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(fr) Monde libertaire hors serie # 31 - 21 decembre 2006 au 10 janvier 2007

Date Thu, 21 Dec 2006 14:07:44 +0100 (CET)


Dans vos kiosques du 21 décembre 2006 au 10 janvier 2007, 40 pages en
couleurs pour trois euros

« On tue un homme,on est un assassin, on en tue des millions, on est un
chef, on les tue tous, on est Dieu.»
Edmond Rostand


*** Le sommaire
L?extrême gauche et les cités, passer aux actes ou passer aux urnes ? par J.-P.
Garnier, page 3
Les syndicats de combat de demain, par Fabrice, page 7
Le Mexique en lutte, par Bélial, page 9
Abidjan, suite des événements, par Caserio, page 11
Vive le feu ! par Fred, page 14
Sébastien Faure, l?imposture religieuse, par P. Schindler, page 15
Les enseignements de la Grande Guerre, par F. Roux, page 19
Des foules, des bouches, des armes, par Édouard, page 24
De la psychiatrie, par J. Lesage de La Haye, page 25
Victimisation en société terrorisée, par L. Gallopavo, page 27
Du vécu sur l?Espagne de 1936, par T. Porré, page 32
Licencier en toute légalité, par L. Emma, page 33
Le dernier Chomsky, par N. Trifon, page 35
Contacts de la Fédération anarchiste, page 37
Les émissions des Radio libertaire, page 39


*** Et en prime un article :

L?extrême gauche et les cités
Passer aux actes ou passer aux urnes ?

Par Jean-Pierre Garnier

AUX DERNIÈRES NOUVELLES, la « question de l?insécurité » devrait jouir d?un statut
d?exterrritorialité politique. C?est du moins ce qui ressort de la déclaration du
président du groupe PS à l?Assemblée nationale, lors
de la présentation par Sarkozy de son projet de loi sur la prévention de la
délinquance, qui a publiquement souhaité que ce thème cesse de constituer « un
enjeu entre républicains ». Et le maire de Nantes de
préciser : « La délinquance et le crime doivent savoir qu?ils ont en face d?eux une
détermination identique quelle que soit la couleur politique de celui qui l?exerce.
»

Passons sur cette formulation maladroite ? une détermination ne « s?exerce » pas,
elle se manifeste ou s?exprime ? pour n?en retenir que le contenu: « Le débat sur
la sécurité est clos. » On le savait déjà depuis... 1988, lorsque le « socialiste »
Pierre Joxe, alors ministre de l?Intérieur, avait utilisé cette formulation, sous
les applaudissements ironiques des députés de droite, lors de la présentation d?une
série de mesures
répressives contre les « violences urbaines » qui ne faisaient que s?inscrire dans
la lignée de celles prises par le sinistre tandem Pasqua-Pandraud. Depuis lors,
tandis que la droite courait après le FN pour lui ravir la palme en matière de
sécuritarisme, la gauche en faisait autant derrière la droite pour ne pas être
taxée d?angélisme et de laxisme. Si bien qu?aujourd?hui, de l?extrême droite au
PCF, c?est un véritable front national contre l?insécurité qui est en train de se
constituer, sans que l?on soit même sûr qu?il ne finisse pas par rallier
une partie de la « gauche de gauche ».

La LCR, pour ne mentionner qu?elle (1), dispose d?un conseiller hors pair en
matière de sécurité en la personne du juge Didier Peyrat, ancien militant de
l?organisation mais toujours en cheville avec ses leaders qui
ne ratent jamais une occasion de lui ouvrir les colonnes des publications qu?ils
contrôlent (éditions Textuel, revue Contre Temps, Rouge...).
Surnommé « Le crime paiera » pour sa frénésie répressive par quelques collègues
facétieux du Syndicat de la Magistrature, D. Peyrat aime à jouer les experts
ès-voyoucratie auprès d?une organisation qui, il est vrai, a
déjà cessé depuis belle lurette d?être communiste et révolutionnaire.

