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(fr) Retour sur les annees de braise (1)

Date Mon, 24 Apr 2006 09:46:58 +0200 (CEST)


[ 1re partie ] Retour sur les années de braise
Les groupes autonomes et l?organisation Action Directe

 « Nous considérons que l?heure est venue de passer de la période
d?affirmation à la période d?action et de joindre à la propagande verbale
et écrite dont l?inefficacité a été démontrée la propagande par le fait
et l?action insurrectionnelle. »
Congrès de l?Internationale antiautoritaire, Londres, juillet 1881

« Je ne crois pas que l?illégalisme puisse affranchir l?individu dans la
société présente. Si par ce moyen il réussit à s?affranchir de quelques
servitudes, l?inégalité de la lutte lui en suscite d?autres encore plus
lourdes, avec, au bout, la perte de la liberté, de la mince liberté dont
il jouissait et, parfois, de la vie. Au fond, l?illégalisme considéré
comme acte de révolte est plutôt affaire de tempérament que de doctrine.
C?est pourquoi il ne peut être d?aucun effet éducatif sur l?ensemble des
masses laborieuses. J?entends d?un bon effet éducatif. »
Alexandre Marius Jacob, anarchiste, cambrioleur, ayant effectué 23 ans de
bagne, déclaration du 4 septembre 1948
 
----- 

À l?occasion de la campagne pour la libération des membres d?Action
Directe (AD), certains s?interrogent sur cette organisation
anticapitaliste, ses origines, son idéologie. Quelques documents
développent ces questions, quelques versions journalistiques ou
policières/étatiques, des écrits et des interviews de membres d?AD. Le
manque réel de matière et d?éléments de comparaison rend difficiles la
compréhension et l?appréciation de cette histoire, de ces moments de
lutte.

En France, des années 1960 aux années 1980, des centaines de personnes
ont répondu à la violence de l?État, du patronat, du capital, en
pratiquant une violence politique lors d?actions de lutte armée.
Contrairement à l?idée véhiculée par les médias ou les romanciers,
informés par la police politique, AD n?avait pas le monopole ou la
direction de cette forme de lutte. Cette organisation n?était qu?une
composante de ceux (communistes, anarchistes, libertaires, révoltés sans
étiquette?) qui ont commis des actes de lutte armée.

Pour ce qui est de la naissance et de la constitution de cette
organisation en 1978-1979, on peut se procurer, dans les réseaux
militants, deux textes qui effleurent ce sujet : « Éléments
chronologiques - Action Directe » et « Interview du collectif des
prisonniers d?AD ». Ils comportent des affirmations tant approximatives
que contestables. Pour réajuster certains propos contenus dans ces textes
et avant d?en citer des extraits, il est nécessaire de revenir sur cette
période d?effervescence révolutionnaire que furent les années 1960-1980,
sur la particularité du mouvement autonome, sur des groupes qui
agissaient en France et au pied des Pyrénées des deux côtés de la
frontière.

Notre souci, au travers de ce texte, est de restituer quelques fragments
de ces événements et en partie le parcours des groupes évoqués par AD dans
les deux textes précités, en apportant des
éclairages, en rappelant quelques faits historiques et écrits d?époque de
quelques groupes autonomes.

Nous ne prétendons pas par ce document avoir rédigé l?histoire du
mouvement autonome ou des groupes autonomes. Cela demanderait un travail
plus important sur chaque pays, plus explicite sur le contenu idéologique
de chaque tendance gravitant dans ce mouvement, plus
fouillé et critique sur l?activité, sur le comportement des groupes ou
individus drapés du costume révolutionnaire et armés de la critique
radicale. Sans oublier d?analyser la réelle influence du mouvement et de
ses idées, auprès des exploités, sur la société et sur le capital. Nous
abordons ici brièvement ce passé à partir de la fin des années 1960, en
l?orientant sur l?activité et la pensée de groupes ou individus ayant
pratiqué des actions de lutte armée. Ce texte reste une contribution
parcellaire. Pour enrichir le débat et transmettre ces expériences, nous
souhaiterions que d?autres s?expriment sur cette période et nous fassent
part de leur critique.


