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(fr) Retour sur les annees de braise (2)

Date Mon, 24 Apr 2006 09:49:32 +0200 (CEST)


[ suite et fin de la 1re partie ] Retour sur les années de braise
Les groupes autonomes et l?organisation Action Directe

De la coordination CARLOS à la naissance d?Action Directe
 
En mai 1977, les trois derniers emprisonnés ayant participé aux
interventions signées GARI, sont libérés. Ils vont réintégrer les groupes
autonomes et, par là même, un des réseaux libertaires existants. Leur
incarcération à la prison de la Santé leur a « permis » de prendre
contact avec des groupes communistes proches de l?autonomie parisienne. À
partir de là, ce réseau libertaire et ces courants politiques communistes
vont plus ou moins se côtoyer et s?entraider, sans pour cela que tous les
points de vue politiques soient vraiment abordés, échangés ou
approfondis. Toutefois, cet acquis relationnel se concrétise par « la
nuit bleue antinucléaire » du 19 novembre 1977, une série d?attentats à
l?aide d?explosifs dans diverses villes visant entre autres des
structures d?EDF. Ces destructions sont revendiquées par CARLOS
(Coordination Autonome des Révoltés en Lutte Ouverte contre la Société).
Cette coordination CARLOS est composée de groupes et d?individus
autonomes, libertaires ou d?obédience communiste révolutionnaire
(ex-membres de la Gauche prolétarienne, ex-napap ou de la mouvance de
l?autonomie parisienne, issue du courant Camarades)? Cette intervention
ne se situe pas seulement dans un registre antinucléaire mais dans une
lutte anticapitaliste comme on peut le constater en lisant le communiqué.
« Le développement forcené actuel de l?énergie nucléaire est un choix
irréversible que le capitalisme nous impose. De par son fonctionnement,
sa nature, l?énergie nucléaire est la caricature d?un univers hiérarchisé,
technocratisé, militarisé, où nous n?intervenons en rien. L?État ne
respecte même plus sa propre légalité pour la construction des centrales
nucléaires, l?ouverture des mines d?uranium, l?extension des usines de
retraitement des déchets, etc. Le choix de l?énergie nucléaire, de par la
concentration des moyens économiques,
technologiques, humains, est l?occasion rêvée pour le capitalisme de
pérenniser sa domination sur nos vies. Une centrale nucléaire, une fois
construite, ne peut être détruite avant 20 ans. C?est ici qu?un moratoire
limité apparaît clairement comme démagogique. La valse
hésitation du PS est bien dans la lignée récupératrice, démagogique, de
ce parti attrape-tout. Refuser l?énergie nucléaire serait remettre en
cause radicalement le capitalisme, ce qui fait sourire quand on voit la
bousculade des cadres socialistes, dans la débandade forcenée de leur
appétit de pouvoir. Ne nous trompons pas : nous aurons une bombe à
gauche, une énergie nucléaire à gauche, avec des flics de gauche et des
enterrements démocratiques. Quant au PC, avec ses vues totalitaires et
bureaucratiques, il ne peut que cautionner le développement d?une énergie
nucléaire dont il aurait le contrôle.
Par ailleurs, le développement actuel des recherches sur l?énergie
solaire, s?orientant vers de grosses unités de production, montre que
l?intérêt du capital réside dans la concentration de l?énergie, pour
garder le contrôle de sa redistribution. La lutte contre le
développement de l?énergie nucléaire ne peut se cantonner dans
l?opposition légaliste des partis et syndicats. De même, il est évident
que les manifestations antinucléaires et écologiques ont révélé
l?existence d?une contestation profonde de cette société sur les bases
d?un refus de tout centralisme, toute hiérarchie, contre le travail
salarié et la consommation à outrance, ces rassemblements ne peuvent
suffire à stopper le pouvoir. Il est indispensable d?intensifier les
actions de sabotage qui touchent directement le pouvoir dans ses intérêts
économiques et permettent de retarder, voire de stopper la construction
des centrales, mines, usines liées au nucléaire. Quoi qu?il en soit, le
nucléaire n?est qu?un des aspects les plus apparents de l?exploitation
généralisée du capitalisme qui ne peut être mis en échec que par
l?auto-organisation des individus et par la prise en main de tous les
aspects de notre vie quotidienne. »
Communiqué signé CARLOS (Libération du 22 novembre 1977)

