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(fr) Bolivie : chronique de la revolution qui ne vient pas

Date Fri, 8 Jul 2005 08:10:09 +0200 (CEST)


Les masses boliviennes se sont de nouveau révoltées durant les mois de
mai-juin 2005 en faveur de la nationalisation des hydrocarbures. La ville de
La Paz a été assiégée pendant près de trois semaines, se trouvant en pénurie
de combustibles et d?aliments. Les partis politiques traditionnels ont
essayé de profiter de la situation, mais le peuple a su les écarter. Les
évènements n?ont pas dégénéré en répression ouverte même si un mineur a été
tué lors de circonstances toujours obscures. La crise a provoqué le départ
de Carlos Mesa et son remplacement par le président de la Cour Suprême de
Justice qui a convoqué des élections anticipées. Ce qui n?est en fait qu?une
tentative pour les classes dominantes de gagner du temps et pour les
mouvements sociaux de mieux s?organiser. Professeur J fait une analyse des
positions des différents acteurs sociaux boliviens en mettant l?accent sur
la stratégie des secteurs « trotskistes » boliviens qui vise à empêcher
l?auto-organisation des masses et préconise une solution « rétrograde » et
dangereuse.

Fab.


Bolivie : Chronique de la révolution qui ne vient pas

[ 10.06.05 ]

Quelques courants de la gauche bolivienne, en particulier une énorme
diversité de groupes, courants et tendances trotskistes, se sont agglutinés
autour de la Centrale Ouvrière Bolivienne (COB) et de son secrétaire
général, Jaime Solares. Nous avons le plus grand respect pour beaucoup de
groupes et de personnes d?orientation trotskiste dans divers pays, mais il y
en a d?autres qui se basent dans le plus pur dogmatisme mécaniciste, ce qui
leur fait accorder la priorité plus à la rationalité instrumentale, aux
objectifs prédéterminés et aux stratégies à courte vue, qu?à accompagner les
évènements, la situation concrète et le positionnement des différents sujets
sociaux.

Les organes d?informations de ces groupes, spécialement Econoticias et
Bolpress, nous bombardent chaque jour avec l?imminence de la révolution
ouvrière-paysanne et le rôle d? « avant-garde » et de « leadership » de
Solares et de la COB.

Nous avons déjà commenté que la base de l?actuelle COB réside plus dans les
mineurs regroupés en coopératives que dans la quasi inexistante classe
ouvrière (1). La seconde force de sustentation de la COB est celle des
maîtres (professeurs) où pullulent les plus bigarrées courants du trotskisme
avec d?autres formations de gauche traditionnelles, sans obtenir le plein
contrôle dans plusieurs régions, ce qui a fait que l?initiative des
Assemblées Populaires se soit présentée comme étant une appendice des
assemblées régionales et de district de la COB (2). Sans doute s?agit-il
d?une initiative importante destinée à donner un sens aux mobilisations :
élever les assemblées régionales, mais en les soumettant aux structures
locales de la COB, les COD (départementales) ou de la COR (régionales),
considérées par Solares et son groupe comme les axes d?organisation de ces
assemblées, l?idée naîtra castrée, ce ne seront donc que des courroies de
transmission des décisions des dirigeants. Et nous savons déjà où cela
conduit.

Comment dit auparavant, Solares s?oppose fermement à l?Assemblée
Constituante, qui tout en étant une sortie institutionnelle, permettrait de
mettre en avant les propositions locales, ethniques et autres, ce qui, bien
que semblant plus long, serait un chemin plus sûr de consolidation des
capacités locales. Il ne nous paraît pas non plus nécessaire d?adhérer à
cette constituante de manière intrangiseante, vu que si les organisations
locales se dotent de leurs propres instruments pour déployer leur
protagonisme et leur puissance, ce ne serait pas un problème d?abandonner la
proposition. Ainsi les assemblées populaires pourraient être une sortie
efficace par en bas qui permettrait de consolider des positions quel que
soit le développement des évènements.

Il ne serait pas étrange que les plus diverses organisations sociales
rejoignent la proposition de ces assemblées et disputent des espaces avec
les courants centralistes pour rendre prioritaire l?autonomie locale basée
sur l?auto-organisation sociale, ce qui s?opposerait à la proposition
électorale de Evo Morales qui s?appuie sur la constituante non pas tant pour
les revendications sectorielles et régionales mais pour son besoin
d?institutionnaliser le conflit.

