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(fr) Hommage a la revolution espagnole

Date Fri, 14 Jul 2006 12:30:40 +0200 (CEST)


Rassemblement, 19 Juillet, 19 heures, Allee Federica Montseny - Toulouse
(boulevard des Recollets, entre la rue du Feretra et la Cite Empalot
Daste. Autobus lignes 38 & 53, arret ?Recollets)
( Journalistes & medias non souhaites )

19 JUILLET 1936 : REVOLUTION SOCIALE & VICTOIRE SUR LE FASCISME

Mille neuf cent trente six. Le talon de fer de l'Etat et du capitalisme
ecrase l'Europe. En URSS le capitalisme d'Etat s'installe dans une
dictature sanglante. En Allemagne c'est le cauchemar nazi. En Italie
regne le fascisme mussolinien. Au Portugal, Salazar impose la terreur. A
l'oppose de cette domination bestiale qui etendra rapidement ses
tentacules a tout le continent, les ideaux de liberte et d'egalite vont
triompher un moment en Espagne grace a la Revolution sociale et
libertaire du 19 Juillet 36. Les militaires espagnols imbibes
d'autoritarisme et de colonialisme, se sentaient un destin national de
mercenaires au service des industriels et des grands proprietaires.

Quand ils font leur coup d'Etat, le 18 Juillet 1936, ils pensaient que
tout irait vite, qu'en Espagne comme ce fut le cas en Allemagne ou en
Italie, la population se soumettrait a la brutalite de la force armee. C
est l'inverse qui se produisit. Contre les generaux
traitres, il se leva dans les 24 heures un ras de maree
revolutionnaire qui allait submerger non seulement les militaires
fascistes mais egalement la bourgeoisie dominante.

Dans leur calcul, les reactionnaires et les fascistes d'Espagne
avaient oublie que le contexte social de ce pays etait differend du
reste de l'Europe.

Depuis des decennies que se succedaient dans ce pays les greves de
solidarite et que se multipliaient les ?ateneos? (centres culturels
libertaires), il s y etait developpe une culture d'auto-organisation.
Les luttes dans les quartiers et dans les entreprises, menees par la
base, avaient forge une mentalite qui refusait la soumission. Les
ouvriers et les paysans ne suivaient pas les politiciens.
Contrairement a de nombreux pays dans ces annees, le Parti communiste et
le parti fasciste (en Espagne, les phalangistes) etaient
groupusculaires. Cette situation inedite qui a permis la premiere
defaite historique du fascisme fut l'?uvre de l'anarchisme militant. La
specificite des militants anarchistes espagnols etait d'etre
majoritairement issus des classes exploitees. D'origine paysanne ou
ouvriere ils restaient dans leur milieu pour y mener la lutte de classe.
A l'inverse de ce qui s'est produit en France, ils ne
rejoignaient pas les appareils syndicaux reformistes. Ensemble, avec
leurs collegues et avec leurs voisins, ils ont construit une
federation de groupes et de syndicats qui avaient tous pour projet le
communisme libertaire et dont le fonctionnement et les tactiques
essayaient d etre en coherence avec leurs finalites.

LA FORCE ET LA CONFIANCE COLLECTIVE DES MASSES

En consequence, Le 19 juillet 1936 vit non seulement la defaite des
militaires factieux battus par le peuple en armes mais la naissance d
une Revolution sociale et libertaire. Cette journee fut historique car
la force et la confiance collective furent telles que
spontanement des masses d'hommes et de femmes descendirent dans la rue
pour s'opposer au coup d'Etat. Dans la plus grande partie du territoire
on vit des militaires, au depart arrogants et prets a toutes les
brutalites, reculer devant des foules decidees a ne pas se laisser faire
puis finir par se rendre au premier venu.

Tout comme ils avaient gagne leur liberte, tout aussi naturellement et
dans un meme mouvement les paysans se reappropprierent les terres des
grands possedants et les ouvriers prirent en main les machines. Dans les
champs, surtout en Aragon, Valence et Catalogne, il y eut un
regroupement des terres cultivees en commun au sein des Collectivites
villageoises. Chacun etait libre de participer ou pas a ces
Collectivites. Mais meme les plus sceptiques y adheraient quand ils
constataient que la Collectivite produisait mieux pour tous et avec
moins de travail. Quant aux ouvriers catalans ils placerent leur
entreprise en autogestion et au service de tous.

