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(fr) La veritable scission dans AC !

Date Mon, 23 Jan 2006 14:10:20 +0100 (CET)


Alors que le gouvernement poursuit inlassablement sa politique de
stigmatisation des chômeurs et de réduction de leurs droits, le mouvement
AC ! (Agir ensemble contre le chômage) connaît sa première réelle
scission, après un peu plus de dix ans d?existence pourtant déjà très
tourmentée. Cela s?est passé à l?automne dernier, lors des assises du
mouvement, au Mont-Dore, dans le Puy-de-Dôme.

Evidemment, la situation n?est toujours pas clarifiée et deux secrétariats
différents s?affirment ? secrétariat des collectifs ?. Mais en regardant
les choses d?un peu plus près, on se rend compte qu?il y a bien d?un côté
un réseau de collectifs réellement existants qui produit des analyses,
fait des actions, entretient le site Internet et continue à utiliser les
outils historiques de liaison entre les collectifs comme les listes de
diffusion tout en assurant une permanence nationale ; et de l?autre une
poignée d?individus absents du terrain, communiquant avec la presse et
ayant créé d?autres listes de diffusion dont l?accès est soumis à
cooptation. Mais ce sont ces derniers qui, par leur maîtrise des
mécanismes institutionnels, ont pu partir avec la caisse, laissant sans
ressources celles et ceux qui continuent à entretenir le réseau. Entre ces
deux pôles, il y a un ensemble de collectifs qui ne se sont pas
positionnés et qui, de fait, se sont repliés sur leur terrain local. Ces
assises ont mis fin à plusieurs mois d?échanges de mails au ton parfois
blessant entre différentes conceptions de fonctionnement, notamment sur le
rôle du secrétariat : fonction technique (rendre compte du courrier qui
arrive, assurer le paiement des factures) ou fonction de ? porte-parole ?,
de représentation. La dernière charte de fonctionnement du réseau des
collectifs AC ! avait clairement tranché pour le premier cas de figure,
mais, dans les faits, le permanent du réseau se positionnait dans les
médias comme porte-parole et prenait les décisions d?engager la signature
d?AC ! tout seul, sans en référer au réseau, toujours au nom de
l?efficacité et de l?urgence. Le trésorier, lui, ne prenait même plus la
peine d?assister aux coordinations et conservait chez lui la comptabilité
et de nombreux dossiers, entretenant ainsi un climat d?opacité et de
suspicion.

Mais derrière cet antagonisme à propos du fonctionnement d?une
organisation, il y a deux conceptions radicalement différentes de
l?organisation. L?une est horizontale ; elle tient compte de la
multiplicité des points de vue ; les prises de décision, les positions
communes y sont soumises à débat. L?autre est verticale ; elle appuie sa
légitimité sur la représentation ; au nom de l?urgence et de l?efficacité,
les décisions y sont prises par un petit cercle restreint (voire une
personne) et ne sont pas soumises à débat. C?est sur cette question que
s?est structuré l?antagonisme qui a abouti à la scission.


? Un éloignement provisoire ?

En septembre dernier, les partisans du ? centralisme démocratique ? ont
lancé l?offensive par un texte initié par l?un d?entre eux puis signé par
quelques autres. On peut y voir se profiler le putsch. En effet, ce texte
propose d?entrée de jeu un vote lors des assises. Or cette procédure est
exceptionnelle puisque, historiquement, c?était le consensus qui avait
cours dans le mouvement. Dans un deuxième temps, le texte propose
d?exclure des militants, avec l?emploi d?une novlangue qui fait assez
froid dans le dos : ? un éloignement provisoire et nécessaire à la
clarification, à la reprise d?activités politiques réellement
constructives ?. Il affirme ensuite la nécessité de nettoyer le local d?AC
! de celles et ceux qui l?occupent indûment, en l?occurrence le collectif
AC ! Air libre, qu?il ne nomme pas explicitement mais tout le monde peut
le reconnaître. L?auteur de ce texte exprime ensuite sa souffrance de ne
plus pouvoir assumer de porter fièrement son badge AC ! à cause de la
manière d?agir du même collectif (toujours pas nommé). Et c?est sans doute
là qu?apparaissent vraiment les choses les plus importantes de ce texte
pour situer des enjeux futurs : ? Nos relations avec les partenaires et
alliés politiques avec qui nous avions coutume d?agir ? sur nos positions
? sont devenues exécrables. A la fin d?une manifestation (victimes
d?incendies dans les immeubles insalubres), un affrontement physique fut
évité de justesse avec les membres d?un parti politique ? par ailleurs
fort critiquable... Ce type de comportement ajoute à notre discrédit déjà
grand. ? Le parti en question, ce sont les Verts, mouillés en tant qu?élus
dans la gestion de l?urbanisme et de l?habitat parisien et attaqués en
tant que tels par les militants d?AC ! Air libre, également investis dans
un comité des mal-logés en colère.

