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(fr) L'homme de cours

From worker <a-infos-fr@ainfos.ca>
Date Tue, 25 Jan 2005 13:32:52 +0100 (CET)


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L'HOMME DE COURS
"Malheureuse est l'éminence qui n'a rien de substantiel."

Après le plan Borloo, le projet de loi Fillon est le dernier maillon en date
d'une longue chaîne de lois et de mesures aboutissant à une dégradation
continuelle de nos conditions d'existence. Lutter contre ce projet sans le
percevoir comme conséquence d'une logique globale qui entend renforcer sa
mainmise tendanciellement totalitaire sur la société, serait mal en
apprécier la teneur.

L'École n'a jamais été qu'un outil au service de l'État. C'est ce dernier
qui l'organise, la met sous tutelle, définit les programmes et recrute les
fonctionnaires par l'entremise du Ministère de l'Éducation nationale. Que
l'État ne souhaite plus, d'ici peu sans doute, assumer ce rôle, correspond à
une mutation qu'il convient d'analyser, laquelle est à mettre en parallèle
avec la logique historique du capital qui tend à tout instrumentaliser, y
compris le savoir issu des anciennes humanités.

L'éducation républicaine, celle qui est née sous la Troisième république et
qui a survécu jusqu'aux années soixante-dix, n'a jamais été que la
transposition de l'idéal des Lumières dans un contexte historique qui
n'était déjà plus le sien, et qui faisait de l'Éducation un facteur de
progrès dans un monde qui aurait été pacifié par les vertus de la science,
de la raison instrumentale et du commerce : une sorte d'Utopie bourgeoise.
Il s'agit de l'accomplissement de la philosophie positiviste qui s'était
imposée depuis la deuxième moitié du dix-neuvième siècle.

Un siècle plus tard, les conditions économiques nouvelles, entraînées par le
procès des formes techno-scientifiques et financières de ce qu'on appelle
aujourd'hui la « mondialisation » (simple euphémisme), rendent obsolètes la
vieille école et son idéal « égalitariste » (la célèbre égalité des
chances), fortement maltraité par le « darwinisme social-libéral », version
« post-moderne ». L'idéal des Lumières, celui d'une éducation visant à
intégrer la classe ouvrière et à pacifier la lutte des classes, devient un
poids trop difficile à porter. Le système n'a plus besoin d'intégrer, mais
au contraire d'exclure, pour la bonne raison que dans les sociétés
occidentales la force de travail devient trop chère, et que le progrès
technique la rend de toute façon de plus en plus inutile. De plus, à quoi
bon fournir aux individus certaines bases culturelles qui pourraient leur
servir à se forger un esprit critique susceptible de s'exercer contre l'État
et contre la société, comme en 1968 ?

Et c'est l'histoire du long démontage de l'enseignement secondaire, commencé
par la loi Haby en 1975, et dont le dernier maillon est précisément le
projet Fillon. Le dispositif central de ce projet, le « socle minimum »,
serait le seul bagage que l'Éducation nationale daignerait fournir aux
élèves destinés à effectuer les tâches les plus ingrates dans des emplois
totalement précaires, qui sont d'ailleurs déjà la règle. Que faire en effet
de tout ce fatras de matières que l'on rendra désormais plus ou moins
optionnelles, pour travailler dans un fast-food ou remplir les rayons d'un
supermarché ? Pourquoi dépenser l'argent de l'État pour des millions
d'individus qui, leur vie durant, passeront d'un petit boulot mal rémunéré à
une période de chômage, et inversement ? C'est ainsi que l'on raisonne
désormais dans les hautes sphères de l'État.

Le refus du projet Fillon paraît difficile à dissocier de la critique plus
globale d'un système social qui soumet nos existences à la logique d'une
économie de plus en plus totalitaire.

Groupe enseignant Vingtras
grevingtras(a)yahoo.fr
janvier 2005

Pour trouver la version au format PDF (ce qui est préférable, pour la mise
en page et l'illustration) de ce texte :
http://paris.indymedia.org/IMG/pdf/doc-21674.pdf
[ expéditeur/expéditrice <grevingtras(a)yahoo.fr> ]



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