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(fr) Le Chat Noir # 6

Date Mon, 5 Sep 2005 17:13:21 +0200 (CEST)


Au sommaire de , nouvelle série :
- Que se passe-t-il à Moronvilliers
- Contrat de plan Etat-Région et Nucléaire
- Le nucléaire public, une activité contrôlée ?
- Coordination contre la société nucléaire
- Lettre ouverte au Conseil Général de la Marne
- Social
- Restructuration dans le champagne sur fond de crise

0,75 euros le numéro, 6,10 euros pour 10 numéros

Que se passe-t-il à Moronvilliers ?

Suite à l'information sur un incident à Moronvilliers paru dans Silence
et dont nous nous étions fait l'écho dans Le Chat Noir NS n° 4 et dans
Courant alternatif de mai 2005, nous avons interviewé Bruno Barillot,
directeur du CDRPC (Centre de documentation et de recherche sur la paix
et les conflits) et spécialiste des questions du nucléaire militaire.

Le Chat Noir : Officiellement, depuis 1996, il n'y a plus d'essais
nucléaires. Mais il y existe toute une chaîne dans le nucléaire
militaire, dont les essais "froids" qui sont réalisés à Moronvilliers.
Est-ce que tu peux nous expliquer ce que sont ces essais à ces "essais à
froid" ?
Bruno Barillot : Quand on parle d'essais nucléaires, on pense à quelque
chose qui ressemble à Hiroshima ou Nagasaki : une bombe qui explose. Or
un essai nucléaire, c'est toute une série d'expériences et les
explosions qui ont eu lieu soit au Sahara, soit en Polynésie, n'étaient
que la phase finale. Il y a toutes sortes d'expérimentations
complémentaires qui étaient faites soit au Sahara ou en Polynésie, mais
aussi sur le territoire métropolitain. Les essais dits "froids" ou
"sous-critiques" sont effectués sur le polygone de Moronvilliers dans la
Marne à une vingtaine de kilomètres de Reims. On y pratique des
explosions : on utilise des répliques ou des morceaux de répliques d'un
modèle de bombe nucléaire (ou "tête nucléaire" selon le langage
officiel) où est remplacée la matière nucléaire comme le plutonium ou
l'uranium très enrichi par de l'uranium appauvri et parfois quelques
grammes de plutonium pour voir comment réagissent les explosifs
chimiques qui sont dans la bombe, comment réagit la matière nucléaire en
fonction de la configuration de la bombe. A Moronvilliers, la réaction en
chaîne qui a lieu lors d'un essai grandeur nature ne se met pas en jeu,
mais il a dispersion d'uranium appauvri, voire de plutonium et du
béryllium et d'autres matières qui peuvent se trouver dans la réplique.

CN : Il n'y a aucune enquête officielle sur les retombées. Tout ce que
l'on sait, c'est qu'elles existent et ce depuis les années 1980 où un
paysan a retrouvé dans son champ un caillou extrêmement dense qui s'est
avéré être de l'uranium appauvri. A l'époque, les autorités officielles
avaient dit qu'il s'agissait effectivement d'uranium, mais qu'il
provenait d'un avion qui s'était scratché dans le coin.
BB : Il existe maintenant d'autres données qui prouvent que l'on utilise
celui-ci à Moronvilliers : dans les rapports annuels de l'ANDRA (Agence
Nationale de gestion des Déchets RadioActifs), il est noté que la
contamination principale est due à la présence d'uranium appauvri. Cela,
on ne peut plus le nier. Si on veut en savoir plus, il suffit de se
reporter aux chiffres fournis par les Etats-Unis (qui sont beaucoup plus
transparents sur ce sujet) pour des expériences similaires.

CN : Peux-tu nous dire ce qui se passe réellement au niveau
expérimentation depuis l'arrêt officiel des essais ?
BB : Il existe aujourd'hui un langage très fallacieux et mensonger. Quand
en 1996, Chirac a arrêté les essais après las avoir repris, il a dit que
maintenant, on allait faire de la simulation des essais
nucléaires, donc des essais en laboratoire. En fait la simulation
comprend 3 volets : des ordinateurs installés dans un centre du CEA à
Bruyères-le-Châtel dans la région parisienne, des systèmes laser en cours
de construction (Laser mégajoules) au BARP près de Bordeaux (on essaie de
reproduire avec des lasers ce qui se passe lors d'une réaction
thermonucléaire avec les isotopes de l'hydrogène) et enfin les
simulations effectuées à Moronvilliers. La, on nous parle toujours de
AIRIX, mais AIRIX est un système d'observation aux rayons X
d'explosions. Donc, on fait toujours des explosions à Moronvilliers ! Ces
explosions ont lieu, actuellement et officiellement, en cuves. C'est au
cours d'une de ces expériences qu'a lieu l'incident de novembre 2005
(voir CA 149 de mai 2005 ou le Chat Noir NS n° 4). Le couvercle de la
cuve a sauté et cela a créé une véritable panique. Il y a eu
probablement éjection de quantités, pas très importantes par rapport à ce
qui se faisait auparavant, de poussières d'uranium appauvri et peut-être
d'autres matières tel le béryllium.

