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(fr) Position de la liaison 93 de la CGA sur la situation dans les banlieues et l'etat d'urgence

Date Thu, 10 Nov 2005 11:07:35 +0100 (CET)


Qui sème la misère et le désespérance, récolte la colère et la violence

La mort de Banou et de Ziad a été un révélateur supplémentaire du mépris
dont sont victimes les jeunes des quartiers populaires. D'emblée, Nicolas
Sarkozy a avant tout cherché à couvrir ses hommes, en prétendant de
manière mensongère que le contrôle d'identité de ceux-ci était lié à un
cambriolage, alors qu'ils jouaient au football dans un terrain vague.
Ensuite en affirmant que les jeunes n'étaient pas poursuivis, alors que le
troisième d'entre eux, rescapé, nie maintenant avoir dit qu'il ne
l'avaient pas été, et affirme que la fuite était lié à une course
poursuite. Qui pense que des jeunes escaladent un mur de 4 mètres pour
aller dans une zone réputée dangereuse sans avoir une peur panique de la
police ? Qui peut penser que cette peur panique vient de nulle part, alors
mêmes que les jeunes n'avaient aucun antécédent judiciaire ?

L'agressivité et l'arrogance policière est en cause : les contrôles
répétés au faciès, par les mêmes policiers, souvent plusieurs fois par
jours, les violences policières impunies, tout ceci explique cela.

Nouveau mépris quant la Police gaze les personnes réunies dans une mosquée
en pleine prière, et que Sarkozy tente d'abord d'insinuer que le jet n'a
pas été d'origine policière avant de le reconnaitre, sans pour autant
s'excuser.

Mépris enfin avec une rhétorique guerrière aux relents coloniaux, lors de
ses visites, où l'usage du terme " racaille " renvoit tout autant à la "
canaille ", aux classes dangereuses du siècle dernier, qu'à un mépris pour
les jeunes issus de l'immigration coloniale et post-coloniale.

Violences urbaines- violences sociales

Faut il alors s'étonner de l'explosion sociale qui s'en est suivie, et qui
a embrasé un nombre important de quartiers populaires ? La colère était
sourde depuis quelques années, et la politique sécuritaire, les discours
aux relents racistes, n'y ont rien arrangé. Le capitalisme, dans une
période où l'arrogance patronale est sans limite, a poursuivit sa logique
de démolition sociale. A la clé, l'envers du profit, la violence
économique et sociale, celle dont on parle rarement ou avec détachement
dans les médias : chômage de masse, misère, précarité. L'humiliation des
boulots sous payés, de la discrimination à l'embauche, l'absence de
perspective de vie et d'accès à la culture, à tout ce qui peut faire que
la vie soit autre chose que de la survie, une politique raciste de rafles
qui touchent les sans papiers.

Sur ce terreau se développe tout autant les logiques de survie de type
mafieux que des mouvements réactionnaires, nationalistes ou religieux.
Avec son cortège de violences, qui sont autant d'aubaines pour le pouvoir
afin dévier la colère sociale en montant une partie de la population
contre une autre.

Car à cette violence économique s'ajoute une violence d'Etat : celle d'une
politique répressive et de son cortège de violences policières impunies,
d'humiliation, de racisme, de contrôle répétés et infantilisant, au
faciès.

Celle d'une politique qui en étouffant toute contestation sociale laisse
sans perspective d'émancipation une population isolée et enfermé dans
l'univers clot des quartiers de relégation.

Les émeutiers expriment par la violence cette révolte issue d'une
situation liée à la société de classe, qui organise la misère dans une
société d'abondance. Ils s'en prennent à leur environnement immédiat, dans
une violence parfois autodéstructrice. Les attaques d'écoles, si elles
vont encore plus aggraver les conditions de vie des habitants des
quartiers, en disent long sur la perception d'une institution, qui évoque
plus à certains jeunes de quartier la reproduction sociale, et une
antichambre du chômage, que des outils d'émancipation. Car malgré la
volonté de nombre de professionnels de l'éducation, l'école est le mirroir
de la société, un mirroir qui plus est ébréché par des années de
restriction budgétaire, avec des conditions d'accueil et d'étude souvent
indécentes.

Les attaques de véhicules personnels en disent également long sur les
frustrations créées par une société qui exalte les valeurs consuméristes
tout en privant une large part de la population.

