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(fr) [cspcl_l] Paramilitaires - Mexique. La politique génocidaire

From cspcl_l@samizdat.net
Date Tue, 15 Mar 2005 10:02:25 +0100 (CET)


dans
le conflit armé au Chiapas.
Sender: worker-a-infos-fr@ainfos.ca
Precedence: list
Reply-To: a-infos-fr

_________________________________________________
A G E N C E D E P R E S S E A - I N F O S
http://www.ainfos.ca/
http://ainfos.ca/index24.html
_________________________________________________

Reconstitution des faits, preuves, délits ; témoignages.
Il y a 7 ans le massacre de 49 indigènes tsotsiles du village
d’Acteal était perpétré par des paramilitaires au Chiapas (cf.
Dial 2195 et 2268).
Cet événement d’une particulière sauvagerie eut un énorme
retentissement.
Malgré les pressions considérables d’organismes défenseurs des
droits humains, la justice n’a toujours pas fait son travail de
façon satisfaisante. Aujourd’hui, le Chiapas est toujours
militarisé et la présence des groupes paramilitaires est
toujours effective. Le Centre des droits humains Fray Bartolomé
de Las Casas, domicilié à San Cristobal de Las Casas, Chiapas,
vient de publier un rapport : La politique génocidaire
dans le conflit armé au Chiapas, dont nous publions ci-dessous
le résumé officiel. Le texte du rapport peut être consulté sur
le site

http://www.laneta.apc.org/cdhbcasas/


Le 22 décembre 1997, il y a 7 ans, au village d’Acteal, proche
de San Pedro Chenalho, furent massacrés 49 indigènes tsotsiles
qui s’étaient rassemblés dans une chapelle, après 3 jours de
jeûne et de prières pour la paix. 19 femmes, 8 hommes, 14
fillettes, 4 garçons et 4 bébés dans le ventre de leurs mères
furent brutalement assassinés, ainsi que 25 personnes blessées
par un groupe d’hommes portant des armes de gros calibres à
balles "explosives" utilisées exclusivement par l’armée
mexicaine.

L’attaque a duré plus de 7 heures, sans que les policiers de la
sécurité publique en poste à 200 mètres à peine ne leur viennent
en aide, bien que le Centre de droits humains Fray Bartolomé de
Las Casas ait averti le Secrétariat du gouvernement de l’Etat du
Chiapas sur ce qui se passait en
ce jour du 22 décembre.

Le Centre des droits humains a fait un suivi depuis février 1994
de la situation de violence. Le solde des actions paramilitaires
à Chenalho ce 22 décembre 1997 fut de 6 332 personnes déplacées,
avec perte de leurs biens et incendie de leurs maisons, 62 morts
de manière violente et 42 blessés, sans compter les personnes
détenues et torturées par ce même
groupe. Le groupe responsable de toutes ces actions était
affilié au PRI [Parti révolutionnaire institutionnel], agissait
avec un armement utilisé exclusivement par l’armée, des
uniformes en provenance de l’armée ou de la sécurité publique,
sous leur protection, et soutenu par la
présidence municipale de San Pedro Chenalho. De manière
similaire dans la région Ch’ol, Zone Nord de l’Etat, entre 1995
et 2000 le groupe paramilitaire Paix et Justice a harcelé la
population avec l’appui de l’armée et de la sécurité publique.
Le bilan plus de 3 000 personnes déplacées et
des dizaines de personnes disparues et exécutées parmi
lesquelles 122 ont été identifiées (85 personnes exécutées et 37
disparues) par le Centre de droits humains.

Cette brutale offensive contre la population civile, en totalité
indigène, s’est inscrite dans un contexte de guerre irrégulière
préparée par le Secrétaire de la défense nationale, conçue par
le général de division Miguel Angel Godinez Bravo, ordonnée par
le président d’alors, Ernesto Zedillo, le 9 février 1995 et
exécutée par le général de division Mario
Renan Castillo. Dans ce contexte les actions paramilitaires
furent et ont continué d’être, de manière latente, la stratégie
clé du plan de campagne de l’armée au Chiapas, pour "priver
d’eau le poisson" (1).

Les preuves nous ont démontré de manière claire et accablante la
stratégie de harcèlement de la population civile, où divers
groupes paramilitaires liés aux autorités municipales, étatiques
et fédérales en incluant l’armée mexicaine, ont été l’instrument
avec lequel on a essayé d’en finir avec ce
que l’armée appelait dans son plan de campagne "l’organisation
de masse" (2).

