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(fr) Brochure - Un été italien

From worker <a-infos-fr@ainfos.ca>
Date Tue, 11 Jan 2005 17:34:26 +0100 (CET)


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A G E N C E D E P R E S S E A - I N F O S
http://www.ainfos.ca/
http://ainfos.ca/index24.html
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Une brochure éditée par "Quelques complices sans patrie" vient de sortir.
Elle contient la traduction de tracts et lettres des compagnons
incarcérés lors des différentes opérations répressives de l'Etat italien
menées depuis juin 2004 dans une dizaine de villes.

Le quatrième de couverture précise :

"... Ainsi, nous nous poussons à réaliser ici et maintenant nos désirs,
en hâte avant qu'il ne soit trop tard, que la fragilité de la vie ne nous
rende aveugles, insensibles, résignés. Ainsi, nous ne sommes pas non plus
surpris d'apprendre que la liberté est une condition provisoire. La
liberté aussi, bien sûr. Elle qui a constitué un jour la raison
principale pour laquelle vivre, se battre et mourir, revêt aujourd'hui
l'apparence d'un privilège indispensable à peu de personnes, et superflu
pour beaucoup.

Un jour ou l'autre, il peut arriver à chacun d'être accusé de voyager
avec de l'essence dans la voiture (c'est arrivé à Sassari, deux
arrestations), de recevoir une lettre " suspecte " par la poste (c'est
arrivé à Pise, cinq arrestations), de réagir aux rafles de marchands
ambulants étrangers (c'est arrivé à Gênes, deux arrestations), de
protester contre l'enfermement de personnes coupables d'être nées
ailleurs (c'est arrivé à Lecce, une arrestation), d'avoir participé deux
ans auparavant à une bagarre avec des fascistes (c'est arrivé à Rovereto,
six arrestations). Et la liberté finit là.

Ce sont des choses qui arrivent surtout à ceux qui, fatigués d'être des
spectateurs de passage, veulent descendre à tout prix de la machine
sociale lancée dans sa course réductrice et assassine. En somme, à ceux
qui s'obstinent à penser que la liberté est encore une raison essentielle
de vivre et de se battre..."

--------

[ texte tiré de la brochure ]

En guise de présentation...


