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(fr) La Banque Bilbao Vizcaya-Bancomer contre les peuples indiens du Mexique

Date Wed, 1 Jun 2005 18:00:32 +0200 (CEST)


A l'opinion publique nationale et internationale
Aux moyens de communication

La Banque Bilbao Vizcaya-Bancomer endosse l'armure, dégaine
l'épée et cherche à revivre la conquête des peuples indiens

Le 19 mai de l'année en cours, l'association Enlace Civil A.C.,
dont le siège est à San Cristóbal de las Casas, Chiapas,
Mexique, a reçu la notification révoltante, à travers Adulfo
Ruiz Hernández, gérant juridique régional de la Banque Bilbao
Vizcaya-Bancomer et les Drs Armando Mentoya y Fernando López
Bautista, du cabinet public numéro 41, de devoir fermer ses
comptes dans cette institution dans un délai maximum de 31
jours.
Lorsqu'il lui fut demandé de fournir une explication, le gérant
régional de la banque refusa de répondre, se bornant à dire que
la banque "devait se protéger du blanchiment d'argent, et que
lui ne faisait que recevoir des indications sur ce qu'il devait
faire", ajoutant que "toutes les banques faisaient pareil". Il y
a un mois la même banque, il est vrai, a fait de même avec
l'Organisation pour la santé indigène maya de l'Etat du Chiapas,
l?Osimech, organisation civile chargée de la formation
de promoteurs de santé dans les communautés indigènes des Altos
de Chiapas :
sans raison ni aucune explication, on leur a dit qu'ils devaient
fermer leurs comptes.

Enlace Civil est une association qui travaille, sans aucun but
lucratif, à soutenir les communautés zapatistes dans leurs
projets de production, d'éducation, de santé. Ses activités sont
totalement légales et transparentes, elle est dûment inscrite et
de plus enregistrée au ministère des Finances, qui d'ailleurs ne
lui a jamais octroyé d'exonération d'impôts sur les dons reçus.
Elle est donc soumise à un examen rigoureux et permanent de la
part des autorités politiques et financières du pays. Toute
l'aide économique qu'elle reçoit est directement destinée aux
Conseils de bon gouvernement zapatistes, pour
aider à la construction pacifique d'améliorations matérielles
pour les communautés indigènes toujours oubliées. Parmi ses
donateurs on trouve le gouvernement basque, l'ambassade de
Finlande, des municipalités italiennes, des mairies catalanes,
de même que des centaines de petites organisations solidaires,
ONG, groupes culturels, sportifs, des hommes et des femmes du
Mexique et du monde entier qui font ce que le gouvernement
et les partis politiques ne font pas, c'est-à-dire se jumeler
avec les communautés indigènes, apprendre de leur sens énorme de la
dignité et de la résistance face au puissant et marcher avec
elles dans la construction d'un Mexique plus juste et digne, où
le racisme, la discrimination et la misère ne soient plus qu'une
mauvaise histoire du passé.

Mais il semble que rien de cela n'importe à la Banque Bilbao
Vizcaya-Bancomer, qui, par son attitude indigne, montre qu'elle
n'a pas appris que la conquête et la colonisation des peuples
indiens n'a plus cours. Ainsi, ceux qui apparaissent dans les
journaux pris dans des affaires judiciaires pour mauvais
agissements financiers au Mexique et dans d'autres parties du
monde, ceux qui ont bénéficié une fois ou l'autre de complicités
avec un gouvernement qui a hypothéqué le bien-être de la
majorité, avec des fraudes portant sur des millions mais que
l'on appelle légalement sauvetage bancaire, tous ceux-là
accusent ceux qui n'ont rien, les communautés indigènes, de
faire ce qu'eux-mêmes font.
D'ailleurs, avec cette attitude raciste et arrogante, ils sont
en train d'accuser de "blanchiment" tous ceux qui contribuent
économiquement à la construction d'écoles, de magasins, de
cliniques, de systèmes d'eau potable, d'électrification, de
bibliothèques, de matériaux pour la construction de logements
dignes, de projets agroécologiques. Le voleur pense que tous
partagent sa condition. En fin de compte, que leur importe à ces
"néoconquistadores" le sort des communautés indigènes, ou de
n'importe quel peuple de la planète - n'oublions pas la manière
si mesquine avec laquelle cette même banque a contribué au
pillage des épargnants argentins il y a quelques années ;
l'important pour eux est de manifester bien clairement que ce
sont eux qui commandent et que les Indiens, les femmes, les
jeunes, les retraités, les travailleurs ne sont rien d'autre
qu'une variable facultative pour leurs grandes "affaires".

Avec cette vile attaque, pièce clé dans la guerre déclarée
contre les peuples indiens, la Banque Bilbao Vizcaya-Bancomer
participe à la tâche qui consiste à tuer par la faim des
milliers de réfugiés indigènes qui recevaient un peu d'aide dans
les conditions inhumaines où ils doivent survivre
quotidiennement ; à attaquer des milliers d'écoliers qui verront
que leurs programmes d'éducation, de vaccination et de contrôle
desmaladies curables devront être suspendus ; à empêcher des
centaines de femmes qui pour la première fois pouvaient accéder
à une clinique communautaire pour accoucher ou se soigner dans
des conditions médicales respectables ; à harceler des milliers
de promoteurs d'éducation et de santé qui, sans recevoir de
salaire ni aucun subside, ne pourront plus trouver le matériel
d'éducation et de santé qui leur est nécessaire pour accomplir
leur travail communautaire ; à provoquer la fermeture de
dizaines de pharmacies rurales qui ne seront plus provisionnées
en médicaments fournis gratuitement aux membres des communautés pour
tenter de palier les ravages des maladies de la pauvreté ; donc à chercher
à exterminer des milliers de communautés qui jour après jour se refusent à
vivre dans l'oubli et sans aucun
futur.
Ils doivent se sentir fiers les messieurs de Bilbao
Viscaya-Bancomer, ils ont fait un pas important dans la croisade
que leurs ancêtres ont entreprise il y a plus de cinq cents ans.

Nous appelons tous ceux qui ont soutenu et qui soutiennent la
lutte pacifique des communautés indigènes zapatistes pour
construire un monde plus juste et digne, toutes celles et tous
ceux qui ne peuvent voir qu'avec répulsion cette escalade de la
guerre d'extermination contre les peuples indiens, à se
prononcer publiquement contre la Banque Bilbao Vizcaya-Bancomer,
au Mexique et dans le monde, et à lui faire savoir que la conquête, le
racisme, la guerre d'extermination, le mépris pour l'humanité sont des
"valeurs" que nous ne sommes pas disposés à continuer de permettre.

Pour Enlace Civil A.C. : Dr Paulina Fernández, directrice,
Bárbara Riviello, trésorière, et Javier Elorriaga, secrétaire
Pour le Comité Eureka : Rosario Ibarra de Piedra
Pour le Fideicomiso pour la santé des enfants indigènes du
Mexique A.C. :
Ofelia Medina

Mexico DF, le 24 mai 2005


Traduit et diffusé par le Comité de solidarité avec les peuples
du Chiapas en lutte (CSPCL, Paris)
33, rue des Vignoles - 75020 Paris - France
réunion (ouverte) le mercredi à partir de 20 h 30
http://cspcl.ouvaton.org
cspcl(@)altern.org



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