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(fr) Moronvilliers : essais secrets ?

Date Sat, 28 May 2005 20:48:27 +0200 (CEST)


"Officiellement sur la base militaire de Moronvilliers, commune de
Pontfaverger (51), le CEA, Commissariat à l'Energie Atomique, ne fait,
selon les informations données aux élus, que des "opérations optiques",
destinées à l'amélioration mécanique de notre force de frappe. Le système
dit Airix (Accélérateur à induction radiographique pour
l'imagerie X), fort coûteux, semble servir à d'autres fins.
Stop-Essais affirme ainsi qu'en novembre dernier une explosion à fait
sauter le couvercle d'une cuve d'expérimentation soi-disant étanche,
provoquant un début de panique chez les militaires. Stop-Essais estime
qu'il pourrait y avoir usage de matières fissiles lors de ces essais
normalement sans charges nucléaires."

Après la lecture de cette info dans Silence, nous avons voulu en savoir
plus sur ce qui se passe à Moronvilliers. Nous nous sommes rendus sur
Internet pour effectuer des recherches et consulté nos archives.
Première surprise : on tombe sur un Arrêté du 20 juin 2003 portant
création dune zone interdite temporaire au-dessus du site industriel de
Moronvilliers paru au J.O n° 192 du 21 août 2003. Dans l'annexe, on peut
lire : "Pour les besoins liés à la mission de sûreté aérienne, il est
créé une zone interdite temporaire (zone P). Elle est située au-dessus du
site industriel de Moronvilliers (Marne). Limites latérales : Cercle de 5
kilomètres de rayon, centré sur le point 49° 14 00 N - 004° 19 00
E. Limites verticales : De la surface à 4 100 pieds par rapport au niveau
moyen de la mer (1 000 mètres sol). Nature de la zone : Zone interdite
temporaire à lintérieur de laquelle ne peuvent évoluer que : les
aéronefs de la défense, de la gendarmerie, des services de police, des
douanes, de la santé, de la sécurité civile et de surveillance lorsque
leur mission ne permet pas un contournement de cette zone ; les aéronefs
IFR ayant reçu une clairance dun organisme ATS ; les aéronefs ayant
obtenu une autorisation avec un préavis de 48 heures. Dates et heures
dactivation (UTC) : A partir du 30 juin 2003 à 00 heure jusqu'à une date
qui sera communiquée aux usagers aériens par la voie de l'information
aéronautique."
Donc, si les avions sont interdits de survol de cette zone, on peut en
déduire qu'il se passe des choses pas claires, d'autant plus que chaque
année, seuls quatre-vingts invités sont autorisés à percer le mystère du
«polygone d'expérimentation» de Moronvilliers. Des hommes armés en
gardent l'entrée. Des gendarmes de la brigade voisine de Pontfaverger
sont chargés d'empêcher tout accès au site.

IL N'Y A QUE DEUX GENERATEURS DE RAYONS X "SURPUISSANTS" DANS LE MONDE.
L'UN A LOS ALAMOS AUX ETATS-UNIS ET L'AUTRE A MORONVILLIERS.