Du mouvement autonome et des groupes d?action

« [?] Tout au long de l?histoire de la lutte des classes, il y a des
exemples de luttes autonomes. Les groupes autonomes naissent, non par
décret ni par nostalgie des temps passés, mais par nécessité
révolutionnaire, par la somme de nos propres vécus, de notre pratique
quotidienne. La lutte révolutionnaire est jalonnée par la présence de ces
groupes. [?] il y a toute une réalité pratique que nous recueillons, non
pas comme une ligne ou une doctrine, mais d?un point de vue critique,
comme des expériences dont il faut profiter, des moments historiques
qu?il faut savoir dépasser [?] »
Extrait de : « Le pourquoi des groupes autonomes », signé : Groupe
Autonome Incarcéré à la Modelo (prison de Barcelone) août 1978 (1), paru
dans la brochure « Insurrection - organe d?expression de groupes et
d?individus autonomes d?action », publiée en France en 1979.

Présenter l?autonomie et le mouvement autonome n?est pas une chose
facile. Cela peut même paraître osé, devant le risque de réduire et
d?uniformiser une telle diversité.

Le terme autonomie vient du grec autos (soi-même) et nomoï (lois),
autosnomos : qui se donne à soi-même sa loi. Ce qui désigne pour un
individu, un groupe ou un peuple la capacité, la liberté, d?établir ses
propres règles, de se « gouverner » soi-même.

Dans le bouillonnement de la fin des années 1960, toutes les couches de
la société sont confrontées à l?idée d?une transformation radicale du
monde. La révolution redevient plus qu?un possible, une évidence, une
nécessité pour un grand nombre.
C?est dans ce contexte qu?apparaît au cours des années 1970, aux quatre
coins de l?Europe de l?Ouest, la dénomination de mouvement ou de groupes
autonomes dans les courants révolutionnaires antiparlementaires.
Le mouvement autonome, plus ou moins présent dans certains pays, n?est
pas une organisation au contour bien défini. Il renvoie plus à un courant
d?idées qu?à une ligne politique ou à une idéologie. Il se compose
d?individus et de groupes qui se revendiquent libertaires, anarchistes,
communistes, communistes libertaires, alors que certains font le rejet
total de toute étiquette. Nombreux sont ceux qui ont préféré se définir
par leurs actes ou leurs écrits, refusant de parler au nom des autres.
Tous ont grandi dans le vivier des luttes anticapitalistes, dans le refus
de toute forme d?État, de pouvoir imposé, avec l?idée d?une société
générée et conduite par des assemblées de base dans les lieux de vie qui
élisent lorsque cela est nécessaire des délégués (révocables à chaque
instant).

Les lignes communes du mouvement sont multiples :
? réappropriation du pouvoir sur sa vie avec l?intention de vivre son
quotidien (rapports sociaux, familiaux, affectifs et amoureux?) au plus
près de ses aspirations et idéaux ;
? réappropriation des richesses que nous produisons (ce qui est derrière
les vitrines nous appartient) ;
? refus de l?économie de profit basée sur l?exploitation de l?homme par
l?homme ;
? refus des types d?organisations bureaucratiques, hiérarchisées (État,
partis, syndicats?) ;
? combat contre les variantes du communisme autoritaire (Lénine, Staline,
Mao?) ;
? rejet des doctrines, religions, morales ;
? remise en cause, par la critique, par la pratique, de la société
capitaliste dans ses fondements, ses formes d?organisation (argent,
salariat?) et dans les modes de vie qui en découlent ;
? création d?espaces de contre-pouvoir et leur occupation par des
activités socialement utiles ;
? l?internationalisme, un monde sans frontières ;
? ?

Les individus se croisent lors de manifestations ou au sein de structures
associatives, économiques et politiques existantes, s?unissent au gré des
affinités. Ils produisent de la réflexion, des textes, des affiches, des
journaux, des brochures, éditent des livres. Ils agissent en fonction du
contexte, de l?histoire du pays, de la réalité locale? Ils organisent
parfois des assemblées générales pour des luttes ou des actions plus
larges. Ces assemblées, ces individus, ces groupes, se définissent comme
antiautoritaires. Les décisions se prennent d?un commun accord.

