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(fr) Solidarite internationale contre la repression des migrant-e-s en Europe

Date Mon, 31 Oct 2005 12:41:52 +0100 (CET)


appel à une solidarité internationale contre la répression des migrants en
Europe

Face à la répression actuelle des sans-papiers et des migrants en Europe,
et en solidarité avec les actions de solidarité avec les migrants du 29
octobre, le Comité de Solidarité avec les Peuples du Chiapas a décidé de
lancer un appel à l'action et la solidarité internationale avec les luttes
en cours en France et en Europe. Ceci est la version française du texte
envoyé pour diffusion au Chiapas, au Mexique et dans toute l'Amérique
latine.

------

"Alors que les Etats-Unis accueille une migration de qualité depuis des
années, nous nous acceptons de recevoir en France ceux dont personne ne
veut dans le monde" Nicolas Sarkozy, Ministre de l'Intérieur, durant une
allocution prononcée le 29 Septembre 2005 à l'île de la Réunion,
territoire français d'outre-mer.

13 Septembre : Monsieur Liangbo Pan, chinois, résident en France depuis
1999, a le triste privilège d'être le numéro 12 850 sur la liste des
étrangers expulsés depuis janvier 2005 grâce à la diligence des services
du ministère de l'Intérieur. Suite à son retour forcé à Shangaï - où il
fut incarcéré pendant 15 jours par les autorités chinoises pour être sorti
illégalement du territoire, il laisse derrière lui une épouse qui ne parle
pas français, et deux enfants scolarisés dans des écoles parisiennes. La
plus jeune a 5 ans et, née en France, bénéficie de la nationalité
française en vertu du droit du sol.

Le 18 Septembre, Firdaous et Waël Mekhelleche, qui ont respectivement 7 et
3 ans, sont brutalement séparés de leurs parents algériens. Leur mère a
été détenue lorsqu'elle se présenta à l'un des nombreux centres de
rétention où les étrangers sans papiers attendent avant d'être déportés du
pays, alors qu'elle apportait le passeport de son mari, arrêté le jour
antérieur lors d'une rafle policière.

Depuis le 9 août, jour où ils apprirent que leurs deux petits frères de 10
et 12 ans avaient été arrêtés dans un centre où ils passaient leurs
vacances, Rachel et Jonathan, de 15 et 14 ans respectivement, originaires
de République Démocratique du Congo, sont en fugue. Ils ont prit cette
décision pour ralentir la déportation de leur mère, dont la demande
d'asile fut rejetée par l'Office de Protection des Réfugiés et des
Apatrides. Cachés et protégés par des personnes solidaires, ils ont
jusqu'à présent échappé aux griffes de la police.

Fin août, Guy Effeye, lycéen de 19 ans originaire du Cameroun, reçu son
ordre d'expulsion. Après 32 jours de détention, il fut conduit à
l'aéroport. Là, ses amis, ses professeurs et ses voisins qui manifestaient
pour empêcher son expulsion furent repoussés par la police à l'aide de gaz
lacrymogènes. La mobilisation de quelques passagers qui refusèrent de
s'assoir et de voyager en compagnie d'un homme menotté, empêcha finalement
le départ de l'avion. Le jour suivant, Guy fut jugé pour
insubordination... Toutefois, l'impact de la mobilisation conduisit le
juge à prolonger son droit de séjour sur le territoire français jusqu'à la
fin de l'année scolaire, lui accordant, suivant ses propres paroles, "une
seconde chance". On peut se demander quelle avait été la première chance
que Guy n'a pas su utiliser.

Les exemples relatés ici ne sont que les plus emblêmatiques d'une
situation qui, si elle n'est pas neuve, connaît depuis 2 mois une
accélération fulgurante. Toutefois l'offensive actuelle contre les
étrangers résidents en France se manifeste aux travers de rafles et
d'expulsions dont les caractéristiques rappellent une des périodes les
plus sinistres de l'histoire.

Durant l'été notamment, une série d'incendies provoqua la mort de pas
moins de 54 personnes. Les victimes étaient en majorité des résidents
africains dont les conditions de logement provisoire étaient devenues
relativement difficiles. Ceux qui espéraient des autorités une réponse à
la hauteur du désespoir des survivants eurent une surprise de taille. La
réaction gouvernementale en effet, fut de légitimer l'exécution d'un "plan
de nettoyage" de grande ampleur contre les immeubles qui avaient jusqu'à
présent échappé à la spéculation immobilière caractérisant le marché du
logement à Paris et ses environs.

