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(fr) La colere de Gavroche ou la « fourberie » des revolutionnaires indigenes (2)

Date Thu, 17 Nov 2005 12:37:06 +0100 (CET)


La colère de Gavroche
ou la « fourberie » des révolutionnaires indigènes
De quelques séquelles de l'imaginaire colonial en milieu anticolonial
(et ailleurs)

( deuxième partie )


_Si même les mioches s'y mettent...

« On voit des enfants lapider, brûler, traîner dans les rues les corps
d'hérétiques : la violence exercée étant censée être celle de Dieu, elle
ne pourrait mieux se manifester que par l'intermédiaire de mains
innocentes », Arlette Jouanna, La France du XVIe siècle, 1483-1598,
Paris, PUF, 1996, p. 407-408.


Toujours dans la rubrique « Séquelles de mécanismes coloniaux , y compris
chez des anticolonialistes », une autre question a pu être soulevée : la
question de savoir si les scouts algériens au devant de la manifestation
subversive du 8 mai 1945 à Sétif, ont été « manipulés ». La question a
été posée dans les mêmes termes, ou presque, lorsqu'il s'est agi
d'inventer une polémique sur le 17 octobre 1961 : le FLN (Front de
Libération Nationale) aurait-il « manipulé » les Algériens d'Ile-de-France
pour qu'illes manifestent contre le couvre-feu imposé par le préfet Papon
(le préfet Papon qui est avant tout le relais, volontaire, d'une politique
globale de l'État), avec femmes et enfants, en sachant d'autant plus que
la police était remontée depuis le mois de septembre, avec pour seule
volonté d'en découdre avec ces « bougnoules » qui ont tué quelques uns
des leurs ? Le fait même de poser la question est assez imprudent, pour le
moins condescendant, dans tout les cas déplacé. Cette question réactive
en effet des ficelles du colonialisme en occultant deux choses :

1.La capacité d'autonomie des « encore plus dominéEs » (à savoir les «
enfants » et les « femmes »).
Comme si ces dernierEs, du fait de leur subordination sociale, n'avaient
pas même la capacité d'être sensibles et réactiVEs à une oppression
vécue au quotidien. On retrouve là les ficelles du paternalisme qui ont
structuré l'idéologie raciste coloniale : à savoir que les « indigènes »
n'étaient au fond que des « enfants » qu'il fallait prendre par la main,
pour les guider vers leur éveil, quitte à leur donner de petites fessées
quand ils se montraient capricieux (sauf que ces petites fessées
aboutissaient bien souvent à des opérations dites de « pacification »
qui prenaient rapidement l'aspect de massacres ou d'assassinats)[19].

2.La cause du problème en se focalisant sur un aspect consécutif de
cette cause.
Le problème, est-ce le fait que des enfants (des scouts) soient en tête de
manif pour porter un drapeau interdit par l'occupant, ou est-ce contre
quoi ces enfants manifestent, à savoir l'occupation de leur territoire et
leur subordination à l'occupant (en bref, la colonisation). De même
concernant la polémique autour de la marche du 17 octobre 1961 à l'appel
du FLN. Le problème, est-ce ces AlgérienNEs venuEs bravéEs un couvre-feu
imposé à leur encontre par l'État, ou est-ce le couvre-feu raciste et
l'acharnement militaire de la France en Algérie. Sans peut-être s'en
rendre compte, ce questionnement frise avec une certaine stratégie
idéologique de domination : « Au fond, c'est de leur faute s'ils se sont
fait tuer ; ils n'avaient qu'à rester sagement chez eux, parce qu'ils
devaient se douter que les flics allaient les ratatonner ». Franche
évocation des discours paternalistes et patriarcaux qui vont jusqu'à
décharger le violeur en accusant la personne violée d'avoir provoqué son
viol parce qu'elle serait sortie seule ou qu'elle portait une tenue «
indécente ». Discours qui renvoie aussi à la polémique qui ressurgit
parfois pour discréditer la résistance palestinienne contre l'occupation
israëlienne. Il y a quelque temps, on a ainsi vu fleurir des articles ou
des éditos sur la soi-disant responsabilité[20] des mères palestiniennes
qui auraient envoyé leurs enfants sur les premières lignes pour qu'ils
aillent caillasser les chars et se faire éclater la tête par des tireurs
d'élite de Tsahal[21]. Cette polémique s'humectait d'une condescendance
occidentale, occultant un fait primordial : la colonisation des
territoires palestiniens par Israël.
On voit d'ailleurs comment cette question de la manipulation des «
foules » ou des plus « faibles », peut contribuer à réactiver des
stéréotypes racistes comme celui de l'Arabe éternellement fourbe qui
cacherait de sombres desseins sous ses habits et sous ses voiles.