Face à la possibilité d?une rencontre entre les courants autonomes de base
avec les courants centralistes insurrectionnels de la COB, courants très
contradictoires, le système rejoint rapidement la proposition du milieu
économique de retirer le président Carlos Mesa et de convoquer de nouvelles
élections sous la houlette du président de la Cour Suprême de Justice. Les
partis traditionnels, spécialement le MNR et le MIR, courent le risque réel
de se retrouver réduits à la plus simple expression. Ils se retrouvent en ce
moment sans bases de soutien, ne comptant qu?à peine sur les appareils
clientélistes qui ne survivent qu?en étant présents dans les différentes
fonctions publiques, ce qui aujourd?hui est en train de disparaître, c?est
la raison pour laquelle ils s?affèrent aux mécanismes qui leur permettraient
la survie et la possibilité de remonter leur débâcle actuelle, par exemple
au fait que ce soit le président du Sénat, Vaca Diez, militant du MIR, qui
assume la présidence de la république, ce qui ne serait possible que si
l?appareil militaire se range de son côté, dans une sorte de coup d?Etat
blanc (3).

Les militaires, échaudés par les expériences antérieures, durant lesquelles
ils ont été obligés de réprimer, récoltant une démoralisation interne et une
perte de prestige, observent tout cela avec beaucoup d?attention et de
prudence, vu que s?ils devaient descendre dans la rue pour tirer sur le
peuple, la rupture interne serait imminente, avec le passage dans les rangs
des insurgés de contingents entiers de différentes structures armées,
spécialement de la police, où des groupes importants ont ouvertement refusé
de réprimer. Ainsi pour maintenir la cohésion interne, ils ont choisi
d?occuper un rôle plus de contention que de force anti-populaire. Solares,
conscient de cela, n?a pas hésité à faire un appel au coup d?Etat militaire
patriotique et à cette fin il a poussé les mobilisations à s?approcher des
limites qui si elles avaient été dépassées auraient obligé les forces armées
à agir plus fermement. Cette situation aurait alors entraîné un secteur des
forces armées vers un gouvernement de type de celui de Gutierrez (4)
d?alliance avec la COB plutôt qu?une guerre civile qui ne ferait qu?aiguiser
encore plus les dynamiques de rupture.

Sans aucun doute, les forces armées argentines et brésiliennes se trouvent
en état d?alerte, prêtent à intervenir comme en Haïti, au cas où une
autorité institutionnelle bolivienne le sollicite. Cela implique qu?elles
sont en contact direct avec les commandements boliviens, autant pour suivre
l?évolution de la situation que pour des mesures opérationnelles.
L?Organisation des Etats Américains (OEA) est également prête pour soutenir
une mesure de ce type. C?est-à-dire que les conditions pour assurer depuis
l?extérieur la stabilité nécessaire sont préparées.

De telle manière que si l?insurrection ou le pouvoir ouvrier-paysan étaient
tellement réels et imminents comme le peignent les leaders de ces courants,
il n?y aurait pas de problèmes pour avorter toute « aventure » qui échappe
aux mécanismes institutionnels. Les Etats Unis ont dirigé leurs actions à
attaquer le Vénézuéla comme agitateur des mouvements, ce qui indique
clairement qu?ils n?ont pas beaucoup de préoccupations au niveau de ce qui
se passe en Bolivie, qu?ils savent très bien ce qui doit se faire à chaque
instant. Leurs déclarations ont été plus médiatiques que réelles.

