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(fr) La Question sociale # 3 + site internet

Date Fri, 13 Jan 2006 10:26:56 +0100 (CET)


Thème du dossier central du nouveau numéro de La Question sociale : Le
syndicalisme alternatif
 
Une précision sémantique d'abord : pourquoi avons-nous choisi le terme de
syndicalisme " alternatif ", qui n'a pas vraiment cours en France et nous
vient d'Italie ?
Ici en effet, on parle plus volontiers de syndicalisme " unitaire ", "
solidaire ", " démocratique ", " révolutionnaire ", voire d'"
anarcho-syndicalisme ". Or bien souvent ces dénominations sont
contredites par des pratiques de chapelle, magouilleuses, hiérarchiques,
corporatistes ou politiciennes - n'ayant rien à envier à celles des
syndicats institutionnels - qui ne laissent entrevoir aucun rapport entre
la lutte d'aujourd'hui et l'hypothétique société libérée de
l'exploitation de demain. En fait, ces dénominations diverses renvoient
surtout à l'image que certains syndicats non (ou pas encore)
institutionnalisés veulent donner d'eux-mêmes et, en cela, relèvent
surtout de la " communication " (la propagande, disait-on autrefois?).
Elles sont éminemment subjectives et ne nous aident pas à comprendre le
n?ud de contradictions auquel est confrontée toute tentative d'assurer la
défense des intérêts et aider à l'organisation autonome des travailleurs
dans une société qui a tendance à tout intégrer et qui détruit ce qu'elle
n'arrive pas à intégrer.
Le terme " alternatif " nous a donc semblé plus pertinent pour parler
d'un ensemble complexe de regroupements dont le seul point commun est de
se démarquer des syndicats déclarés représentatifs et reconnus comme
partenaires par l'Etat et le patronat, partenaires supposés se montrer "
responsables " en échange de cette reconnaissance institutionnelle et
financière - en un mot, les syndicats que nous avons choisi d'appeler "
institutionnels ". En d'autres termes, la délimitation du champ
d'investigation qui fait l'objet de ce dossier s'est faite en fonction
d'une réalité objective, celle des mécanismes institutionnels à l'?uvre
dans ce pays, donc indépendamment des intentions et de la bonne ou
mauvaise foi des militants. Celles-ci, en revanche, font partie des
éléments à prendre en compte pour comprendre ce qui se joue sur le
terrain que nous avons choisi d'explorer.
C'est d'ailleurs dans cette logique que nous avons choisi d'exclure de
notre champ d'investigation les oppositions syndicales présentes au sein
des syndicats institutionnels : leurs présupposés, les problèmes auxquels
elles sont confrontées, leurs modes de fonctionnement nous semblent a
priori différents. En revanche, nous aimerions leur consacrer un dossier
spécifique dans un prochain numéro.