Par manque de discernement structurel d'un problème, on en arrive ainsi à
dire que la violée est responsable de son viol, que le dominé est
responsable de sa domination. Absence de discernement et absurdité. Et
pourtant : est-ce que les dominants consciencieux se sont posés la
question de savoir si Gavroche avait été manipulé par les Communards [22]
?


Kandjare Bayn Asnan
novembre 2005




NB : Tout est politique, même la façon d'écrire. Ce texte est notamment
conscient des décalages hiérarchiques qu'il peut créer ou contribuer à
maintenir entre l'auteur et ceux/celles supposéEs le lire. Si un blocage
survient dans la lecture, s'il y a besoin d'éclaircir des propos, si des
suggestions ou des critiques apparaissent, c'est possible de contacter
kandjare(a)no-log.org
Tout est politique, donc, même la façon d'écrire. Ce texte a essayé
d'être conscient d'un décalage hiérarchique existant dans le langage,
cette chose qui se conjugue en général au masculin. Ce texte a ainsi
essayé de déconstruire ce « neutre grammatical » si masculin en émaillant
l'écriture de signes bizarres (lettres majuscules incrustées dans des mots
en minuscule, lettres entre tirets, usage de barres obliques, non respect
de certaines liaisons grammaticales, que sais-je encore). Tout ça pour
dire que le langage lui-même est à déconstruire et à reconstruire sans
cesse puisqu'il est l'émanation des formes de pouvoir. Avouons quand même
que le
« neutre grammatical masculin » fut utilisé dans ce texte quand nous
croyions que ça pouvait alléger la lecture du texte dans des endroits
que nous trouvions déjà chargés pour la compréhension. Preuve que nous
aussi avons été baignÉ dans des constructions sociales « grammaticalement
correctes »...



***NOTES***

[1] Plus de 200 AlgérienNEs venuEs manifester à Paris contre le
couvre-feu raciste imposé à leur encontre, furent massacréEs par la police
dans la nuit du 17 octobre. Près de 15000 autres furent enferméEs dans des
camps de concentration pendant plusieurs jours. Pour aller plus loin, voir
Le 17 octobre 1961, un crime d'État à Paris, Paris, La Dispute, 2001
(recueil de témoignages, de documents et d'analyses) ; Nacer Kettane, Le
sourire de Brahim, Paris, Denoël, 1985 (roman) ; ou Agnès Denis et Mehdi
Lallaoui, Le silence du fleuve, Paris, Forum des Images, 1992
(documentaire filmé).

[2] Impulsée par le lobby des nostalgiques de la colonisation française,
cette loi fut votée dans une absence manifeste de relais médiatiques.
Les médias, à l'époque, ont tout simplement fermé leur gueule qu'ils ont
pourtant très grande sur d'autres sujets vendeurs. Cette loi vise
explicitement à marquer la « reconnaissance de la Nation en faveur des
Français rapatriés ». Pour ce, elle incite les programmes scolaires à
reconnaître « le caractère positif de la présence française outre-mer,
notamment en Afrique du Nord » (art. 4), preuve d'ailleurs, s'il est
encore besoin de le démontrer, que l'État ne se gêne pas de rappeler
qu'il préfère lui-même fixer les contenus scolaires. Elle accompagne aussi
cette mesure en accordant toute une série « d'allocations de
reconnaissance ». C'est ainsi que l'article 13 de la loi instaure une
indemnité en faveur d?anciens condamnés, internés et assignés à résidence,
de telle façon que cela concerne d?anciens membres de l'OAS
(organisation d'extrême-droite qui n'hésita pas à utiliser l'outil de la
terreur pour « sauver » à tout prix « l'Algérie française »).

