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(fr) Echos du mouvement anti-CPE a Dijon

Date Sat, 5 Aug 2006 12:31:03 +0200 (CEST)


voilà un récit tardif mais quand même réalisé sur le mouvement anti-cpe à dijon.
Alors je le transmet suite au récit de caen (1) pour les personnes que ça intéresse
de savoir un peu plus en détails ce qui s'est passé dans diverses villes et les
réflexions autour.

= Echos du mouvement anti-cpe =

Après un automne brûlant marqué par une déflagration d'émeutes et de révoltes en
banlieue suite à la mort de deux jeunes poursuivis par la police, la France a été
ce printemps le terrain d'un long mouvement social, massif et radical.

Au mois de janvier 2006, Dominique de Villepin avait annoncé une loi dite "pour
l'égalité des chances", notamment pour répondre aux émeutes de novembre :
suppression des allocations familiales pour les mineurs absentéistes, possibilité
de licencier sans justifications, rétablissement de l'apprentissage à 14 ans...

Quelques mois d'occupations massives des facs, d'émeutes dans la rue, d'actions
directes et de bloquages économiques ont fait reculer le gouvernement français pour
la première fois depuis plusieurs années dans ce type de contexte (souvenirs de
1995...).

Au delà du retrait d'une loi parmi d'autres qui visait à précariser un peu plus le
travail, mais dont la disparition ne change malheureusement pas grand chose à
l'oppression capitaliste, le mouvement à renforcé la détermination et créé une
brèche d'ampleur par ses modes d'actions et de vie collective.

Un des aspects les plus enthousiasmant de ce "mouvement" contre le CPE et son monde
a été la résonnance et le partage d'une critique radicale des structures de l'Etat
et de l'économie, de la norme du travail salarié, des modèles de consommation, de
croissance économique et d'invidualisme libéral.

La plupart des facs et de très nombreux lycées sont restés fermés pendant deux mois
et plus. Comme une traînée de poudre, de ville en ville, se sont répandus des
bloquages de routes, de centres de tri postal, d'aéroports, de gares, de chantiers,
des occupations de mairie, conseil général, Anpe, des sabotages, des déménagements
d'agences d'interim, de locaux des partis politiques, des pratiques émeutières et
organisation en groupe affinitaire pour agir, redécorer, casser pendant les manifs,
autoréductions dans les magasins, sabotages de lignes de chemin de fer, de
bâtiments, de meetings, de costumes de politiciens...Un tel soutien populaire ne
s'était pas vu depuis longtemps, des solidarités se sont créées avec d'autres
milieux, sans-papiers, rmistes, chômeur-euse-s, intermittent-e-s, salarié-e-s
dépassant le soutien prudent des centrales syndicales. Dans nombre de ville, chaque
journée était marquée par des manifestations sauvages, les soirées par des
manifestations nocturnes, une partie des manifestations se terminaient
régulièrement en émeutes.

Pendant qu'un premier ministre réduit à l'état de vieux disque rayé renforçait la
colère quasi quotidiennement à la télévision en annonçant son refus du retrait, des
milliers de personnes décidaient en Ag de porter la destruction du capitalisme,
l'amnistie des émeutiers de novembre, la disparition des frontières, de transformer
les services d'ordre en services d'action directe ou les gazons de la fac en
potager. La police française ne savait plus où donner de la tête et un des
principaux syndicats de flics a même imploré le gouvernement de lâcher et
communiqué publiquement sa peur qu'une "haine massive de la police se développe
dans la jeunesse" et que la situation devienne totalement incontrôlable.

De fait, en comparaison à d'autres remous sociaux de ces dernières années, il était
frappant de voir à quel point il y avait un accord partagé largement sur le fait
que le succès de la lutte tienne à une diversité d'actions directes, de ressentir
combien était revendiquée la nécessité d'un certain "illégalisme". Il était
impensable de se contenter d'aller en cours et d'exprimer calmement et
"démocratiquement" son désaccord en masse dans la rue, dans les défilés autorisés,
aux moments autorisés pour le spectacle de la liberté de contestation. Malgré les
pressions de tout part, il était clair qu'il fallait, pour faire vivre le
mouvement, que le cours du quotidien s'arrête, que les facultés soient bloquées,
repeintes, chamboulées, que les lycées soient bloqués et barricadés. Et c'est
notamment ce bloquage même du quotiden, qui a fait le sel de la lutte et donné de
l'espace pour d'autres possibles qu'un morne enrôlement dans l'exploitation
salariée et la consommation. Nous avons changé concrètement pendant quelques mois
nos vies et bouleversé de nombreux rapports sociaux.
Il en reste de multiples traces et énergies...