D?un autre côté, tous savent que Solares n?a pas de force ni de capacité
d?organisation en dehors de La Paz et un peu à El Alto, c?est pour cela
qu?il a besoin que ces assemblées régionales soient subordonnées à la COB.
Partout, la revendication populaire la plus concrète est celle de
l?assemblée constituante, spécialement parce qu?elle est née de l?initiative
des ethnies et des régions et depuis plus d?un an, nous pouvons dire deux,
cette idée est discutée dans les assemblées de secteurs des organisations
sociales, ce qui se sera très difficile que les régions assument aussi
facilement l?appel de la COB, à moins, comme dit plus haut, que les
organisations locales s?assoient avec force pour surmonter l?hégémonie de
l?actuelle COB. Le développement de ces assemblées dans le reste du pays est
encore à voir et, s?il se réalise, celles-ci seront le cadre de luttes
internes les plus variées, spécialement entre les centralistes et les
organisations populaires locales. S?il existe suffisamment de force locale
et d?astuce des dirigeants sociaux régionaux, cette appel pourrait être
l?antichambre du contrepouvoir local, ce qui en dernière instance ne
satisfera ni le milieu économique ni Solares ni Evo Morales.

Evo a été le plus malin, avec beaucoup de patience il s?est érigé comme la
carte de la stabilité institutionnelle. Avec un enthousiaste discours
populaire, il remplit habilement le rôle de subordonner une population
captive du centralisme d?Etat. Il a été le premier à accepter la proposition
de l?église catholique au dialogue. Il a été le premier à accepter la
démission de Mesa. C?est un emphatique défenseur du choix du président de la
Cour Suprême de Justice à l?interrègne et à l?organisation d?élections dans
les cinq mois, où il n?y a pas un adversaire qui lui dispute la présidence
de la république. Evo gagnerait aujourd?hui avec une énorme quantité de
votes. Et si dans le même temps on élit les membres du parlement, les
préfets et les membres de l?Assemblée Constituante, la présence de son
parti, le Mouvement au Socialisme (MAS), serait déterminante dans toutes les
institutions.

Non sans raison l?appelle-t-on maintenant le « Lula bolivien », le chargé
d?appliquer le néolibéralisme au nom de la gauche et du peuple. Et Solares
en est conscient, pour cela son insistance à le qualifier de traître et de
divulguer des notes contre lui au moyen de ses agences d?informations. Il
est conscient du fait qu?Evo gagnerait et que les choses prendraient un
rythme relativement tranquille à la brésilienne ou à l?argentine, et qu?il
devrait rentrer à la maison avec son insurrection. Une autre raison qui
justifie l?urgence d?installer ces assemblées populaires comme appendices de
la COB dans les autres régions, unique alternative qu?il a trouvée pour
étendre son pouvoir de convocation au reste du pays.

Felipe Quispe et Oscar Olivera ont été plus sagaces. Ils n?entrent pas dans
la dispute entre Morales et Solares. Felipe a un énorme ascendant dans les
communautés originaires, spécialement aymaras, de laquelle il est le Mallku,
la plus grande autorité traditionnelle des communautés, ayllus et markas.
Oscar, de la Coordination de l?Eau de Cochabamba, jouit d?une grande
sympathie dans les organisations qui développent l?autonomie locale de base,
qui ne sont pas peu nombreuses, comme dans les grands contingents de
travailleurs de diverses régions du pays. Nous avons été témoins à Santa
Cruz de son charisme et de sa capacité de communication avec les gens qui
remplissaient le salon du marché local où des centaines de travailleurs
l?écoutaient avec respect et joie.

Les deux dirigeants sociaux, beaucoup plus liés aux bases, ont su soutenir
les différentes mesures convoquées par Solares et par Morales, sans s?ériger
en autres alternatives « nationale », dessinant leur profil en relation avec
l?Etat et le pouvoir central, renforçant les déclarations, accords et
activités qui accompagnent le développement des capacités locales. En ont
fait de même divers groupes indigènes, les groupes du Mouvement des Sans
Terres, des assemblées régionales paysannes, beaucoup de régionales de la
centrale ouvrière et même de maîtres, plusieurs fédérations d?habitants et
des groupes de femmes.

Les expectatives sont nombreuses, quelques-unes exagérées, d?autres chargées
de discours démagogiques, mais le plus probable est que les divers couches
des entrepreneurs rejoignent la convocation électorale, les « patriotiques
», groupes soutenant Mesa, termineront par soutenir les élections, l?église,
la commission des droits humains, beaucoup d?ONGs et de syndicats le feront
aussi, et que dire des cocaleros et des dirigeants sociaux du MAS, qui
compte un solide réseau de conseillers municipaux dans quasiment tout le
pays. Les centres d?étude et les universités se plieront au soutien
institutionnel. Si est obtenue qu?avec l?élection présidentielle soit
incorporée aussi la discussion des autonomies économiques, il est probable
que cela diminue l?agressivité en vue d?une stabilité générale et de
quelques conquêtes minimes. L?armée continuera de jouer les observateurs,
cette fois comme garante des résultats.