C?est pourquoi la devise qu?il a faite sienne, « réconcilier changement social et
sécurité », pourrait fort bien être reprise par n?importe quel suppôt du
social-libéralisme. Julien Dray, par exemple, autre rescapé de
la LCR. Pendu maintenant aux jupes de Ségolène Royal, cet ancien meneur de la JCR
passé au PS, dont les talents de manipulateur acquis dans l?organisation trotskiste
avaient fait merveille pour neutraliser
le mouvement « beur » pour l?égalité au cours du premier septennat mitterrandien, a
trouvé une nouvelle vocation dans les instances dirigeantes du parti: « réconcilier
(lui aussi!) la gauche et la sécurité
». Guignerait-il, par hasard, un poste de « premier flic de France », place
Beauvau, si la Dame aux caméras parvenait au faîte de son irrésistible ascension?

Mais, revenons au juge Peyrat dans la mesure où ses diagnostics et ses
préconisations, exposés en long et en large dans un ouvrage paru dans une
collection dirigée par Daniel Bensaïd, le mentor intellectuel de la Ligue,
sont révélatrices de l?état de décomposition idéologique avancée de ce que l?on
appelait jadis l?extrême gauche (2). Comme beaucoup de ses congénères ayant troqué
le léninisme et le trotskisme de leur jeunesse pour le citoyennisme, D. Peyrat a
jeté le bébé de la théorie avec l?eau du bain marxiste.

Contrairement à ce que prétendent les « antisécuritaires », selon lui, les
nouvelles modalités de l?exploitation et de la domination, autrement dit les
rapports sociaux capitalistes ne seraient pour rien dans la
multiplication et l?aggravation des délits ou des incivilités commis par la
jeunesse populaire. Par « rapport social », il faudrait entendre, en effet, un «
rapport entre les personnes », acception qui renoue avec la
doxa bourgeoise la plus éculée. La montée de l?insécurité renverrait ainsi à une «
montée du cynisme dans les rapports sociaux », c?est-à-dire dans les relations
entre les individus. La délinquance, dès lors, serait
elle-même un rapport social, négatif, bien sûr, qui irait à l?encontre des «
fondamentaux de ?l?être en société? ».

Lesquels se ramèneraient à la nécessité pour chaque individu de s?unir aux autres
pour « faire face à l?adversité » et « ainsi persévérer dans son être ».

D?où l?équation « anthropologique » qui tient lieu de soubassement théorique à
l?idéologie sécuritaire insufflée dans les rangs de la LCR : « Le désir de société,
c?est le désir de durer, donc le désir de sécurité. »
Impératif écologique oblige, cette sécurité ne pourra être que « durable », à
savoir « capable de faire face aux secousses de la mondialisation qui, augure
Peyrat, n?en n?est qu?à ses début ».

Olivier Besancenot peut bien clamer urbi et orbi son appétence « libertaire ». Il
n?empêche que le « programme de refonte de la sécurité » proposé par D. Peyrat aux
militants et sympathisants de la LCR peut être défini comme totalitaire, au sens
plein du terme.

Sous couvert d?« élargir l?assise de la riposte à l?insécurité », de faire « le
pari de la démocratie en valorisant la capacité de sécurité des citoyens », de «
mieux enchâsser les institutions publiques ? qu?« il ne
s?agit pas de récuser », croit bon de préciser un homme qui leur doit son statut et
ses revenus ? dans la société civile », d?« y faire entrer, toujours plus
l?extérieur à l?intérieur », de « développer les pratiques
citoyennes dans le champ de la sécurité », c?est ni plus ni moins à permettre au
pouvoir exécutif de faire le plein de ses exécutants que concourt « l?authentique
tournant républicain des politiques de sécurité »
dont ce juge, que l?on ne saurait assurément qualifier de « rouge », s?est fait
l?avocat obstiné.

Néanmoins, étant donné la sensibilité politique supposée des destinataires de son
discours, il fallait tout de même donner à ce « tournant républicain » un tour
révolutionnaire, ne serait-ce qu?au plan sémantique.

Pour baptiser un type de société où il reviendra, somme toute, à chacun de faire la
police, D. Peyrat a forgé une appellation qui ne demande plus qu?à être homologuée:
« un socialisme de la civilité ».