[3] Auteur notamment de L?Afrique noire. Histoire et civilisation, 2
vol., Paris, Hatier, 1992 et de Au coeur de l'ethnie. Ethnie, tribalisme,
et États en Afrique, Paris, La Découverte, 1999 (ouvrage codirigé avec
Jean-Loup Amselle).

[4] Auteure notamment d'une Histoire de la guerre d?indépendance
algérienne, Flammarion, 2005, et d'Une drôle de justice. Les magistrats
dans la guerre d?Algérie, La Découverte, 2001.

[5] Auteur, entre autres, du Credo de l'homme blanc. Regards coloniaux
français, XIXe-XXe siècle, Bruxelles, Complexe, 1996 et de La guerre
française d'Indochine 1945-1954, Complexe, 1992.

[6] Les partis indépendantistes algériens (PPA et AML) organisent des
cortèges pour participer à leur manière au 8 mai 45, jour de l'armistice.
Il s'agit de nuancer la fête et d'amener les « peuples libres » devant le
fait accompli : prendre en compte la volonté du peuple algérien de se
libérer à son tour et rappeler à l'occupant français les gages d'autonomie
qu'il a promis aux « indigènes » en vertu de leur participation à la
guerre contre l'occupation nazie. Des manifestations sont prévues dans
plusieurs villes algériennes. Elles sont parfois ponctuées de heurts,
voire d'émeutes. C'est le cas à Sétif, où éclate une insurrection
spontannée qui se propage rapidement à la région de la Petite Kabylie.
Même les partis organisateurs sont dépassés par les insurgéEs qui
s'avèrent notamment être des ruraux descenduEs des montagnes alentour
pour assister au souk (marché), et qui n'ont fait que réagir à une brimade
coloniale de plus. Les forces de police avaient en effet arrêté le
cortège indépendantiste en exigeant le retrait des banderoles et du
drapeau algérien (interdit par la puissance coloniale). Devant la
résitance non armée des manifestantEs, la police s'est mise à tirer dans
le tas. Dans l'embrasement qui suivit, les insurgéEs abattaient ce qui
incarnait selon eux/elles l'ordre colonial. En représailles, l'armée
réagissait aussitôt,
procédant à un ratissage de toute la région, recourant à l'aviation et à
la marine pour bombarder et mitrailler les « indigènes » sans
discernement pendant plusieurs semaines, armant les milices de colons
européens qui se sont formées pour participer elles-aussi à la « chasse
aux merles ». Ce nouveau massacre colonial sonnait comme un message
d'intimidation qui devait résonner dans tout l'Empire : montrer aux «
indigènes » dont les velléités indépendantistes reprennaient vigueur en
cette fin de guerre, que la puissance coloniale s'accrochait plus que
jamais à « ses »
territoires, logique ilustrée entre autres par ce mot d'ordre lancé par
de Gaulle durant la Résistance : « Il s'agit d'empêcher que l'Afrique du
Nord ne glisse entre nos doigts pendant que nous libérons la France »
(cité par Annie Rey-Goldzeiguer, Aux origines de la guerre d'Algérie
1940-1945. De Mers-El-Kébir aux massacres du Nord-Constantinois, La
Découverte, 2002).