On peut poser l?hypothèse, à partir de ce morceau de texte, que la
pratique autonome de certains collectifs AC ! gêne les recompositions en
cours à la gauche de la gauche, dans la perspective de l'élection
présidentielle de 2007. Ensuite, ce texte propose un ? retour aux
fondamentaux ? d?AC ! : la réduction du temps de travail à 32 heures et le
droit au revenu, pensé comme réponse à l?urgence mais aussi comme
redéfinition de la question du travail. Et celles et ceux n?entrant pas
dans ce cadre revendicatif se voient traités de ? handicapés sociaux ?, de
? bras cassés radicaux ? et de ? lumpenproletariat ?. Au moins, la
conception autoritaire de l?organisation est explicite. Et d?ailleurs, le
texte abat ses cartes dans ce sens-là : le secrétariat doit rester dans la
capitale. Pourquoi ? ? Pour des raisons évidentes ?. L?équipe ainsi
reconstituée doit pouvoir fonctionner avec efficacité. Premier acte à
accomplir : assurer la réconciliation avec les associations, syndicats et
partis politiques que toutes les pratiques irresponsables ont éloignés du
mouvement.

Ce texte a été signé ensuite par une quinzaine de personnes et a servi de
base au putsch, ce qui était sans doute sa fonction réelle, puisque ça
n?est pas sa qualité théorique qui en fait l?intérêt.


L?autonomie des luttes

Bien que très médiocre, ce texte a provoqué un débat intéressant qui
aurait pu permettre de dépasser cette situation si la volonté de débattre
avait été partagée. Ainsi, une militante d?AC ! 93-Est produit un texte où
elle exprime sa conception du fonctionnement d?AC ! : ? (...) AC ! doit
continuer à être un réseau de collectifs qui grâce à ses luttes
spécifiques, selon son lieu, ses moyens et sa réalité du terrain porte les
paroles, les revendications des précaires. Plus les luttes se
multiplieront, plus tôt nous entrerons dans un rapport de forces
conséquent car l?autonomie des luttes n?est pas opposable à l?émergence
d?une lutte de classe avec ses propres revendications. ? Et elle ajoute :
? Pour ceux qui souhaitent entamer un divorce ou une scission présentant
certains militants comme les ?méchants pauvres? qui ne comprennent rien à
la politique, je pose la question suivante : pourquoi présenter les
actions menées par ?Air libre? comme des actions contreproductives, alors
qu?elles ont initié des volontés chez des personnes désabusées et des
créations de collectifs ? Les tracts, les discours d??Air libre? ont amené
une nouvelle génération de militants qui ne croient pas aux orgas
classiques et qui n?ont pas envie d?être récupérés. Qu?est-il proposé à
l?inverse ? Des relations plus que douteuses avec certaines orgas
(Copernic, syndicats, Verts), une signature commune sur un appel à manif,
comme si lutter se résumait à faire des alliances de circonstance. A mon
avis nos luttes sont ailleurs, là où les institutions travaillent à la
radiation des chômeurs en les présentant comme les responsables d?un
chômage endémique, partout où l?on fait de nous les coupables idéaux, que
l?on soit salariés , RMIste, chômeur, français de souche ou immigré.
? J?ai puisé dans le réseau des collectifs (...) et dans ?Air libre? un
potentiel riche dans ses expériences de lutte mais aussi dans sa
diversité, où des individus par affinité et pour des objectifs communs se
regroupent, se solidarisent ?pour ne plus courber l?échine sous les coups
reçus?. Cette diversité qui est une puissance, une richesse, ne doit pas
se transformer en organisation pyramidale avec des têtes pensantes qui
sauraient mieux que d?autres ce qu?il faut faire ou ne pas faire. ?
Ces deux textes expriment bien les termes du débat. Or celui-ci n?a pu
avoir lieu parce que les partisans du ? centralisme démocratique ?
n?avaient pas l?intention de débattre mais d?imposer leur position.
Les assises du réseau des collectifs AC! ont donc eu lieu les 15 et 16
octobre dernier. Anne, qui était à ces assises, raconte : ? Certaines
personnes présentes étaient des ?revenants? dans le sens où cela faisait
plus de cinq ans qu'on ne les avait pas vues, ou alors elles étaient
inconnues, pour certaines d?entre elles. ?
Le fond des discussions a porté essentiellement sur trois points : la
question du secrétariat national (son rôle et qui fait quoi, la question
de l'emploi aidé), le fonctionnement interne en réseau (notamment comment
et dans quel temps les décisions sont prises), les relations (avec qui et
comment on travaille) avec d'autres organisations, et en annexe la
question du local national (qui sert de lieu de permanences à la fois pour
le national et pour des collectifs locaux) rue Mathis, à Paris.