Le mouvement s?attaque aux patrons, aux formes d?exploitation liées au
travail, aux tenants de l?économie, aux multinationales, à la société
techno-industrielle (nucléaire?), à tous les corps répressifs (armée,
police, justice, administration pénitentiaire?), aux outils de contrôle
social (fichage informatique, surveillance électronique?), aux organes de
propagande idéologique (école, médias?), aux institutions piliers de la
société capitaliste (gouvernement, partis, syndicats?), à la société
patriarcale, au racisme, au fascisme, aux dictatures, au sexisme? Il
développe la réappropriation d?espaces (squats, occupations diverses?),
de moyens d?information (journaux, radios pirates?), du temps travaillé
(refus du salariat, création de structures économiques autogérées). Il
pratique les autoréductions sur le logement, les transports, l?énergie,
la culture?

Au sein du mouvement, certains individus ou groupes réalisent diverses
actions dont des actions armées. Elles se préparent et se réalisent en
évitant toute spécialisation. Chacun recherche les moyens nécessaires à
ses actions et les revendique ou pas, selon les circonstances. Ces
actions prennent différentes formes, différentes cibles. Elles sont
variées en fonction de la particularité, de la sensibilité des individus,
des groupes dans lesquels ils ou elles évoluent. Ils
développent l?action directe diversifiée, du tract aux actions armées, le
sabotage (à la main, avec l?allumette, au cocktail Molotov ou à la
dynamite), l?affrontement et la destruction de matériel lors de
manifestations, le vol ou l?expropriation (à l?étalage, en razzia, en
cambriolage ou en braquage)? et, à de rares exceptions, l?exécution
ciblée de personnages liés au pouvoir économique, politique, comme l?ont
pratiquée certains groupes autonomes du Pays Basque « espagnol »?

Dans le mouvement, à travers ses moyens d?expression, le débat et la
critique sont permanents, animés et virulents sur le contenu de tel
texte, sur la pratique de tel individu ou tel groupe. Également autour du
bien-fondé de la lutte armée, des exécutions politiques, de
l?utilisation de la violence, des moyens et des formes d?action, de
l?illégalisme, de l?implication dans les mouvements sociaux, du fait de
se poser en avant-garde révolutionnaire? Les positions sur toutes ces
questions sont diverses ; par exemple, nombreux sont ceux et celles qui
rejettent les formes de lutte violentes et groupusculaires. Ils
considèrent que ces actes sont suicidaires, qu?ils renforcent l?appareil
d?État et qu?ils sont séparés du mouvement social réel (celui du monde du
travail ?)?

En France. L?idée de révolution reprend de l?ampleur dans les années
1960, au travers de diverses luttes contre l?arme atomique, pour la
décolonisation du peuple algérien ou vietnamien, dans quelques
universités, dans certains lieux d?exploitation? Elle est portée par
divers groupes de réflexion et d?expression théorique comme Noir et
Rouge, Socialisme ou Barbarie, l?Internationale Situationniste,
Informations et Correspondances Ouvrières?
En Mai 68, la révolte étudiante et le mouvement des occupations
d?usines lancé par des milliers d?ouvriers (contre l?avis des
directions syndicales) provoquent une grève générale illimitée. On
assiste alors :
? À une révolte sociale émancipatrice d?essence libertaire, à
d?importantes manifestations, à des barricades, à des lancers de pavés, à
des assemblées dans les rues, à une grève générale sauvage
(illégale), qui vont éveiller de nombreuses consciences.
? À la riposte de l?État qui envoie sa police et envisage l?intervention
des blindés de l?armée. Les forces de l?ordre vont réprimer violemment,
bestialement, les manifestants, en interpeller des milliers et les mettre
en fiche.
? Aux comportements contre-révolutionnaires des organisations de gauche
(syndicats, PC et autres partis socialistes), qui ?uvrent pour le
rétablissement de l?ordre et de l?État. Des organisations qui débordées
dans les premières semaines reprennent possession des usines ou des
électeurs. Des partis qui tentent d?orienter les révoltés vers les urnes
(élections législatives de juin 1968). Des syndicats (CGT, CFDT?) qui
s?emparent des seules revendications (salariales et conditions de
travail) acceptables des grévistes et qui négocient des miettes aux
patronats et à l?État pour remettre les exploités à la production. La
base tout en conspuant les délégués syndicaux cessera le mouvement.

