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(fr) Conference decentralisee de l'AMP - Dijon aout 2006

Date Tue, 25 Jul 2006 16:04:14 +0200 (CEST)


Rencontres autour des révoltes françaises du printemps et de leurs suites lors de
la conférence décentralisée de L'Action Mondiale des Peuples à Dijon, du 19 au 28
août 2006

1. Intro
2. Quand la rue s'embrase
3. Propositions

== Intro ==

Cet été, les rencontres européennes de People's Global Action, réseau
anticapitaliste et anti-autoritaire, se dérouleront dans divers coins de France, en
deux temps: un premier moment décentralisé avec différents thèmes sur 5 lieux, et
un second temps centralisé, permettant à tou·te·s les participant·e·s de se réunir.
Une des parties "décentralisées" aura lieu du 19 au 28 août à l'Espace autogéré des
Tanneries, à Dijon. C'est aussi là que sera
accueillie la partie centralisée, du 28 août au 3 septembre.

=== Pour plus d'infos sur la rencontre amp dans sa globalité : pgaconference.org ===

L'espace autogéré des Tanneries est un espace autonome d'habitation, de subversion,
d'activités politiques & sociales en milieu post-industriel, ouvert en 1998 et
stabilisé depuis quelques années dans un cadre
semi-conventionné, suite à pas mal de luttes contre la Mairie de Dijon,
propriétaire des locaux occupés.

La rencontre aux Tanneries accueillera un chantier de construction d'une
bibliothèque/salle de réu et bureau, des discussions autour des luttes "numériques"
et de la défense des serveurs activistes, d'autres les pratiques et résistances des
espaces autonomes, ainsi qu'un dernier thème qui nous intéresse ici plus
particulièrement sur les révoltes du printemps 2006, leurs échos et leurs suites.

Voici un appel, qui entend proposer un cadre et poser des
sujets à aborder collectivement à Dijon. Ce texte a pour
vocation d'inviter des individus et collectifs s'étant
impliqués dans ce mouvement. Il a une tonalité un peu explicative car il vise aussi
à impliquer des personnes de plus loin en Europe mais parties prenantes de luttes
de ce type.


Faites tourner! (et pour venir c'est très recommandé de prévenir et s'inscrire à
l'avance aussi, pour qu'on arrive à assurer la logistique. Voir sur le site)

== Quand la rue s'embrase ! ==

Après un automne brûlant marqué par une déflagration d'émeutes et de révoltes en
banlieue suite à la mort de deux jeunes poursuivis par la police, la France a été
ce printemps le terrain d'un long mouvement social, massif et radical.

Au mois de janvier 2006, Dominique de Villepin avait annoncé une loi dite "pour
l'égalité des chances", notamment pour répondre aux émeutes de novembre :
suppression des allocations familiales pour les mineurs absentéistes, possibilité
de licencier sans justifications, rétablissement de
l'apprentissage à 14 ans...

Quelques mois d'occupations massives des facs, d'émeutes dans la rue, d'actions
directes et de bloquages économiques ont fait reculer le gouvernement français pour
la première fois depuis plusieurs années dans ce type de contexte (souvenirs de
1995...).

Au delà du retrait d'une loi parmi d'autres qui visait à précariser un peu plus le
travail, mais dont la disparition ne change malheureusement pas grand chose à
l'oppression capitaliste, le mouvement à renforcé la détermination et créé une
brèche d'ampleur par ses modes d'actions et de vie collective.

Un des aspects les plus enthousiasmants de ce "mouvement" contre le CPE et son
monde a été la résonnance et le partage d'une critique radicale des structures de
l'Etat et de l'économie, de la norme du travail salarié, des modèles de
consommation, de croissance économique et d'invidualisme libéral.

La plupart des facs et de très nombreux lycées sont restés fermés pendant deux mois
et plus. Comme une traînée de poudre, de ville en ville, se sont répandus des
bloquages de routes, de centres de tri postal, d'aéroports, de gares, de chantiers,
des occupations de mairie, conseil général, Anpe, des sabotages, des
déménagements d'agences d'interim, de locaux des partis politiques, des pratiques
émeutières et organisation en groupe affinitaire pour agir, redécorer, casser
pendant les manifs, autoréductions dans les magasins, sabotages de lignes de chemin
de fer, de bâtiments, de meetings, de costumes de politiciens... Un tel soutien
populaire ne s'était pas vu depuis longtemps, des solidarités se sont créées avec
d'autres milieux, sans-papiers, rmistes, chômeur-euse-s, intermittent-e-s,
salarié-e-s dépassant le soutien prudent des centrales syndicales. Dans nombre de
ville, chaque journée était marquée par des manifestations sauvages, les soirées
par des manifestations nocturnes, une partie des manifestations se terminaient
régulièrement en émeutes.

Pendant qu'un premier ministre réduit à l'état de vieux disque rayé renforçait la
colère quasi quotidennement à la télévision en annônant son refus du retrait, des
milliers de personnes décidaient en Ag de porter la destruction du capitalisme,
l'amnistie des émeutiers de novembre, la disparition des frontières, de transformer
les services d'ordre en services d'action directe ou les gazons de la fac en
potager. La police française ne savait plus ou donner de la tête et un des
principaux syndicats de flics a même imploré le gouvernement de lâcher et
communiqué publiquement sa peur qu'une "haine massive de la police se développe
dans la jeunesse" et que la situation devienne totalement incontrôlable.

