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(fr) Une semaine de revolte contre l'injustice sociale

Date Mon, 7 Nov 2005 10:36:57 +0100 (CET)


En une semaine, les émeutes initiées à Clichy-sous-Bois par la mort de
Ziad et Banou se sont propagées à d?autres villes de banlieue parisienne
puis finalement à tout l?hexagone. C?est le résultat inévitable d'au moins
cinq années de sarko-show, huit années de durcissement sécuritaire et plus
de trente années de dégradation sociale.

Ziad et Banou sont morts électrocutés dans un transformateur EDF, un
troisième mineur est dans un état grave. Ils se croyaient poursuivis par
la police. Saura-t-on un jour s?ils l?étaient effectivement, et si les
policiers sont coupables de non-assistance à personnes à danger ?

Quelles que soient les circonstances exactes de la mort de ces deux
adolescents, elle aura été l?étincelle. La jeunesse des banlieues est
saturée de ranc?ur contre un État qui, depuis des années, ne lui apparaît
plus que dans son essence policière, judiciaire, et de plus en plus
pénitentiaire.

Dans les quartiers populaires, les habitant(e)s vivent constamment dans la
peur, pour eux ou leurs enfants, des contrôles d'identité humiliants, au
faciès, des arrestations arbitraires, des passages à tabac impunis, et des
inculpations pour « outrage et rébellion » frauduleuses afin de satisfaire
à la « politique du chiffre ». Les rapports officiels récents eux-mêmes
insistent sur cet accroissement du non-respect de la loi par ses
principaux dépositaires.

Et que dire des provocations du ministre de l?Intérieur, mais surtout du
mépris d?une politique qui, considérant les cités comme des territoires à
reconquérir, s?apparente de plus en plus à une pratique coloniale et
militaire du « maintien de l?ordre » ?

Alors oui, on regrette que cette violence - répondant à celle illégitime
du pouvoir - s'exprime le plus souvent et paradoxalement contre celles et
ceux qui, dans les quartiers de relégation, subissent déjà la violence
étatique et patronale. Brûler des voitures, des écoles ou des bus nuit à
la légitimité de cette révolte spontanée dont le sens est pourtant
confusément compris par la population.
Et en même temps il nous faut rappeler la réponse de l'État lorsque ces
jeunes et leurs familles choisissent d'autres voies, comme celles des
plaintes contre la police qui ne conduisent qu?exceptionnellement à des
condamnations (rappelons-nous la démarche de l?association Bouge qui bouge
à Dammarie-les-Lys (1)) ou comme celles, basées sur la démarche collective
solidaire, de la marche des beurs des années 1980 cassée volontairement
par le pouvoir socialiste de l'époque avec la récupération par SOS
Racisme.

La révolte contre l'injustice, le sens d'une certaine solidarité de masse,
et les éléments de réflexion politique d'une majorité de jeunes sont des
valeurs que nous défendons. En cela nous sommes dans une compréhension
solidaire de l'état de nécessité et des motivations de l?action directe
qui animent actuellement les quartiers populaires.

Cette semaine d?émeutes exprime le désespoir de la frange la plus
marginalisée d'une génération en manque de perspectives.
Elle est pourtant à mettre en lien avec la stratégie de la tension du
gouvernement et l?actuelle répression des mouvements sociaux (transports,
Poste, mouvement des lycéen-nes, faucheurs d?OGM ?). Ces luttes témoignent
de la même insécurité sociale.

Nous n?irons pas réclamer un retour à la « police de proximité » ou la
construction de gymnases pour que la jeunesse se défoule en silence.
Croit-on sérieusement résoudre ainsi la détresse sociale due à la
violence politique et sociale du pouvoir ?
Nous n?irons pas même réclamer la démission du ministre de l?Intérieur,
évoquée par une partie de la gauche. Cette question est subalterne,
misérablement politicienne, et scandaleuse quand on se souvient que la
gauche plurielle a elle-même institué les politiques sécuritaires et ne
dévie pas encore aujourd'hui du modèle libéral-sécuritaire dominant (2).

Sans redistribution du travail et des richesses, et si la régression
sociale, les inégalités, le racisme et l?exclusion continuent de perdurer,
de tels accès de rage sont appelés à se reproduire.
Aucune « prévention », aucune récupération religieuse, aucune répression
n?y pourra rien. Seules la justice et l?égalité économique et sociale
constituent une réponse.


Secrétariat fédéral d?Alternative libertaire,
5 novembre 2005

(1) Alternative libertaire n°110, septembre 2005 : « Dammarie-les-Lys,
Cité en deuil, cité en résistance » (sur www.alternativelibertaire.org)
(2) Séance du 16 juillet 2002 à l?Assemblée nationale, adresse du député
Julien Dray au ministre de l?Intérieur, qui présente alors un arsenal de
lois répressives : « La société [?] ne peut trouver d?autre solution que
la répression [...]. Pour le bien-être de notre pays, je ne peux que
souhaiter votre succès. [...] Votre texte présente une certaine continuité
avec le plan stratégique préparé par le précédent gouvernement. » Texte
intégral sur www.lmsi.net.


Alternative libertaire
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