Ce qui s?est passé en mai préfigure l?ambiance et le niveau d?affrontement
idéologique et physique des années 1970. Un État policier certes, mais
surtout des organisations de gauche et des syndicats dont le seul souci
est de défendre l?État, de gérer le capitalisme et de pacifier les
conflits sociaux. Ce n?est pas nouveau. Mais des générations le
découvrent, aux travers des luttes, à la lecture de nombreux documents
critiques édités ou réédités à cette époque sur la révolution russe ou
espagnole, sur le front populaire, sur la guerre d?Algérie, sur Mai 68...
Ils le vivent au fil des événements, en étant matraqués et gazés lors de
manifestations par les forces de l?ordre ou par les services d?ordre du
PCF (parfois de l?extrême gauche) ou de syndicats comme la CGT.
Les chefs de ces organisations justifient le maintien de l?ordre : « Nous
ne voulons pas de nouveaux mois de mai. Nous sommes prêts à faire face à
toute aventure qui emmènerait le pays au désordre, car nous savons le
prix que peuvent coûter à la classe ouvrière les actions irréalisables,
fébriles ou romantiques. »
Georges Séguy, secrétaire général de la CGT et membre du bureau politique
du PCF, dans le Monde du 18 mai 1971.

« Je pose la question : est-ce qu?on va recommencer à nouveau comme en
1968 ? Je réponds non, cela ne doit pas recommencer. »
Déclaration en 1973 de Georges Marchais, secrétaire général du PCF, lors
des imposantes manifestations lycéennes contre la loi Debré (Michel Debré
était ministre de la Défense nationale)

Après Mai 1968 et dans les années qui suivent, on peut schématiquement
faire ce constat :
? Une partie de la jeunesse est dégoûtée par l?attitude du Parti
communiste français (très influent à ce moment-là) qui ne cesse de
dénigrer, de freiner, de combattre, l?aspect révolutionnaire de toute
révolte. Elle souhaite lutter et ne refuse pas la hiérarchie, elle va
rejoindre les différentes organisations communistes d?extrême gauche,
maoïstes, trotskistes, etc. Des organisations concurrentes dont l?un des
rêves est de remplacer le PCF dans le c?ur des masses populaires. ? Une
autre partie de la jeunesse va rejoindre le courant d?idées qui prône
l?autonomie des luttes et qui a été très présent au c?ur de l?agitation
lors des événements. Dans les années 1970-1980, on retrouve ce courant
d?idées dans des groupes de quartier ou divers comités, dans quelques
luttes sur les lieux de travail, au sein des tentatives
communautaires (vivre autrement à la campagne et en ville), au sein de
certaines universités, du mouvement antimilitariste (groupes d?insoumis
ou d?objecteurs au service militaire, manifestations lycéennes et
étudiantes contre la loi Debré, ou au Larzac contre l?extension du camp
militaire en 1974?), du mouvement antinucléaire (groupes locaux,
manifestations contre la construction de centrales dès 1971 à Bugey?), du
mouvement anticarcéral, du mouvement antisexiste? C?est de l?intérieur de
cette mouvance critique que surgissent les groupes autonomes qui vont
privilégier l?action directe et revendiquer leurs actes avec des sigles
de circonstance (parfois fantaisistes).

Avant les événements de Mai 68, pendant et au cours des années qui
suivent, dans cette effervescence révolutionnaire, influencés par les
idées anarchistes, communistes libertaires, conseillistes,
situationnistes?, des individus font connaissance et se lient d?amitié.
De manière spontanée, des groupes autonomes apparaissent dans plusieurs
villes de France sans que cela soit décidé par un quelconque comité
central. Certains se coordonnent comme par exemple l?Union des Groupes
Autonomes Libertaires (UGAL, 1970-1971)? Estimant que les
manifestations, les protestations, ne suffisent pas pour contrer les
projets funestes du capital, quelques-uns envisagent des actions de
sabotage et n?écartent pas l?hypothèse d?utiliser les armes. C?est la
continuation d?une certaine forme d?illégalisme (référence aux
compagnons de la fin du xixe siècle et début du xxe) avec des
expropriations et de la propagande par le fait. Après Mai 68, des
premiers groupes interviennent à Bordeaux et à Paris. À Bordeaux, c?est
un groupe de jeunes travailleurs qui est emprisonné et déféré devant la
Cour de sûreté de l?État. De juin à juillet 1968, ils ont attaqué, avec
des cocktails Molotov, une annexe de la faculté de droit, divers
commissariats, un local d?un parti de droite. À Paris, en décembre 1968,
un autre groupe fait exploser quelques façades d?établissements
bancaires, à l?aide de charges artisanales déposées dans les boîtes aux
lettres. Au début des années 1970, d?autres groupes vont se former et
entrer en scène.