S?il en est ainsi, Solares resterait un peu isolé, la plus grande partie de
la gauche rejoindrait Morales et les organisations locales pourraient
continuer le travail de renforcement de leurs racines dans les territoires.
Sans aucun doute, toutes ces organisations locales soutiendraient Evo, bien
que sans se subordonner à lui, vu que l?élection présidentielle serait
accompagnée de l?élection des membres de la Constituante.

Comme le dit Alvaro García (analyste politique bolivien), ce processus ne
sera pas exempt de forts chocs et contradictions de base ethnique, classiste
et régionale, réadaptations et poussées où les différents acteurs vont
profiler encore plus leurs demandes. Et ces cinq mois peuvent ne pas passer
sans heurts mais remplis de batailles locales où la garantie de futur sera
mise dans la consolidation de l?auto organisation locale.

Le destin de la Bolivie semble être aujourd?hui la « brésilation ». Nous
avons la certitude que beaucoup d?organisations sociales ne se
subordonneront pas comme l?a fait le Mouvement des Sans Terres (MST)
brésilien qui a cédé devant le leadership et la prépotence de Lula. Le MST
du Brésil est aussi appelé à constituer des assemblées populaires et sa
soumission sera assurée par la « formation » qu?il assurera aux intéressés
en particulier dans chaque région, en plus de la structure pyramidale qu?il
propose, les assemblées locales, provinciales et une assemblée nationale. Le
MST, de même que le parti des travailleurs (PT), que Solares et Morales, est
paniqué par les autonomies sociales et, dans cette même mesure ils se
transforment en étaux de la stabilité nécessaire pour la continuité du
profit capitaliste à visage humain, jusqu?à avoir quelque chose à lui
substituer, disent-ils.

Nous ne sommes pas pour soutenir la consigne d?une insurrection fantaisiste
dont le succès est conditionné à la participation d?un secteur de
militaires, mais pour soutenir le travail de fourmi de l?auto organisation
locale.


1- Malgré son appellation, la Centrale Ouvrière Bolivienne est plus paysanne
qu?ouvrière, néanmoins sa direction est toujours réservée à un mineur (en
référence au rôle joué par ceux-ci lors de la révolution de 1952). (N.d.T.).

2- On peut retrouver ce même phénomène en Argentine où les partis de
tendance trotskiste (PO, MST, ?) ont créé des organisations de chômeurs qui
se sont regroupées dans l?Assemblée Nationale des Travailleurs (ANT),
instance aux mains des bureaucrates des partis (absence de démocratie
interne) et qui vise à l?hégémonie vis à vis des organisations de chômeurs
indépendantes ou autonomes. (N.d.T.).

3- Vu que ce texte a été écrit avant l?épilogue de la « crise », il
convient d?en rappeler les grandes lignes. La démission de Carlos Mesa et
son remplacement par le président de la Cour Suprême de Justice ont eu
lieu. Le président du Sénat, Vaca Diez, a été contraint par les
mobilisations à renoncer à ses ambitions, les militaires ne l?ont pas
suivi. Des élections générales vont avoir lieu avant la fin de l?année.
Les partis traditionnels se retrouvent donc dans une situation difficile,
puisque depuis le renversement de Gonzalo Sanchez de Lozada en 2003, il ne
se sont plus retrouvés à la tête du pays (du moins directement) (N.d.T.).

4- Le gouvernement de Gutierrez en Equateur était (puisque
Gutierrez a été dernièrement renversé par un soulèvement d?une partie des
habitants de Quito) un gouvernement d?alliance avec les indigènes et les
syndicats équatoriens qui remporta les élections générales qui suivirent
l?insurrection populaire de 2000 (insurrection durant laquelle le pouvoir
s?est retrouvé un moment entre les mains du peuple avant une trahison de
l?armée). (N.d.T.).

Professeur J,
profesor_j(a)yahoo.com.

http://clajadep.lahaine.org

Traduction : Fab (santelmo(a)no-log.org)
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