Bien entendu les privileges, les traditions et l'obscurantisme
religieux furent jetes par la fenetre. Dans le pays de l inquisition, on
eut le droit de vivre en union libre ou de divorcer. C'etait dans une
atmosphere de liesse, de bonheur partage et de fraternite que le peuple
marchait vers un futur plus juste et plus humain en cet ete de 1936.

Cela pouvait etre contagieux. La bourgeoisie ne pouvait supporter un tel
exemple. Elle etait consciente de l'ampleur du vide politicien
occasionne par la socialisation et l'autogestion des moyens de
production qui ne laissaient aucune place aux gesticulations
politiciennes. Le communisme libertaire etait en marche et rendait
inutile toute forme de pouvoir et de hierarchie. Le premier acte des
anciens dirigeants politiques fut d inciter les anarchistes a
participer a un gouvernement de front populaire.

Ceux ci commirent l'erreur d accepter. Certains, dont Federica
Montseny, furent nommes ministres et ce n'est que trop tard qu'ils
s'aviserent d'avoir ainsi remis le pied a l'etrier aux adversaires de la
Revolution sociale. Ces derniers preferaient tout plutot que
l'emancipation sociale. Ils allaient peu a peu accomplir leur travail de
sape. Les politiciens professionnels socialistes et communistes, alors
qu'ils ne representaient rien, siegerent egalement dans le gouvernement
republicain unitaire qui sera de moins en moins
symbolique et de plus en plus reactionnaire. De plus, le capitalisme
avait de nouveau un pied dans chaque camp et pouvait man?uvrer au niveau
international. Dans le camp fasciste, bien sûr, les nazis de Hitler et
les chemises noires de Mussolini vinrent soutenir Franco. Dans le camp
?democrate?, les bourreaux staliniens furent invites par les dirigeants
republicains. Le but des uns et des autres etait
commun : ecraser les libertes et liquider les militants et les
conquetes revolutionnaires. Apres les journees de mai 1937 a
Barcelone ceci se realisa au grand jour. On assista alors a la
repression ouverte contre les dissidents anarchistes ou marxistes, puis
a la destruction des collectivites par les chars du Parti
Communiste Espagnol. Ce fut la militarisation de la societe. La
transformation par la force de la revolution en une guerre
traditionnelle, dont l'episode culminant fut l'imbecile bataille de
l'Ebre, et qui n'apporta que du sang et des larmes.

Ce fut a l'aube de la deuxieme guerre mondiale -dont elle constitua de
bien des manieres une repetition generale- que prit fin la
republique espagnole.

C'etait en 1939.

Un militant




ALLEE FEDERICA MONTSENY

"Nous sommes des hommes sans dieu, sans maitre et sans patrie",
aimait a rappeler Fernand Pelloutier, un des fondateurs du
syndicalisme francais. Nous ne pratiquons pas l'idolâtrie fut-ce envers
l'un des notres, aurait-il pu ajouter. Militante reputee du mouvement
libertaire espagnol, Federica Montseny joua dans
"l'histoire officielle" un role de premier plan. C est pourquoi une
allee de Toulouse, ou elle vecut longtemps, lui a ete dediee. Mais, pour
nous, elle est avant tout une militante. Ni plus ni moins que chacun des
centaines de milliers de militants que l
anarchosyndicalisme a compte.

Le chemin militant est parseme d'embûches. Poussees par les
circonstances, les structures nationales de la CNT et de la FAI
commirent une erreur tragique, que Federica Montseny, avec trois autres
compagnons, accepterent d incarner en prenant chacun un
ministere dans le gouvernement de la republique espagnole. Federica
Montseny eu le courage de reconnaitre cette erreur. Elle continua le
combat au sein de la CNT et de la FAI jusqu a son dernier souffle,
restant toute sa longue vie cette femme petrie des idees de liberte, de
solidarite et de justice sociale, a travers qui vibrait l'ideal
libertaire.