La ligne de partage existe, dans les quartiers populaires, entre celles et
ceux qui ont encore un travail et celles et ceux qui n'en ont pas, entre
celles et ceux qui espèrent et celles et ceux qui n'espèrent plus en
avoir, entre celles et ceux qui ont encore la tête hors de l'eau et celles
et ceux qui n'ont plus rien à perdre, et qui s'en prennent à leur
environnement dans une logique du tout ou rien.

L'Etat veut la guerre civile

On peut regretter cette situation qui fait du reste des habitants des
quartiers populaires, déjà touchés de plein fouet par la précarité et la
misère, les victimes directes de l'explosion actuelle alors que les
dirigeants dorment bien au chaud. Mais on ne peut pas la déconnecter de la
réalité de la violence sociale. Le décès d'un habitant frappé à mort, s'il
n'est pas lié de manière certaine aux évênements, nous révolte. La
violence économique engendre la violence, parfois aveugle ou
irrationnelle, qui touche d'autres habitants des quartiers.

Les violences dont sont victimes les jeunes réprimés, en lien ou non avec
les émeutes, nous révoltent aussi. La liste est longue de procès
arbitraires, baclés, et de violences policières, dont de nombreuses vidéos
témoignent.

On ne peut pas déconnecter non plus la situation actuelle du manque de
présence des organisations révolutionnaires, ou plus largement des
organisations de lutte dans les banlieues, de l'absence de perspective à
court terme, de luttes qui pourrait prendre un caractère de masse et
transformer radicalement la société. On ne peut pas la déconnecter enfin
de l'indifférence d'une large part de la population devant les
humiliations et les violences dont ont été victimes les adolescents des
quartiers populaires ces dernières années, ainsi que devant plus de 200
morts liés à la police depuis 1981.

Chercher l'unité plutôt que l'atomisation

Emeutiers ou victimes des émeutes, ce qui réunit la population des
quartiers c'est la misère sociale qui alimente la violence au sein même
des classes populaires. Et cette misère sociale n'a rien d'un hasard. Elle
est le fruit d'un système, le capitalisme. Elle s'appuie sur l'Etat dont
l'objectif est d'empêcher toute révolte en divisant la population sur des
critères de nationalité, de couleur de peau, entre " bon " et " mauvais "
citoyen. Quand les pauvres s'entre-dévorent, les riches et le pouvoir
dorment tranquilles, l'histoire nous en apporte de nombreux exemples. Il
est plus qu'urgent de créer de l'unité là où il y en a de moins en moins,
là où le pouvoir veut la guerre civile :

· En dénonçant le racisme institutionnel et le négationisme post-colonial.

· En dénonçant les violences policières, l'arbitraire et l'impunité des
agents de l'Etat.

· Et pour les organisations syndicales et sociales, en prenant leur
responsabilité en tant qu'outils d'émancipation : offrir des perspectives
claires aux jeunes révoltés des quartiers, actuellement émeutiers, comme
aux habitants qui ne participent pas à l'émeute ou en sont victimes, en
développant des luttes émancipatrices, une rupture radicale avec cette
société de démolition sociale. Ceci implique une action volontaire qui
rompe avec l'abandon du terrain face à l'arrogance étatique et
capitaliste.

· En refusant l'Etat d'urgence qui attaque encore un peu plus les libertés
en resuscitant une loi d'exception liée à la guerre d'Algérie dans une
continuité coloniale-postcoloniale pleine de signification.

· En rencontrant les jeunes révoltés pour construire avec eux les éléments
qui permettront de passer d'une révolte isolée -et qui dans certains actes
se retournent contre les voisins et eux-mêmes-, à une lutte commune dans
des perspectives d'émancipation sociale.

· En exprimant notre solidarité aux victimes de la répression, qu'elles
soient ou non émeutières comme aux victimes touchées par une émeute dont
l'Etat et le capitalisme sont les responsables.

· En combattant les processus de division au sein des quartiers, d'où
qu'ils viennent.

· En refusant les amalgames entre les révoltés et les tentatives de
détournement ou de récupération mafieuse ou religieuse dont ils peuvent
faire l'objet.

C'est à ces conditions, et par un combat permanent pour l'égalité
économique et sociale, que les perspectives émancipatrices pourront
prendre le pas sur le développement des nationalismes, et sur les logiques
de guerre civiles.

Liaison Seine Saint Denis. Coordination des groupes anarchistes

(expéditeur/expéditrice<liaison93@c-g-a.org>)

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