En juin 1957, le polygone d'expérimentation de Moronvilliers (PEM), situé
sur un terrain militaire de 500 ha, est rattaché au Centre
d'Etudes de Vaujours de la Direction des applications militaires (Dam) du
CEA (Commissariat à l'Energie Atomique). C'est à Moronvilliers que le
premier essai non-nucléaire pour le programme de la bombe atomique a été
effectué en 1958. "Nous aurions pu penser que les expériences réalisées
en France ne concernaient que les explosifs chimiques qui sont associés
aux têtes nucléaires. En fait, des matières nucléaires sont également le
sujet dexpériences de détonique : il s'agit, pour les techniciens de la
bombe danalyser comment les matériaux contenus dans les armes
nucléaires, notamment métalliques (uranium, béryllium), réagissent lors
dune explosion. Pas de "champignon nucléaire", donc, sur le territoire
national mais dispersion de matières nucléaires à l'occasion des
activités "explosives" du Centre de Vaujours-Moronvilliers. Ce sont les
"essais froids", comme les désignent les techniciens français de la
bombe. [.] A Moronvilliers, on a effectué des tirs d'explosifs à
l'uranium à l'air libre, et, semble-t-il, en cuves. [.] Bien évidemment,
les résultats des contrôles et analyses ne sont pas dans le domaine
public.", écrivaient Mary Davis & Bruno Barrillot dans un article "Les
pollutions explosives de la DAM à Moronvilliers", paru dans Damoclès n°
60, 1er trimestre 1994.
En 2000, 110 m3 de déchets, "faiblement contaminés en uranium appauvri,
issus principalement des essais" (400 MBq) et 350 m3 de "déchets TFA
issus dune action de réhabilitation" (1,9 GBq) étaient entreposés sur le
site [Rapport Andra 2000, p. 274].
Après l'arrêt des essais nucléaires en 1996, le gouvernement a annoncé la
prochaine fermeture du Centre de Vaujours qui a été effective le 31
décembre 1997. Le site de Moronvilliers est alors rattaché au Centre
Dam-Ile de France de la Direction des applications militaires (Dam) du
CEA. Le Centre Dam-Ile de France, à Bruyères le Châtel au sud de Paris,
était connu autrefois sous le nom du Centre d'Etudes de Bruyères le
Châtel ou B-III. Les informations sur les activités du centre de
Moronvilliers ne sont pas décrites avec précision par le CEA, mais on
sait que, parfois, on testait les explosifs chimiques d'une tête
nucléaire sur des répliques d'éléments en matières proches des matières
nucléaires utilisées dans la bombe réelle, notamment de l'uranium
appauvri. Pour bien analyser ces réactions, on utilisait des machines
spécifiques permettant de radiographier les explosions. La machine Airix,
mise en service fin 1999, n'est qu'une modernisation ou un développement
des machines utilisées précédemment, telle le GREC
(Générateur de radiographie éclair) qui a fonctionné de 1976 à 1999.
Selon sa description technique, Airix est en fait un accélérateur
linéaire d'électrons d'énergie 4 MeV produits par une diode pulsée. Ils
sont accélérés jusqu'à 20 MeV grâce à huit blocs de quatre cellules
accélératrices à induction, puis focalisés sur une cible de matériau
lourd. "Lors des tirs froids, les matériaux nucléaires sont remplacés par
des matériaux inertes aux comportements mécanique et thermique très
similaires : la mise à feu provoque leur densification en quelques
millionièmes de seconde. Airix va permettre de maîtriser et de
caractériser ces phénomènes (image de la compression de la matière,
répartition de la densité, etc.,) en les radiographiant avec une grande
finesse spatiale et temporelle&"
La première explosion examinée par Airix a été réalisée le 2 décembre
1999 et son inauguration officielle, par le ministre de la défense, s'est
déroulée le 28 septembre 2000. Airix est installé dans un bâtiment
bétonné de 74 mètres de longueur. Des développements ultérieurs sont
prévus : un deuxième axe de visée devait être lancé en 2005, mais ce
projet a été retardé de 3 ans pour démarrer à partir de 2008 et une mise
en service en 2011. Le coût d'Airix est estimé à 2,3 milliards d'euros.
Avec Moronvilliers, le CEA investit tous les ans 5,5 millions d'euros en
Champagne-Ardenne, en plus des 3 millions d'euros que représente la masse
salariale.

Sources
Stop-Essais - 114, rue de Vaugirard 75006 Paris - 01-69-07-78-37 ;
L'Union du 19 juillet 2003 ; Damoclès n° 60, 1er trimestre 1994 ;
www.obsarm.org ; www.francenuc.org ; www-dam.cea.fr ; Journal Officiel n°
192 du 21 août 2003

Extrait de Le Chat Noir n° 4, nouvelle série, supplément Champ'ardennais
à Courant alternatif

http://journal-lechatnoir.monsite.voila..fr


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