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(fr) Reponse anarchiste a Khaled Satour par Les Batards apatrides

Date Mon, 30 May 2005 17:37:49 +0200 (CEST)


Orphée est mort ! Vive Spartacus !

On avait un doute. Cette fois, c'est évident : les anarchistes veulent «
interdire Babylone aux contestataires hétérodoxes et Jérusalem aux âmes
hérétiques » ! La Fédération Anarchiste, poste avancé du « dogme
républicain » et de la « démocratie bourgeoise », véhicule maquillé du «
discours dominant » et de la rhétorique nationale, serait enfin démasquée
!

Il y aurait là matière à rire si ces amalgames grossiers ne procédaient
d'une méconnaissance crasse de la pratique et de la pensée libertaires, de
la part d'acteurs de l'Appel des Indigènes qui, s'ils sont a priori aussi
dignes de respect que n'importe qui, n'en sont pas pour autant exempts
d'une vigilance critique à l'égard de leurs propos.

Ainsi, Khaled Satour, dans un article intitulé « La laïcité, la cité
céleste et la gauche révolutionnaire » publié le 20 mai 2005 sur le site
touteségaux attribue à la FA toutes sortes de perversions politiques
qu'elle partagerait avec « la gauche ». Il s'agit d'emblée de redire ici
que les anarchistes se contrefichent du devenir historique de ladite
'gôche' et de ceux qui s'éprendraient encore secrètement de sa
recomposition de cadavre avancé.

L'auteur reproche à la FA « l'équation établie […] entre les peuples
colonisés et les peuples des pays colonisateurs dans leur rapport à
l'oppression coloniale », ajoutant que, selon cette logique, « le racisme
et l'exclusion ne seraient pas plus dommageables à leurs victimes directes
qu'à l'ensemble du peuple français ».

Les anarchistes n'ont que faire d'identifications nationales, identitaires
et religieuses dans leur pratique politique. Loin de minimiser le
caractère objectif de discriminations réelles, ils sont toutefois enclins
à considérer que les formes de séparation entre les peuples, de même qu'à
l'intérieur de chacun d'eux, sont autant d'armes entre les mains des
exploiteurs de tous poils.

L'internationalisme est pour les libertaires un moyen de lutte contre la
domination capitaliste et ses corollaires (fascisme, racisme, sexisme,
obscurantismes bigots et boutiquiers…). Il signale aussi un rapport au
monde - pas une posture opportuniste - d'autant plus libre qu'il ne
s'embarrasse pas de ces contritions patriarcales, ethniques et
culturalistes qui alimentent le terrain de la guerre économique.

On ne peut en effet concevoir qu'il y ait une communauté (la seule qui
vaille) entre « peuples colonisés » et « peuples de pays colonisateurs »
si l'on évacue mécaniquement du rapport des forces en jeu dans le
processus postcolonial ce qui nous semble déterminer fondamentalement la
contradiction de son mouvement historique : l'hégémonie normative de la
marchandise et sa critique radicale. A moins que Khaled Satour pense qu'il
puisse exister un peuple essentiellement oppresseur et raciste, sans marge
de résistance interne, sans « trahison » disait Francis Jeanson ;
représentation au demeurant totalitaire, ressourcée à quelques paradigmes
racialistes où la reconversion épistémologique des 'bourdieuseries' sur
l'hérédité sociologique fonctionne sur le mode de l'injonction génétique.

Ce sont bien des libertaires qui, en France, dès l'hiver 1954-1955, ont
milité en faveur de l'insurrection algérienne, par ailleurs lucides quant
à la formation possible d'une future bureaucratie militaire sur laquelle
la perspective d'une révolution sociale authentiquement autogestionnaire
pouvait encore primer.

Au-delà du mouvement libertaire lui-même, ce sont bien les Henri Curiel,
Fawzy Rossano et autres jeunes juifs révolutionnaires égyptiens - bannis
par Nasser, haïs par les Frères Musulmans - qui ont activement soutenu la
lutte pour l'Indépendance algérienne.