On ne s?étonnera pas, dès lors, que pour oeuvrer à l?avènement de ce « socialisme
civil » ? dont D. Peyrat notifie quand même qu?il sera « moins tendu vers un avenir
radicalement autre, qu?à la recherche d?une
adéquation de la politique avec la socialité » ?, un « service civil » doive être
instauré « pour tous les jeunes hommes et les jeunes femmes » ? donc obligatoire ?
« durant quelques mois dans les administrations de
l?État (défense ? donc militaire! ?, sécurité civile, santé, police, justice, etc.)
ou les associations d?utilité publique », c?est-à-dire les courroies de
transmission « autogérées » de l?État. Outre l?argument ressassé du « brassage des
individus », ce juge ne craint pas, sur sa lancée, de nous resservir «
l?intégration et l?apprentissage de la civilité ». Bref, ce que ni Chirac ni Sarko
ni Ségo ? du moins pas encore
? n?ont osé proposer, Peyrat l?inclut sans complexe dans cette version inédite du «
programme de transition ». Et gare à qui y trouverait à redire.

On connaissait la judéophobie, l?islamophobie et l?homophobie.Voilà que le maître à
« repenser l?insécurité » de la LCR, très écouté aussi par les hiérarques du PS et
certains maires du PCF, invente, pour stigmatiser tous
ceux qui rechignent à le suivre, un néologisme, la « sécuriphobie ». Seraient
atteints de cette pathologie les « virtuoses du déni » qui s?entêtent à « tirer la
question de l?insécurité vers la question sociale
». Autrement dit, « à fournir aux délinquants des excuses sociologiques », comme le
reprochaient le Premier ministre L. Jospin et sa garde des Sceaux Élisabeth Guigou
aux mauvais esprits qui trouvaient un goût liberticide à la Loi sur la sécurité
quotidienne (LSQ).

Qui trouve-t-on parmi ces gens qui, « après avoir évaporé l?insécurité réelle, font
tout simplement disparaître la nécessité d?une politique de sécurité », et que D.
Peyrat baptise finement d?un autre néologisme: les «
dénégationnistes »? Des « libertaires radicalement anticapitalistes » et « certains
réseaux de l?ultra-gauche » qui n?hésitent pas à « expliquer aux jeunes de banlieue
qu?une partie de la société française leur menait une
guerre de basse intensité » et que « l?un des objectifs de la ?gauche
gouvernementale? était de criminaliser la misère pour imposer la précarité aux
jeunes prolétaires »; des « altermondialistes » abusés par la «
thématique douteuse de l??obsession sécuritaire? » et l?« opposition caricaturale
entre ?État pénal? et ?État social? » colportée par le Monde diplomatique; des
sociologues fourvoyés à qui « la thématique de
?l?insécurité sociale?» engendrée par la précarisation de masse, qualifiée de «
fourre-tout » par D. Peyrat, « sert à couvrir à la fois une négation de la
spécificité du comportement délinquant et une répugnance de principe à l?égard des
politiques de sécurité »; last but not least, car on n?est jamais si bien trahi que
par les siens, les magistrats du Syndicat de la magistrature qui emboîtent le pas
aux précédents : en
cherchant à « dénicher derrière les illégalismes une sorte de contenu politique »,
ils ne feraient, eux aussi, « en la masquant », que « ratifier la résignation
institutionnelle à l?insécurité de masse ».

La recherche des causes sociales de la « violence urbaine » dans laquelle se
complaisent tous ces « sécuriphobes » aux dépens de l?observation de ses
manifestations concrètes procéderait d?un « platonisme sommaire », d?une fuite hors
de la caverne des réalités sordides vers le ciel des idées pures. Or, « une rupture
claire avec l?angélisme » s?impose pour « faire émerger, à gauche, une politique de
sécurité à la fois différente, efficace et communicable à la population ». Car «
aucun parti, aucune alliance de partis, ne pourront, dans la décennie à venir,
espérer obtenir une majorité durable de suffrages, quelle que soit la qualité de
leur programme dans d?autres domaines, s?ils n?attestent de leur détermination et
de leur capacité à en découdre avec cette délinquance qui inquiète une écrasante
majorité de citoyens et en indigne un nombre non négligeable. » Et en cette période
où la « démocratie participative » est censée épauler
une démocratie représentative à bout de souffle, il va de soi que la reconnaissance
par la gauche de la sécurité comme impératif catégorique ne saurait être pleine et
entière sans « un appui politique à une
mobilisation citoyenne contre la délinquance ». Selon D. Peyrat, il « existe une
offre de participation citoyenne, en générale méconnue, quand elle n?est pas
discréditée ». Ici et là, en effet, des groupes de résidents d?ensembles de HLM se
sont déjà organisés pour « assurer la tranquillité dans les parties communes » ou «
reprendre possession d?une rue dévorée par les trafics de stupéfiants ». Bref, « un
énorme potentiel
reste inemployé », et il reviendrait à la gauche de « favoriser la participation,
l?initiative, l?action citoyenne » en matière de sécurité, sans que cela signifie,
bien sûr, qu?elle doive se substituer « à l?action de l?État et de la Justice ».