[7] Cette question de l'image et de l'imaginaire colonial est aussi
traitée dans un livre riche en illustrations : Iet colonies.
Iconographie et propagande coloniale sur l?Afrique française de 1880 à
1962, (dir. Nicolas BANCEL, Pascal BLANCHARD, Laurent GERVEREAU,
BDIC-ACHAC), 1993. Un
documentaire filmé pourrait aussi servir de référence à cette
problématique : Virginie Adoute et Jean-Claude Guidicelli, Les trois
couleurs de l?Empire (produit par Arte), 2001.

[8] C'est d'ailleurs pour les mêmes raisons que l'usage de guillemets sera
très sollicité ici.

[9] Et j'ai peur que ce sera loin d'être fini, n'en déplaise aux
croque-morts de la gauche fashion qui ont décrété la mort des luttes de
classe, à l'instar de Jean Daniel, co-fondateur du Nouvel Observateur et
qui ne cesse de répéter confortablement qu'il faut « démarxiser la
gauche
», croyant que les théories communistes s'arrêtaient à ceux qui ont
déifié Marx (Le Nouvel Observateur, fin janvier 2002) ; ou à l'exemple de
Bernard Kouchner qui se met à donner son avis dans l'indigeste Reader's
Digest (Séléction, novembre 2005) en aboyant comme d'autres faiseurs
d'opinion que « la France va mal » et que « les clivages simplistes sont
non seulement dépassés, mais nocifs » ; pour sûr, qu'ils seront nocifs
pour sa gueule de privilégié quand une révolte d'oppriméEs éclatera devant
chez lui. Le french doctor semble confondre la notion de « sans frontière
» et celle de « sans discernement ». C'est par ailleurs cette absence de
discernement dialectique qui l'a mené en mars dernier, alors que la
révolte lycéenne grondait, à signer un appel contre les «ratonnades
anti-blancs » au côté notamment d'Alain Finkielkraut, la croûte
philosophique du Pouvoir.

[10] Le Code de l'Indigénat succéda au Code Noir, succéssion qui
permettait à l'Empire colonial de traduire juridiquement le passage de
la traite négrière à l'exploitation indigène dans « ses » territoires
outre-mer. Le Code Noir a en effet permis de régir l?esclavage dans les
colonies sucrières françaises entre 1685 et 1848. Le Code de l'Indigénat
fut quant à lui instauré en 1887. Il permettait d'assujettir les «
indigènes » dans les colonies et en métropole, à diverses mesures
dégradantes et liberticides (travaux forcés, interdiction de sortir la
nuit, parcages dans des réserves...). Ce code instituait de fait et de
droit un apartheid républicain dans la mesure où « l'indigène » se
distinguait du « citoyen français » par son statut de « sujet français».
Ce code a été aboli en 1946, du moins officiellement, puisque l?État
français continua de l?appliquer, notamment en Algérie jusqu'à
l'indépendance en 1962.

[11] Sur ce quadrillage de l'espace (néo)colonial, voir Annexe 1 : « La
banlieue ou espace néocolonial ».

[12] Préface à la traduction américaine du livre de Gilles Deleuze et
Felix Guattari, L?Anti-?dipe : capitalisme et schizophrénie. Texte
disponible ici : http://infokiosques.net/IMG/rtf/foucault-en-
integral.rtf

[13] Voir des extraits de ce texte en Annexe 2.

[14] Petite nuance qui rappelle que la complexité et la variation des
situations sociales font qu'une personne est un noeud où de multiples
systèmes de domination peuvent se croiser, et même parfois se contredire.
Ce qui fait dire que les questions de domination doivent se poser en
fonction des contextes structurels dans lesquels se meuvent les individus.

[15] Pour une amorce de dépassement des formes de discussion et d'échange
de savoir, voir cette petite brochure intitulée Débat sur les débats
(disponible ici : http://infokiosques.net/article.php?id_article=87 ).
La question concerne aussi largement le problème de l'école et des
rapports adultes-enfants. Se reporter par exemple aux sites consacrés
aux
méthodes pédagogiques « différentes » comme :
http://ecolesdifferentes.free.fr

[16] Groupes pouvant se constituer temporairement en non-mixité,
c'est-à-dire entre des personnes subissant ou ayant subies les mêmes
formes de domination.