Ironiquement une des premières opérations d'expulsion se déroula dans la
rue de la Fraternité, un des mots qui avec ceux de "Liberté" et "Egalité"
orne la façade de tous les édifices républicains. Ce fut le jour de la
rentrée scolaire que sous l'oeil des voisins stupéfaits, un groupe de
policiers excités réussit à démolir les portes et à expulser sous les
coups des hommes, des femmes, des personnes âgées... et des enfants qui se
préparaient pour leur premier jour de classe.

Depuis lors, le même scénario se répète quasiment chaque jour. On expulse
avec un luxe de violence ceux qu'il faut "protéger du danger", considéré
de manière récurrente comme imminent, "que s'enflamment les immeubles
insalubres". De bénéficiaires d'un toit précaire, pour lequel dans plus
d'un cas les habitants paient des loyers élevés, des dizaines de familles
passent au statut d'"assisté", réfugiés sous des tentes d'urgence dans les
parcs de la capitale.

Une telle mise en scène des événements ne peut être considérée comme une
simple preuve de cynisme. Il s'agit d'une certaine manière de faire
comprendre à la population "normale" le caractère marginal de la
population migrante. Ce ne sont plus des travailleurs qui paient des
impôts et même des retraites tout en étant mal logés, ce ne sont plus, en
fait, des sujets de droits, mais des "parias" problématiques et
irresponsables qu'il faut protéger d'eux mêmes.

Alors que pendant ce temps, l'Europe étend ses frontières jusqu'au nord de
l'Afrique. Des villes marocaines se voient transformées en centres
touristiques dans lesquelles la bonne société française vient gaspiller
des ressources aussi vitales que l'eau pour remplir ses piscines et
arroser ses terrains de golf. Ce sont jusqu'au paysages qui se trouvent
privatisés. De la splendide palmeraie de Marrakech, à peine quelques
palmiers dénudés survivent entre les hauts murs des luxueuses demeures où
l'élite vient prendre ses vacances. Bercée d'un parfum colonialiste à
l'odeur rance, la société politico- médiatique se justifie en baptisant
ceux qui migrent du Nord au Sud pionniers, investisseurs ou acteurs du
développement, quand ceux qui prennent le chemin contraire ne méritent pas
d'autres qualificatifs que celui de "flux" d'envahisseurs.

Utiliser une telle imagerie n'est pas neutre. Faire revivre la crainte de
"l'étranger qui vient voler nos richesses" se révèle être une méthode
efficace - et prouvé jusqu'à l'écoeurement- lors des périodes de crise où
le chômage touche un nombre croissant de la population en Europe.
Présenter le migrant comme coupable permet de détourner l'attention des
véritables responsables des politiques libérales qui provoquent des
licenciements massifs et une sensible dégradation des conditions de
travail.

Suivant la même logique de stigmatisation de "l'autre", le "choc des
civilisations" théorisé par Samuel Huntington est théâtralisé à la
télévision et aux heures de grande écoute. A l'occasion c'est le propre
ministre de l'Intérieur qui se charge du show durant lequel les corps
d'élite de la police démasquent de présumés "groupes islamistes" cachés
dans les banlieues dites "difficiles" des grandes villes. A cette époque
où la société nécessite d'être protégée à n'importe quel coût de l'assaut
à laquelle elle est soumise, il suffit de soupçonner une "intention de
nuire" pour mettre en oeuvre la machine répressive sans se soucier
d'amener les preuves d'une telle intention.

Dans cette conjoncture, il ne peut pas passer inaperçu que la dite
"coopération policière internationale" tend toujours plus à dériver vers
une politique de délocalisation - aujourd'hui de la torture et de la
répression- que les auto-dénommées démocraties ont déjà tenté au niveau
commercial et économique.

Ainsi tout comme les Etats-Unis expatrie l'industrie des interrogatoires à
des bourreaux patentés en Egypte et en Jordanie, la Libye négocie les
faveurs de l'Union Européenne à travers le prêt de ses prisons pour la
détention des milliers d'africains candidats à l'exil. Et finalement le
drame qui se joue dans le Sahara marrocain n'est rien de plus qu'une
manière de charger à des tiers la tâche d'évacuer les indésirables, et
éviter ainsi le spectacle désagréable de chiffons ensanglantés flottant
sur les pointes des barbelés qui couronnent les murs de la forteresse
européenne.