== Bribes partielles du printemps dijonnais ==

Les révoltes du printemps m'ont apporté plein d'espoir, de rage et de moments
magiques. J'avais envie de partager quelques ressentis sur ce qui s'est passé à
dijon, ainsi que de raconter certaines actions. C'est fort incomplet, car je
n'étais sur dijon que partiellement à cette période et n'ait entendu parler ou
participé qu'à une partie des actions menées...

== Occupations ==

== De la fac... ==

L'occupation de la fac a duré plus d'un mois, elle a dégagé plein de temps, permis
des complots, amitiés et confrontations, des fêtes et barbecues sur le toit, des
ateliers et débats .. Elle a permis à plein de gens de se rencontrer et de vivre
ensemble en brisant les cloisonnements habituels entre les loisirs, le privée, le
travail, la fac... Ce contexte de lutte et de vie collective était nouveau pour
beaucoup.

Les ag et les point d'infos quotidiens étaient parfois entousiasmants, intenses et
souvent quand même assez chaotiques.. Malgré quelques efforts de formalisme, il
est indéniable que le manque d'expériences d'assemblées collectives, le star-system
et le goût des syndicats pour les foules relativement malléables a entraîné des
types d'ag-spectacles très chaotiques. L'assentiment ou le ressentissement
s'exprimaient "à l'émotion" et à l'emportée par le biais d'huées ou
d'applaudissement, de processus d'humiliation ou de glorification assez agressifs
et propices à assurer le règne des grande gueules, militant-e-s chevronné-e-s et
rhétoricienn-e-s.

Même si, l'ambiance générale et une forte volonté d'autonomie du "mouvement"
poussait les orgas traditionelles à faire profil bas, les débats de fond et
organisations d'actions se faisaient souvent aspirer par d'interminables querelles
de représentations et de contrôle du terrain entre syndicalistes de l'unef de la
fse ou de l'uec. Il eût été possible de réfléchir à nos processus d'organisation et
d'utiliser divers outils présents dans d'autres collectifs et luttes pour amener
des processus décisionel clairs, plus d'efficacité, de participation et moins
d'inégalités dans les prises de parole : petits groupes, tableaux, ordre du jours,
rôle tournants, modérations visant à briser les phénomènes de spectacularisation,
échanges de savoirs... On ne peut pas dire que tout cela ait beaucoup été
expérimenté à dijon, dans les AG tout au moins.

Même si la présence à ces assemblées s'imposait parfois, pour passer des infos,
voir des gens, tâter l'ambiance ou avec un peu de dérision, "pour le spectacle",
bon nombre d'actions et initiatives se sont donc organisées ailleurs et en plus
petit groupe.

Et puis, ne noiricissont pas à outrance, ces moments, dans leur spontanéité même
avaient parfois du bon, elles restaient un cadre précieux de débat ouvert entre
personnes impliquées dans le mouvement.

== Des lycées et...collèges... ==

La plupart des lycées de la ville ont été bloqué pendant plusieurs jours ou
semaines. Des centaines d'ados ont connu les joies du barricadage, de la récup de
barbelés et autres grillages, des promenades joyeuses, sauvages et groupées en
ville, de l'illégalité, des jeux de construction et des barrages routiers devant
les établissements... Des personnes actives dans chaque lycée se sont constituées
en assemblée indépendante, refusant la présence visible de représentant-e-s de
syndicats ou de partis.

Les collègienn-e-s jaloux-ses ont fini par s'y mettre aussi. Un beau matin, après
divers complots à base de sms et de tracts fait à la main en cours, dans au moins
deux collèges, les élèves se sont retrouvés dans la rue, ont bloqué la route,
poussé des poubelles ou les ont renversées, et ont fait face au menaces de
l'administration. Une banderole préparée soigneusement par un élève avec des
feuilles de classe scotchées les unes aux autres et de la gouache a été accrochée
aux grilles de Bachelard. Les collègien-ne-s de victor hugo épaulés par les
lycén-ne-s d'à coté et barrant la route devant leur collège se disaient prêt à
attendre la police de pied ferme. Dans un autre collège de côte d'or, les élèves
ont refusé de retourner en cours et ont entamé un sit-in dans la cour. La
directrice s'est épuisée en menaces, jusqu'à appeler la police. Une escouade de
policier a finit par venir en personne s'employer à rétablir l'ordre. Rien n'y a
fait, les collègien-ne-s n'ont pas bougé.