En dehors de cette Allee qui porte son nom, rien ne rappelle a
Toulouse la presence de nos compagnons espagnols. L'union locale CNT- AIT
de Toulouse appelle les 19 juillet a 19 h. a venir y rendre
hommage a tous ceux, militants connus ou anonymes, qui ont ecrit avec la
Revolution espagnole une des plus belles pages de l'histoire de
l'humanite.

F.


--------------------

COLLECTIVISATIONS . L'?UVRE CONSTRUCTIVE DE LA REVOLUTION ESPAGNOLE

La C.N.T. d Espagne (Confederacion Nacional del Trabajo, section
espagnole de l Association Internationale des Travailleurs) s'etait
construite sur un objectif : liquider le capitalisme & l'Etat et les
remplacer par une societe libre, reposant sur une economie autogeree
egalitaire et solidaire.

Des les origines de la C.N.T., les militants anarchosyndicalistes
avaient etudie la question economique et sociale, analyse les
difficultes qui surgiraient inevitablement lors d une revolution,
invente des solutions, popularise leurs idees dans la population par de
multiples discutions, conferences, publications [1].

Surtout, par la lutte quotidienne et une reflexion critique constante
ils avaient developpe a l'extreme leur capacite a conjuguer autonomie
d'action individuelle et organisation federative. Il n est pas
etonnant des lors que la reponse au coup d'Etat fasciste fut non
seulement la levee en masse populaire du 19 juillet 36 mais aussi la
mise en pratique, partout ou cela etait possible, d une nouvelle societe
qui reposait sur les Collectivisations.

"C est a la campagne que la realisation du Communisme Libertaire revet
la plus grande simplicite car elle se reduit a mettre en
vigueur la Commune Libre" [1], ecrivait Isaac Puente.

De fait, en Aragon, Catalogne, Levant, Castille, Andalousie,
Estremadure,... les Collectivisations se repandirent comme une
trainee de poudre. En Aragon par exemple, il y avait 36 collectivites en
fevrier 1937 et 57 en juin de la meme annee. Le chiffre de 400 fut
rapidement atteint.

Dans la region du Levant (Valence), on denombrait plus de 500
collectivites en 1938.

Dans une paysannerie impregnee depuis des annees par l'ideal
anarchosyndicaliste, elles resulterent de la constitution spontanee des
groupes de travailleurs qui se partageaient les cultures ou les terres.
Egalement spontane fut la reunion des delegues elus par ces groupes dans
le but d orienter le travail general. Outre ces reunions et les reunions
des groupes specialises dans telle ou telle tâche, des reunions de la
Collectivite toute entiere avaient lieu :
Assemblees Generales hebdomadaires, bi-mensuelles ou mensuelles selon
les cas. On s y prononcait sur l activite des mandates nommes par la
Collectivite, sur les cas speciaux, sur les difficultes imprevues...

Tous ceux qui avaient adhere a la Collectivite, hommes et femmes, qu ils
fussent producteurs ou non, intervenaient dans le debat et
participaient aux decisions. Souvent meme les
"individualistes" (personnes qui n avaient pas rejoint la
Collectivite et qui gardaient leur propriete individuelle ; la seule
limite etant qu ils ne pouvaient avoir plus de terre qu ils n en
pouvaient cultiver) pouvaient se prononcer et voter dans ces assemblees.

La solidarite portee au degre extreme etait la regle generale des
Collectivites agraires. Non seulement le droit de tous a la vie etait
assure, mais dans les federations de collectivites le principe de
l'appui mutuel etait toujours de plus en plus developpe grâce aux fonds
communs dont profitaient les zones moins favorisees.

DE CHACUN SELON SES FORCES A CHACUN SELON SES BESOINS

Les Collectivites etaient en pratique des structures qui appliquaient le
grand principe communiste libertaire "De chacun selon ses forces, a
chacun selon ses besoins". Dans les Collectivites qui avaient aboli
l'argent, chaque membre recevait directement la quantite de
ressources materielles necessaires.

La ou l'argent avait encore ete maintenu, c etait un salaire familial
qui etait verse. Des experiences de "monnaie fondante" (ne permettant
pas la capitalisation) furent egalement faites. La methode technique de
repartition differait en fonction des choix faits par l assemblee
generale des collectivistes, mais le principe moral et les resultats
pratiques etaient les memes.