 
Dans le foisonnement des groupes actifs à cette période?

L?activité de certains groupes va permettre, lorsque la situation
l?exigera ? comme l?arrestation en Espagne en septembre 1973 de membres
de l?ex-Mouvement Ibérique de Libération (MIL) ?, d?envisager une
solidarité concrète et d?agir.

« Proches de l?ex-MIL, amis de Puig, les camarades directement concernés
firent appel, dans le cadre de démarches d?intervention entreprises par
eux, à d?autres groupes autonomes. À la suite de cette rencontre, accord
se fit pour que soient mis en commun nos capacités, nos moyens. Cette
rencontre ne se fit pas par hasard ; les conflits divers qui soudent
entre eux des individus les conduisent aussi à reconnaître d?autres
prolétaires qui ont les mêmes intérêts. Comme nous, refusant le faux
dilemme organisation bureaucratique = impuissance, ces groupes s?étaient
naturellement côtoyés et avaient affirmé la possibilité d?une
coordination à définir concrètement. » Extrait du texte « Un groupe ayant
participé à la coordination GARI »,février 1975

Le MIL, dont l?activité va durer de 1971 à 1973, est une organisation
(non hiérarchisée) composée de communistes (tendance conseilliste) et de
libertaires. Les membres sont de nationalité espagnole ou française. Ils
agissent en Espagne, surtout en Catalogne, ou dans le sud de la France
(Toulouse?). Sous la dictature franquiste, ils contribuent à la
redynamisation d?un projet révolutionnaire. Ils écrivent et publient
divers textes et réalisent quelques attaques de banques.
Le MIL s?est autodissous lors d?un « congrès » qui s?est tenu à Toulouse
en août 1973 et il précise dans son texte d?autodissolution : « ? Parler
d?action armée et de préparation à l?insurrection est la même chose : il
est maintenant inutile de parler d?organisation politico-militaire ; de
telles organisations ne sont que d?autres déchets politiques. Pour toutes
ces raisons, le MIL s?autodissout comme organisation politico-militaire
et ses membres se disposent à assumer l?approfondissement des
perspectives communistes du mouvement social. »Il faut préciser que dans
le post-scriptum certaines formes d?action, dont le sabotage, n?étaient
pas exclues et il est écrit :
 « ? L?organisation est l?organisation des tâches, c?est pourquoi il est
nécessaire que les groupes se coordonnent pour l?action. À partir de
telles constatations, l?organisation, la politique, le militantisme, le
moralisme, les martyrs, les sigles, notre propre étiquette, font partie
du vieux monde. »

Si le MIL a cessé d?exister en tant qu?organisation, les individus
l?ayant composé vont continuer le combat. En septembre 1973, en Espagne, à
la suite de l?attaque à main armée d?une banque, deux
auteurs (ex-MIL) sont appréhendés par la Guardia Civil. Cela va entraîner,
en Catalogne, une série d?arrestations de membres de l?ex-MIL. Le 8
janvier 1974, l?un d?entre eux, Puig Antich, est
doublement condamné à mort pour sa participation à une fusillade avec les
forces de l?ordre lors d?une attaque à main armée revendiquée par le MIL
et pour avoir mortellement blessé par balles un inspecteur de la police
politique, lors de son arrestation.

En janvier 1974, une coordination de groupes composée pour l?essentiel
d?ex-MIL, de libertaires français ou espagnols se met en place. Pour
tenter de bloquer l?exécution de Puig, l?enlèvement d?une personnalité
espagnole est au programme. À la suite d?arrestations, l?action est
retardée et, malheureusement, le 2 mars 1974 dans la cour de la prison de
la Modelo à Barcelone, Puig Antich est garrotté (un collier de fer serré
par une vis étrangle la victime tout en lui broyant les vertèbres
cervicales). Deux autres membres de l?ex-MIL risquent à leur tour la
peine de mort lors d?un prochain procès (ils seront finalement condamnés à
des peines de prison en juillet 1974). Pour ces interventions, cette
coordination va prendre pour sigle GAI (Groupes Autonomes d?Intervention)
et devenir par la suite GARI (Groupes d?Action Révolutionnaire
Internationalistes).