Dans divers établissements l'administration s'est acharné sur
des boucs émissaires pour briser les rebellions. Dans un collège un jeune s'est vu
menacé de renvoi jusqu'à la fin de l'année parce qu'il était considéré comme
"initiateur". Au lycée privé "st-jo", un autre s'est vu dire par la direction que
le lycée porterait plainte contre lui si les grèves continuaient, même si il était
en cours. Puis il s'est vu administré deux heures de colle quotidienne jusqu'à la
fin de l'année. Un guide juridique et pratique concernant les lycées a été édité et
diffusé afin de mettre en confiance sur les possibilités de désobéissance et
pousser à des réflexes de solidarité collective.

== Actions et offensives... ==

Pendant les premières semaines, les actions étudiantes ont été assez symboliques et
théâtrales: enterrement du code du travail, semis des graines de la révolte,
opérations escargot encadrées par la police, course pour l'emploi...

Et puis pour contextualiser par rapport à d'autres villes, il faut bien constater
que dijon, moyenne bourgade bourgeoise s'inscrit le plus souvent une culture de
lutte assez molle dans le cadre des luttes étudiantes et des "mouvements sociaux"
en général.

Petit à petit et comme un peu partout en France, les actions se sont pourtant ici
aussi radicalisées. Elles prenaient clairement pour but de perturber, coûter de
l'argent, du temps, bloquer les rouages économiques et
institutionnels. La police n'était plus prévenue de ce qui se passait...

De manière générale le mouvement a créé un état d'esprit propice à l'illégallisme
et à la combativité quotidienne face au mobilier urbain et aux institutions cibles.
Nous avons eu écho de diverses actions et équipées nocturnes à base de peinture,
glue ou soudure à froid, sur le siège de l'ump, des permanences de député, ou le
Mcdonald du centre ville. Les publicités de la fac ont commencé à être
systématiquement détournées ou sabotées (apparemment ils viennent même d'abandonner
un de leurs espaces publicitaires à l'expression libre).

- le mardi 7 mars, une contre-manifestation des Clowns Pour l'Esclavage,
s'introduit dans le cortège au nom de tous les soumis silencieux, qui soutiennent
le CPE. Des légumes pourris sont balancés sur la porte de la préfecture. (3 mois
plus tard, lors d'un rassemblement contre les lois Ceseda, nous trouvons avec
étonnement 2 pieds de tomates en bonne santé poussant clandestinement dans les
interstices de béton juste devant l'entrée du donjon préfectoral).

- début mars, il y a une opération de péage gratuit sur l'autoroute, pratiques
héritées de 95 et du mouvement des chômeurs. Elle rapporte en très peu de temps
1500 euros. Malheureusement, de sombres
gestionnaires de la lutte se sont emparés de la caisse et ont choisi, au lieu de la
mettre à profit pour agir et sans l'accord d'une bonne partie des gens qui avaient
fait l'action, d'en reverser une grosse partie à l'université pour payer des
extincteurs vidés lors d'intrusions nocturnes pendant l'occupation.

- le dimanche 19 mars, pendant la coordination nationale de Dijon, des journalistes
refusant la décision de l'assemblée de fonctionner sans eux en cette occasion, se
font sortir par la force.

- le 21 mars, alors que la présidence de l'université avait décidé malgré les
bloquages de faire voter pour les représentant-e-s universitaires, les élections
sont sabotées par divers vols d'urnes,d'isoloirs et de fiches de vote jusqu'à
annulation.

- Le 22 mars à 14h30, une quarantaine de personnes masquées s'introduisent dans les
locaux de la permanence du député UMP jean-marc Nudant située rue d'Auxonne.
Ils/elles en sortent le mobilier et brandissent une banderole "Ils nous mettent
dehors, chacun son tour". Ils/elles repartent ensuite en signifiant clairement
qu'ils/elles ne se laisseraient plus mettre à la rue ni par le CPE, ni par L'État,
ni par le patronat. Les réactions s'enchaînent dans la presse locale pour dénoncer
cette confrontationnalité inadmissible et dangereuse. L'ump fait une conférence de
presse spéciale pour condamner l'action, le Medef compare à la "nuit de cristal",
le Bien Public y consacre des pages... C'est l'enflammade !

