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(fr) La laicite, la cite celeste et la gauche revolutionnaire

Date Sat, 28 May 2005 20:33:19 +0200 (CEST)


La gauche, y compris les organisations se revendiquant
de la révolution, fait chorus aux récriminations
suscitées par l’appel des « indigènes de la République
». Dernière en date, la Fédération anarchiste, dans un
texte publié le 4 mai, estime que l’appel «
marginalise et enferme encore plus les populations
concernées », reprenant l’idée qu’ « il ethnicise les
problèmes sociaux » et « divise selon les origines ».
Ce faisant, après Lutte ouvrière et une partie de la
LCR, la Fédération anarchiste confirme que les
organisations de gauche ne se démarquent du discours
dominant que par la rhétorique. Sur le fond, elles
assènent les mêmes poncifs. Puisant dans le dogme
républicain, elles invoquent le « règlement intérieur
» de la démocratie bourgeoise tel que Marx l’avait
interprété il y a un siècle et demi : entre la
communauté politique et la société civile, l’homme
mène « une existence double, céleste et terrestre ».
Ainsi, dans la société, elles veulent imposer les
cadres traditionnels dans lesquels doivent s’inscrire
les luttes (et se délimitent les chasses gardées). Peu
importe que les modalités de la domination évoluent,
peu importe par exemple que l’appel des indigènes se
veuille la riposte à des formes spécifiques
d’exclusion et s’appuie sur une commune qualité pour
agir (avec la participation des secteurs de la société
qui se reconnaissent dans son analyse). Dès lors qu’il
sort des luttes menées « ensemble » sous tutelle et à
l’aide d’une thématique expurgée et avalisée, il
relève du « communautarisme ». On retrouve le vieux
paternalisme de jadis. L’équation établie par la
Fédération anarchiste entre les peuples colonisés et
les peuples des pays colonisateurs dans leurs rapports
à l’oppression coloniale est à cet égard significative
: c’était la position exprimée il y a 60 ans par le
PCF à propos de la question algérienne et
impitoyablement désavouée par les faits empiriques. A
peine actualisée pour la circonstance, elle semble
bien soutenir que le racisme et l’exclusion ne
seraient pas plus dommageables à leurs victimes
directes qu’à l’ensemble du peuple français. De même,
s’agissant de la citoyenneté, ces organisations se
revendiquent d’une laïcité dite de combat, se
préoccupant en principe prioritairement de désarmer
les hégémonies religieuses et idéologiques par la mise
en œuvre du principe concret de la séparation. Mais ce
qu’elles reprochent à l’appel c’est bien le fait qu’il
s’en prenne à la république des âmes, à ce dogme de la
nouvelle cité de Dieu dans laquelle le
citoyen-pur-esprit doit se dépouiller de toute
substance sociale (la thèse de l’école sanctuarisée,
novation forgée pour justifier l’interdiction du
voile, en rend compte avec exactitude). Et ce qui
n’est pas pardonné à l’appel des indigènes, c’est son
opposition à la loi sur le voile de mars 2004.
Pourtant, en imposant brutalement la norme
prétendument universelle à une catégorie de la
population dont les habitus, essentiellement associés
collectivement au monde ouvrier et immigré, sont
agressés sans ménagement et sans autre justification
qu’une raison déboussolée par la paranoïa, cette loi a
pour effet de rétrécir les chemins menant à la
citoyenneté, contredisant la mythologie officielle de
la République accueillante et solidaire. Elle violente
ainsi une conscience subjective déjà soumise à rude
épreuve par la discrimination et l’exclusion. Il ne
suffit pas d’invoquer les délires relatifs au complot
intégriste pour faire disparaître cette réalité : le
port du voile, envisagé de toutes les façons
possibles, est d’abord, irréductiblement, un
comportement sociologique. La gauche révolutionnaire
craint-elle à ce point l’irruption de la réalité
sociale dans les nimbes de l’espace public ? Dans
cette affaire de la loi sur les signes religieux, il
est significatif que ces organisations de gauche
n’aient pas rétabli le débat dans ses termes
appropriés : la question à discuter n’était pas tant
de savoir si on est pour ou contre le voile, mais de
se déterminer pour ou contre une loi trahissant si
abruptement le caractère répressif de l’Etat. Et
l’attitude anti-autoritaire conséquente de gauche
aurait dû consister à s’opposer à la loi, quitte à se
prononcer, par conviction, contre le voile Car si,
dans certains cas, le port du voile signale la
domination de la jeune fille au sein de sa famille,
est-ce la vocation de la gauche révolutionnaire de
cautionner, dans la personne des lycéennes exclues au
mépris de l’obligation d’instruction, le cumul des
dominations ? Reste le problème du positionnement par
rapport à la religion. Si légitime que soit le credo
athée, réaffirmé ici et là d’une manière compulsive,
il sert un peu trop opportunément la stratégie qui
tend à substituer aux thèses raciales de
l’extrême-droite la mise en cause de l’islam.
Celle-ci, plus honorable en apparence, et ciblant, au
choix, l’obscurantisme, l’oppression religieuse ou
l’opium des peuples, a permis de fédérer, dans la
bonne conscience républicaine de tous, un champ
politique étendu. Elle autorise même à dénoncer de
plus belle le racisme et Le Pen. Ainsi anoblies, ses
thèses n’en visent pas moins la même cible et le FN ne
le sait que trop bien qui a vu son monopole
péricliter. Quelle que soit la conviction personnelle
que l’on peut avoir à propos des religions, quelles
que soient les préventions que l’on peut concevoir à
leur égard, on ne peut accepter que l’une d’entre
elles exclusivement et ses adeptes déchaînent
aujourd’hui un tel rejet passionnel, dans la coalition
d’un si grand nombre de tendances de la société civile
et de la classe politique. Tout cela nous porte à
considérer que l’appel des indigènes de la République,
y compris dans son positionnement sur le voile, doit
être soutenu en tant qu’initiative s’insérant
légitimement dans le complexe des protestations
sociales. Au besoin contre certaines organisations de
la gauche révolutionnaire, nouveaux gardiens affectés
aux deux étages de la cité bourgeoise et chargés, aux
côtés des libéraux et des sociaux-libéraux,
d’interdire Babylone aux contestataires hétérodoxes et
Jérusalem aux âmes hérétiques.

Publié le 20 mai 2005 par Khaled Satour.

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