A - I n f o s
a multi-lingual news service by, for, and about anarchists **

News in all languages
Last 40 posts (Homepage) Last two weeks' posts

The last 100 posts, according to language
Castellano_ Deutsch_ Nederlands_ English_ Français_ Italiano_ Polski_ Português_ Russkyi_ Suomi_ Svenska_ Türkçe_ The.Supplement
First few lines of all posts of last 24 hours || of past 30 days | of 2002 | of 2003 | of 2004 | of 2005 | of 2006

Syndication Of A-Infos - including RDF | How to Syndicate A-Infos
Subscribe to the a-infos newsgroups
{Info on A-Infos}

(fr) Andre Pasclair : le chef ideal - Quebec

Date Thu, 20 Jul 2006 23:26:29 +0200 (CEST)


André Pasclair : le chef idéal
Par Marc-André Cyr

En politique, la médiocrité est depuis toujours la norme. Comme si elle était le
fruit inévitable d?une fatalité quelconque, elle prend, comme bien d?autres
calamités polluant le monde, une place normale dans nos vies; tellement qu?on ne
la combat même plus. Mais depuis quelques décennies - sans vouloir amoindrir ce
qu?ont subi les générations précédentes - le discours politique dominant semble
caractérisé par une insipidité historiquement inégalée.

Le tournant qu?a pris la gauche parlementaire depuis le début des années 1980
compte certainement parmi les explications de ce tristephénomène. N?ayant pas eu le
courage de combattre les attaques de la classe dominante contre le modèle
keynésien, cette gauche (du moins sa majorité) a pris le tournant néolibéral avec
une pathétique résignation. À partir de ce moment, elle a géré, main dans la main
avec la droite, les transformations nécessaires à l?expansion du capitalisme
(déréglementations, privatisations et coupures).

Faute d?idée et d?originalité, les progressistes parlementaires ont ainsi été
littéralement avalés par les forces libérales et conservatrices. Le centre-gauche
s?est déplacé au centre-droit, permettant ainsi à la droite de poser son gros
derrière jusqu?à l?extrême - le centre, pour sa part, a continué en toute quiétude
de nous éblouir par son inexistence manifeste.

Comme si tout le monde se pliait désormais aux lois divines du Capital, on se
retrouve aujourd?hui avec des politiciens de droite qui se réclament de la gauche
sans que le moindre hurlement d?indignation ne se fasse entendre. Au Québec, le cas
le plus éloquent de cet aplatissement idéologique est sans aucun doute
incarné par le très souriant André Boisclair.

En entrevue, le jeune et séduisant politicien affirme que le PQ est de gauche et,
du même souffle, que l?analyse gauche-droite ne s?applique pas au Québec:

«Le Parti québécois est un parti social-démocrate progressiste et qui a compris une
chose importante. Au Québec, au-delà des étiquettes et de l'analyse fine qu'on peut
faire sur la droite, la gauche et les explications qu'on peut donner comme
intellectuel sur ces questions, c'est qu'on est un peuple de 7,6 millions
d'habitants. On occupe un territoire qui fait trois fois et demie la France[1]».

Après ce petit cours de géographie fort instructif, l?intellectuel poursuit son
«analyse fine»:

«Si le Québec veut continuer à se développer, il y a une règle: c'est qu'on n'a
pas les moyens de perdre quiconque (?) Et si le Québec veut continuer d'être
compétitif sur la scène internationale, il faut qu'il y ait un dialogue intelligent
et responsable entre le public et le privé».