Une lecture des événements de ces deux zones, faite à partir des
documents de la SEDENA [Secrétariat de la défense nationale] et,
de manière récente, à partir des témoignages d’un commandant de
Paix et Justice (3), qui confirme les liens entre ces différents
groupes, avec l’armée et les gouvernements fédéral et local,
sont des preuves évidentes de la mise en
oeuvre d’une politique d’Etat génocidaire et de lèse-humanité.

En accord avec la définition de délits de lèse-humanité du
tribunal de Nuremberg, le président Ernesto Zedillo (1994-2000),
le général Enrique Cervantes Aguirre (secrétaire de la défense
nationale de 1994 à 2000) et le général Mario Renan Castillo
(commandant de la VII° région militaire de
1995 à 1997) sont au premier chef responsables d’avoir commis
des attaques généralisées et systématiques contre la population
civile .
Celles-ci consistent en des assassinats, des déplacements forcés
de population (dans la zone haute et nord ont été déplacées
approximativement 10 000 personnes sur un total de 12 000 dans
l’Etat du Chiapas), des privations graves de
liberté physique, des actes de torture, la persécution d’une
collectivité dont l’identité propre est fondée sur des motifs
politiques (en opposition au PRI), ethniques (toutes les
victimes sont des autochtones) et religieux (membres actifs du
diocèse de San Cristobal de Las Casas), en plus des
disparitions forcées de personnes, par le biais de la création,
du financement, de l’entraînement et de la complicité de groupes
paramilitaires. L’Etat mexicain a violé le droit à la vie, à
l’intégrité physique, à la liberté personnelle, à l’honneur et à
la dignité, aux droits des enfants, au droit de propriété, au
droit de circulation et de résidence, ainsi qu’au droit à la
justice.

Ni l’administration "zedilliste" ni celle de Fox n’ont entrepris
de véritables enquêtes sur ces agissements. Le peu de cas objets
de procédure sont des procès pour responsabilités individuelles,
y compris le massacre d’Acteal. On a omis d’enquêter sur les
hauts fonctionnaires des gouvernements fédéral et local, et
particulièrement sur l’armée.

Le procureur a essayé de tromper l’opinion publique sur les
véritables motifs, en arguant qu’il s’agissait d’un problème
religieux, intracommunautaire et même d’us et coutumes. Pour
cela, ils ont utilisé les lacunes de la loi comme stratégie pour
occulter la vérité.
Nous devons nous rappeler que ce fut le général Macedo de la
Concha en sa qualité de procureur général de la République, qui,
en 2001 supprima l’Unité spéciale d’enquête sur les supposés
groupes civils armés de la PGR [Procuraduria
General de la Republica, correspondant au ministère public de la
République].

Le conflit n’est toujours pas terminé, le territoire indigène du
Chiapas est toujours militarisé, la présence des groupes
paramilitaires persiste, et les conditions politiques pour leur
reconstitution se renforcent dangereusement.

Pour le Centre des droits humains Fray Bartolomé de Las Casas,
la justice ne doit pas se faire attendre parce que c’est
précisément l’impunité qui a fomenté ce cercle de mort contre
les peuples indigènes du Chiapas.

Le Centre des droits humains Fray Bartolomé de Las Casas exige
de l’Etat mexicain :

1 — Que les responsables intellectuels et matériels des délits
de lèse-humanité dirigés contre la population civile soient
sanctionnés, en accord avec les statuts du tribunal de Nuremberg
;
2 — Que les groupes paramilitaires soient désarmés et dissous ;
3 — Que le territoire du Chiapas soit démilitarisé ;
4 — Que les victimes des déplacements forcés, des assassinats,
des disparitions et de la torture soient dédommagées.


Notes :
(1) Voir "Plan de campagne du Chiapas 94", reproduit dans la
revue Proceso n°1105, 4 janvier 1998. Article de Carlos Marin
"Plan de l’armée au Chiapas, depuis 1994 : créer des bandes
paramilitaires, déplacer la population, détruire les bases
d’appui de I’EZLN..."
(2) " Plan de campagne Chiapas 94". " L' organisation de masse"
au nombre de 200 000 personnes, le quart de la population
indigène de l’Etat du Chiapas.
(3) Récemment nous avons obtenu des informations d’un commandant
de Paix et Justice qui corroborent les témoignages des victimes
et des témoins et la documentation de notre Centre de droits
humains.


DIAL n° 2788, du 1 au 15 mars 2005
Traduction Dial. En cas de reproduction, mentionner la source
Dial.
DIAL Diffusion de l’information sur l’Amérique latine, 38, rue
du Doyenné,
69005 Lyon

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