Notre démarche

C'est à l'origine dans le prolongement de la réflexion amorcée dans le
numéro 1 de la Question sociale sur le mouvement de 2003 que nous avons
été amenés à nous pencher sur la question syndicale. Notre idée de départ
était alors de mettre autour d'une table des syndicalistes de différentes
obédiences qui y avaient joué un rôle actif dans leurs différentes
régions pour les faire dialoguer et confronter les points de vue. Des
difficultés pratiques, conjuguées au refus de participer de militants de
la CNT-F sollicités (1), nous ont amenés à y renoncer. Mais l'idée de
réfléchir à l'état du syndicalisme aujourd'hui nous est restée.
Toutefois, lorsque nous avons entrepris d'aborder la question pour le
dossier du numéro 2 de la Question sociale, nous nous sommes rapidement
rendu compte qu'il était difficile de traiter dans un même dossier des
grands syndicats inscrits de longue date dans le jeu institutionnel et
des syndicats dont la naissance même était motivée par une réaction à
l'institutionnalisation croissante des premiers. Nous avons donc décidé
de scinder notre dossier en deux, " syndicalisme institutionnel "
d'abord, " syndicalisme alternatif " ensuite.
Si nous avons choisi la forme des interviews dans ce deuxième volet,
c'est parce que c'est la seule façon que nous avons trouvée de récolter
des impressions et des éléments de réflexion auprès de militants investis
surtout dans l'action concrète, sachant que le travail d'écriture a le
défaut d'être très sélectif et d'exiger du temps pour le recul réflexif,
qui peut être très long.
Nous n'avons pas prétendu faire un travail exhaustif, représentatif de la
réalité de ces syndicats, mais simplement ouvrir une réflexion (forcément
partielle) à partir de l'expérience de quelques individus qui ont milité
un temps, ou militent encore, à l'intérieur de ces organisations. Nous ne
nous sommes attachés à l'histoire personnelle des militants interviewés
que brièvement, dans la mesure où elle éclaire leur démarche syndicale. Ce
qui nous intéressait, c'était de voir comment ils percevaient les
problèmes, les contradictions, les éléments positifs et négatifs de
l'expérience syndicale à laquelle ils avaient participé ou participaient
encore.
S'il est vrai que - dans la logique de notre volonté de promouvoir le
débat critique dégagé de tout esprit de chapelle - nous nous sommes plus
facilement adressés à des militants ayant pris un certain recul critique
par rapport à leur organisation (qu'ils aient fini par la quitter ou
simplement par regarder les choses avec circonspection), on rencontrera
aussi dans ce dossier des réflexions de militants restés en position de
forte adhésion, dont le souci est surtout d'expliquer et justifier les
choix et la démarche de leur syndicat. L'une et l'autre attitudes nous
ont paru significatives, l'idée étant de fournir le maximum d'éléments de
réflexion au lecteur. Précisons toutefois que les positions des
interviewés n'engagent qu'eux-mêmes, et qu'il n'y a pas lieu de voir dans
ces différences le reflet d'un penchant plus marqué de la rédaction pour
telle organisation plutôt que telle autre. Bref, nous déclinons toute
responsabilité...


Nos interrogations de départ

En ouvrant ce dossier, nous nous posions, en termes encore vagues, trois
grandes séries de questions :

I. Quel type de syndicalisme différent se proposaient de faire ceux qui
ont quitté les grandes confédérations pour construire leur propre outil
syndical (2)?
Sur ce premier point, il nous a paru évident de faire d'emblée une
distinction entre la constellation SUD et les CNT :

a) Chez les SUD, aucun lien n'est établi a priori entre la forme
organisationnelle à créer et le projet de société des militants
révolutionnaires qui en sont à l'origine : l'outil syndical est postulé
neutre. D'ailleurs, la part de la contrainte des circonstances (expulsion
ou menace d'expulsion des syndicats institutionnels) a été souvent plus
forte que celle du projet dans le choix de construire un syndicat
autonome - c'est vrai notamment pour le plus grand et le plus vieux
d'entre eux, SUD PTT. Un usage est donc fait sans réserve des outils
syndicaux offerts par le système, l'exigence de " solidarité, unité,
démocratie " ne renvoyant pas tant à des pratiques différentes - même si
elle évoque une forme de défiance vis-à-vis des pratiques bureaucratiques
- qu'à un état d'esprit.

b) Dans les CNT, par héritage historique, un lien est postulé entre la
forme syndicale et le projet d'une " autre société ". Du coup, il
s'agissait plutôt pour nous de comprendre comment s'articulent l'exigence
d'une défense cohérente des exploités et le désir de promotion des
principes libertaires (désir qui, nous le savons d'expérience, se meut
bien souvent en un souci identitaire de promotion de " l'organisation ").
Et, au passage, de voir si le clivage entre les deux CNT correspondait à
une différence de prévalence de l'une ou l'autre de ces exigences.

II. Deuxième problématique : jusqu'à quel point les militants des
syndicats alternatifs ont-ils été obligés de composer avec les règles de
la paix sociale capitaliste ? Quels outils légaux mis à leur
disposition ont-ils pu exploiter sans remettre en cause les intentions de
départ ? À l'inverse, en quoi ont-ils dû faire des compromis qui ont
d'une manière ou d'une autre aliéné les exigences du début ?

