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(fr) Agir au lieu d'elire (1)

Date Tue, 12 Dec 2006 13:21:29 +0100 (CET)


Dans le cadre de sa campagne "agir au lieu d'élire" décidée lors de son 63e congrès
de Merlieux, la Fédération anarchiste diffuse le tract 4 pages suivant à 30 000
exemplaires. Il sera également inséré dans le Monde
libertaire # 1459 sortant le 14 décembre.

Accés au tract au format .pdf (281 kilos octets) :
http://public.federation-anarchiste.org/IMG/pdf/FA_antielec_bass_def.pdf

Accès aux textes du tract :
http://public.federation-anarchiste.org/rubrique.php?id_rubrique=63


Voici le premier des 3 textes du 4 pages :

Les élections sont généralement considérées comme le moment démocratique
par excellence, l?essence même de la participation des citoyens au
pouvoir, l?expression de leur souveraineté. Et lorsque la déception face
aux partis, sourds aux attentes de la population, fait douter de la
pertinence du vote, le sentiment citoyen finit toujours par reprendre le
dessus. Nombreux sont en effet ceux qui, lassés des politiques
inégalitaires et antisociales constamment mises en oeuvre par les
gouvernements successifs, n?ont plus l?espoir que le vote pourra amener un
quelconque changement. Cependant, rabâché à l?extrême, le discours
citoyenniste classique qui souligne l?importance du vote, véritable «
devoir civique », conduit invariablement à mener le peuple aux urnes afin
qu?il réaffirme sa soumission électorale. Et même ceux qui ont compris
l?inefficacité totale du vote se persuadent bien souvent de son importance
en évoquant le fait que l?élection constitue le dernier petit pouvoir qui
leur reste, ou le fait qu?il s?agit, finalement, d?un droit chèrement
conquis qu?il ne faut pas abandonner, sauf à faire le jeu des extrémistes
qui ne manqueront pas, eux, d?en user.


Histoire d?une usurpation

Mais le mythe du droit de vote comme une liberté chèrement conquise au fil
des siècles doit être combattu, car en effet la réalité est presque
inverse. Certes, l?on est passé d?une monarchie absolue à un système
représentatif dans lequel les individus peuvent voter pour désigner leurs
dirigeants, mais il est bien difficile de parler de la conquête d?un
droit. Tout juste pourrait on parler de la concession progressive d?une
bien maigre liberté. Car l?histoire de la constitution de l?Etat est celle
de la confiscation par les dominants de la capacité de s?auto-organiser du
peuple. L?histoire de l?humanité est marquée par la volonté de quelques
uns de s?imposer sur tous les autres. Parce qu?elle faisait usage de sa
force au détriment de tous, une minorité d?individus a gagné du pouvoir à
travers les siècles. Qu?était le système féodal si ce n?est le droit du
plus fort à commander, sous prétexte qu?il pouvait protéger la population
tout autant que la détruire ? Partout, localement, des seigneurs se sont
imposés et ont maintenu dans leur dépendance des habitants qui ne
demandaient qu?à vivre simplement leur vie et jouir paisiblement de leur
travail. Et la construction de l?Etat est le résultat des guerres de
conquête qui ont permis à un seigneur devenant roi de monopoliser le
pouvoir qu?il confisquait aux autres seigneurs. Des territoires de plus en
plus larges ont été ainsi conquis par une même personne, qui a centralisé
les capacités de répression et prélevé l?impôt afin de maintenir son
armée, destinée à garder le peuple docile et à permettre d?autres
conquêtes. C?était l?apparition de la monarchie ou le pouvoir d?un seul.
Ainsi, concentrant le pouvoir des seigneurs vaincus, le roi s?est
approprié et a unifié la domination de toutes les populations locales.
Déjà privés de la possibilité de gérer eux-mêmes leurs affaires, les
individus ont alors en outre vu le centre de décision s?éloigner d?eux, au
profit d?un souverain qui a légitimé sa domination en affirmant en tenir
le droit de Dieu lui-même. Et dans leur volonté de puissance, les rois
successifs ont cherché à unifier le territoire, imposer une langue et une
culture officielle, la leur, mouvement qui s?est amplifié en France après
la révolution de 1789.