Les GAI effectuent le 22 mars 1974, dans le sud de la France, une série
de sabotages à l?explosif sur des voies de communication (ponts et voies
ferrées) allant vers l?Espagne. Ils la revendiquent comme suit : « ? Nous
ne sommes pas la branche militaire d?un parti, ni des
terroristes ou des militants professionnels, mais des individus qui
savent que la révolution est avant tout sociale et qui refusent le
système là où ils travaillent et là où ils vivent. En gênant les
communications entre la France et l?Espagne, nous intervenons sur les
échanges économiques entre les classes capitalistes des deux pays d?une
façon partielle et momentanée, persuadés que les prolétaires peuvent
arrêter la production d?une façon durable et efficace sur les lieux de
travail, pour leur propre émancipation? Des prolétaires qui sont condamnés
à être des objets sans passion, à se prostituer pour survivre avant
d?être tués sans éclat sur les lieux de leur travail? Protester contre
les gouvernements libéraux, démocrates ou « socialistes » qui brandissent
le symbole de l?Espagne dictatoriale pour prouver qu?ils sont libres et
humains, contre les démocrates et gauchistes qui hurlent au crime quand
Puig Antich est assassiné et crierait victoire si on lui avait permis de
crever à petit feu entre quatre murs et se taisent alors que Pons et Solé
risquent la peine de mort, et passent sous silence que onze membres du
MIL, dont deux en France, risquent de lourdes peines? Seule une action
révolutionnaire doit-être actuellement menée? »

Les GARI défraient la chronique en mai 1974 en kidnappant à Paris B.
Suarez (directeur de la Banco Bilbao) et commettent divers attentats en
juillet et août pour exiger entre autres la libération des ex-MIL et
empêcher de nouvelles condamnations à mort. De mai à décembre 1974, à
Paris, Avignon, au Pays Basque français et en Haute-Garonne, des membres
de cette coordination sont arrêtés et emprisonnés.
« Nous ne sommes ni l?avant-garde du prolétariat ni le parti
révolutionnaire. Nous ne représentons que nous-mêmes. Nous sommes
nous-mêmes, rouages d?une société qui nous exploite et nous opprime et
nous voulons vivre et comprendre.
Et l?essentiel de notre carrière c?est d?avoir tenté de vivre en essayant
de changer dans notre vie quotidienne les rapports stéréotypés,
hiérarchisés, artificiels entre individus. Cela nous a conduits à une
tentative de compréhension plus large de notre situation dans la société.
Cela nous a conduits à lutter contre tout ce qui nous aliène (le capital,
son État tentaculaire, et tout ce qui lui est soumis : partis et
groupuscules politiques, bureaucraties syndicales, etc.). Cela nous a
également conduits à essayer réellement de secourir les amis menacés de
mort en employant exceptionnellement des moyens particuliers correspondant
à cette situation concrète (et non dans l?intention de privilégier à
l?avenir et dans l?absolu ce genre de méthode). »
Extrait d?un texte de novembre 1974, signé « Les dynamiteurs basques »,
un groupe du Pays Basque nord ayant participé à la coordination des GARI,
dont deux membres croupissaient à ce moment-là à la prison de la Santé à
Paris (Le groupe n?avait pas de nom particulier, la signature est en
référence au titre de l?article du journal Sud-Ouest qui relatait leur
arrestation.)

