A - I n f o s
a multi-lingual news service by, for, and about anarchists **

News in all languages
Last 40 posts (Homepage) Last two weeks' posts

The last 100 posts, according to language
Castellano_ Deutsch_ Nederlands_ English_ Français_ Italiano_ Polski_ Português_ Russkyi_ Suomi_ Svenska_ Türkçe_ The.Supplement
First few lines of all posts of last 24 hours || of past 30 days | of 2002 | of 2003 | of 2004 | of 2005

Syndication Of A-Infos - including RDF | How to Syndicate A-Infos
Subscribe to the a-infos newsgroups
{Info on A-Infos}

(fr) Luttes des chomeurs et chomeuses en Irak

From worker <a-infos-fr@ainfos.ca>
Date Thu, 27 Jan 2005 09:22:35 +0100 (CET)


_________________________________________________
A G E N C E D E P R E S S E A - I N F O S
http://www.ainfos.ca/
http://ainfos.ca/index24.html
_________________________________________________

En Irak occupé, au moins deux personnes sur trois sont au chômage. Elles
ne reçoivent aucune forme d'indemnité, ne sont protégées par aucune loi
sociale, vivent de petits boulots, de solidarités locales ou d'aide
humanitaire. Ce chômage massif a débuté sous le régime de Saddam Hussein.
Le système économique, fondé sur l'extraction de la rente pétrolière
plutôt que sur le développement industriel, était caractérisé par une
politique de redistribution des richesses par un état tentaculaire. Ce
fonctionnement n'a pas résisté à une dette extérieure croissante, aux
guerres successives et à l'embargo.
L'armée, l'une des plus vastes au monde a été réduite de 1 million à 350
000 hommes de 1991 à 2003. Puis l'occupation a occasionné une nouvelle
démobilisation massive, que les actuels recrutements dans la police et l'
armée sont loin de compenser. Les femmes ont été durement touchées par
des politiques ouvertement discriminatoires, destinées à satisfaire les
islamistes, comme le renvoi de toutes les femmes travaillant comme
secrétaires dans les ministères, en 1998. Celles qui restaient ont été
touchées par le démantèlement de la fonction publique après la guerre.
Elles sont également majoritaires, souvent veuves de guerre, dans les
camps de réfugié-es, qui accueillent pas moins de 54 000 personnes dans
la capitale.

*45 jours de sit-in*

Peu après l'entrée des troupes coalisées dans Bagdad, le 1er mai 2003,
une vingtaine de chômeurs, ont formé le Syndicat des chômeurs en Irak,
présidée par Qasim Hadi. Cet ouvrier spécialisé du textile, âgé de 37
ans, a déjà derrière lui une belle carrière d'agitateur : il a été l'un
des l'un des organisateurs de la grève de Nora en 1994, puis de la grande
grève de 1998 aux usines Badir. Aux quarante-neuf arrestations que ses
activités lui ont coûtées sous le régime baasiste, il en ajoutera bientôt
trois sous l' occupation américaine.

Le Syndicat des chômeurs lance une revendication simple, mais efficace :
« du boulot ou 100 $ pour tous et toutes », qui obtient un grand succès
auprès
des chômeurs et chômeuses. Le 29 juillet un sit-in de plusieurs
centaines
de personnes est organisé devant le bureau de Paul Bremer, l'admirateur
civil américain, durant pas moins de 45 jours. Sous un soleil de plomb,
les manifestant-es organisent la lutte de manière conviviale, alternant
manifestations, spectacles, poésies, musiques et danses. Dès le deuxième
jour, Qasim Hadi est arrêté pour « violation du couvre-feu », avec 18 de
ses camarades, tandis que les troupes américaines tentent une première
fois de disperser le sit-in. Relâché, il est arrêté de nouveau trois
jours plus tard, puis libéré sous la pression d'une campagne
internationale de soutien.