Précisons que les groupes agissant à ce moment-là en France n?ont pas
tous accepté de prendre part à cette soirée ou connu l?existence du
projet de cette « nuit bleue ». Ce qui veut dire que la
coordination CARLOS ne regroupait pas l?ensemble des groupes
libertaires ou autres qui pratiquaient en France des actes de lutte
armée. Pour des raisons de sécurité ou de clandestinité, tous les groupes
ayant ce type d?activités ne se connaissaient pas ou ne
souhaitaient pas se connaître. La pratique d?actions illégales entraîne
certaines mesures de sécurité, la discrétion, le cloisonnement entre
groupes? N?oublions pas que la répression est omniprésente ? filatures,
écoutes téléphoniques, vols de courrier, intimidations diverses,
perquisitions, interrogatoires, sévices, incarcérations, enlèvements de
militants par la police politique (dans les années 1980, à Bordeaux,
Lyon, Toulouse, Paris?) ? pour obtenir sous la pression des informations
sur des personnes recherchées ou responsables d?actions de lutte armée.

La fin de l?été 1978 marque la rupture entre divers groupes autonomes
présents au sein de ce réseau coordination carlos.
Certains, enthousiasmés par la « puissance de feu » des groupes
autonomes, par un mouvement social qui localement (les mineurs et les
sidérurgistes à Denain, Longwy?) réagit violemment aux restructurations
capitalistes, pensent que la période est favorable pour radicaliser et
structurer le mouvement. Ils décident la constitution d?une
organisation armée. Ils veulent passer à un niveau supérieur
d?affrontement qui suppose aussi des exécutions ciblées comme le
pratiquent certaines organisations de lutte armée en Allemagne, en Italie
ou en Espagne. C?est de ce courant que va naître l?organisation Action
Directe.
Les autres groupes refusent l?organisation pour diverses raisons. Tous
les individus n?ont pas la même analyse de la situation, la même
conception, la même stratégie sur le combat à mener. Concevoir une
organisation permanente qui s?affirme en guerre contre l?État va à
contre-courant de leur pensée et de leur mode d?organisation. Ils restent
sur des bases mouvementistes et assembléistes. L?organisation rompt avec
la pratique de groupes issus de mouvements diffus, organisés de manière
horizontale. Ils sont pour la multiplication des groupes affinitaires où
les individus du groupe décident en assemblée de leur propre action et
limitent ainsi les possibilités d?infiltration policière. La permanence
d?un sigle, en plus d?attirer la répression, permet à la justice, en cas
d?arrestation, d?accumuler les charges (le dossier pénal des gari en
était la démonstration). Ces groupes sont déjà très critiques sur les
orientations avant-gardistes des
organisations marxistes-léninistes de lutte armée style Brigades Rouges
(Italie), Rote Armee Fraktion (Allemagne). Ils s?opposent à l?hégémonie
de ce type d?organisation sur le mouvement. Ils sont conscients que ce
n?est pas en tuant des tenants du capital qu?un contre-pouvoir peut
gagner du terrain et faire lever un mouvement social. Le capital se fout
que l?un de ses serviteurs soit exécuté. Pour lui, les hommes ne comptent
pas, mais par contre le sabotage de l?outil de travail qui bloque la
production lui fait perdre du temps et de l?argent. Une transformation
sociale ne peut reposer sur la seule utilisation des armes et des
explosifs. La lutte armée ou les actions armées ne sont pas une finalité,
les formes d?intervention sont (et seront) multiples et variées. Créer
une armée, qu?elle soit rouge ou noire, induit une clandestinité
permanente et le repli sur cette seule forme de lutte.

