu'à partir d'un sujet révolutionnaire universel et consciemment
élucidé, lequel permettra de rallier le prolétariat, aussi dépecé soit-il, à notre
cause qui est impérativement la sienne.

Au-delà des divergences politiques ou personnelles omniprésentes, le confort et la
sécurité que nous procurent la communauté et ses différentes
tribus sont les principaux ennemis d'un développement durable du
mouvement révolutionnaire. Nous devons prendre le risque d'exposer publiquement nos
ambitions, certes d'envergure, mais aussi nos polémiques afin de les conclure
définitivement ou bien de les rendre puériles de facto. Arrêtons de jaser de ces
zones grises en catimini avec nos groupes d'affinité ivrognes. La culture du
consensus est un leurre.

L'anarchisme doit délibérément devenir mainstream, ou mourir. Il y a une mince
chance que votre cher papa devienne un acteur de la contestation, tandis qu'il est
pratiquement impossible qu'il se transforme en punk végétalien autonome. Et
admettons que la chose soit probable, quel intérêt cela aurait-il ?

Le politique est un fait public. Le langage du changement doit être compréhensible
et basé sur du concret. Certaines tendances du mouvement, comme le primitivisme et
l'individualisme, n'y ont pas leur place parce qu'elles occultent la question de
l'organisation, nécessaire à toute société et en conséquence à tout projet
politique rigoureux. Jamais plus nous ne devons cautionner par omission
complaisante la perspective d'un génocide libertaire ou l'expression politique
masturbatoire d'un Moi burlesque.

La famille anarchiste est dysfonctionnelle; elle remplace celle de nos géniteurs.
L'hypocrisie la plus crasse qui caractérise les familles traditionnelles est
remplacée par une fausse camaraderie. C'est un phénomène qu'il est grand temps
d'aborder de front.

À quoi bon toujours se réfugier dans les sempiternels débats sans réponse, propres
à notre milieu hermétique, quant à l'origine de la domination par exemple ?
Qu'importe. C'est les moyens pour mener une lutte populaire contre le système qui
comptent. Nous sommes écoeurés d'être assimilés à des imbéciles sans avenir, à des
adolescents en révolte ou à des nihilistes cyniques. Notre routine est inefficace;
nous sommes ridicules.

Le mouvement anarchiste est dû pour un grand ménage. Les syndromes de la
contre-culture doivent être liquidés pour se sortir de la pratique identitaire,
gangrène de notre époque si vide. On n'est pas ici pour se faire des amis, mais
pour travailler à la révolution sociale.

On ne propose rien,
sauf votre mort.




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