De la théorie ? si tant est que l?on puisse désigner de la sorte les vaticinations
sécuritaires du juge Peyrat ? à la pratique, il y a un pas plus ou moins difficile
à franchir selon les cas. Les émeutes de novembre
2005 vont offrir au leader historique de la LCR, Alain Krivine, l?occasion de
donner l?exemple.

Résidant à Saint-Denis, à proximité d?une zone « chaude », localisation permettant
donc un contact privilégié avec le peuple, il a participé aux événements... en
défendant, contre les « casseurs », sa voiture et sa
copropriété! (3)

Certes, il reconnaissait là une « explosion de l?exclusion », diagnostic qui
n?avait rien de bien révolutionnaire: ce sera aussi celui des :;renseignements
généraux. Mais A. Krivine s?est montré plus prolixe dans le
magazine Marianne, connu pour son absence républicaine de mansuétude à l?égard des
« sauvageons », lorsqu?il reprendra le récit de « ces nuits folles où, à soixante,
les habitants font des rondes jusqu?à deux heures du matin pour éviter que la
détresse n?attaque leurs murs. Cela crée des liens. Les réseaux de solidarité se
sont renforcés », positivait le leader trotskiste. (4) « Pourquoi », lui demanda le
journaliste qui
l?interviewait, « ne pas embrigader les émeutiers pour la révolution? » « Aucune
organisation politique ne peut être comprise de ces jeunes », répliqua A. Krivine,
qui semble oublier que les leaders éduqués du parti
bolchevik étaient quand même parvenus à se faire entendre des ouvriers, soldats et
paysans analphabètes de la Russie tsariste. Et quand le journaliste lui signala
que, lui, il allait « aller parler aux jeunes »,
Alain lui répondit, presque inquiet « vous verrez, c?est tout noir ».

« La LCR a toujours été pragmatique. Lorsque l?émeute vient lécher les parkings et
les murs des immeubles un peu plus cossus que ceux du reste de la zone, il s?agit
d?abord pour elle de défendre la propriété. (5) »

Dans la bouche d?A. Krivine, des pratiques qui ont un air de famille avec celles
d?une milice de petits propriétaires deviennent des « liens de solidarité » qui se
renforcent. Pour un peu, il nous ferait croire qu?un
soviet était en gestation dans l?ex-banlieue rouge! Quant à la conscience politique
de la LCR, parlons en !

Si le 31 octobre, un premier communiqué dénonçait la politique sécuritaire du
pouvoir, dès le 3 novembre le ton changeait, et la LCR s?alignait sur la position
du PCF, lequel à corps et à cris, réclamait le « retour à
l?ordre » et la punition des émeutiers. Ainsi, peut-on lire dans un communiqué de
la LCR daté du 3 novembre 2005 que « la vague de révolte et de violences suscite
une inquiétude profonde parmi la population », ce qui
permet à toute la gauche officielle, Parti communiste en tête, d?enclencher le
discours selon lequel, pour retrouver la quiétude, « rétablir l?ordre est une
urgence extrême », sans oublier de préciser que «
les responsables des violences et des dégradations doivent être sanctionnés. (6) »
Ceux qui, jour après jour, dégradent sciemment nos conditions de vie avec une
violence à peine voilée peuvent dormir tranquille. « C?est sur les opprimés que la
gauche et l?extrême gauche appelaient les ?sanctions?, pas sur leurs oppresseurs.
(7) »

Affolement de gens surpris par l?événement ?