Surenchère verbale

Le soir vers 11 heure, rien n'était réglé. Déjà, depuis la fin de
l?après-midi, certains faisaient pression pour qu?il soit procédé à un
vote. Il n?était pas question pour eux qu?il y ait un débat sur le fait de
voter, alors que cette pratique est quelque chose d?exceptionnel dans le
fonctionnement d?AC !.

Le lendemain, les débat ont repris en plénière sur la question du
secrétariat. Certains ont proposé des positions de consensus. Tout de
suite ça a été la surenchère verbale. ? On arrête les tours de parole, ça
suffit, on passe au vote. Ceux qui ne veulent pas voter n?ont qu'à rester
dans cette salle, les autres vont dans celle d'à côté. ? On s?est
retrouvés dans une situation de coupure. Les collectifs qui voulaient
voter, ceux qui voulaient le consensus, et d'autres, déboussolés et non
mandatés pour voter qui restaient un peu pour écouter et finissaient par
partir, éc?urés.

Parmi les ? votants ?, on avait les ? sincères ? qui pensaient qu'il
fallait en finir et trancher, et les autres qui ont magouillé clairement.
La confiance a ainsi été votée au salarié, et la défiance au président des
Amis d'AC! (association ? couverture ? pour les finances du réseau). Un
secrétariat a été élu sans que l'on sache quelles tâches il devait
effectuer. Un nouveau bureau des Amis d?AC ! a été élu alors que son
renouvellement ne figurait pas à l?ordre du jour des assises.

Les collectifs qui n?ont pas voulu rentrer dans ce jeu ont continué, de
leur côté, les assises en faisant le compte rendu des ateliers du samedi
matin et en discutant de ce qui venait de se passer, comment continuer, et
avec qui. Un texte collectif a été écrit, Ensemble, à valider sous huit
jours par les collectifs le souhaitant. Une campagne d'action pour le mois
de novembre a été alors décidée autour de deux points : le contrôle social
et la question du revenu (Unedic). Les bases d'un quatre-pages ont été
jetées. C'est un huit-pages qui sera réalisé quinze jours après.

Il y a toujours eu des tensions très vives dans AC !. Alors, pourquoi ce
coup-ci cette situation a-t-elle débouché sur une scission ? Peut-être en
premier lieu parce que des personnes, des collectifs n?ont plus accepté
qu?il y ait de fait une direction occulte. En effet, pendant longtemps, le
fonctionnement au consensus a permis une situation assez trouble. Les
collectifs étaient autonomes et très hétérogènes. Les assises prenaient
très peu de décisions, laissant le champ libre à des ? porte-parole ? qui
faisaient un peu ce qu?ils voulaient selon la règle du ? Cause toujours ?.
C?est pour éviter cela aussi que la fonction de porte-parole avait
finalement été supprimée. Mais comme il y avait des pratiques bien
ancrées, cette fonction s?était reconstituée de fait à partir de certains
permanents.