III. En quoi le syndicalisme est-il un outil au service des luttes plus
efficace que de simples collectifs créés pour la lutte et disparaissant
avec elle ? En d'autres termes, en quoi est-il important de disposer
d'une structure stable assurant une continuité militante dans le temps et
l'espace ? Plus précisément, l'outil syndical a-t-il contribué : a) à
défendre plus efficacement des intérêts des travailleurs dans ce système
? b) à promouvoir l'auto-organisation ? c) à renforcer la solidarité
intercatégorielle ?


A l'écoute des interviewés...

? des réflexions nouvelles nous sont venues en tête.
Il nous est apparu qu'aux yeux des " sudistes " de conviction
révolutionnaire, le caractère radical des syndicats dépend pour beaucoup
des positions qu'il affiche et des engagements concrets qu'il prend sur
une série de problèmes de société (non immédiatement ou non exclusivement
liés à la défense des adhérents). Du coup, ces militants apparaissent
moins critiques vis-à-vis des phénomènes d'" affichage " que les
syndicalistes surtout soucieux de défense collective immédiate. Ce qui
fait naître une nouvelle question : en quoi un syndicat selon le c?ur des
révolutionnaires sudistes diffère-t-il d'une organisation politique ?

Concernant les CNT, nous avons pu observer plusieurs façons différentes
de concilier les deux exigences citées plus haut, y compris chez deux
militants de la même CNT-F. Et même si les convictions semblent plus
fermes quant aux pratiques syndicales à adopter chez les militants de la
CNT-AIT (dont le témoignage trouve ses limites dans le fait qu'a surtout
été évoquée leur expérience locale, très peu le fonctionnement de leur
structure à l'échelle nationale), nous avons retrouvé la même difficulté
à trouver le juste équilibre entre efficacité dans la défense collective
et promotion des principes libertaires. Ce qui nous renforce dans l'idée
que la scission de 1993 a figé des camps qui étaient en fait tous deux
traversés de contradictions similaires, inhérentes au choix
anarcho-syndicaliste contemporain et que l'on pourrait résumer ainsi :
faire vivre, dans un capitalisme ayant appris à intégrer, des positions
qui ont fait leurs preuves à l'époque d'un capitalisme qui savait surtout
réprimer.
De façon très schématique, on pourrait dire que la CNT-F s'est trouvée
confrontée aux difficultés et contradictions de la pratique du
syndicalisme (notamment dans le cas emblématique de la Comatec), tandis
que la CNT-AIT s'est investie dans une activité plus proche de la
diffusion des principes anarcho-syndicalistes, évitant les écueils
inhérents à l'activité syndicale d'entreprise. La première a essayé de
faire passer un message d'ouverture sur la société (et y est en partie
parvenue entre les grèves de décembre 1995 et les journées de mai 2000),
empruntant la voie qui pourrait l'amener à devenir une organisation
d'adhérents ; la deuxième a axé son message sur la
fidélité aux principes, restant essentiellement une organisation de
militants.
Concernant la question de " l'utilité " spécifique de la structure
syndicale, nous avons tout d'abord constaté que le souci principal de
tous ou presque tous les militants sollicités était que leur syndicat
serve à faire avancer la cause des luttes. Du coup, nous avons compris
que les questionnements ne pouvaient être les mêmes entre les périodes de
hautes eaux et de basses eaux, car, selon que l'on est dans un contexte
de forte mobilisation, de mouvement ou au contraire de reflux des luttes,
les questions relatives au rôle du syndicalisme alternatif ne sont pas
les mêmes : dans les périodes de creux des luttes, donc de repli sur la
défense individuelle, la question est plutôt de savoir ce qu'il permet
que ne permet pas le syndicalisme institutionnel ; dans les périodes de
hautes eaux, il s'agit en revanche de comprendre quels outils le
syndicalisme alternatif fournit pour faire évoluer favorablement un
rapport de forces que ne fournirait pas, dans un même contexte de lutte,
un simple regroupement passager - comité de grève, coordination ou comité
de soutien.
Confrontés à cette dernière question, les interviewés nous ont fait des
réponses qui nous ont surtout donné envie de creuser. Du coup, il nous
est venu à l'idée de prendre le problème par l'autre bout en interrogeant
ceux qui, tout en s'engageant dans le soutien à des luttes opposant des
salariés à leurs patrons, n'ont pas fait le choix de l'outil syndical : à
vos yeux, faites-vous malgré tout du syndicalisme, et sinon qu'est-ce qui
vous en différencie ?
Enfin, une réflexion nous est venue après coup : au fond, le syndicalisme
alternatif " pragmatique ", représenté dans les SUD, en partie dans la
CNT-F et jusque dans les simples collectifs de lutte, ne se nourrit-il
pas surtout de l'abandon progressif par les syndicats institutionnels du
travail de défense sur le terrain des intérêts des travailleurs (et
notamment des plus fragiles) ? Et cet abandon n'est-il pas le corollaire
de leur subordination croissante aux intérêts capitalistes et étatiques,
mais aussi des pratiques bureaucratiques qui vont de pair ? Dans cette
hypothèse, et considérant que la défense organisée des travailleurs
risque d'être un besoin aussi longtemps que durera l'exploitation
capitaliste, " l'autre syndicalisme " est sans doute appelé à jouer un
rôle pendant encore longtemps, en dépit de ses difficultés et de ses
contradictions, en dépit aussi des multiples offres d'intégration que le
système choisit et choisira de lui faire sous une forme ou une autre.
Raison de plus pour vouloir y regarder de près.