- Le 28 mars, la gare est occupée grâce à un premier détournement de parcours des
grosses promenades syndicales officielles où rien n'était censé arriver. Le 21
mars, peu de temps après l'arrivée à la gare alors qu'il y avait 400 personnes sur
les rails, les unefistes et autres férus d'ordre appellent les manifestant-e-s à
partir parce que la police risquait d'intervenir. Tiens comme c'est étonnant quand
on occuppe une gare ! Ils/elles réussissent malheureusement à faire flipper une
bonne partie des gens à coup de mégaphone et de grands discours. Quand la police
arrive réellement, deux heures plus tard, il ne reste plus que 100 personnes, qui
se sont fait vider sans sommations dans un échange de jets de pierres et de coups
de matraque. Au final, 3 personnes se font arrêter par la BAC, à la sortie de la
gare dont deux lycéen-ne-s et un majeur impliqué dans l'occupation de la fac depuis
le début. Celui-ci prendra un mois ferme le lendemain, après que sarko ait demandé
des peines de prison ferme pour les personnes interpellées lors des manifestations.
Heureusement pour lui un paquet d'occupant-e-s de la fac avait constaté son
implication au cours des semaines précédentes et s'étaient attaché à lui à travers
cette expérience de vie commune. Ce "casseur" était plus retors à diaboliser que
d'autres.

Le manque de soutien d'une partie des étudiants a choqué et créé assez vite une
fracture dans l'assemblée. Certains leaders étudiants qui avaient amené à lâcher la
gare, avaient par aileurs fait passer dans les semaines précédentes sans
consultations et donc sans grandes réactions, plusieurs communiqués condamnant les
casseurs et tout ce qui pouvait s'apparenter à de l'illégalité ou de l'action
directe lors des manifestations menées en France. Ils s'étaient notamment insurgé
que les médias couvrent le premier acte de casse dans un lycée suivi de
l'incarcération d'un mineur, alors que le mouvement était selon eux uniquement
non-violent et pacifique. C'était alors pour s'opposer à cette vision lénifiante de
la lutte et leurs dissociations incessantes que le texte "cpe : vous avez dit
violence" (toulouse.indymedia.org/fichiers/CPE-violence.pdf)
avaient été écrit et distribué. Ce texte démontait le mythe médiatique et
gouvernemental des méchants casseurs, remettait en question les condamnations
systématiques d'actions dites "violentes". Il démontrait comment le rapport de
force du moment reposait notamment sur divers types d'actions offensives :
illégalisme, occupations et bloquages d'institutions et d'entreprise, sabotages
matériels... Face aux efforts de division gouvernementale et syndicale, il appelait
à une complémentarité des modes d'action et à une solidarité entre révolté-e-s.

- le 29 mars, un collectif dijonnais de soutien contre la répression est créé suite
à ces arrestations et lance un appel
(http://nantes.indymedia.org/article.php?id_article=8464) à une journée nationale
d'action
de soutiens aux inculpé-e-s, qui sera repris par l'ag dijonnaise puis porté à la
coordination nationale qui choisira de relayer l'appel.

- le week-end du 1er et 2 avril, les occupant-e-s de la fac réalisent une banderole
géante parcourant une bonne partie du bâtiment droit-lettre, elle annonce "il n'y a
pas de méchants casseurs ni de gentils manifestants juste des jeunes qui ont la
rage ".

- le 30 mars 2006, la Chambre de Commerce et d'Industrie et la Drac sont occupées
quelques heures lors d'une action commune d'étudiant-e-s et d'intermittent-e-s en
lutte.

- plusieurs manifestations nocturnes sauvages et bruyantes sont organisées. L'une
d'elle est dispersée violemment à son terme par la police place Wilson. 2
policiers se prennent des canettes et sont soit-disant blessés. 2 manifestants
sont arrêtés et inculpés après une garde à vue. Ils s'en tirent avec des amendes.
De plus une personne est envoyé à l'hopital par deux de ces camarades alors que
les crs l'abandonne sur le trotoir après plusieurs coups de matraque: Traumatisme
cranien.
Il tente actuellement des poursuites sans beaucoup d'espoir...

- 4 avril "La Gare...le retour !" Une semaine plus tard, nouvelle manif unitaire.
Au point d'info quotidien de la fac, il est annoncé que les lycéens prévoient de
détourner de nouveau la manifestation pour occuper la gare. Un certain nombre de
militant-e-s syndicaux frileux et échaudés se lancent dans des discours paralysants
sur la répression policière, la nécessité de se protéger et de protéger les plus
jeunes...et parviennent à un vote où il est décidé que les étudiants devront
convaincre les lycéens de ne pas aller à la gare et proposent alternativement
d'aller brûler des petites voitures majorettes sur la place de la république à la
fin du cortège. Quelques minutes plus tard, la décision semble trop absurde et est
remplacé in extremis par une décision de suivre les lycéen-n-e-s si ils/elles
décident d'aller à la gare. Ouf !

