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(fr) Salut a toutes et tous d'Oaxaca, le 8 decembre 2006

Date Sun, 10 Dec 2006 16:40:49 +0100 (CET)


Salut à toutes et tous,

Je vous avais laissés vendredi 1er décembre alors que se déroulait la marche et je
vous confiais mes doutes au sujet de la mobilisation. Ce jour-là, malgré la
présence évidente de flics en civil dans la manifestation et des patrouilles de la
PFP à proximité, cinq mille personnes sont descendues dans la rue, défiant la peur
et le
gouvernement pour réclamer la libération des détenus, la fin de la répression et
l?éviction du satrape Ulises Ruiz. Depuis et jusqu?à aujourd?hui, la situation n?a
pas vraiment changé ici par rapport à celle que je vous
décrivais.

Même si la PFP a libéré le Zocalo, sa présence dans le centre-ville est pesante et
inquiétante et elle occupe toujours le Llano et le "parque", mal nommé pour la
circonstance, de l?Amour. Les patrouilles circulent
dans toute la ville, dans les quartiers périphériques et dans les municipalités qui
sont considérées dangereuses aux yeux de l?autorité. Les arrestations de
sympathisants au mouvement se poursuivent jours après jours. Beaucoup d?entre eux
se sont planqués et certains sont entrés en clandestinité.
Radio "Mapache", qui fait signer des pétitions pour demander sa légalisation,
continue d?émettre des appels au lynchage et à la délation.
Dans ce climat tendu de persécution et de répression, samedi dernier des inconnus
ont mis le feu au palais municipal de Miahuatlan qui était aux mains de
sympathisants de l?APPO (ceux-ci l?avaient déserté quelques
jours avant devant l?arrivée de la PFP et des polices locales).

Des profs du secteur d?Ocotlan ont décidé de suspendre les cours dans 200 écoles de
différents niveaux pour protester contre le harcèlement de la PFP et des
corporations policières de l?Etat. Devant les menaces des
paramilitaires et des groupes de sicaires payés par le PRI pour enlever et remettre
aux autorités les profs impliqués dans le mouvement et pour demander la libération
de cinq des leurs détenus à Nayarit, 4 500
maîtres d?école de la région des Cañadas n?ont toujours pas repris les cours.
Lundi à Zaachila, des profs ont été détenus. Après l?incursion violente des flics à
l?école primaire de San Isidro Zautla, dans la commune de Soledad Etla, des maîtres
d?école ont été appréhendés. A Oaxaca, là
encore, trois profs de la région de la Mazateca ont été capturés? Le leader de la
section 22 du Syndicat national des travailleurs de l?éducation, Enrique Rueda
Pacheco, qui vit planqué de crainte d?être
détenu à son tour, ne reconnaît pas la répression et le harcèlement que subissent
les profs, et disqualifie la grève que mènent les maîtres de la région de Valles
Centrales. Ce qui permet au directeur général de
l?Institut de l?Etat de l?éducation publique d'Oaxaca, Abel Trejo Gonzalez,
d?affirmer qu?il n?y a pas et qu?il n?y aura pas de persécution ni d?arrestation
arbitraire ni non plus de chasse aux sorcières?

Des membres du centre de droits humains Yax?kin ont été suivis dans leurs
déplacements par des flics en civil circulant dans des véhicules sans plaque
d?immatriculation, ils ont été encerclés et pris en photos par
les flics alors qu?ils sortaient de leur hôtel.

La Commission diocésaine de justice et paix et le Centre des droits humains
Bartholomé Carrasco Briceño ont dénoncé le harcèlement et les menaces répétées dont
sont victimes le mandataire de l?archevêché,
Romualdo Wilfrido Mayrén Pelàez, et le curé de l?église de Siete Principes, Carlos
Franco Lopez, pour leur soutien humanitaire aux blessés des manifestations
précédentes.

Les familles des détenus se sont organisées en comité et ont manifesté dimanche
dernier dans le centre-ville d'Oaxaca pour exiger la libération des prisonniers et
le retrait de la PFP d'Oaxaca, puis, certaines
d?entre elles se sont déplacées jusqu?à Nayarit, où elles ont renforcé un "planton"
(occupation permanente d?un espace public) devant le palais du gouverneur de
l?Etat. Les autorités pénitentiaires en charge de
l?établissement de moyenne sécurité de Nayarit refusent toujours aux familles et
aux avocats d?avoir accès aux détenus pour éviter le scandale sur les méthodes
qu?utilise l?Etat pour en finir avec les luttes sociales.
Peu à peu nous parviennent des témoignages et nous savons que les détenus ont été
cruellement torturés plusieurs d?entre eux ont eu les doigts brisés sous l?effet du
supplice, d?autres encore ont subi des violence
sexuelles ou ont été menacés d?être tués, de disparaître sans laisser de traces?

