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(fr) Une nouvelle lutte à mener : détruire les illusions d'égalité

Date Thu, 6 Jul 2006 13:15:53 +0200 (CEST)


Les discours antiféministes vont bon train aujourd'hui pour dire que la
vie en société s'est complètement retournée à la faveur des femmes et au
désavantage des hommes: Elles auraient tous les droits, et eux seraient
en crise identitaire, déboussolés et laissés-pour-compte. C'est bien
connu, l'article constitutionnel sur l'égalité en 1981, la grève des
femmes en 1991 et la loi sur l'égalité (Leg) en 1996 ont tout raflé, les
hommes n'ont plus rien (=plus une femme à se mettre sous la main). Cette
vision des choses est d'une mauvaise foi si évidente qu'il est encore
relativement facile de la combattre. Mais il en est une autre, plus
répandue et plus insidieuse, qui consiste à penser que l'égalité entre
les femmes et les hommes est désormais atteinte et qu'elle n'est plus un
problème fondamental. Les inégalités qui subsistent seraient résiduelles
et non plus structurelles, elles devraient disparaître d'elles-mêmes avec
l'évolution de la société inexorablement entraînée vers l'égalité. Cette
illusion d'égalité est plus insidieuse que l'antiféminisme primaire que je
viens d'évoquer parce qu'elle fait valoir l'idée d'un monde juste auquel
tout le monde a envie de croire. On croque alors dans cette croyance
comme dans une pomme. Plus encore, on polit toutes les aspérités de la
pomme, on la lave des pesticides qui ont pu la contaminer: on croit
fabriquer l'égalité et participer soi-même, dans le quotidien, à sa mise
en oeuvre concrète.
Voyez par exemple le partage des tâches ménagères. On en a tellement
parlé, on a tellement dit "le partage, c'est bien", "il n'y a aucune
raison pour que le travail domestique soit à la seule charge des femmes",
"les hommes doivent en faire plus", que tout le monde est d'accord avec
l'idée. Or que constate-t-on? Qu'elle n'est toujours pas appliquée.
Bizarre non? Pourquoi ne pas mettre une idée en ½uvre quand on la trouve
bonne? Ce n'est pas, contrairement à ce qu'on dit, parce que du principe
à sa concrétisation ce serait le grand écart. C'est parce que cela permet
de donner le change, ou, si vous préférez, de sauver les apparences: En
adhérant au principe d'égalité, on affiche son respect de la norme
sociale obligée et valorisée qu'est devenue
l'égalité (dans les discours), même si, parallèlement, l'on continue son
petit bonhomme de chemin (dans les pratiques), pétri d'inégalités dont on
s'accommode fort bien parce qu'on en retire des avantages (eh oui, il y
des inégalités dont certaines personnes profitent !). L'équation "je suis
pour l'égalité, donc je suis égalitaire" fait force à elle seule de
laissez-passer pour penser qu'on a fait ce qu'il fallait pour lutter
contre le patriarcat. Ainsi, l'illusion d'égalité est double: L'idée
d'égalité ne fait plus problème - donc le problème du non-partage des
tâches comme de toute inégalité des sexes n'existe plus - et chacunE à sa
manière pense oeuvrer à l'égalité en affirmant son adhésion au principe.
Une dynamique tout à fait similaire se dégage des politiques
institutionnelles dites positives qui disent pratiquer l'égalité des
chances pour "rééquilibrer" la présence des femmes et des hommes dans la
sphère publique. Prenons l'exemple des mises au concours de postes
universitaires qui précisent dans leur annonce "qu'à compétences égales,
les candidatures féminines seront privilégiées". Cette petite phrase ne
coûte rien, mais elle rapporte beaucoup: elle donne à croire que tout a
été mis en place pour respecter l'égalité, et se dédouaner du fait
qu'elle ne se concrétise pas (les femmes ne constituent toujours, dans ce
pays, que 12% du corps professoral, alors que la majorité des étudiantEs
sont des femmes). En effet, sous des dehors habiles (= égalitaires), la
petite phrase en question ne change en rien les règles (patriarcales) du
jeu: La "carrière" et les "compétences" restent pensées par et pour des
hommes. Dans ce cadre, appliquer l'égalité des chances, c'est demander
aux femmes de s'aligner sur le modèle masculin. Ce qui est une manière à
la fois de nier, de reproduire et de légitimer les inégalités.
Face à ces effets pervers de l'illusion d'égalité, les combats législatifs
ne sont pas une réponse satisfaisante. Les lois (comme la Leg) produisent
une égalité formelle qui entretient les illusions, lesquelles conduisent
à ne plus se battre pour qu'elle devienne une égalité de fait. Il est
plus urgent de développer un mouvement qui s'en prend à la masculinité du
fonctionnement de nos sociétés, qui cesse de vouloir aligner les droits
des femmes sur ceux des hommes, et qui au contraire redéfinit les droits
des hommes en fonction d'un projet d'égalité qui transforme réellement et
radicalement les rapports sociaux.

[ article tiré de Rebellion # 37, feuille d'agitation de l'Organisation
Socialiste Libertaire (Suisse) - www.rebellion.ch ]
[ expéditeur/expéditrice <info(a)rebellion.ch> ]
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