[17] Triste auteur d'un Essai sur l'inégalité des races humaines au
milieu du XIXe siècle.

[18] Voir Annexe 3 : « Il n'y aurait pas eu crime ».

[19] Les conférences en question ont permis de rappeler quelques exemples
marquants ou oubliés : en plus des guerres de décolonisation marquant
l'intensification de ces opérations de « pacification » (guerre
d'Indochine, guerre d'Algérie), ont été cités des mouvements de
résistance réprimés très violemment par l'armée française et qui n'ont pas
abouti directement à une décolonisation : Sétif et sa région en 1945,
Madagascar en 1947, Cameroun en 1960).

[20] Ou « irresponsabilité », parce que dans ce domaine du discours
raciste, on ne sait plus vraiment. On a, après tout, affaire au cliché
sur les « Arabes » à qui on continue de faire porter l'image de «
l'indigène », et, par conséquent, l'image de l'absence d'autonomie.

[21] À propos de ce mythe colonialiste : Eyyad Sarraj, « Des enfants au
front », Le Monde Diplomatique, nov. 2000.

[22] Sur la question de la violence politique et de « l'enfance », voir
Frédéric Chauvaud, « Gavroche et ses pairs : aspects de la violence
politique du groupe enfantin en France au XIXe siècle », dans la revue
Cultures et Conflits (http://conflits.revues.org/document463.html).



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ANNEXE 1

LA BANLIEUE OU ESPACE NÉOCOLONIAL


I-À PROPOS DE LA GESTION COLONIALE ACTUELLE
(extraits des propos de Pascal Blanchard (historien à Marseille) tirés
du livre de Karim Bourtel et Dominique Vidal, Le mal-être arabe. Enfants
de la colonisation, Marseille, Agone, 2005, pp. 79 sq.)

--Décentralisation et ethnicisation du contrôle social
« "Que dire de ces maires qui financent des caïds pour avoir la paix ?
D'ailleurs, le ministère de l'Intérieur, depuis quinze ans, ne
préfère-t-il pas traiter avec des religieux, mêmes islamistes, plutôt
qu'avec les laïques revendicatifs ?" Dans les années 1930 déjà, le
pouvoir colonial négociait prioritairement avec les oulémas... ».

--Militarisation de l'espace néocolonial
« "Regadez, dit-il, le plan Borloo, où des militaires sont consultés, en
fonction d'une logique sécuritaire, pour les programmes de
réhabilitation.
Ou encore l'implantation des commissariats de banlieue qui se trouvent
désormais, non plus au centre, mais près du RER, cordon ombilical entre
la cité et la ville ? comme les casernes, au XIXe siècle, étaient
installées à la sortie des villes coloniales, pour mieux contrôler les
routes." (...)
"[Il a été] frappé de lire, dans des rapports de l'armée française sur
sa participation à la sécurisation du Kosovo, de curieux développements
sur les opérations dans les espaces urbains et péri-urbains, suivis de
demandes d'entraînement en France dans cette perspective. On y
décryptait, entre les lignes, une stratégie visant les cités..." ».

--Sur le raisonnement en terme de logique coloniale
« "Le schéma colonial n'est pas une vue de l'esprit, il imprègne encore
bien des logiques étatiques (...) Même si une partie de l'appareil
d'État a compris que ces pratiques, obsolètes, devaient être profondément
modifiées. Nous sommes passés du temps des sauvages à celui des indigènes,
du temps des sujets de l'Empire à celui des fellaghas, du travailleur
immigré aux sauvageons." »

« "Tout cela, accuse Pascal Blanchard, le mouvement des droits de l'Homme
? SOS-Racisme, Ligue des droits de l'Homme (LDH), Ligue internationale
contre le racisme et l'antisémitisme (LICRA), etc. - n'a pas voulu le
prendre en compte. Il a combattu les violences faites aux immigrés et à
leurs descendants, mais pas la logique coloniale dont elles
procédaient.
Il n'a pas su faire la différence entre le vécu des immigrés maghrébins et
européens. En plaçant sur le terrain moral la réponse au racisme et aux
discriminations, il a deshistoricisé ce processus." »