De fait, en comparaison à d'autres remous sociaux de ces dernières années, il était
frappant de voir à quel point il y avait un accord partagé largement sur le fait
que le succès de la lutte tienne à une
diversité d'actions directes, de ressentir combien était revendiquée la nécessité
d'un certain "illégalisme".
Il était impensable de se contenter d'aller en cours et d'exprimer calmement et
"démocratiquement" son désaccord en masse dans la rue, dans les défilés autorisés,
aux moments autorisés pour le spectacle de la liberté de contestation. Malgré les
pressions de tout part, il était clair qu'il fallait, pour faire vivre le
mouvement, que le cours du quotidien s'arrête, que les facultés soient bloquées,
repeintes, chamboulées, que les lycées soient bloqués et barricadés. Et c'est
notamment ce bloquage même du quotiden, qui a fait le sel de la lutte, dégagé du
temps et de l'espace pour d'autres possibles qu'un morne enrôlement dans
l'exploitation salariée et la consommation, qui a changé concrètement pendant
quelques mois nos vies et bouleversé de nombreux rapports sociaux.

Il en reste de multiples traces et énergies...

Dans le but de se donner des perspectives, nous aimerions inviter à Dijon des
personnes et collectifs impliqués pour croiser des expériences et réfléchir aux
suites à donner aux alliances et pratiques qui se sont créées, ainsi qu'échanger
avec des militant-e-s d'Europe, notamment d'Allemagne ou de Grèce, qui se sont
retrouvé-e-s dans les mois derniers au coeur d'explosions sociales de ce type.

== Outre des récits sous formes de présentations, films, débats, expos... voilà
certains des sujets sur lesquels on a envie que soient proposés des débats et
ateliers ==

- les héritages des mouvements de chômeurs de la fin des années 90, des mouvements
de sans-papiers, la manière dont le mouvement des lycéen-ne-s de 2005 a amorcé un
certain "jusqu'au boutisme", ou comment les émeutes de novembre et le choc frontal
qu'elles ont posé face à l'état ont marqué les esprits.

- l'inventivité des modes d'actions et la manière singulière dont le mot d'ordre de
bloquage de l'économie a focalisé les énergies et permis le rapport de force. Pour
la suite, il est primordial de penser la manière dont nous pouvons entretenir,
transmettre et démultiplier ces formes d'actions.

- les luttes de fond portées par une partie du mouvement et le refus au delà du
CPE, du travail salarié, des logiques de croissance économique et de
l'éducation-consommation...

- la manière dont l'occupation sur plusieurs mois des universités a développé des
expériences de vie quotidienne collective autogestionnaire. L'importance de se
réapproprier des espaces pour tenir une lutte... la singularité des expériences et
ce qui s'y est tramé.

- les outils d'organisation, d'assemblée, de décision que se sont données les
personnes en lutte dans les différentes villes... Les coordinations nationales, les
Ag bordeliques ou formalistes, groupes affinitaires, assemblées en lutte,
l'importance du mythe du vote majoritaire pour légitimer la lutte...

- la force du mouvement et son autonomie, tout autant que sa fragilité persistante
face aux manipulations syndicales, à la propagande médiatique ou à la "fin"
décrétée avec quelque succès par le gouvernement grâce au retrait d'une partie de
la loi.

- le rapport aux médias et la manière dont le mouvement a agi sans eux, les a
boycotté, voire pris pour cible, en se constituant comme suffisament fort pour
moins faire dépendre d'eux sa visibilité et mettant à jour leur rôle de gardien de
l'ordre social et du discours libéral.

- l'importance à contrario et l'usage massif qui a été fait d'outils comme
Indymedia pour donner des rendez-vous, communiquer sur des actions, débattre...

- l'analyse des liens entre le mouvement du printemps et les "banlieues" : le peu
d'implication des milieux militant-e-s dans les émeutes de novembre et les
solidarités qui se sont parfois créées néanmoins. Les alliances et conflictualités
pendant le mouvement entre "jeunes des banlieues" et "étudiant-e-s", la réalité de
ces cloisonnements et leurs dépassements parcimonieux dans la lutte.

- la manière dont ce type de mouvement social permet un éclatement du "milieu
radical" et de son cloisonnement. Pour beaucoup de militant-e-s radicaux, il était
incroyable de ressentir à quel point des pratiques et idées qui sont de fait fort
marginalisées, peuvent se trouver massivement et rapidement réappropriées dans un
contexte de crise sociale et de luttes.

- la manière dont certains groupes militants constitués ont pu contribuer ardemment
au maelstrom, ou se retrouver au contraire comme en retrait ou dépassés.

- les perspectives après le mouvement, comment inscrire cette lutte dans la durée
et continuer à se coordonner, transmettre les pratiques, se préparer pour la
prochaine révolte ou l'attiser...

- le soutien aux victimes de la répression.

Voilà, c'est des idées, à vous d'en apporter d'autres, ainsi que des propositions
d'ateliers... si possible à l'avance, dans le but de se préparer et de commencer à
constituer un programme.

Quelques liens vers des textes issus des luttes contre le CPE et son monde:

- Le CPE, une goutte d¿eau dans un lac de rage - Quelques remarques sur la
violence, l¿illégalité et l¿orientation des luttes sociales (Grenoble, avril 2006)
http://infokiosques.net/spip.php?article=340

avec traduction de ce texte:
- en anglais
http://winnipeg.indymedia.org/item.php?3130S
- en allemand
http://germany.indymedia.org/2006/05/147905.shtml
- en italien
[lien à venir]

- CPE - "Le Monde se referme-t-il ?" suivi de "Pousser le monde qui s¿écroule" & de
"l¿Appel de Raspail" + Bonus http://infokiosques.net/spip.php?article=332




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