Action Directe va apparaître médiatiquement le 1er mai 1979 en
revendiquant une série d?attentats à Paris, puis va poursuivre sa route,
commettre d?autres attentats. L?organisation va s?allier avec la Rote
Armee Fraktion (raf) à partir de 1985? En France, elle va tenter
d?exécuter, en 1985, le général Blandin, contrôleur général des armées,
et, en 1986, le pdg de la branche armement de l?entreprise Thomson, Guy
Brana. Elle va abattre, en 1985, le général Audran, l?un des responsables
au ministère de la Défense des affaires internationales, dont les ventes
d?armes? et, en 1986, Georges Besse, pdg de Renault. Les groupes autonomes
vont, eux, perpétrer divers attentats ou sabotages et organiser de
nouvelles coordinations qui agiront à la fin des années 1970, notamment
en 1978 et 1979, en solidarité avec des autonomes libertaires incarcérés
en Espagne et pendant les années 1980 sur le terrain anticarcéral,
antinucléaire (sur ce thème, voir Golfech, le nucléaire : implantation et
résistances, édité par le CRAS en 1999)?

Depuis l?année 1968, des centaines d?actions de lutte armée ont été
revendiquées ou pas par les groupes autonomes. À notre connaissance,
aucune exécution de personne n?a eu lieu, excepté l?acte de l?anarchiste
autonome Jean Bilski. Le 14 mai 1976, à Paris, Bilski armé d?un P38 abat
Jacques Chaine, pdg du Crédit Lyonnais et se suicide immédiatement après
avec la même arme.

 
La constitution de l?organisation Action Directe vu par Action Directe

Voici les extraits de deux textes émanant d?Action Directe qui abordent
la genèse de l?organisation. Ils nécessitent quelques mises au point. Le
contenu de ces textes est intéressant ; ceux qui souhaitent en savoir
plus sur cette organisation peuvent se renseigner et
éventuellement se procurer ces documents aux adresses indiquées en fin de
document.

Le premier est un extrait d?« Éléments chronologiques ? Action
Directe » paru dans Cahier Front, n° 6, non daté mais vraisemblablement
publié vers la fin des années 1990.
« 1977-1978 : L?année 1977 est marquée par l?émergence du mouvement
autonome européen et par sa liaison avec les offensives de la guérilla en
Allemagne et en Italie. En France, des militants révolutionnaires issus
de nombreuses et diverses expériences françaises et étrangères, depuis
1968, initient un processus pratique de convergence. Et ils établissent
une coordination politico-militaire, interne au mouvement autonome. Dans
cette coordination se retrouvent ainsi d?anciens membres de groupes
armés, de la résistance antifranquiste ? mil (Mouvement Ibérique de
Libération) et gari (Groupes d?Action Révolutionnaire Internationalistes)
?, des membres de groupes autonomes nés après la dissolution de la Gauche
Prolétarienne, comme les Noyaux Armés Pour l?Autonomie Prolétarienne,
mais aussi de nombreux militants ayant rompu avec les politiques
légalistes et parasyndicales de l?extrême-gauche groupusculaire. Durant
près de deux ans, cette coordination mènera de nombreuses actions de
sabotage et de préparation à la lutte armée. Des nuits bleues comme celle
contre la construction de la centrale de Malville, 23 attentats sur tout
le territoire revendiqués carlos (Coordination Autonome Radicalement en
Lutte Ouverte contre la Société). Une nuit bleue en riposte à
l?extradition de Klaus Croissant vers l?Allemagne et de nombreuses
actions après l?assassinat dans leurs cellules des camarades de la raf
Andreas, Gundrun et Karl... mais aussi des actions contre les nouveaux
négriers et la flexibilisation du travail, telles les opérations de la
cact (Coordination Autonome Contre le Travail) à Toulouse contre les anpe
et les agences d?intérim?
1979 : Au cours de l?hiver 1978-1979, la coordination décide de faire le
saut à l?organisation de guérilla. Le 1er Mai, elle scelle cette
détermination en attaquant les armes à la main le siège du patronat
(cnpf, Conseil National du Patronat Français).
Action Directe n?est pas apparue par génération spontanée. Des individus
ou des groupes ayant eu des expériences diverses de propagande armée ont
ressenti la nécessité, au-delà d?actions
ponctuelles ou de campagnes politiques (comme en 1977?), de se donner un
instrument afin de promouvoir une stratégie communiste?