Se sentir investi d?un pouvoir de décision

Pourtant là aussi, avec la décision de recourir à des emplois aidés, il
s?agissait de procurer du revenu à des camarades qui n?y avaient pas
droit. Ces emplois devaient tourner. Mais le problème, c?est que toutes
les personnes présentes aux assises qui ont décidé ces créations de poste
n?ont pas compris la même chose. La question des permanents a commencé
très vite à empoisonner les rapports au sein d?AC !. Le permanent recruté
pour une tâche essentiellement technique, la gestion du site web, s?en est
tenu à sa tâche, et son travail a fait consensus d?autant qu?il était
visible à travers le site web. Il n?en a pas été de même avec les autres
permanents. L?un d?entre eux, vivant à Paris, a de fait été identifié par
les médias et les institutions comme le porte-parole d?AC !. A partir de
là, il s?est senti investi du pouvoir de décision, tout en ne rendant plus
compte de ce qu?il faisait. C?est un problème classique que rencontre
toute association ayant recours à des permanents. Et quand d?autres
militants ont mis leur nez dans ce qui était fait au nom d?AC !, ils sont
allés de surprise en surprise. Ainsi, le 16 août dernier, des militants
d?AC ! Air libre découvrent que le permanent parisien est membre du ?
comité d?animation du site web de la Lettre de l?insertion par l?activité
économique ? et qu?AC ! figure dans la liste des ? acteurs et opérateurs
nationaux de l?insertion ?. Réactions immédiates de militantEs : ? Nous ne
comprenons pas ce que fait AC ! avec tous ces organismes, dont le but est
le retour à l?emploi forcé des chômeurs et des RMIstes, le flicage, les
petits boulots de merde... Plusieurs de ces organisations esclavagistes
ont été occupées par AC ! Air libre, en réaction à la politique
d?insertion au niveau national et à celle de la Ville de Paris en
particulier. ? Quand on sait en plus que les Verts sont mouillés dans tous
ces systèmes qui relèvent de ce qu?on appelle l?économie solidaire?
Autre pomme de discorde : le Forum des luttes sociales (FLS). ? Le FLS,
écrit une militante d?Alençon, est un état-major à la mexicaine (beaucoup
de généraux, fort peu de troupes) censé représenter quelques organisations
(SUD, Droits devant, DAL, Confédération paysanne, etc.) et lancer des
mobilisations communes. Il n?a jamais rien lancé, mais il permet à
quelques personnes de jouer aux chefs et de se donner l?illusion d?écrire
l?Histoire. C?est aussi un des lieux du ?mouvement social? d?où doit
surgir une ?gauche de la gauche recomposée? pour les élections de 2007. Le
9 avril, constatant que, sur le terrain, les militants des organisations
censées appartenir au FLS ne sont pas informés de leur initiative, les
deux marches (Montluçon et Sud-Ouest) estiment nécessaire de publier un
communiqué de presse précisant que ?Nos marches sont organisées en toute
autonomie, par les précaires eux-mêmes? et qu?elles ?ne sont nullement
organisées ou chapeautées par le FLS?. Ce qui n?empêche pas le FLS
d?organiser deux jours plus tard une conférence de presse pour revendiquer
l?organisation de ces marches, ni M. (le permanent d?AC !, NDLR) de jeter
à la presse cette pensée profonde : ?Ça fait longtemps que les mouvements
sociaux ont repéré ce qu?on appelle aujourd?hui le 'malaise social', et
nos marches sont aussi une manière d?agir et de se mobiliser ensemble à
partir du local.? ? La même militante pointe d?autres problèmes de
démocratie : signature d?un appel de la fondation Copernic ? pour un
Grenelle de l?UNEDIC ? ; signature avec les associations de chômeurs d?une
lettre geignarde adressée aux confédérations syndicales siégeant à
l?UNEDIC ; signature d?un texte au côté des Verts du 13e arrondissement
dénonçant la politique du logement de la droite après l?incendie d?un
troisième immeuble, le 30 août, alors que deux des immeubles déjà
incendiés étaient gérés par les Verts par le biais de la SIEMP. Ce tract
ne met à aucun moment en cause la politique immobilière de la Ville de
Paris. D?où les incidents entre des militants d?AC ! à la manifestation
qui a suivi.
Mais ce qui a sans doute été inacceptable pour les putschistes, c?est le
refus par les assises d?AC ! d?appeler à voter ? non ? au référendum, au
printemps dernier. Là, ils ont senti qu?ils ne contrôlaient plus
l?expression politique d?AC ! Or l?enjeu était de taille, à savoir la
recomposition en cours d?une force politique à la gauche du PS, avec comme
pilier important la Fondation Copernic et ce qui allait devenir les
Comités du 29 mai. On retrouve dans cette opération des membres fondateurs
d?AC ! comme Claire Villiers, Claude Debons ou Michel Husson. Alors que la
décision des assises avaient été prises sans ambiguïté, on avait vu le
permanent d?AC !, membre de la Fondation Copernic, revenir à la charge en
proposant de signer un texte commun avec l?APEIS et appelant à voter ? non
? ! Et comme ces gens-là estiment être les représentants du ? mouvement
social ?, ils ont bien besoin d?avoir un mouvement de lutte contre le
chômage à sortir de leur chapeau quand ils voudront propulser leur
candidat sur la scène électorale pour la prochaine élection
présidentielle.

Christophe (Limoges)


[ texte paru dans Courant alternatif # 155 et repris du site
http://oclibertaire.free.fr ]
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