L'éclairage de l'étranger

Conformément à notre volonté d'aller regarder chez le voisin ce qui s'y
passe, à la fois par curiosité internationaliste et pour trouver un
éclairage indirect sur ce qui se passe chez nous, nous avons demandé à un
ami d'Espagne et un autre d'Italie - deux pays de configuration syndicale
proche de la nôtre - de nous dresser un tableau du
syndicalisme alternatif dans leurs pays respectifs. Leur regard sur le
phénomène porte évidemment la marque de leur expérience passée, de leurs
convictions et de leur pratique actuelle, et c'est aussi leur intérêt.
Quant au dernier article du dossier, écrit par le même auteur italien,
nous avons choisi de l'introduire ici car il nous a semblé proposer une
réflexion utile sur une des maladies graves dont souffre le syndicalisme
alternatif, ici comme ailleurs, tout en proposant de chercher remède dans
les principes d'organisation libertaires. Une réflexion élaborée de
l'intérieur du corps malade, mais exempte de tout fatalisme et tout
désabusement.


Notes :

(1) Notre article sur " L'expérience des collectifs de solidarité
parisiens " publié dans notre numéro 1 nous vaut, semble-t-il, un certain
ostracisme de la part de militants de la CNT-F, dont l'image n'est pas
sortie grandie du récit de la grève des Frog Pubs. Rappelons pourtant que
nous nous sommes contentés dans cet article de relater des faits, hors de
toute volonté polémique, et que, dans notre esprit, ce récit détaillé
était fait pour faire avancer la réflexion critique - y compris, et
peut-être même en priorité, chez les cénétistes.

(2) Précisons que nous ne sommes pas allés chercher du côté des syndicats
qui ont fait le choix de se constituer sur des bases corporatistes, même
si nous savons que la logique corporatiste a
présidé à la naissance de plusieurs syndicats aujourd'hui membres du
regroupement Solidaires. Cette logique, sur laquelle nous serons peut-être
amenés à nous pencher un jour, nous a paru en effet étrangère à l'objet
de ce dossier.


D'autre part La Question sociale a depuis peu un site internet qui
devrait s'étoffer petit à petit. On y trouve l'intégralité des textes du
n° 1 et du n° 2 et quelques-uns du n° 3 (notamment deux
interventions sur les emeutes des banlieues). L'adresse est la suivante :
http://www.laquestionsociale.org/index.htm

L'adresse de la page du sommaire du n° 3 :
http://www.laquestionsociale.org/LQS/LQS_3/sommaire3.htm

[ expéditeur/expéditrice <laquestionsociale(a)hotmail.com> ]


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