Le second est un extrait d?« Interview du collectif des prisonniers
d?AD», publié en 2001 sous forme de brochure par Anarchist Black Cross de
Gand (Belgique) qui a réalisé cette interview entre le printemps 1999 et
l?été 2000. Vingt questions sont posées au « Collectif des prisonniers
d?AD». Dans la formulation de la première question, il est affirmé que le
mil et les gari sont présents lors de la constitution d?ad. Dans sa
réponse le collectif confirme.
Anarchist Black Cross de Gand (Belgique) : « Avant d?entrer dans
l?histoire d?ad propre, nous voudrions parler de la « préhistoire » d?ad.
Préhistoire qui est restée largement sinon non écrite en tout cas
méconnue et donc assez importante en soi. Préhistoire qui est
d?ailleurs, à notre avis, aussi importante pour comprendre l?histoire
interne d?ad. Donc, ad est née, en 1979, d?une coordination de différents
groupes armés, comme le MIL, les gari, les bi ou les napap, dans un temps
marqué par l?autonomie. Pourriez-vous en dire plus sur ces groupes et sur
la coordination autonome elle-même ? »
Collectif des prisonniers : « Depuis le début des années 1970, de
nombreux groupes tentaient de résoudre dans la pratique la question de la
contre-violence révolutionnaire, agissaient sur la lancée du mouvement des
barricades, des occupations d?usines, des luttes à la base? Constitués en
réseaux d?autodéfense, ils portaient toute la résolution de l?illégalisme
de masse dans les grandes mobilisations qui se sont succédé lors de ses
années d?effervescence antagoniste.
Concrètement, ces réseaux formaient ce que la gp (Gauche
Prolétarienne), à son époque, avait appelé de tous ses v?ux : les bases
de la résistance populaire armée à la dictature. Au printemps 1977, la
coordination autonome, en se formant, dépassa le cadre groupusculaire
gauchiste. En particulier, elle sortait des clivages idéologiques pour
unifier sur le terrain des luttes clandestines, la tendance mao, à celle
surgie de Mai, faite d?une mosaïque de groupes anar, anarco-communistes,
d?ultra-gauche, clandestins ou non. Il y avait donc là des groupes armés
mao comme les Brigades Internationales, des
autonomes tels les Noyaux Armés Pour l?Autonomie Populaire ou encore
l?organisation Camarades et l?ancienne coordination antifranquiste des
groupes autonomes qui formaient les MIL-GARI (Movimiento Ibérico de
Liberación et Grupos de Acción Revolucionaria Internationalistas)? »

 
Mise au point

Nous ne pouvons partager l?interprétation que fait Action Directe des
événements qui se sont déroulés au cours des années 1977, 1978 et 1979.
ad est née d?une coordination d?individus et de différents groupes armés
dont la plupart sont issus de la mouvance autonome. Cela personne ne peut
le contester, même G. Debord qui affirmait dans la préface d?Appels de la
prison de Ségovie, Champs Libres, 1980, que cette organisation était une
émanation de l?État. Mais, on ne peut mêler à la création d?ad, le mil et
les gari (comme il est dit dans l?interview réalisée par ABC Gand). On en
voit les raisons idéologiques dans notre document avec en particulier
l?autodissolution du mil et des gari en août 1973 et 1974. Que des
individus aient traversé certaines de ces expériences (mil et gari) et
participent à la constitution d?ad c?est indéniable ! C?est le cas de
l?un d?entre eux. À la création d?ad, il n?y a qu?une personne de
l?ex-mil. Combien de membres de l?ex-gari ? Deux, trois ?
Dans la « coordination », que nous appelons plutôt réseau, de 1977-1978,
il y avait plusieurs ex-mil et ex-gari, mais tous n?ont pas souhaité
prendre part à la création de cette organisation. Ce n?est pas la
coordination qui décide de créer ad, mais certains groupes et individus
présents dans cette coordination.
AD affirme à tort : « ? Au fil des mois, les groupes armés ont convergé
dans l?élan du mouvement autonome qui avait la coordination pour épine
dorsale. Puis ils s?en sont lentement détachés pour assurer leur véritable
rôle comme organisation de guérilla? »(p. 7 et 8 de la
brochure « Interview du collectif desprisonniers d?AD ») ou « ? la
coordination décide de faire le saut à l?organisation. »(« Éléments
chronologiques ? Action Directe ») puisqu?un certain nombre de groupes et
d?individus ayant agi dans cette coordination réseau ne vont pas
participer à l?activité d?ad.
En ce qui concerne les membres des BI (3), des NAPAP et autres
protagonistes qui auraient été présents à la constitution d?AD, c?est à
eux d?en parler et d?éclairer le mouvement sur leur position.