Le droit de vote ou le pain et les jeux du cirque

Les révolutions qu?a connues notre pays ont ont eu pour effet de
progressivement mettre en place le droit de vote des citoyens, mais cette
mise en place est le résultat de l?action des dirigeants eux-mêmes :
lorsque la religion a faiblit, que les christianismes se sont multipliés,
il devenait trop difficile de justifier la royauté de droit Divin. Il
fallait inventer la souveraineté du peuple, artifice consistant à dire que
le pouvoir était l?expression de la volonté des citoyens et qu?il
n?existait que par eux. Dès lors, il semblait difficile de ne pas
permettre à certains citoyens de voter périodiquement pour exercer leur
souveraineté. Au fil du temps, les masses devenant de plus en plus
instruites, le droit de vote a été élargi, avec parcimonie, et depuis peu
(1944 seulement en France), tout homme et toute femme majeur-e peut
participer aux consultations organisées par le pouvoir. Mais l?octroi
progressif du droit de vote n?a été qu?un moyen pour les gouvernants de
domestiquer les foules en cachant l?honteuse appropriation dont leur
pouvoir est issu. Totalement illégitime d?un point de vue historique et
moral, parce qu?issu de la loi du plus fort, le pouvoir, après s?être
auto-légitimé par la religion, s?auto-légitime maintenant par les
élections.


Agir au lieu d?élire

Participer aux consultations électorales ne signifie donc en réalité
qu?accepter ce système, montrer et renouveler sa croyance en la légitimité
d?un pouvoir que jamais nous n?avons mis en place. Car loin d?être
l?expression de la volonté populaire, le gouvernement est le résultat de
la dépossession du peuple de sa capacité de régler lui-même son existence.
Les rois et autres gouvernants successifs ont étendu leur domination à des
territoires si vastes qu?il nous paraît aujourd?hui impossible de les
gérer autrement que par des représentants ; c?est parce que nous avons
oublié qu?avant la monopolisation du pouvoir, c?est localement que les
gens s?organisaient, car leur travail, leur voisinage, leur commune
constituaient l?essentiel de leur vie, comme c?est finalement toujours le
cas pour nous. Désormais, la plupart des gens ne parviennent plus à
envisager de se passer de dirigeants ; la complexité et le gigantisme de
la société nous dépassent. Mais il ne faut pas s?arrêter à la
déresponsabilisation à laquelle mène la représentation : admettre les
chefs, c?est accepter la soumission et oublier que personne n?est mieux
placé que nous pour gérer notre propre vie. Confier tout pouvoir à des
dirigeants pour cinq ans, c?est nous dessaisir de nos affaires, oublier
nos responsabilités en mettant notre existence entre les mains d?inconnus
qui jamais ne chercheront à nous connaître ni à se préoccuper de nos
besoins. Peut-être qu?une nation entière, dans toute son étendue, ne peut
être gérée par ces citoyens eux-mêmes ; c?est la raison pour laquelle il
nous faut repenser notre organisation et relocaliser les prises de
décision. C?est le seul moyen par lequel nous nous réapproprierons notre
propre existence, la seule façon de remettre à l?endroit un système qui
fonctionne à l?envers, où le peuple « souverain » est dominé,
déresponsabilisé et, finalement, oublié par des dirigeants qui, arrivés au
pouvoir, n?ont plus en tête que de faire marcher l?économie tout en
conservant leur position d?influence. Car qu?ils soient de gauche ou de
droite, les partis, parce qu?ils acceptent l?existence du pouvoir, parce
qu?ils cherchent à le conquérir et à l?utiliser pour gérer la société, ne
font que faire perdurer des structures de domination qui ravalent
l?individu au rang d?objet à administrer. Les élections ne serviront
jamais à redonner au peuple la capacité de décider. Plutôt qu?élire, il
faut donc plus que jamais agir.

Simon - groupe Louise Michel de la FA


[ expéditeur/expéditrice <relations-exterieures(a)federation-anarchiste.org> ]

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