Une fois de plus, en totale violation des traités internationaux qu?a signés le
Mexique, les autorités pénitentiaires de Nayarit refusent l?attention médicale aux
détenus blessés (certains sont dans un état
grave et ont besoin d?attention médicale). Parmi les 141 détenus qui ont été
déportés jusqu'à Nayarit se trouvent 3 mineurs qui ont été déclarés formellement
prisonniers et incarcérés en ce lieu en absolue infraction avec les lois qui les
protègent, de même que les 34 femmes détenues dans cette taule qui est un
établissement exclusivement masculin. En clair, les autorités se contrefoutent des
lois et des règlements qu?elles ont elles-mêmes conçus. Les trois juges du Centre
fédéral de réadaptation social de Nayarit ont fixé des cautions jusqu'à 4 millions
de pesos pour la libération des prisonniers qui ont été accusés, sans investigation
sérieuse sur leur culpabilité, de sédition, d?association de malfaiteurs, incendie,
etc., des charges qui peuvent entraîner jusqu?à vingt ans de condamnation...*

La persécution la plus brutale, la torture, la fabrication de délits,
l?emprisonnement, les disparitions, les meurtres comme réponses aux expressions de
mécontentement, l?impunité et la protection aux répresseurs
et aux assassins.

Si on te frappe tend l?autre joue... En début de semaine, à l?initiative de
l?artiste bien connu Francisco Toledo, des écrivains, des intellectuels, des
journalistes, des défenseurs des droits humains, des avocats et des représentants
de l?Eglise catholique ont créé le Comité de libération 25 Novembre, qui se propose
d?aider à la libération des prisonniers qui n?auraient pas commis d?acte de
vandalisme, et qui n?auraient pas agressé les forces de l?ordre...

Lundi soir, à Mexico, quelques heures après que l?APPO eut annoncé que se tiendrait
le lendemain le premier contact avec le gouvernement de Calderon par
l?intermédiaire du tout nouveau secrétariat du gouvernement**, quatre conseillers
de l?APPO ont été appréhendés en sortant d?une réunion (Flavio
Sosa, son frère Horacio, Ignacio Gracia Maldonado et Marcelino Coache Verano,
porte-parole de l?APPO et secrétaire général du syndicat indépendant du conseil
municipal d'Oaxaca). Flavio Sosa, que les médias
persistent à présenter comme le "dirigeant" ou le "leader" de l?APPO, a déclaré
faire parti du PRD (quelques jours auparavant, on pouvait lire, dans une interview
qu?il avait donnée, qu?il regrettait d?avoir démissionné de ce parti pour soutenir
Fox durant la campagne présidentielle de 2000). Le message que fait passer le
gouvernement avec l?arrestation des quatre conseillers de l?APPO qui étaient venus
pour négocier est qu?il se sent suffisamment fort et qu?il réglera les problèmes
sociaux et les protestations populaires en les criminalisant, en les réprimant, et
en persécutant tous ceux qui n?adhéreront pas aux
projets néolibéraux du pouvoir.

Le leitmotiv du gouvernement et de ses amphitryons résonne comme une menace : "Rien
ni personne au-dessus des lois" (sauf pour eux-mêmes, leurs complices et leurs
chiens de garde, bien entendu).

Oaxaca est un laboratoire d?expérimentation répressive dont les résultats pourront
être étendus au reste du pays si besoin est.

Bon, et bien voila... je suis bien conscient que je vous ai dressé un bien sombre
et déprimant tableau de la situation. Mais il est bien certain que les gens ici ne
se sont pas soumis à l?ordre fascistoïde qui s?est
imposé impitoyablement ; de plus, les problèmes de fond, sociaux et politiques, ne
sont pas résolus et les revendications demeurent.

Dimanche prochain (le 10) une énième mégamarche est prévue pour exiger la
destitution du despote, la libération des prisonniers, la réapparition des
disparus, l?annulation des ordres d?appréhension et le retrait de la PFP de Oaxaca.
On y attend plusieurs centaines de milliers de personnes.

ATENCO, OAXACA,
NOUS TOUTES, NOUS TOUS !

A bientôt
M, Oaxaca, vendredi 8 décembre 2006


* Aux dernières nouvelles : les autorités pénitentiaires de Nayarit obligent les
familles à signer un document dans lequel elles s?engageraient à retourner à Oaxaca
après avoir visité leurs proches détenus (138 à ce jour).

** Le nouveau titulaire du poste est l?ancien gouverneur de Jalisco Francisco
Ramirez Acuña, qui s?était fait remarquer durant le troisième sommet des chefs
d?Etat et de gouvernement d?Amérique latine, Caraïbes et
Union européenne, à Guadalajara en mai 2004, pour son zèle à réprimer les
altermondialistes qui protestaient (détentions arbitraires, tortures, jugements
injustes... certains sont encore en taule plus de deux ans après...).


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