Quand AD présente ou sous-entend la « coordination » comme une
organisation structurée, c?est un peu rapide. Rassembler tous ces groupes
ou individus qui étaient en contact sous le label «
coordination » est contestable. Pour certains de ceux qui ont formé AD
c?est une coordination politico-militaire (« Éléments chronologiques? »).
Cette formulation (marxiste-léniniste) laisse entendre que l?organisation
est déjà en place. Pour nous, c?étaient des relations inter-groupes
(autonomes de pensée et d?action). La coordination n?a pas été une
organisation armée traduisant en actes les aspirations d?une mouvance ou
d?un appareil politico-militaire structuré au sein du mouvement autonome.
Même si quelques individus se réunissant à Paris ont tenté durant cette
période de le mettre en place. Ce n?est pas facile de militariser des
libertaires.
 
Quand AD écrit : « Durant près de deux ans, cette coordination mènera de
nombreuses actions de sabotage et de préparation à la lutte armée. Des
nuits bleues? »(« Éléments chronologiques? »), ce n?est pas tout à fait
exact. Cette « coordination » ne va pas durer « près de deux ans », mais
« éclater » au bout d?un an à la suite des désaccords concernant la
création d?une organisation armée. Et sans que pour cela leurs actes
soient décidés par un quelconque appareil «
politico-militaire », des groupes et individus reliés à cette coordination
réseau vont commettre en octobre et novembre 1977 divers attentats contre
des objectifs liés à l?économie allemande en réponse aux «
assassinats/suicides » d?Andreas Baader, Jan Carl Raspe et Gudrun
Ensslin, membres de la RAF incarcérés à la prison de Stammheim/Stuttgart
(Allemagne). Quant à la nuit bleue contre l?extradition de l?avocat
allemand Klaus Croissant, nous n?en avons pas connaissance, bien qu?il y
ait eu beaucoup d?actions de solidarité. Par contre, en novembre 1977, ce
réseau va être à l?origine de la nuit bleue antinucléaire revendiquée
CARLOS. Actions pas seulement contre la centrale de Malville, comme il
est écrit dans « Éléments chronologiques ? ». La coordination n?est pas à
l?origine des sept attentats à l?explosif commis à Toulouse, dans la nuit
du 4 au 5 mars 1978 contre des ANPE et des agences d?intérim. Il s?agit
d?une coordination
toulousaine de divers groupes dont certains avaient participé à la soirée
CARLOS.
Au cours de ces années on ne peut parler d?une coordination, mais de
plusieurs réseaux où chaque groupe (ou individu) a ses propres contacts
en fonction de ses affinités? On peut percevoir cela comme des cercles
qui parfois s?entrelacent.

AD ne peut réduire l?activité du MIL et des GARI à de la « résistance
antifranquiste »(voir « Éléments chronologiques? ») :
« Le MIL n?est pas né de la volonté de lutter contre le franquisme car la
dictature n?en fut pas le détonateur. L?objet de sa lutte était le
capital, sous tous ses aspects. »   Santi Soler, membre de l?ex-MIL, mars
1985
« ? notre combat n?est pas politique mais bien plus total global. Nous ne
luttons pas seulement contre le franquisme, contre le fascisme, qui ne
sont que des formes du capital, mais contre le capital lui-même qui
domine la France démocratique comme l?Espagne fasciste? Et si les
attentats commis n?ont pas fait de victimes c?est que nous avons pris les
précautions nécessaires. Nous agissions pour tenter de sauver des vies
humaines non pour tuer? »
Extrait d?un texte de novembre 1974, signé « Les dynamiteurs basques »,
un groupe du Pays Basque nord ayant participé à la coordination des GARI


D?hier à aujourd?hui

Actuellement, sur Action Directe, nous n?avons connaissance que de la
situation pénale, des conditions de détention et de l?état de santé des
membres incarcérés. Depuis 1987, aucune action de lutte armée n?a été
revendiquée par AD.