Une nouvelle fois un cortège sauvage part donc de la manif place Darcy. L'entrée de
la gare est déjà protégée par un rang de policier; Une entrée alternative est
trouvée derrière le quick et avant que la police n'ait le temps de réagir, des
dizaines puis des centaines de personnes passent par dessus une grille. Cette fois
l'occupation est massive, le sentiment de force collective est tangible. Des
poutres sont mis en travers des voies, les gens s'étalent, la gare va rester
entièrement bloquée pendant 5 heures. Quelques porte-paroles étudiants et syndicaux
tentent bien encore régulièrement de faire partir et paniquer les gens en faisant
planer l'arrivée prochaine de la police, mais cette fois la grande majorité ne les
écoute pas ou les siffle, et reste sur les voies... Des guides légaux sont
distribués...

Quand des escadrons de gendarmes mobiles de réserve (hé oui, des situations
semblables se produisent en parallèle dans toute la france et les bleu commencent à
manquer) finissent par arriver sur la route en contrebas. Un groupe de personnes
courrent les caillasser un peu en signe de bienvenue. Puis quand ils prennent
position et se mettent en ligne arme au poing le long des quais et lancent de
premières sommations, beaucoup se rapprocent au lieu de reculer et un certain
nombre empoignent des pierres. Le mouvement semble avoir donné une détermination
singulière et jouissive dans une ville où les manifestations de masse sont plutôt
marquées depuis des années par une recherche de paix sociale autant du coté des
autorités que des "contestataires". Du coup la police somme mais ne se décide pas à
attaquer. Au final, alors que la nuit commence à tomber, nous constatons avec
surprise que les gendarmes mobiles se retirent. Des "porte-paroles" ravis informent
alors que des négociations ont été menés avec la préfecture et que les policiers
acceptaient de se retirer pour autant que les manifestant-e-s le fassent aussi.
Cette nouvelle magouille dans le dos des personnes présentes et à priori contre la
volonté de la majorité finit par parvenir à jeter un trouble et briser
l'unité...quelques personnes s'en vont puis d'autres de manière croissante afin de
ne pas se retrouver trop peu quand la police reviendra. Malgré la satisfaction
d'avoir tenu aussi longtemps, au retour beaucoup de petits groupes épars partagent
aussi leur frustration de cette ultime
manipulation. Dans le bus, quelques étudiant-e-s issus des banlieues du coin
enragent "ben nous c'est notre quotidien de nous faire frapper et harceler par la
police... Pour une fois qu'on les tenait... la prochaine fois on se fera pas avoir,
on frappera en premier !"

- lors de cette même manifestation unitaire du 4 avril, un bloc masqué est créé.
Une trentaine de personnes habillées de manière fantaisistes et le visage couvert
parcourrent la manif en groupe avec des caddies magiques. Ils font des blagues, se
protègent les un-e-s et les autres et redécorent les murs de la ville, des panneaux
publicitaires, des vitrines de magasins et des distribanques avec des affiches,
pochoirs, bombages....
Suite à ce premier bloc, de plus en plus de gens vont se masquer dans les
manifestations pour agir ou par solidarité avec ceux qui agissent.

- le jeudi 6 avril, un chantier Bouygues est occupé à Dijon, mettant les ouvriers
ravis aux chômage technique aux frais du patron. Deux immenses banderoles sont
déployées sur la grue et appellent à "bloquer l'économie" et "liberer les
inculpé(e)s".

Un tract distribué au sol (http://lille.indymedia.org/article.php?id_article=4964)
précise entre autre " La coordination nationale étudiante a appelé cette semaine à
une journée nationale d'actions de soutien aux inculpé-e-s. Si nous avons choisi
dans ce cadre de bloquer un chantier Bouygues, c'est parce que cette multinationale
se nourrit de la répression et de la mise en place d'une société sécuritaire en
construisant des prisons et des centres de rétention pour sans-papiers. D'ailleurs
les Hotel Ibis sont couramment utilisés comme geôles pour les expulsions de ces
derniers. (...) Nous ne laisserons pas l'Etat et les médias diviser le mouvement en
faisant le tri entre les "bons" et les "mauvais" manifestantEs, entre "jeunes des
banlieues" et "lycéenEs/étudiantEs". Nous ne laisserons pas nos compagnon-e-s de
lutte aux mains d'une institution carcérale qui ne fait que détruire, humilier et
distiller la peur."