Les négociations avec l'Autorité provisoire de la coalition reprennent
difficilement, car celle-ci ne reconnaît aucune représentativité au
Syndicat des chômeurs. Son délégué, Issam Shukri, a présenté les
signatures de 150 000 adhérent-es. Le Syndicat des chômeurs exige la mise
en application du plan de création de 300 000 emplois annoncée par les
autorités d'occupation, et demande à être associée à leur mise en place,
ainsi qu'aux distributions de nourriture dans les villes. Malgré
plusieurs entrevues et promesses, Paul Bremer ne fait rien : il compte
sur la démobilisation des manifestant-es. Le 12 août, c'est à la
baïonnette que l'armée américaine charge les
manifestant-es, sous un flot d'insultes racistes contre les « Ali-baba »,
surnom donné par les GI's aux Irakiens. Toutefois, tout au long du
mouvement, quelques militaires témoignent discrètement de leur soutien
aux manifestant-es. La force ayant échouée, une diversion est tentée par
un businessman qui distribue de l'argent aux participant-es pour les
démobiliser et créer un mouvement rival. Cette tentative pitoyable échoue
au bout d'une semaine. Malgré tout, c'est signe qu'il est tant de changer
de forme d'action : le sit-in se termine par un festival de solidarité,
avec théâtre et musique, le 13 septembre.

*Face aux islamistes et aux nationalistes*

Ce succès s'étend bientôt à d'autres villes, notamment Kirkuk, Mossul,
Nassiriyah, Bassorah, Muqdayah... et les formes de son activité
s'étendent : publication d'un journal, Les conseils ouvriers (dont la
couverture s'orne d 'une affiche de mai 68 !), campagne de lutte contre
l'interdiction des vendeurs et vendeuses de rue, mise en place de
services médicaux gratuits, soutien aux personnes handicapées, etc.
Partout, la lutte des chômeurs et chômeuses doit aussi faire face à
l'opposition résolue des milices islamistes et nationalistes - qui
n'hésitent pas à faire feu contre les manifestations de chômeurs et
chômeuses, comme le 3 janvier 2004 à Nassiriyah, où quatre manifestants
furent tués par le groupe islamiste al-initfadah al-sha'baaniah - et à
l'hostilité des autorités, comme à al-Amarah, où ce sont des troupes
irakiennes sous commandement britannique qui font six morts et onze
blessés, le 10 janvier 2004.

Le Syndicat des chômeurs en Irak a fait connaître son programme social,
rédigé en commun avec la Fédération des conseils ouvriers et syndicats en
Irak, dont il est l'un des piliers, sous la forme d'une proposition de
loi fondamentale. Ce texte ambitieux, sans compromis avec le patronat et
l'état, expressément opposé à toute forme de nationalisme, est fondé sur
les seules nécessités de la classe ouvrière. On y trouve parmi les
revendications la semaine de 30 heures, la retraite à 55 ans,
l'interdiction des licenciements et du travail de nuit, la pleine égalité
hommes-femmes, la liberté totale du droit de grève et d'organisation, la
gratuité totale de l'instruction et de la santé.

Ce programme peut sembler ambitieux dans le chaos actuel. Il exprime
avant tout la ferme conviction du Syndicat des chômeurs qu'il n'y a pas
de solution en Irak en dehors du mouvement social et que la lutte contre
l' occupation doit être menée sur une base de classe. Il est inspiré par
le communisme-ouvrier, un courant marxiste né en Iran dans la révolution
de 1979 et qui s'est développé clandestinement en Irak, au contact des
camps de réfugié-es iranien-nes installés au Kurdistan d'Irak.

*Le mouvement des shoras en 1991*

En mars 1991, alors que la première guerre du Golfe est engagée et que le
pouvoir central vacille, les communistes-ouvriers jouent un rôle majeur
dans l'insurrection des conseils ouvriers au Kurdistan d'Irak. Pendant
trois semaines, la région se couvre de shoras (conseils), élus en
assemblée générale d'usine ou de districts. Ces conseils ouvriers
prennent en charge l 'ensemble de la vie sociale, remettent en marche les
services et la production sous une forme autogérée, après avoir mis
dehors les directeurs d 'usine mis en place par les baasistes. Ils
tentent de réunir une assemblée des conseils ouvriers, pour mettre en
place leur programme social - égalité hommes-femmes, égalité des
salaires, 35 heures. Mais les partis
nationalistes, appuyés sur les ex-milices baasistes et le management
évincé des usines, envoient leurs troupes stationnées dans les montagnes
prendre possession des villes. Rapidement, l'insurrection qui avait
proclamée « le nationalisme est une honte pour l'Humanité » est vaincue.