« Notre arrestation en 1987 faisait suite à d?autres. Elle mit fin à
l?activité politico-militaire de notre organisation. Depuis nous nous
efforçons à travailler politiquement malgré les conditions, nous discutons
par écrit avec d?autres prisonniers révolutionnaires, nous participons à
une publication (Front), aussi en traduisant des textes de discussions ou
d?actions, en particulier du mouvement révolutionnaire européen. Le sens
reste de ne renoncer à rien du combat nous ayant conduit ici : À travers
un processus de guerre révolutionnaire prolongée, penser nécessaire et
possible la révolution des Conseils mettant en place de nouveaux modes
d?organisation sociale et politique? »
Extrait d?un texte de 1997 rédigé par des prisonniers d?Action Directe

Nous avons vu, que de multiples groupes autonomes pratiquant des actes de
lutte armée se sont constitués depuis 1968. Certains se sont évaporés
après une courte existence, le temps d?une ou deux actions. Quelques-uns
ont duré plusieurs années. On peut vérifier qu?à la fin des années 1980
l?activité des groupes d?action armée est en nette régression. Pour
connaître les raisons de leur silence, il faudrait poser la question à
des centaines d?actrices et d?acteurs, clandestins à l?époque, et que
nous ne connaissons toujours pas aujourd?hui. Chaque groupe a sa propre
histoire ; contrairement à la légende, elles ne sont pas toujours liées à
la répression. On ne peut nier que des groupes ont été démantelés par les
services de la gendarmerie ou de la police, que les arrestations et
l?enfermement ont détruit des relations affinitaires ou brisé des
individus? Mais bien que nous soyons nombreux à avoir franchi les portes
des prisons, d?autres ont su ou ont pu les éviter. Par exemple, personne
n?a été arrêté pour les multiples actions explosives revendiquées par les
groupes suivants qui ont utilisé
plusieurs fois le même sigle : Solidarité Révolutionnaire Internationale
(1975-1977), Gdansk-Bakounine (1981-1983), Groupes d?Action Anarchiste
(Toulouse 1982-1983), CLODO, alias Comité Liquidant et Détournant les
Ordinateurs (région toulousaine, 1980-1984), Géronimo (région parisienne,
1982-1985), Black War (région parisienne, 1985-1988)), Gracchus Bab?uf
(région parisienne, 1989-1990)?
L?amitié, l?affinité politique, le plaisir à l?action, la complicité,
parfois la mise en commun des moyens de survie, sont les carburants d?un
groupe affinitaire, de réflexion, d?action, voire d?action armée. Lorsque
ses éléments ne s?emboîtent plus, pour cause de séparations affectives,
de désaccords politiques, de retour au salariat, de repli sur la famille,
de révolte qui s?émousse, d?usure psychologique provoquée par le combat
clandestin?, le groupe réduit ses activités ou disparaît. Nous pourrions
parler à ce sujet de notre propre expérience. L?éclipse de ces groupes
est donc due à de multiples facteurs : à l?absence de mouvements sociaux
radicaux ; au déclin de la période révolutionnaire que certains situent
en 1973, d?autres en 1977 ou au début des années 1980 ; à la situation
politique, bien sûr.
La fin des années 1980 et les années 1990 sont marquées par
l?apparition d?une violence menée par des intégristes islamiques (soutenus
par des États) qui permet aux tenants de l?ordre social de faire
l?amalgame entre un acte lié à la lutte des classes et celui qui vise
n?importe quel individu, n?importe quelle foule (terrorisme aveugle).
Cette situation a amené les groupes en activité ou en formation à tenir
compte de ce piège et à repenser leur forme d?intervention.

Aujourd?hui, en ce début de siècle, nous constatons que les individus et
groupes autonomes continuent à agir et que ce courant anti-capitaliste n?a
pas été éradiqué. Il existe toujours diverses structures autonomes de
réflexion et d?action. L?activité des groupes autonomes pratiquant des
actes de lutte armée est quasiment inexistante (à des degrés moindres
dans le reste de l?Europe). Mais des actes de résistance offensive ont
toujours lieu dans plusieurs pays européens : interventions contre la
société marchande, contre les dirigeants du monde, contre la société
techno-scientiste-industrielle (saccages de cultures OGM, actions
antinucléaires?), contre la répression et ses structures (actions
anticarcérales?).

Pour un monde sans classes sociales et un bonheur sans fin.