La police est sur place depuis un moment...et ne peut rien faire. Elle se contente
d'attendre les bloqueur/euses. Le même jour, à quelques centaines de mètres, une
manif lycénne et étudiante était organisée à 15 heures place de la république. Au
bout du boulevard, les manifestant-e-s voient les deux banderoles géantes couvrir
la grue de 30 mètres. La manif se rend alors au pied de la grue pour aller soutenir
les occupant-e-s bien que certains des militants Unef locaux appellent à respecter
l'itinéraire déposé en préfecture.

La police bloque l'accès au chantier dans le but de contrôler les occupant-e-s à la
redescente, mais des manifestant-e-s entrent dans le chantier et forment un long
couloir reliant hermétiquement la grue à la manif. Une dizaine de formes humaines
masquées se faufilent entre les gentes. La police n'aura pas un nom, ni un visage.
La manif repart alors de plus belle.

Pendant la manif, de faux agents de services d'ordre parodient le vrai en criant "
laisser passer, c'est la police", "tous tous ensemble bêêê", "à ceux qui veulent
précariser les jeunes, les jeunes répondent action directe", "S.O S.O. S.O.cisson",
incite les gens à rentrer dans les galeries lafayette, leur reproche de prendre le
risque de décridibiliser le mouvement parce qu'ils cueuillent des fleurs...

- Le vendredi 7 avril, le président des ANPE de France, bon pote à villepin, fan du
cpe est en visite dans l'agence majeure de Dijon. Il se voit recevoir une charmante
substance rougeâtre et huileuse sur son joli costume trois pièces. Ces deux
alcoliks sont victimes des giclures collaterales... Passé l'effet de surprise et
comme la discussion pré-giclade ne menait à rien, les syndicalistes, étudiant-e-s,
salarié-e-s et intermittent-e-s présent-e-s s'avèrent après coup assez content-e-s
de cette petite intervention qui brise la parodie de dialogue.

- le vendredi 7 avril, une manif de soutien au inculpé-e-s est organisée devant la
prison. Deux cent personnes de diverses organisations de gauche sont présentes et
ça fait plaisir de voir que divers gens se bougent quand même à ce sujet.

- le samedi 8 avril, la grande porte de la préfecture est redécorée de messages de
solidarité "étudiant-paysans" pendant une manifestation de la confédération
paysanne contre les ogm.

- le lundi 10 avril, chirac annonce le retrait du cpe. Une ag pour voter la
continuation ou la fin du bloquage était prévue le même jour. Le même jour, la
coordination nationale étudiante de lyon appelle à renforcer les bloquages
économiques et autres actions au moins jusqu'à l'abrogation de la Loi sur l'Egalité
des Chances, rappelant que cette revendication est portée massivement un peu
partout en France depuis plusieurs semaines.

L'ag est suivie massivement et l'on se rend compte que beaucoup plus de gens que ce
que l'on pouvait escompter dans ce contexte, ont envie de continuer. Les deux
milles personnes présentes sont super divisées. Malgré tout, à la fin de cette
journée et comme dans beaucoup d'autres villes, les
anti-bloquages l'emportent (la fac était de fait débloquée depuis déjà quelques
jours, mais le bloquage pouvait être revoté à ce moment là). Le bureau du doyen de
l'université se fait occupper, il refuse de banaliser les journées de
manifestation, se fait insulter... Le groupe des bloqueur-euse-s va continuer
pendant encore une dizaine de jours à se retrouver quotidiennement à la fac pour
des débats polémiques et souvent interminables. Beaucoup de celleux qui trouvent
absurde de s'arrêter maintenant se sentent parrallèlement pris au piège d'avoir axé
depuis le début sur le vote comme condition du bloquage. Ils/elles ne se sentent
pas de trahir maintenant la ligne politique qu'ils/elles ont suivi jusqu'alors et
préfèrent continuer les actions autrement. D'autres sont prêt à tenter toutes les
magouilles possibles et imaginables pour sauvegarder une façade démocratique mais
arriver à "truquer" de diverses manières des votes pour refaire passer un bloquage.
Certain-e-s enfin refuse les manipulations médiatiques et gouvernementales visant à
faire accepter l'idée de retour nécessaire à la normale. Ils/elles sont prêt à
assumer à continuer le bloquage de force, que celui-ci soit revoté ou non, se
sentant encore asssez nombreus-e-s et sûres des idées qu'ils veulent porter pour
continuer à les faire entendre en bloquant le bon fonctionnement des institutions.
Sans nier l'importance d'un soutien populaire quelques un-e-s rappellent que
l'histoire des luttes ouvrières et syndicales, de la résistance, des mouvements
sociaux en général a été porté par des personnes qui ont choisi d'aller à
contre-courant et de pousser le conflit social dans des sociétés dites
"démocratiques" où une "majorité" silencieuse se résignait souvent à se laisser
exploiter ou à laisser d'autres l'être.