Le mouvement des conseils ouvriers en 1991 a été presque totalement
ignoré de la gauche radicale à l'échelle mondiale. Mais en Irak, son
impact est durable, puisque ses pratiques de démocratie directe, de grève
armée et d' autogestion sont réapparues en 2003, à la fois dans les
mouvements d'usine contre l'encadrement baasiste, dans les luttes de
chômeurs et chômeuses et dans certaines formes d'auto-organisation de
quartiers populaires à Bagdad. Qasim Hadi, ou encore Falah Alwan,
secrétaire général de la Fédération des conseil ouvriers et syndicats,
font partie de ces militant-es qui ont lutté clandestinement sous le
régime de Saddam Hussein, sous l'inspiration de ce mouvement. Les
principales organisations qui avaient participé à l' insurrection ont
fusionné, en 1993, sur la suggestion du marxiste iranien Mansoor Hekmat,
pour créer le Parti communiste-ouvrier d'Irak, qui joue un rôle majeur
dans la diffusion de ces pratiques.

*Zones libérées à Bagdad*

La guerre ouverte entre les troupes d'occupation et les milices
islamo-nationalistes, encadrées par les anciennes troupes d'élite de
Saddam Hussein et financées par les pays environnants, a amené le
mouvement à s' adapter. Il était nécessaire de créer des zones protégées
au cour des villes. Cette implantation progressive s'est faite d'abord
dans les quartiers occupés par les réfugiés. A Bagdad même, il existe
plus de 270 camps, dont certains abritent plusieurs dizaines de familles
rassemblées dans d'anciens bâtiments officiels squattés. Afin de lutter
contre les gangs mafieux qui détournaient l'aide pour la revendre dans
d'autres quartiers, les communistes-ouvrier-es ont pris en charge, avec
l'accord des
organisations humanitaires, la protection et la distribution des vivres
et des médicaments. La confiance ainsi créée a permis à la population des
camps de s'organiser pour réclamer la légalisation des squats et obtenir
de meilleurs logements.

Enfin, afin de se protéger des attentats et des gangs, s'est posée la
question d'une force armée autonome. Le Parti communiste-ouvrier a ainsi
été amené à créer des groupes armés, forts de plusieurs centaines de
personnes, dans les quartiers d'al-Furat et al-Jihad à Bagdad, pour
assurer la défense des quartiers. Les forces d'occupation, dont la seule
présence est un facteur de danger, ont été instamment priées de ne plus y
mettre les pieds. Quelques combats ont dissuadé les gangs maffieux d'y
exercer leurs activités. Quand aux islamistes, ils n'y sont pas les
bienvenus, faisant de ces quartiers les seuls où l'on peut sans risque se
promener sans voile dans la rue pour les femmes, vendre de l'alcool pour
les commerçants, où les chrétiens ne sont pas persécutés. Des gestes
simples, mais qui dans la sinistre réalité irakienne marquent une réelle
différence. « Les femmes veulent avoir un look moderne, les jeunes
veulent danser et boire de la bière, écouter de la musique, surtout
occidentale, et porter des jeans, ils et elles veulent porter des jeans,
avoir des chevelures qui ont du style, et tout ça, ça n'est pas islamique
», résume Issam Shukri.

Le mouvement des chômeurs et chômeuses, des réfugié-es, des squatteurs et
squatteuses, la lutte des femmes contre le patriarcat, tout cela existe
en Irak aujourd'hui. Notre solidarité mondiale peut aider ce mouvement à
se développer, à gagner en puissance jusqu'à être en mesure d'opposer une
véritable résistance, sociale et féministe, à l'Occupation.

Nico -- Publié dans No Pasaran ! du mois de janvier 2005. --
www.solidariteirak.org

---------------------------------------------------------

19 mars 2005 : Manifestation contre l'occupation en Irak.

---------------------------------------------------------

[ expediteur/expéditrice <cerclesocial(a)altern.org> ]



*******
*******
****** Agence de Presse A-Infos ******
Information d'intérêt pour et au sujet des anarchistes

INFO: http://ainfos.ca/org http://ainfos.ca/org/faq-fr.html
AIDE: a-infos-org@ainfos.ca
ABONNEMENT: envoyer un email à lists@ainfos.ca avec la commande suivante
dans le corps du message "subscribe (ou unsubscribe) nomdelaliste votre@email".

Les options pour toutes les listes se trouvent à http://www.ainfos.ca/options.html


A-Infos Information Center