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(fr) Quand ils sement la misere, ils recoltent la colere

Date Sun, 13 Nov 2005 12:52:55 +0100 (CET)


Quand ils sement la misere, ils recoltent la colere

Quand un slogan qui fuse de cortèges contestataires du Mouvement social
devient réalité, nous sommes alors en droit de considérer que la
conscience des individus rejoint la conscience collective de la nécessité
de changer de société ! Cette conscience en mouvement transcende toutes
les récriminations qui émanent d?un pouvoir aux abois.


Une situation sociale délabrée...

Les habitants et les habitantes des banlieues françaises, souvent issus de
l?immigration, souffrent du chômage massif et de la précarité. Ils n?ont
cessé de voir leur situation empirer et se sont résignés à subir la vie au
rabais que leur imposent les étatistes et les capitalistes réunis dans un
même élan d?inhumanité... Des dirigeants qui ne leur « offrent » que le
désoeuvrement au pied des immeubles et des contrôles de police stupides et
humiliants. Aussi, personne ne peut réellement s?étonner quand les morts
de Bouna et de Ziad deviennent le révélateur objectif du mépris et des
agressions dont sont victimes les jeunes des quartiers populaires, et qu?à
partir de tels événements se déclenche en cascade des violences d?ampleur
nationale. Nous ne prônons pas la violence pour la violence ! Nous ne
considérons pas, bien évidemment, les incendies de voitures, ni ceux de
bâtiments publics, comme des solutions alternatives au mal vivre des
banlieues... Mais nous ne prônons plus pas, la
résignation ! Qu?exigent ces jeunes sinon plus de justice ? Ils désirent
tout simplement être reconnus et considérés. Quand les gouvernants et les
nantis leur refusent la dignité et l?humanité qu?ils revendiquent, ils ne
peuvent s?étonner, sauf à être de foutus hypocrites, de récolter la haine
qu?eux-mêmes ont semée. Concrètement, les revendications légitimes :
des emplois stables, des salaires décents et des conditions de travail
acceptables, des logements convenables,
la possibilité d?accès aux loisirs, à la culture et aux divers services
sociaux, une école réellement égalitaire et émancipatrice,
la fin du quadrillage policier, incessant et contre-productif, auraient dû
rencontrer au moins de la compréhension, au mieux de la solidarité. C?est
au contraire à l?agressivité et à l?arrogance policières que les
populations des banlieues et des quartiers pauvres se trouvent le plus
souvent confrontées ! Des contrôles systématiques, des violences
policières impunies, voilà le lot quotidien des habitants et habitantes
des ghettos du libéralisme avancé. Aussi, quand Nicolas Sarkozy couvre ses
hommes, quand il emploie une rhétorique guerrière, aux relents coloniaux
et racistes, « racaille », « nettoyage des cités au karcher » etc..., nous
ne pouvons nous étonner que les réponses des jeunes des quartiers se
traduisent par de la violence. Face à l?absence de communication, face au
mépris affiché des dirigeants, il nous parait difficile de considérer
cette violence comme autre chose qu?une révolte légitime, conséquence de
l?exclusion et des dégâts sociaux générés par cette société de
classes. Une société qui s?emploie par-dessus tout à organiser la misère
dans une ère d?abondance.

Violences urbaines et violences sociales...

Aussi il ne faut pas s?étonner de l?explosion sociale qui a embrasé un
nombre important de quartiers populaires. La colère contenue depuis
quelques années est le résultat des politiques sécuritaires mises en place
par les gouvernements successifs (LSQ, LSI, Lois Sarkozy et Perben...),
des discours racistes et de l?entêtement des dirigeants à considérer les
habitants et habitantes des banlieues comme des êtres à la marge ! Les
discriminations à l?embauche, l?absence de perspective de vie sociale et
d?accès à la culture, renvoient la vie des habitants et habitantes de ces
quartiers à rien d?autre que de la survie. Et à cela s?ajoute la politique
belliciste de contrôles, de rafles, et d?exclusions qui frappent
sauvagement tous les sans papiers, adultes et/ou jeunes « scolarisés ». Le
libéralisme, dans une période d?arrogance patronale sans limite, renforce
la politique de démolition sociale engagée depuis quelques décennies. Une
politique qui tend à étouffer toute contestation sociale
et qui laisse sans perspective d?émancipation une population isolée,
reléguée dans les banlieues.

L?Etat propose-t-il la guerre civile ?

Dans un tel contexte, nous ne pouvons déconnecter la violence des
événements récents de la violence sociale subie par les jeunes qui se
révoltent. Le décès d?un habitant frappé à mort nous révolte. L?attaque
d?un bus rempli de voyageurs, entraînant de graves blessures pour une
passagère, une violence parfois aveugle ou irrationnelle, ne peut nous
satisfaire. Pas plus que les violences policières dont sont victimes les
jeunes réprimés, en lien ou non avec les émeutes... Le couvre-feu, l?état
d?urgence et toutes les mobilisations guerrières ne font qu?attiser les
ressentiments des populations concernées.

Chercher l?unité plutôt que la dispersion...

Emeutiers ou victimes des émeutes, ce qui réunit la population des
quartiers c?est la misère sociale qui alimente la violence au sein même
des classes populaires. Et cette misère sociale n?a rien d?un hasard. Elle
est le fruit d?un système, le capitalisme. Elle s?appuie sur l?Etat dont
l?objectif est d?empêcher toute révolte en divisant la population sur des
critères de nationalité, de couleur de peau, entre « bons » et « mauvais »
citoyens. Quand les pauvres s?entre-déchirent, les riches et le pouvoir
dorment tranquilles !

Dénonçons :
. le racisme institutionnel...
? les violences policières, l?arbitraire et l?impunité des agents de
l?Etat...
? l?état d?urgence qui s?attaque encore un peu plus aux libertés, en
ressuscitant une loi d?exception liée à la guerre d?Algérie, dans une
continuité postcoloniale pleine de signification.

Exprimons :
? notre solidarité aux victimes de la répression, qu?elles soient ou non
émeutières comme aux victimes touchées par une émeute dont l?Etat et le
capitalisme sont les responsables...
? notre rejet de toutes les tentatives de division au sein des quartiers,
d?où qu?elles viennent...
? notre refus des amalgames entre ceux qui se révoltent et ceux qui
tentent de les récupérer (mafieux ou religieux). C?est à ces conditions
que les perspectives émancipatrices pourront prendre le pas sur les replis
communautaires, les replis nationalistes, afin de s?engager résolument
dans des bouleversements en profondeur de cette société d?exclusion,
inégalitaire, inhumaine.

Coordination des Groupes Anarchistes

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