Dans ce contexte qu'on peut qualifier de guerre ouverte contre une
catégorie spécifique de personnes (les migrants et les pauvres), le fait
que les instances judiciaires espagnoles se déclarent compétentes pour
instruire des procédures de crime contre l'humanité quel qu'en soit la
localisation géographique ne peut être qu'un motif de blague
supplémentaire si l'arrière-fond n'était pas aussi tragique.

Toutefois les apparences ne sont plus convaincantes, et les signes
avertisseurs ne laissent plus de doutes sur le véritable visage de ces
régimes qui prétextant "la nécessité de protéger la démocratie" glissent
vers le rétablissement d'un ordre fasciste.

Car oui, les barbares sont sont ceux qui promeuvent les politiques
colonialistes, qui pillent les pays et les économies tout en ayant ensuite
l'audace d'affirmer que le malheur des migrants - survivants d'une telle
dévastation- est seulement imputable aux trafiquants qui profitent d'eux,
ou bien que la pauvreté des pays du Sud est seulement imputable à la
corruption de leurs dirigeants.

Barbares son ceux qui voudraient que nous regardions sans vaciller les
cadavres des migrants flottant à proximité des côtes d'Italie, de Grèce ou
des Canaries, que nous considérions comme une fatalité le spectacle des
corps asphyxiés, entassés dans des camions remplis à ras bord pour passer
les frontières... Que manque-t-il pour qu'ils nous demandent d'enseigner à
nos enfants à tourner le visage lorsque leurs camarades d'autres couleurs
seront expulsés sans ménagements des écoles ?

Devant la menace perceptible d'arriver au point de non-retour où
l'insupportable devient normalité se rétablissent des mécanismes de
résistance active et des réseaux de solidarité qui n'incluent plus
seulement des activistes expérimentés et des organisations impliquées dans
la solidarité, mais aussi des citoyens récemment sensibilisés, car
aujourd'hui ce sont leurs voisins ou les amis de leurs enfants qui sont
les victimes d'une injustice qu'ils pensaient ne jamais voir arriver au
sein d'un système qui s'enorgueillit de valeurs éthiques et démocratiques.
Mais bien que l'indignation croisse, nous sentons que n'arriverons pas à
affronter seuls une situation si intolérable.

C'est pour cela qu'il nous paraît urgent et nécessaire de lancer un appel
international et d'inviter les personnes et les organisations solidaires a
dénoncer devant toutes les représentations diplomatiques correspondantes
la chasse à l'homme qui se déroule dans nos pays, l'usage sélectif de la
terreur qui devient aujourd'hui quotidienne et la criminalisation qui
préfigure le retour à des formes de contrôle de nos sociétés "hautement
développées" par des forces obscures que nous ne voudrions plus jamais
revoir.

Nous sommes confiants dans le fait que seront trouvées les formes de
protestations qui paraîtront à chacun les plus appropriées, mais dans tous
les cas nous ne nous sentirons pas déçus que vous receviez dans le chahut
et à l'aide de projectiles en voie de putréfaction tout fonctionnaire
européen qui puisse arriver sur vos terres pour donner des "leçons de
démocratie". Ne nous laissez pas seuls face à la tâche immense de démolir
les murs de la prison Europe où les appareils répressifs essaient de
maintenir nos corps enfermés et nos consciences silencieuses.

Par terre, par désert et par mer, pour l'humanité, maintenant !


Paris, France, octobre 2005

Comité de Solidarité avec les Peuples du Chiapas en Lutte



on peut trouver de nombreuses informations sur les luttes contre la
répression qui s'abat sur les sans-papiers sur le site internet :
http://www.pajol.eu.org et http://www.educationsansfrontieres.org

des luttes sont en cours contre la repression à la frontière entre
l'Europe et le Maroc, plus d'information (en espagnol) à :
http://www.estrecho.indymedia.org

dans la mesure de ses modestes moyens, notre comité peut également aider
les personnes et organisations d'Amérique latine qui souhaiteraient plus
d'informations et/ou des contacts au sujet de cette situation dramatique.
Car il est urgent de construire des ponts entre nos luttes et entre les
oppressions que nous subissons tous.

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