Les GARI n?ont pas été démantelés par la répression, ils se sont
autodissous fin août 1974. À partir de cette date, aucune action n?est
revendiquée GARI. Le sigle va perdurer dans les médias à cause de
l?incarcération de quelques membres. L?autodissolution était prévue dès
la constitution du groupe et il n?a jamais été question de créer une
organisation de lutte armée. Un texte de février 1975 signé « Un groupe
ayant participé à la coordination GARI »en donne les raisons.
« ? Nous ne voulons pas ici perpétuer un sigle, un moment de lutte. Ce
serait faire le contraire de ce que nous pensons. Parce qu?une lutte n?a
ni début ni fin, parce qu?une révolution n?a ni début ni fin, hormis pour
qui détermine le temps en fonction de son accession au pouvoir. Parce que
tout nous démontre qu?une organisation qui se fige finit par avoir trop
de choses à perdre : un sigle, une représentation, pour être vraiment un
moyen de lutte ; elle devient fin en soi, se veut un interlocuteur
valable, et cela contre ceux qui refusent ses tactiques politiciennes,
frontistes. Contre les prolétaires eux-mêmes, tous devenus provocateurs,
délinquants? les GARl, n?existent plus comme coordination de groupes.
Demain, une autre coordination se fera sur d?autres objectifs ou sur les
mêmes ; avec d?autres groupes autonomes ou avec les mêmes. D?autres
sigles se feront jour, puis disparaîtront. Pour nous, la véritable
constante c?est le groupe autonome, constitué de prolétaires réunis sur
labase d?une affinité réelle, ayant
l?habitude de vivre, de lutter, de discuter, de critiquer ensemble. Les
accords provisoires contractés avec d?autres groupes sont pour nous une
des conditions essentielles pour éviter le militantisme et la
bureaucratie, pour éviter que les gens se déresponsabilisent
individuellement et collectivement au sein d?une structure figée,
sécurisante.
Nous connaissons trop le rôle des bureaux politiques, d?une organisation,
d?une fédération, d?un groupuscule, pour nous fier à une coordination
permanente. Quand la base s?est donné une représentation permanente,
parti, fédération, syndicat, coordination, la bureaucratie s?installe,
chefs, délégués, permanents, se créent, sécrétés par un appareil dont
l?épaisseur inerte nécessite une division de tâches. Ces tâches
deviennent spécialisation. Cette spécialisation devient
hiérarchie de fait... »

En 1975 et 1976, d?autres groupes se manifestent, à Paris, dans le centre
ou dans le sud de la France et revendiquent des actions de sabotage
coordonnées ou pas. C?est à cette époque que les organisations d?extrême
gauche, en perte d?effectif, disparaissent ou perdent de l?influence,
notamment au sein des facultés, et que des individus et des groupes
provenant de ces organisations se joignent à la sphère du courant
autonome. C?est le cas des NAPAP (Noyaux Armés Pour l?Autonomie
Prolétarienne) organisation en rupture avec le courant maoïste comme ils
le précisent en octobre 1977 :
« ? Nous n?avons plus rien à voir avec l?étiquette maoïste que la presse
nous a collée. S?il est vrai que d?anciens maos appartiennent aux NAPAP,
ce n?est pas seulement à partir du bilan de la liquidation de la Gauche
Prolétarienne ou de Vive la Révolution que nous nous sommes formés?
Il est clair que nous ne sommes ni le parti combattant de quoi que ce
soit, encore moins une nouvelle bande à Baader. Nous avons tiré le bilan
des pratiques politico-militaires étrangères qui mènent des combattants
?spécialistes? à une lutte solidaire et suicidaire face à l?appareil
d?État moderne. Notre pratique s?inscrit dans l?édification de
l?autonomie ouvrière organisée au sein du mouvement populaire. Notre but
n?est pas d?appeler à la formation de 1, 10, 100 NAPAP régis par une
direction centrale style état-major de la violence populaire
potentielle. Nous abordons une autre étape qui consiste à nous fondre
dans la dynamique du mouvement et non pas à chercher à en prendre la tête
d?une façon officielle ou magouillarde? »
Extrait du « Texte de mise au point des NAPAP», octobre 1977

En 1977, la seule année de leur activité, les NAPAP revendiquent divers
attentats et sabotages, ainsi que, le 24 mars, l?exécution de Jean-Antoine
Tramoni. En février 1972, à l?entrée de l?usine Renault de Billancourt,
lors d?un affrontement entre des militants de la Gauche Prolétarienne (2)
et des vigiles de l?entreprise, le vigile Tramoni a tiré et abattu Pierre
Overney. Pour cet assassinat Tramoni est condamné par la justice
française à quatre ans de prison ferme et libéré au bout de dix-huit
mois.


Notes

(1) En janvier 1978, ils sont quatre, hommes et femmes, de ce groupe
libertaire de Barcelone, à être incarcérés et inculpés d?attaques à main
armée et d?attentats à l?explosif contre des édifices publics. Au cours
de la même année en Espagne, plusieurs groupes autonomes
pratiquant la lutte armée sont atteints par la répression (voir Appels de
la prison de Ségovie, Champs Libres, 1980).

(2) La Gauche Prolétarienne (GP) est une organisation
politico-militaire communiste, de tendance maoïste, créée en 1969. Elle
s?autodissout en 1973. Au cours de ces années, elle va pratiquer des
actions de lutte armée et, en 1970, elle crée son bras armé la Nouvelle
Résistance Populaire (NRP).

[ fin 1re partie ]

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