II-AUTOPSIE D'UN MONTAGE MÉDIATICO-POLICIER

http://cnt-ait.info/article.php?id_article=513



III-MON QUARTIER À L?HEURE DU MARÉCHAL

http://cnt-ait.info/article.php?id_article=1093


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ANNEXE 2

Audre Lorde, « The uses of anger : women responding to racism » (discours
d'ouverture prononcé à la conférence de l'Association des Études
Féministes tenue à Storrs dans le Connecticut, USA, juin 1981), in
Sister outsider, New York, Ed. The Crossing Press, 1984. Une version
traduite en français est disponible dans le n° 1 de la revue féministe
lyonnaise Et ta
soeur ?!, paru en mars 1998. Cette version fut reproduite dans une
brochure éditée en avril 2000 sur le racisme en milieux féministes, par
Madivine, un réseau de lesbiennes basé à Lyon.

Extraits :

(...)
« Aux femmes présentes ici et qui ont plus peur de la colère des femmes de
Couleur que de leurs propres attitudes racistes intériorisées, je demande
: la colère des femmes de Couleur est-elle plus menaçante que cette haine
des femmes qui empreint tous les aspects de nos vies ? Ce n'est pas la
colère des autres femmes qui nous détruira mais nos refus de nous
arrêter pour écouter les rythmes de cette colère, pour apprendre en son
sein, pour aller au-delà de la façon dont on la représente et ainsi
en toucher la substance, pour exploiter cette colère comme une source
importante de puissance.
Je ne peux pas cacher ma colère pour vous éviter la culpabilisation, ni
les sentiments blessants, ni pour m'épargner votre colère en retour ;
parce qu'agir ainsi c'est insulter et banaliser tous nos efforts. La
culpabilité n'est pas une réponse à la colère ; c'est une réponse
narcissique à nos propres actions ou un vide d'action. Si la culpabilité
mène au changement alors elle peut être utile, dès lors ce n'est plus de
la culpabilité mais le début de la connaissance. Cependant trop souvent,
la culpabilité est l'autre nom de la faiblesse, l'autre nom pour toute
réaction de défense destructive ; elle devient stratagème abritant
l'ignorance et perpétuant les choses telles qu'elles sont, elle devient
le rempart ultime contre tout changement.
La plupart des femmes n'ont pas développé d'outils pour se confronter
constructivement à la colère, normalement face au monde des hommes. Dans
le passé les groupes féministes de conscience, massivement blancs,
abordaient comment exprimer sa colère. Et ces groupes étaient formés par
des femmes blanches qui partageaient les termes de leurs oppressions. Il
y
avait généralement peu de tentatives pour exprimer clairement les
différences sérieuses existant entre femmes, comme les différences de
race, de couleur, d'âge, de classe sociale, et d'identité sexuelle. À
cette époque examiner les contradictions en soi-même, femme en tant
qu'oppresseure, n'était pas un besoin manifeste. On faisait un travail
pour exprimer sa colère, mais très peu pour exprimer la colère des unes
envers les autres. Aucun moyen qui permette aux femmes d'aborder la
colère des unes face aux autres, aucun outil n'a été développé hormis
l'éviter, la détourner, ou la fuir en se cachant sous un manteau de
culpabilité. Je
ne fais aucun usage créatif de la culpabilité, qu'il s'agisse de la vôtre
ou de la mienne. La culpabilité est uniquement un moyen supplémentaire
pour éviter d'agir en connaissance de cause, pour gagner du temps face à
la tempête proche, cette tempête qui peut nourrir la terre comme faire
plier les arbres. »