Collectif éphémère, mars 2005


Notes

(3) Les Brigades Internationales sont une organisation communiste de
tendance marxiste-léniniste, créée en 1973, après le coup d?État militaire
au Chili. La plupart de ses membres proviennent de la Gauche
Prolétarienne. De 1974 à 1977, les bi vont se concentrer sur la
situation internationale et sur la solidarité en exécutant ou blessant
grièvement, à Paris, des diplomates étrangers (ambassadeurs, attachés
culturels ou militaires) présents en France.


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Solidarité

Inhumaine, la prison est un outil de répression sociale au service des
dominants. Elle enferme principalement les pauvres et les révoltés. L?un
des points du programme révolutionnaire est sa destruction et, ainsi, la
libération de tous les prisonniers, hommes, femmes et
enfants. Ce point n?a pas l?assentiment de tous, nous savons que ce n?est
pas demain la veille qu?il sera appliqué, mais il reste l?un des
fondements de notre utopie. Dans un premier temps, nous soutenons les
revendications des prisonniers, abolition de l?isolement, des longues
peines, libération immédiate des détenus malades et de tous ceux qui
peuvent bénéficier d?une libération conditionnelle?

Situation pénale des membres ou ex-membres d?AD encore incarcérés

Arrêté le 15 mars 1984, Régis Schleicher (détenu à la centrale de
Clairvaux, Aube) a été jugé à diverses reprises en 1987 et 1988, et
condamné à la réclusion criminelle à perpétuité assortie d?une peine de
sûreté de 15 ans. Il a droit à la liberté conditionnelle depuis
l?automne 1999.
Arrêtés le 21 février 1987, Jean-Marc Rouillan (détenu à la centrale de
Lannemezan, Hautes-Pyrénées), Georges Cipriani (détenu à la centrale
d?Ensisheim, Haut-Rhin), Nathalie Ménigon (détenue à la centrale de
Bapaume, Pas-de-Calais) ont été tous les trois, après divers procès,
condamnés à la réclusion criminelle à perpétuité assortie d?une peine de
sûreté de 18 ans. Ils ont droit à la liberté conditionnelle depuis
février 2005.
Arrêtée le 21 février 1987, Joëlle Aubron, condamnée aux mêmes peines, a
été libérée le 14 juin 2004 pour raison médicale. [ Elle est décédé le
mercredi 1er mars 2006. ]

Ceux de « L?affiche rouge » et de la « branche lyonnaise d?AD »
Ce groupe est issu de l?une des scissions survenues au début des années
80 au sein d?AD. Dans un premier temps, le groupe va revendiquer ses
interventions au nom de « l?Affiche rouge » ; puis, quelques années plus
tard, sans renouer avec AD, il va de nouveau signer AD.
Arrêté le 10 octobre 1984, Émile Ballandras (détenu à la centrale de
Clairvaux, Aube) a été condamné à la réclusion criminelle à perpétuité
assortie d?une peine de sûreté de 16 ans. Il a droit à la liberté
conditionnelle depuis 2000.
Arrêté le 28 mars 1986, André Olivier (détenu à la centrale de Saint-Maur,
Indre) a été condamné à la réclusion criminelle à perpétuité assortie
d?une peine de sûreté de 18 ans. Il a droit à la liberté conditionnelle
depuis 2004.
Arrêté le 28 novembre 1987, Max Frérot a été condamné à la réclusion
criminelle à perpétuité assortie d?une peine de sûreté de 18 ans. Il aura
droit à la liberté conditionnelle fin 2005.

 
Si vous souhaitez en savoir davantage sur les prisonniers d?AD :

Défense Active
80, rue de Ménilmontant
75020 Paris

Collectif Ne laissons pas faire !
Courrier : NLPF c/o LPJ, 58 rue Gay-Lussac 75005 Paris
http://nlpf.samizdat.net
e-mail : nlpf@samizdat.net
Abonnez-vous à notre lettre d?infos
http://listes.samizdat.net/wws/subrequest/nlpf-infos

Campagne internationale pour la libération
des militantes et militants d?Action directe :
http://www.action-directe.net

ABC
c/o Maloka
BP 536
21014 Dijon cedex

 Plus d?infos sur les prisonniers révolutionnaires
en France, en Europe et dans le monde:
http://apa.online.free.fr
 
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Reproduction vivement conseillée
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