Rien n?est moins sûr. Un an plus tard, alors que le « calme » était revenu dans les
« banlieues », le député-maire « communiste » de Vénissieux, André Gérin, faisait
placarder dans sa ville, et, sans doute fier de son
initiative, jusque dans la presse nationale (8), un « Appel à la population » qui a
dû remplir d?aise le juge D. Peyrat. Surmonté de l?intitulé « RÉPUBLIQUE FRANÇAISE
» accompagné de la devise « LIBERTÉ, ÉGALITÉ, FRATERNITÉ », le tout encadré de deux
drapeaux bleu-blancrouge, ledit appel était calqué, au plan iconographique et par
le ton martial adopté, sur les vielles affiches de mobilisation générale apposées à
la
veille ou au lendemain des déclarations de guerre. Sauf que l?ennemi n?était plus
aux frontières de la Patrie, mais déjà installé au coeur de la cité. Un ennemi
multiforme: trafiquants, mafieux, intégristes, voyous,
incendiaires de poubelles, lanceurs de cailloux...

L?heure était à la « résistance républicaine et au courage civique », à «
l?engagement citoyen », au « réveil démocratique ». Mais la campagne électorale
pour les présidentielles avait déjà démarré. Au-delà des «
sauvageons », un double spectre hantait l?imaginaire des édiles de Vénissieux,
sinon de leurs administrés. « ARRÊTE de valoriser Sarko, de travailler pour Le Pen
», intimait l?appel, sans que l?on sache bien si
cette injonction s?adressait au fauteur de troubles, réel ou potentiel, ou si elle
était là pour dresser le reste de la population contre cet empêcheur de voter en
rond. Le slogan qui, toujours en majuscules, ponctuait la fin de l?article
évoquera, au moins parmi les anciens, des combats moins douteux: « LA VIOLENCE NE
PASSERA PAS ». Comme si ce genre d?appel ne s?inscrivait pas dans un processus
appelé à se développer au
cours de ce siècle, s?il n?y est pas rapidement mis fin: une fascisation rampante,
d?autant plus insidieuse qu?elle se draperait d?atours ? ou d?oripeaux ?
progressistes.

Si réveil, résistance et engagement il doit y avoir, par conséquent, ce serait
plutôt contre ce danger-là. Cette mise en garde vaut aussi pour certains rebelles
de conforts chouchoutés par les médias qui en viennent à
concilier la posture « libertaire » qui leur sert d?image de marque avec une
indulgence pour le sécuritaire frappé du sceau « populaire ». Promu « Rédac?chef »
d?un jour dans le journal gratuit Métro, voici ce que l?un
d?eux opinait à propos de « la montée de la gauche » ? en fait, d?un parti
populiste à tendance protectionniste et xénophobe ? lors des dernières élections
aux Pays-Bas: « On voit que quand la gauche s?empare de
territoires traditionnellement occupés par la droite, comme la sécurité, l?ordre,
cela fait un carton. Les gens qui veulent un environnement sûr ne sont pas tous des
fachos. (9) » Il ne reste plus à notre « libertaire »
qu?à aider S. Royal à rédiger ses prochains discours sur « l?ordre juste » pour
donner à ce dernier un air primesautier. Car l?expérience historique a depuis
longtemps montré, d?une part, que « la gauche » n?est qu?une appellation usurpée
lorsqu?elle fait la politique de la droite, et, d?autre part, que c?est sur « le
désir des gens qui veulent un environnement sûr » que le fascisme a souvent
prospéré.

Jean-Pierre Garnier


Notes
1. LO dénie toute légitimité à la révolte des jeunes des cités en raison
de son « absence de contenu de classe », ainsi que l?a confirmé son
hostilité ? en fait, son incompréhension ? face aux « émeutes » de
l?automne 2005.

2. Didier Peyrat, En manque de civilité,Textuel, 2005.

3. Le récit qui suit est tiré du Combat syndicaliste CNT-F, n° 93, janvier
2005.

4. Marianne, 12 novembre 2005.

5. Combat syndicaliste, numéro cité.

6. Communiqué du Parti communiste français du 3 novembre 2005.

7. Combat syndicaliste, numéro cité.

8. Cf. Libération du 29 novembre 2006.

9. Michel Onfray, Métro, 23 novembre 2006.

In le Monde libertaire hors série n° 31 du 21 décembre 2006 au 10 janvier
2007

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l?Internationale des Fédérations Anarchistes (IFA)

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