Les débats sont chauds. Néanmoins, il est clair qu'un tas de personnes voudraient
continuer à remettre en cause le systême économique au-delà du cpe. Pleins de gens
autour de nous, sont déprimés de retourner en cours et de perdre les force
collectives, créatives et la plongée de quelques semaines dans un dépassement
joyeux du quotidien. Ils/elles se soumettent à reculon, impuissant-e-s face à la
force de frappe médiatique, syndicale et au sentiment imposé de n'être plus
légitimes à lutter, malgré tout le désir présent, puisqu'il a été décidé, déclaré
que c'était "fini". Malgré la force et la détermination données par plusieurs
semaines de lutte, il est terrible de ressentir la force de la soumission intégrée
au discours institutionnel, surtout à partir du moment où l'on perd la base
d'occupation qui permettait de manière égalitaire aux étudiant-e-s de ne pas avoir
peur de s'absenter des cours puisque personnes n'y allait. Il y a à partir de là de
moins en moins d'actions et d'initiatives.

- le 12 avril à 15h a lieu à Dijon une manifestation d'encore environ 500
personnes, principalement des lycéen-n-e-s et étudiant-e-s. Les syndicats de
salarié-e-s ont lâché l'affaire après la dite "victoire". La manif commence par un
traditionnel sit-in devant la préfecture avec distribution d'un texte "il faudra
plus d' un retrait pour avoir la paix"
(https://poivron.org/pipermail/brassicaliste/2006-April/000018.html). Un cortège
se forme, puis est rapidement dévié par l'annonce que le Conseil Général, non loin
de là, est occupé par une quarantaine de personnes qui en bloquent les entrées.
Tout le monde se met alors à courir pour envahir le bâtiment, ne laissant pas le
temps à la police d' intervenir.

Le Conseil Général a de multiples raisons d'être choisi pour cible (voir tract :
http://www.ainfos.ca/06/apr/ainfos00196.html). Il est présidé par Louis de
Broissia, sénateur UMP, bien connu pour son
conservatisme et pour son soutien inconditionnel au CPE et plus généralement à la
Loi sur l Egalité des Chances qui prévoit que le Président du Conseil Général ait
pouvoir de sucrer les allocations familiales en cas
d'absentéisme et d'obliger les parents à des stages de rééducation.

De Broissia est par aileurs associé activement à tous les travaux actuels (rapports
Bennisti, Hermange, rapport Inserm...) sur la prévention de la délinquance qui
visent à criminaliser les populations les plus fragiles et défavorisées :
construction de 7 prisons pour mineurs, dépistage des troubles du comportement
avant trois ans, policiers, contrôles biométriques et vidéosurveillance à l
intérieur des établissements scolaires...
Assez rapidement le chef de cabinet de M. de Broissia vient essayer de négocier. Il
tente maladroitement d'embrouiller les gens en leur expliquant sous les huées qu
ils/elles sont mal organisées et que leur revendications ne sont pas claires.
L'assemblée unanime exige que M. de Broissia s'engage à ne pas supprimer d
allocations familiales. M. de broissia siègeant au sénat ce jour là, un fax lui est
envoyé. La majorité des personnes souhaitent alors continuer l'occupation dans l
attente d une réponse.
Pendant ce temps, diverses personnes intervennent sur le rôle du Conseil Général et
les politiques suivies par Louis de Broissia.

Comme la réponse tarde à arriver, un jeu de sculpture collective géante est lancé
avec les sièges, tables, mobiliers, panneaux et plantes vertes du Conseil Général,
suivi de parties endiablées de 1,2,3 CPE (les gens qui bougent ont perdu et ceux
qui ne bougent pas aussi) et autres Medef glacé.

Régulièrement, notre chef de cabinet revient à la charge pour se voir refuser
toutes ses propositions par l'assemblée, insensible à ses talents de communication.
Peu à peu, des policiers et gardes mobiles se regroupent au deux entrées du
batîment, se préparant lentement à intervenir.

Après environ 3 heures d'occupation, une réponse de Louis de Broissia arrive par
fax live from the sénat, il nous propose, soit d'accepter une rencontre entre lui
et une délégation de 5 personnes dès le lendemain, soit de nous faire expulser
immédiatement par les forces de l'ordre pour mettre fin à une occupation jugée
intolérable et menaçante pour la démocratie. Il essaie au passage de nous
culpabiliser de porter
atteinte à un lieu entièrement dedié aux personnes les plus vulnérables. La bonne
blague...