Sans compter ce qu'il est convenu d'appeler les « porteurs de valises »
mais aussi les insoumis, les déserteurs, les ralliés à la lutte armée de
libération (Maillot, Laban…), les torturés (Alleg…) , les exécutés
(Audin…), les guillotinés (F. Yveton…) ; tous ceux de ces « petits blancs
» - comme on dit chez les « indigènes » de l'Appel - qui n'ont pas attendu
le 17 octobre 1961 ou les morts de Charonne pour partager le sort du
peuple algérien en lutte.

Cette « équation » qui semble tant insupporter l'auteur trouve une de ses
illustrations historiques dans la magistrale et mémorable évasion de la
prison des femmes de la Petite Roquette en 1960 à Paris, où camarades
françaises, algériennes, égyptiennes / chrétiennes, athées, musulmanes ou
juives, franchirent ensemble de nuit le même mur (La Porte verte, Hélène
Cuénat).

Des « équations » ? Il en est de plus amères. Des 'enfumades' de Bugeaud à
l'épuration massive dans l'Algérie indépendante de l'été 62 ; des
'crevettes' Bigeard à l'élimination des jeunes étudiants communistes
d'Alger à leur arrivée dans les maquis ruraux de l'ALN - sans parler de
l'abandon volontaire du « maquis rouge » de l'Ouarsenis ; de l'exécution
par l'OAS de l'écrivain et travailleur social Mouloud Feraoun à celle du
militant politique parmi les plus éclairés de sa génération, Abane
Ramdane, abattu par ceux qui n'étaient déjà plus ses « frères »…

Certes, il n'y a pas de peuple pur.

Un autre des griefs tordants que l'auteur émet à l'encontre de la FA est
ainsi formulé : « ce qu'elle(s) reproche(nt) à l'Appel, c'est bien le fait
qu'il s'en prenne à la république des âmes, à ce dogme de la nouvelle cité
de Dieu dans laquelle le citoyen-pur-esprit doit se dépouiller de toute
substance sociale. » [sic !]

Outre le fait que les anarchistes - que la FA ne représente pas à elle
seule d'ailleurs - n'ont que mépris pour les concepts ici agglutinés, le
mysticisme hilarant d'une prétendue « substance » des rapports sociaux dit
assez l'ampleur d'une névrose intellectuelle différant sans cesse la prise
en charge de leur matérialité contradictoire, au contact de laquelle ne
peut tenir aucun manichéisme, qu'il soit épidermique, originaire ou
mémoriel. La pratique du renversement pseudo-dialectique est une modalité
de cet évitement. Elle construit l'énoncé « indigène » sur un change : on
se défend de confessionnaliser le social, on sociologise le « culturel » -
et l'on s'arrache des mains, aux prises avec ces vielles baudruches de
nationaux-républicains, le seul support projectif spectaculairement
construit sur lequel les foules solitaires de la survie puissent
cristalliser leur oubli de soi : le voile.

Et de boucler le syllogisme : 1/ Le voile est frappé d'invisibilisation.
2/ Le voile est un des « habitus » du monde ouvrier (entendre « immigré »,
selon l'invention sayadienne de l'identité comme monopole de classe). 3/
Donc : ceux qui inscrivent le combat anti-autoritaire en dehors de la
promotion fétichiste du voile sont des colonialistes refoulés (et d'une !)
doublés de traîtres à la classe ouvrière (et de deux ! !). CQFD

La fameuse « existence double, céleste et terrestre » de la société
bourgeoise évoquée par l'auteur (qui connaît son Marx) trouve bien son
reflet dans la conscience clivée d'un indigénisme - on est toutefois très
loin d'un René Depestre ! - pour lequel la « protestation sociale », de
l'aveu même de K. Satour, tient lieu de « complexe » - hôtelier,
industriel, oedipien, on ne sait pas vraiment…

Orphée est mort ! Vive Spartacus !

Les Bâtards Apatrides, le 27 mai 2005

[ expéditeur/expéditrice <hallaj(a)hotmail.fr> ]


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