(...)
« Quand nous nous détournons de la colère, nous nous détournons de
perceptions nouvelles, affirmant ainsi que nous n'accepterons que les
schémas déjà établis, des schémas dont la familiarité nous est mortelle et
sécurisante. J'ai essayé d'apprendre l'utilité de ma colère, autant que
ses limites. (...) Ma réponse au racisme est la colère. Cette colère a
ouvert des abîmes dans ma vie uniquement lorsqu'elle restait non-dite,
inutile à quiconque. »

(...)
« Et n'utilisez pas ma colère comme excuse pour rester aveugles, ni pour
vous ôter la responsabilité de vos propres actions.
Lorsque les femmes de Couleur osent exprimer la colère qui se mêle à
trop de nos contacts avec les femmes blanches, on nous dit souvent, je
cite, que nous "créons une atmosphère de désespoir", "empêchant ainsi les
femmes blanches de dépasser leur culpabilité" ; ou je cite encore, que
nous "faisons obstacle à la confiance, à la communication et à l'action".
Toutes ces phrases proviennent directement de lettres que des membres de
cette organisation m'ont adressées depuis ces deux dernières années. Une
femme a écrit, "Parce que vous êtes Noire et Lesbienne, vous avez l'air
de parler avec l'autorité morale de la souffrance". Oui, je suis Noire et
Lesbienne, et ce que vous entendez par ma voix c'est la rage, pas la
souffrance. La colère, pas l'autorité morale. Il y a une différence. »

(...)
« La culpabilité est uniquement une autre façon de faire de nous des
objets. On demande toujours aux peuples opprimés de faire un petit peu
d'efforts, de construire un pont entre la cécité et l'humanité. On
n'attend des femmes Noires qu'elles mettent leur colère exclusivement au
service du salut ou de l'instruction d'autres personnes. Mais cette
époque est révolue. Ma colère signifie la douleur mais aussi la survie ;
et avant que je ne l'abandonne, je veux m'assurer que sur le chemin de
la clarté, il y existe au moins quelque chose d'aussi puissant pour la
remplacer. Quelle femme ici utilise sa propre oppression pour se placer
d'elle-même au rang des justes, et ainsi se protéger des vents glaciaux de
l'autocritique ?
Je suis une lesbienne de Couleur dont les enfants mangent à leur faim
parce que je travaille dans une université. Si leurs ventres pleins me
font oublier mes points communs avec une femme de Couleur dont les
enfants ne mangent pas parce qu'elle ne peut pas trouver de travail, ou
qui n'a pas d'enfant pour cause de stérilisation ou parce que les
avortements clandestins ont abîmé ses organes génitaux ; si je manque de
reconnaître la lesbienne qui choisit de ne pas avoir d'enfant, la
lesbienne qui reste dans le placard parce que sa communauté homophobe
est la seule qui entoure sa vie, la femme qui choisit le silence à toute
autre forme de mort, la femme terrifiée que ma colère déclenche la sienne
; si je manque de reconnaître que toutes ces femmes sont des autres
visages de moi-même, alors je participe non seulement à l'oppression de
chacune d'entre elles, mais encore je participe à ma propre oppression ;
et la colère qui se dresse entre nous, nous devons alors l'utiliser pour
nous éclairer et nous renforcer mutuellement, et non pour fuir sous
couvert de culpabilité, ni pour élargir le fossé. Je ne suis pas libre
tant qu'une femme reste prisonnière, même si ses chaînes sont très
différentes des miennes. Et aussi longtemps qu'une personne de Couleur
restera enchaînée, je ne serai pas libre. Ni aucune d'entre vous. »