Suivant la mode du jour, Boisclair est un social-démocrate «heureux» d'avoir fait
partie d'un gouvernement qui a réduit les impôts des entreprises[2], un
nationaliste contre la nationalisation de l'eau [3], un progressiste favorable aux
Partenariats publics-privés (PPP) [4] et un gauchiste qui désire créer un fond de
remboursement de la dette[5]. Le chef du PQ a également salué les signataires du
Manifeste pour un Québec lucide pour leur «contribution importante»[6] et vient
tout juste de nommer un think tank de droite, Michel Audet de l?Institut économique
de Montréal, dont il apprécie la «qualité des idées», comme conseiller spécial[7].
Concernant la souveraineté, on remarque que le grand chef n?a pas son pareil pour
soutirer à ce projet (quoique le mot est fort) ses derniers lustres progressistes.
En entrevue, il affirme qu?il parlera de souveraineté «au moins autant que M.
Mulroney a parlé du libre-échange en 1988» et que le Québec est une «entreprise»
que l?on ne peut redresser «en partant de la succursale»[8]. Inspirantes images,
n?est ce pas ?

Mais toutes ces déclarations n?ont absolument rien de spéciales ou
d?extraordinaires. Au contraire, s?il y a une chose de claire avec Boisclair c?est
qu?il est un politicien d?une banalité consommée qui ne fait que suivre le chemin
tracé par Parizeau, Bouchard et Landry. Il suit le courant ordonné par la fosse
sceptique néolibérale, et rien d?autre.

Ce qui surprend, plutôt, c?est que certains gauchistes continuent de militer au PQ.
Car si on comprend que Boisclair puisse endormir l?électorat en le berçant de ses
fables progressistes, on se demande bien pourquoi des militants politisés ? on
pense ici au SPQ-libre - se laissent berner par un discours d?une telle
grossièreté.

Il est en effet impossible de comprendre la schizophrénie qui anime cette gauche
étrange si l?on oublie qu?elle est motivée par une autre idéologie que celle de la
sociale-démocratie. C?est ailleurs qu?il faut chercher pourquoi certains
progressistes ont encore la tête dans le PQ, dans un autre cadre idéologique, celui
du nationalisme.

Car selon eux, même vidée de son contenu progressiste, comme c?est le cas depuis au
moins 1995, la souveraineté restera toujours, voire éternellement, un projet de
gauche. Aucun argument ne peut ébranler cette conviction viscérale : puisqu?on ne
pourra jamais régler les conflits sociaux et environnementaux sans avoir notre
État, la lutte de libération nationale se situe au-dessus de ces mêmes conflits.
Elle est une première étape essentielle sans laquelle rien n?est possible. C?est la
conviction de ce fait jamais démontré qui les amène à vivre leurs contradictions
sans que leur cerveau ne casse en deux. C?est elle qui les amène à militer, au nom
des «idéaux les plus élevés de liberté et de justice sociale»[9], à la construction
d?un État capitaliste et autoritaire, au sein de cette «grande coalition
nationale» qu?est le PQ, un parti antisyndical et chauvin.

D?après eux, la lutte de libération nationale se situe dans la sphère inatteignable
et transcendante de la Nation ? ou plutôt de l?idée qu?ils se font de celle-ci. À
une telle hauteur, ils s?élèvent effectivement au dessus des conflits sociaux pour
se mettre à flotter avec légèreté dans le vide.

À ce niveau, nous sommes d?accord avec les «progressistes» du PQ. En matière de
vide, il est certain qu?André Boisclair sera le chef idéal.

Notes

[1] Novembre 2005.
[2] Débat à Deux Montagnes lors de course à la chefferie du PQ (octobre 2005)
[3] Débat à Rimouski (octobre 2005)
[4] Ibid.
[5] La Presse, jeudi 22 septembre 2005, p. A1.
[6] Le Téléjournal/le Point, octobre 2005.
[7] Le Devoir, vendredi 9 juin 2006, p.A5
[8] Le Téléjournal/Le Point, novembre 2005.
[9] Déclaration de principes du SPQ-libre : www.pierredubuc.org

_______________________________________________
A-infos-fr mailing list
A-infos-fr@ainfos.ca
http://ainfos.ca/cgi-bin/mailman/listinfo/a-infos-fr


A-Infos Information Center