CN : Peux-tu nous en dire plus par rapport aux dangers des retombées de
l'uranium appauvri et du béryllium ?
BB : Parlons d'abord pour le béryllium (employé dans les détonateurs des
bombes nucléaires) qui n'est pas un produit radioactif. C'est un produit
très nocif au niveau chimique. Bien que très léger (plus léger que
l'aluminium), il se comporte comme un métal lourd. Lorsqu'on avale ou
inhale des poussières de béryllium, il y a un risque au niveau des
muqueuses. Cela peut provoquer des pathologies cancéreuses et
éventuellement des leucémies lorsque cela rentre dans le système
sanguin. C'est aussi le risque principal de l'uranium appauvri. Si
celui-ci émet des rayons alpha, ceux-ci peuvent être arrêtés par une
protection minimale : du papier ou des gants. Le plus gros risque est
donc d'avaler ou d'inhaler les poussières, poussières qui peuvent être
transportées par les vents sur une région entière.

CN : Sais-tu s'il y a des études faites sur la santé au niveau de
Moronvilliers ?
BB : Je n'en sais rien, mais il y a très peu d'études autour des sites
nucléaires. Lorsque des études sont faites, comme par exemple sur les
leucémies il y a quelques années autour du centre de retraitement de La
Hague, et que les résultats sont inquiétants, les autorités de sûreté
nucléaire et le lobby nucléaire ont fait réaliser des études soi-disant
contradictoires pour démontrer le contraire. Une telle étude pourrait
avoir lieu s'il y avait une volonté des populations de la réclamer.

CN : Mis à part l'incident de novembre 2004, es-tu au courant d'autres
problèmes rencontrés à Moronvilliers ?
BB : J'ai été récemment alerté par des membres de la famille ou des amis
de salariés locaux travaillant sur le site de Moronvilliers. La plupart
du temps, ils sont embauchés par des entreprises sous-traitantes du CEA
(Commissariat à l'Energie Atomique), à qui on demande de ne rien dire de
ce qu'ils font ou ce qu'ils voient (sous couvert du "Secret défense").
Comme dans le nucléaire civil avec les trimardeurs, ces salariés sont
taillables et corvéables à merci et des pressions importantes sont
exercés sur eux (chantage à l'emploi en particulier). Or depuis quelques
mois, on assiste à des décès par cancer de salariés, dont un jeune père
de famille de 35 ans, père de 2 enfants. Avant de mourir, les langues se
sont déliées et ce malgré toutes les pressions exercées.
On a ainsi appris qu'il existait sur le site une aire bétonnée où ont été
faites des expériences à l'air libre dans les années 1960 et 70. Cette
aire bétonnée était quasiment abandonnée, protégée seulement par des
barbelés électrifiés. Les autorités ont décidé de l'éliminer, et bien
qu'elle soit contaminée, on y a envoyé des ouvriers avec des marteaux
piqueurs sans aucune protection. Les gravats ont été jetés dans un trou,
alors qu'ils auraient du être mis dans des fûts pour 300 ans et gérés par
l'ANDRA.
D'autres expériences ont été faites en puits. Pour pouvoir examiner les
résultats de l'explosion, on y envoyait des ouvriers des entreprises
sous-traitantes ramasser des échantillons, bien sur sans grandes
protections.
Ce n'est donc pas un hasard s'il a des répercussions sur la santé de ces
personnels.
Il semble bien qu'il y ait une grande inquiétude de la part des salariés
de ces entreprises, et que, malgré les interdictions, ils soient prêts à
parler. Un certain nombre a rejoint l'association des vétérans des essais
nucléaires (AVEN). Je pense qu'une suite judiciaire va être donnée pour
que leur soit reconnu un certain nombre de maladies
professionnelles. Une des veuves devrait aussi ester en justice et on
mettra devant la justice les responsabilités du CEA dans les conditions
qui sont faites à tous ces personnels.
Transcription : Camille, OCL Reims

Une version enregistrée, comportant aussi une partie sur les
conséquences du premier essai en Polynésie en 1966, existe. Vous pouvez
l'obtenir en nous envoyant une cassette, un MD ou un CD en écrivant à :
Egrégore, BP 1213, 51058 Reims cedex.

Le CRDCP a un site http://www.obsarm.org et édite une lettre mensuelle,
Damoclès (conditions sur le site).

Site de l'AVENhttp://aven@aven.org

http://journal-lechatnoir.site.voila.fr/


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