Suite à cela, la police nous laisse 15 minutes avant d'évacuer. Nous prenons
néanmoins le temps d un débat. La proposition du sénateur conservateur est jugée
satisfaisante par une partie des personnes présentes, notamment du collectif
anti-délation qui s'étaient vu refuser plusieurs fois des demandes de rendez-vous
pour aller houspiller le sénateur. D'autres sont d'avis que ce type de rencontre
est plutôt inutile et ne sert qu à légitimer les dirigeant-e-s, leur permettant de
faire croire qu ils sont ouvert-e-s au dialogue. Même si l'assemblée est assez
partagée sur la pertinence de l entretien, tout le monde semble au moins s'accorder
sur la nécessité de continuer ce type d'actions de pression et d'occupation.
Finalement un sondage rapide fait opter pour une sortie collective et un retour en
cortège au centre-ville. On a su après que cette action avait mis le sénateur dans
la plus haute fureur et qu'il s'évertuait à pourchasser les coupables.

- le mercredi 12 avril 2006 à Dijon, une cinquantaine de personnes se retrouvent
sous la pluie, place Darcy, à 8h du matin, pour une action de blocage économique et
d'information sur la continuation du mouvement. Les manifestant·e·s se rendent en
zone industrielle de Longvic en bus gratuit (personne ne paye, le groupe écartant
toute possibilité d'embrouille par sa solidarité active en cas de contrôle),
revendiquant en acte la gratuité des transports. L'objectif: bloquer le centre de
tri postal. Cette cible a été choisie dans diverses villes partant du principe que
l'acheminement courrier est un des rouages clés de l'économie et du fonctionnement
de nombreuses entreprises.

Un stock de palettes sur un chantier situés à proximité sont immédiatement mis à
profit pour constituer une barricade devant les grilles du centre de tri, et une
banderole "il faudra plus qu'un retrait pour avoir la paix!" est déployée.

Au bout d'une heure de blocage, il semble que ne restent guère que des employé-e-s
en fin de service attendant de rentrer chez eux, et le groupe décide alors de lever
le camp. Une petite dizaine de véhicules de livraison auront été bloqués.

Notons que la distribution de tracts aux employé-e-s travaillant à l'intérieur aura
été empêchée par un directeur zêlé, qui essaiera plusieurs fois de forcer la
barricade, se plaindra beaucoup du fait que les
manifestant·e·s soient masqué·e·s, et finira, au départ du groupe, par enlever les
palettes une à une, sous les applaudissement de quelques manifestant·e·s
s'adressant ainsi aux ouvriers: "profitez de la pause, pour une fois que vous voyez
le patron bosser!".

Le groupe se recharge alors en palettes en chemin, suivi par deux motards de la
police qui ne semblent pas bien comprendre ce qui se passe, et poursuit sa route en
direction du principal rond-point de Longvic. Là-bas, trois barrages filtrants
sont mis en place avec les palettes et grilles métalliques transportées. Plusieurs
centaines de tracts sont distribués aux
automobilistes, des discussions engagées. Malgré les quelques chauffards qui
tentent de forcer le passage, les échanges vont bon train, et l'on sent l'intérêt
des gens, qui gratifient régulièrement les manifestantee-s de mots de soutien.

- dans la nuit du 30 au 31 mai, les plaques d'une dizaine de rues djonnaises ont
sont remplacées par des copies couleurs rouges et noires reprenant les noms de
révolutionnaires et d'acteurs de mouvements sociaux.

- Le 1er mai, un bioman bloc (divers gens divergeant dans le choix de la couleur
kistch uniforme année 80 qui les masque et les recouvrent, mais unis dans
l'adversité) apparaît, repeint une nouvelle fois les murs de la ville avec des
slogan contre l'exploitation salariée et le capitalisme, et s'attaque aux
publicités. Les flics en civil ne s'attendent pas à ça du gentil défilé syndical
annuel, et mettent un peu de temps à réagir. Ils essaient de pointer des gens et de
faire des arrestations, mais tout le monde a eu le temps de réenfiler ses habits
civils et une bonne partie des gens du cortège se montrent attentifs et solidaires.

Voilà pour quelques épisodes de la période dite du "mouvement anti-cpe" à dijon...
Pour se rappeller et se donner envie de continuer...


Note d'Ainfos
1. cf. : www.ainfos.ca/fr/ainfos06049.htm et www.ainfos.ca/fr/ainfos06050.html


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