La collectivisation ne s arreta pas aux portes des villes. Au moment de
la Revolution il s agit de "prendre possession collective des usines,
ateliers et chantiers, des logements, des edifices et des terres, des
services publics et des marchandises et matieres
premieres emmagasines" [1]. Dans de multiples industries
(metallurgie, bâtiment, textile...) les usines furent collectivises et
les assemblees generales de producteurs geraient leur
fonctionnement. Le travail fut rationalise dans un objectif social ;
Toutes les observations demontrent que, loin de s effondrer, la
production des usines autogerees, dans ce pays en guerre, soit se
maintint au niveau anterieur, soit, souvent, se developpa. Dans de
nombreux cas, les transports et les services (coiffeurs,
restauration, distribution...) furent egalement socialises et les
collectivisations urbaines completerent leur action en creant d
autres lieux de socialisation de l'economie comme des cooperatives de
consommation.

Une conquete d enorme importance dans ce pays ecrase pendant des siecles
par la religion a ete le droit de la femme a la vie, quelles ques
fussent ses fonctions sociales. De meme, les enfants ont vu leur droit
reconnu spontanement, non comme une aumone accordee par l'Etat, mais
comme l exercice d un droit que nul ne pensait plus nier.

Les Collectivites n'ont pas ete l ?uvre exclusive des
anarchosyndicalistes, bien qu elles se soient construites sur les bases
preconisees par eux. L elan que les anarchosyndicalistes
avaient su creer leur a permis souvent de recueillir la participation
spontanee de personnes venues d horizons les plus divers
(socialistes, republicains ou memes catholiques en Estremadure par
exemple).

CHARS FASCISTES ET COMMUNISTES CONTRE LES COLLECTIVITES

Les Collectivites se heurterent a de nombreux obstacles, dus a
l'opposition que leur manifestaient non seulement certains
proprietaires mais surtout l ensemble des partis et les organisations
syndicales conservatrices (socialistes, republicains, communistes [2])
et bien sûr le gouvernement. Cependant, les echecs furent peu nombreux.
Dans ses enquetes, Gaston Leval [3] qui s est
particulierement interesse a la question declare "J ai rencontre
seulement deux insucces : celui de Baltana et celui d Ainsa, au nord de
l Aragon".

Les Collectivites ne furent vaincus que la force militaire. A la fois
celle des troupes fascistes de Franco qui detruisaient les Collec-
tivites au fur et a mesure de leur avancee et, a l'interieur des
frontieres de la republique par les bataillons du Parti Communiste. Ce
dernier equipe et soutenu financierement par Staline avait
constitue des brigades (Brigade Karl Marx dans la province de Huesca,
Brigade Maria Companys dans celle de Terruel...) qui, loin de
combattre l'armee de Franco [4] lancaient leurs chars d'assaut contre
les paysans desarmes des Collectivites.

Ecrases par la force brutale, les Collectivistes espagnols ont
cependant demontre pendant des mois, a la face du monde, en plein XXeme
siecle qu une autre economie et qu une autre societe etaient reellement
possibles. Francesito


Notes
[1] Une des plus connues fut la brochure "El Comunismo Libertario"
d'Isaac Puente, publiee en 1932.

[2] Le POUM lui-meme, quoique compose de marxistes heterodoxes,
opposes a la fois a Staline et a Trotski, ne bascula dans le camp de la
revolution qu apres avoir ete exclu du Gouvernement de la
Generalitat Catalane. En juin 37 un manifeste de sa section
aragonaise attaquait encore les Collectivites.

[3] Gaston LEVAL, "Ne Fraco Ne Stalin, le colletivita anarchiche
spagnole nelle lotta contro Franco e la reazione staliniana", Milan,
1962. L essentiel de cet article (en particulier les exemples et les
chiffres) est tire de cette source.

[4] Elles refuserent par exemple de participer a la bataille pour la
reprise de Huesca et deserterent dans celles de Vinel del Rio et d
autres communes de la region carbonifere de Utriglios.


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