Nul n’est besoin d’avoir une vision machiavelique de l’histoire pour
constater que l’Etat italien a frappé cet été de nombreux compagnons
localement, même s’il a ressorti de sa manche une énième “association
subversive” concernant tout le territoire avec la dite “Opération
Cervantes” (mais les incarcérés pour des délits spécifiques fréquentaient
tous la région du Lazio).
Pise, Gênes, Lecce, Cagliari et Sassari, Rovereto, Rome-Viterbo, la liste
s’est allongée rapidement en quelques mois. Le tout accompagné d’une très
forte pression des journaux locaux et de déclarations fracassantes du
ministère de l’Intérieur, style « les anarcho-insurrectionnalistes
constituent aujourd'hui la plus dangereuse et agglomérante formation
subversive intérieure » (1). Si ces ordures ne font que leur travail,
accompagnés par des juges et des procureurs évidemment serviles, il est
cependant une raison pour laquelle s’accumulent les charges contre celles
et ceux qui luttent sans compromis contre la domination : c’est que la
situation sociale n’est toujours pas totalement pacifiée. Pour un Etat qui
avait cru avoir éliminé à la racine toute forme de dissensus radical à la
fin des années 70 à coups de lois spéciales, d’exécutions et de massacres,
de militarisation des rues et des quartiers, de ratissages très larges
dans la population et de distribution de milliers d’années de prison
(plusieurs dizaines de prisonniers non repentis croupissent encore dans
les geôles italiennes), force est de constater que la question sociale est
loin d’être réglée. Tout simplement parce que la lutte armée n’était pas
que le fait d’une minorité entendant poursuivre la libération étouffée au
sortir de la guerre par la démocratie-chrétienne et le PC, mais que ce
désir de révolution était plus largement partagé. Après les grandes vagues
de répression et l’extension de la zone grise de la domestication dans les
années 80-90 comme partout ailleurs, la dégradation des conditions de
survie fait ressurgir à présent, comme un fil mystérieux qui traverse
l’histoire, de nouvelles formes de luttes auto-organisées s’affirmant à
travers l’action directe. L’Etat utilise alors la vieille théorie des
“extrémistes alliés” (anarchistes, autonomes, brigadistes, islamistes)
pour effrayer, dissuader et isoler.
Des situations non contrôlées. Rien qu’au cours de cette dernière année,
on peut ainsi citer les grèves sauvages des conducteurs de bus et trams
réprimées par des réquisitions forcées, des licenciements et des amendes
(pas loin de 4 200 rien que pour Milan), la grève des ouvriers de Fiat
Melfi avec blocage de l’usine pendant dix jours, chargée brutalement par
les flics, les blocages de routes et manifestations de la population de
Scanzano Jonico et de toute la zone de la Basilicata contre le dépôt de
déchets nucléaires, projet finalement repoussé, la lutte des napolitains
contre la création de nouveaux dépôts de stockage des déchets ou celle de
la population d’Acerra contre la réalisation d'un in-cinérateur. Sans
oublier l’incarcération de milliers de sans papiers dans des camps
officiels ou sauvages (du type ancienne base militaire) et la tension qui
en résulte comme les révoltes ponctuelles dans des quartiers contre les
rafles de flics ou les émeutes et évasions collectives dans les centres de
rétention.. Dans tous ces contextes, différents entre eux à bien des
égards, des individus ont su s’organiser sans médiation et parfois
arracher quelques lambeaux au pouvoir.
Alors, que l’Etat frappe ses ennemis jurés, rien de bien étonnant ni de
scandaleux. Qu’il continue dans la ligne de l’enquête Marini (2) à
inventer une “association subversive” comprenant une structure, une
hiérarchie et des attaques –anonymes et diffuses le plus souvent– qui s’y
rattachent, ne signifie pourtant pas qu’il ne se soit pas adapté,
notamment en complétant ce niveau national qui présente l’inconvénient
d’être lourd, lent et souvent inefficace, par une approche plus fine, plus
locale. Le moindre incident ou la moindre agitation dans une ville peut
ainsi servir de prétexte à envoyer quelques compagnons dormir derrière les
barreaux puis à les tenir sous contrôle par des mesures d’assignation à
résidence, de pointage ou au contraire d’interdiction de séjour
admi-nistrative ou judiciaire. Cette stratégie plus ciblée de harcèlement
de basse intensité permet ainsi de suspendre une épée de Damoclès
permanente afin de les isoler de leur contexte de lutte. De plus,
l’accumulation de lourdes peines avec sursis pour des délits ridicules
fait monter la pression en rapprochant le terme de la prison ferme.
L’Italie ne fait ici pas figure d’exception, et cette tendance européenne
à l’accentuation des peines (en quantité et en dureté) contre les pauvres
et les rebelles touche donc aussi naturellement les anarchistes ou autres
camarades qui rentrent dans ce cadre. Nul besoin de se leurrer davantage,
ils ne sont pas attaqués parce qu’ils sont dangereux, mais plutôt pour les
empêcher de le devenir, comme c’est le cas pour tous les indésirables,
réprimés tout simplement parce qu’ils font tâche dans la grisaille sans
fin de la servitude volontaire. Avec cette petite différence qui est que
ceux qui affirment en pratique, le verbe haut et avec fierté, leur refus
de collaborer prennent un peu plus que les autres, à cause de leur
visibilité. Et surtout dans un moment où l’injection faite à chaque
individu de participer à la domination se fait impérative. Rien de bien
nouveau, donc, ni de spécifique de l’autre côté des Alpes, si ce n’est un
milieu anarchiste qui, bien qu’éclaté suite aux dissentions internes,
recommence en partie à se mêler aux luttes sociales, à se présenter
allumettes à la main là où la poudre des conflits s’accumule.
Face à une répression qui poursuit son sale travail, certains compagnons
recourrent par exemple plus fréquemment à des méthodes comme le colis
piégé –qui est criticable sur le plan éthique rien que du seul point de
vue de la non-certitude de toucher sa cible– dans un face à face avec les
flics. Mais ce n’est pas l’unique réaction, puisqu’il est aussi question
du comment participer aux luttes sociales. Différents textes d’analyse
plaident ainsi en ce sens : « Combattre et se défendre contre les forces
de police ne signifie pas en soi et pour soi subvertir les rapports
sociaux de domination. Et dans une période où les rapports sociaux sont
particulièrement instables, c’est là qu’il faut porter notre attention,
notre critique théorique et pratique, en évitant le plus possible d’être
poussé uniquement par un réflexe conditionné provoqué par la répression.
Parce que, sinon, on finit par abandonner le terrain fertile mais inconnu
des conflits sociaux pour rester dans celui stérile, mais connu, de
l’opposition entre nous et eux, entre compagnons et flics, dans un
affrontement riche en spectateurs mais pauvre en complices » (3). Un
second texte, A l’air libre, précisait quant à lui : « Je pense que c’est
moins que jamais le moment de renoncer au goût pour l’action directe, même
à peu nombreux. Mais celui-ci devrait seulement être majoritairement lié à
des contextes sociaux, à des insatisfactions perceptibles. (...) Le grand
jeu, me semble-t-il, réside dans la capacité de réunir une certaine dose
de non-conformisme quotidien (perturber partout où c’est possible la
normalité sociale, des débats citoyens aux foires à la consommation et à
l’abrutissement culturel, du travail à la paranoïa du contrôle) avec la
célérité d’action au moment opportun. En étant des véhicules de la joie de
vivre et non des Cassandre du futur effondrement du capitalisme ».
Vu la diversité des situations locales, nous avons complété les lettres et
tracts de compagnons italiens avec des chronologies, une liste des brèves
du désordre et d’actions de solidarité. Ce dossier n’a pas vocation à se
perdre dans les flots de la contre-information mais plutôt de permettre à
chacun/e de se réapproprier d’autres expériences, de permettre aux
rencontres et aux complicités de se développer. Que la solidarité soit une
arme.

(1) Interview donnée dans L'espresso n°35, 50e année, 2 septembre 2004,
pp. 52-54.(2) Voir Dans le marécage, limites et perspectives de la répression
anti-anarchiste, éd. La conjuration des Ego, juin 2000, 52 p.(3) Contrastare la repressione : riflesso condizionato o moto proprio ?,
décembre 2003. Traduit en français sous le titre Affronter la répression :
réflexe conditionné ou mouvement volontaire ?, in Tout le monde dehors,
février 2004, pp. 14-17.(4) All’aria aperta, Note su repressione e dintorni, par un amico di Ludd,
septembre 2004.

Un été italien, par Quelques complices sans patrie
janvier 2005, 32 pages

La brochure est téléchargeable en PDF sur :
http://mutineseditions.free.fr



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