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ANNEXE 3

« Il n'y aurait pas eu crime

Le silence sur l'état de violence permanent aux colonies durant la période
coloniale est aussi lié à une situation endogène et au double langage du
discours colonial qui permet aux colons de s'appuyer sur le discours
républicain colonial pour légitimer leurs croyances. Leur oeuvre ne peut
être qu'une oeuvre de paix et de civilisation. Ils sont bons et justes
avec leurs ouvriers, leurs épouses donnent à la fatma, la roumaya
(domestique à Madagascar), les restes de nourriture et des vieux habits
pour ses enfants (il existe même en 1942 une campagne d'affichage sur ce
thème dans toute la France), ils vont à leurs fêtes, leurs enfants
jouent avec les petits Arabes, les petits Indochinois, les petits
Malgaches, leurs enfants ont été nourris du lait des nounous indigènes...
En tout cas, ils sont meilleurs que leurs anciens rois, leurs anciens
chefs... ou leurs futurs despotes. Tout cela prouve bien qu'ils ne sont
pas racistes, qu'ils comprennent et connaissent les indigènes bien mieux
que tous ces intellectuels, ces politiciens de métropole qui s'avisent
régulièrement de
les accuser d'exploiter sans vergogne les populations coloniales. De là,
leur surprise à chaque révolte, et, de là, la violence redoublée avec
laquelle ils répondent à toute forme de révolte.
La violence désordonnée, improvisée des mutineries, les armes dérisoires,
couteaux, pierres, sagaies, gourdins (en face de mitrailleuses),
ajoutent à la stupeur et à la rage des colons. En 1945, après les
massacres de Sétif en Algérie, des petits colons entendus pour la
rédaction du rapport Tubert sur les violences se disent stupéfaits. Ils
''ont reconnu parmi les
assaillants leurs domestiques de ferme dont certains avaient été élevés
par eux depuis leur plus bas âge et qui avaient été parfois employés
depuis trente ans. Aucun musulman n'avait averti les colons d'un danger
possible*''. Les colons se sentent ''trahis''. Dans leurs récits
dominent
l'horreur et l'épouvante, puis la fureur devant les révoltes. Ils sont
dans l'incapacité à créditer l'autre d'une pensée autonome. Il ne peut
être que fourbe et infâme, manipulé par l'islam ou le communisme**, car
bien qu'il ait été ''secouru et comblé de bienfaits'', il trompe, ment
et
tue. C'est sa race, son identité profonde qui resurgit. La répression
des révoltes s'augmente de la peur des colons et de leur colère. Les
récits des humiliations, des tortures, des meurtres commis par les colons,
la police, l'armée, les tirailleurs sénégalais appelés à la rescousse,
sont minorés par le récit des crimes commis par les natifs. L'absence de
compassion envers les populations est remarquable. Les crimes coloniaux
restent en marge des consciences parce que les révoltes n'étant jamais
légitimes aux yeux de la population française, il n'y a pas crime. La
République ne tue pas ses sujets. La Mère Patrie ne massacre pas ses
enfants. En écoutant les ''expats'' qui s'enfuyaient d'Abidjan en 2003,
on entendait en écho les paroles des colons fuyant Madagascar, le Congo,
l'Algérie : ''Que vont-ils faire sans nous ? Déjà, ils se massacrent.
Nous
avons tant fait pour eux.'' ''Eux'', ils n'ont pas de noms, pas de voix.
Ils surgissent des marges, des forêts, de la nuit, ombres sanguinaires. Et
le récit de leurs actes n'est pas sans rappeler le récit premier de la
peur en colonie, le récit des derniers jours de Saint-Domingue***. »

in Nicolas Bancel, Pascal Blanchard, Françoise Vergès, La République
coloniale. Essai sur une utopie, Paris, Albin Michel, 2003, p. 155 sq.

Notes
* En note dans le livre : « Robert ARON, Les Origines de la guerre
d'Algérie, Paris, Fayard, 1962. »
** En note dans le livre : « Un des sommets du genre, au début des
années 1930, reste l'ouvrage de COTY, grand parfumeur et financier des
ligues et groupes d'extrême droite, issu d'une série d'articles publiés
par son journal L'Ami du peuple, Péril rouge en pays noir. »
*** ndlr : évoquant l'île d'Haïti, ancienne colonie sucrière occupée par
la France et qui fut le théâtre d'une insurrection générale des esclaves
en août 1791.


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( fin de la deuxième et dernière partie )
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