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(fr) Boillat : jusqu?au bout du possible !

Date Sun, 2 Apr 2006 18:03:12 +0200 (CEST)


La lutte de la Boillat à Reconvilier est multiple et complexe. Malgré la
suspension de la grève, la détermination des ouvriers/ières reste
intacte, malgré les 112 licenciements prononcés hors de toute logique
industrielle (le carnet de commandes est plain) et l?absence des cadres
précédemment licenciés, sans lesquels la production ne peut pas vraiment
être relancée. C?est une résistance de longue durée, légitime et
efficace, qui se manifeste.
Il y a beaucoup de camarades, dans le collectif de l?usine comme dans le
mouvement de soutien, pour dire qu?il faudrait franchir une étape
nouvelle. Occuper l?usine, relancer la production en autogestion, vendre
et se payer. C?est à dire mener jusqu?au plus haut point de sa logique la
grève, contester le droit de propriété, attaquer à la racine même la
relation d?exploitation.


Enjeu de classe

De cette expropriation des exploi-teurs, de cette grève gestionnaire, il
en est beaucoup question, mais à voix basse, car on sent bien que poser
ouvertement un tel défi peut bouleverser le fragile rapport de forces.
Les licenciements, dernière provocation en date de Hellweg et de ses
sbires, viennent souligner encore l?importance pour la bourgeoisie de ce
pays de briser l?antagonisme des prolé-taires de la Boillat.
La direction de Swissmetal ne défend pas simplement une opération
financière qui passe par le démantèlement et la redimen-sionnement de
l?outil productif. Elle veille, certes, à l?intérêt des actionnaires qui
savent qu?une opération financièrement juteuse et rapide passe par la
liquidation de Reconvilier. Mais, ce n?est pas tout, ce n?est pas au fond
l?essentiel pour les capitalistes. Au moment même où le collectif ouvrier
de Reconvilier a ouvert la lutte, il a posé une exigence de
contre-pouvoir, une revendication d?autonomie et d?autodétermination qui
est insupportable au capital. C?est cela que Hellweg, entend briser. La
direction de Swissmetal veut faire la démonstration qu?il n?y a pas
d?autre voie que la soumission et le silence. Elle veut signifier aux
salariéEs de ce pays que toute résistance entraîne le désastre et le
malheur pour celles et ceux qui se dressent contre le commandement
capitaliste.
En ce sens, chaque jour de gagné pour la résistance, chaque petit coin
enfoncé dans le dispositif ennemi, chaque alliance nouée et maintenue
constitue une victoire.


Force et faiblesse des alliances

Le mouvement des travailleurs/euses de Reconvillier a bien compris la
nécessité d?éviter l?isolement et de passer des alliances, aussi fragiles
ou limitées qu?elles soient. Il l?a fait sur trois fronts. Il y a d?abord
l?alliance avec une bourgeoisie régionale qui a bien compris que le
projet de domination du capital financier, porté par Hellweg, était pour
elle une menace majeure.
Ensuite, les travailleurs/euses de Reconvillier ont bénéficié de la
situation ambiguë et contradictoire de l?encadrement. Là aussi, la
résistance ouvrière a offert une issue à un groupe social menacé dans son
existence même. Le fait que les cadres, agents ordinaires de
l?organisation capitaliste du travail, se retournent contre la gestion
Hellweg, mettant en cause du même coup leur statut et leur rôle
traditionnels, a une portée subversive que la direction de Swissmetal a
parfaitement saisi. C?est pourquoi elle frappe, réprime, licencie. Il lui
faut à tout prix briser cette alliance sociale novatrice entre
producteurs/trices et encadrement.

Enfin, les travailleurs/euses de Reconvillier ont établi une alliance
complexe et difficile avec l?appareil syndical. Sur le fond, l?affaire
est claire. La bureaucratie d?UNIA est prisonnière d?un dilemme. D?un
côté, elle ne peut laisser liquider et piétiner sa capacité de
négociation, son rôle d?intermédiaire entre capital et prolétariat. De
l?autre, elle est irréductiblement hostile aux luttes qui permettraient
seules de renforcer le camp du salariat face à la stratégie capitaliste
de précarisation. La bureaucratie syndicale veut au mieux maintenir le
statu quo car elle juge que toute généralisation de la conflictualité la
met en crise, la déséquilibre, la menace davantage que les défaites
successives face au patronat.
Cette contradiction majeure explique pourquoi l?appareil d?UNIA a
"chevauché la grève" en un premier temps, puis a tenté de briser la
résistance. Non pas simplement parce que la grève lui coûtait cher
financièrement, mais parce que l?action directe lui coûtait cher
politiquement.


Médiation contre action directe

C?est dans ce cadre qu?il faut expliquer la médiation en cours. L?Etat
bourgeois ne peut ouvertement abdiquer son rôle de défenseur de l?intérêt
général et de la concorde sociale. Deiss nomme un médiateur pour gérer le
démontage de la lutte. Mais cette média-tion est
accompagnée par la menace des juges, de l?intervention policière, de la
répression ouverte.
La poursuite de la grève de Reconvillier, le développement du mouvement
jusqu?à l?attaque contre la propriété (occupation, confiscation des
stocks, interdiction des déplacements de matériel et de pièces), plus
fondamentalement encore le passage à une grève gestionnaire, auraient
précipité la répression étatique.
Les ouviers/ères de Reconvillier sont en position difficile. Ils sont
prisonniers d?une situation générale très défavorable. Ils paient le prix
d?un syndicalisme dominant fait de conciliation, de paix sociale et de
soumission. Le syndicalisme de paix du travail intègre et accepte la
concurrence acharnée entre travailleurs/euses, entre sites, entre
prolétariats régionaux et nationaux. Le site de Dornach incarne
l?hégémonie de cette position.
Les travailleurs/euses de Reconvillier paient aussi la fragilité des
alliances sociales qu?ils ont dû passer. Alliances incontournables sans
doute, mais au prix élevé. La bourgeoisie régionale et ses élites
politiques, sans parler de certains cadres, ne seconderont pas une
radicalisation du mouvement.


Le risque et la raison

A l?inverse, la voie "raisonnable", celle de la médiation et du rachat de
Reconvilier, n?a aucune chance sans un durcissement de la résistance. Car
ce n?est que si le prix politique à payer, si la polarisation sociale à
consentir sont trop fortes que la bourgeoisie et le pouvoir politique
obligeront Helweg à consentir un compromis, donc, objectivement, un recul
plus ou moins important de la direction de Swissmetal.

Il n?y a donc d?autre voie que la résistance et la prise de risques. Pour
que les travailleurs et les travailleuses de Reconvillier puissent
l?emprunter, il faut un mouvement autonome de solidarité populaire qui
leur permette, matériellement et politiquement, de garder ouvert le défi,
d?accroître leur marge d?autodétermination.
Tout n?est peut-être pas possible, mais seule la lutte dira le possible
pour Reconvilier et pour nous touTEs.

Tiré de Rebellion no. 35, Feuille d'agitation de l'Organisation
Socialiste Libertaire OSL

[ site de l'OSL : http://www.rebellion.ch ]
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