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(fr) Retour sur les mobilisations contre le WEF 05

From worker <a-infos-fr@ainfos.ca>
Date Wed, 16 Feb 2005 23:36:10 +0100 (CET)


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A G E N C E D E P R E S S E A - I N F O S
http://www.ainfos.ca/
http://ainfos.ca/index24.html
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A en croire les médias, les protestations contre le WEF seraient en
pleine perte de vitesse. Seules quelques centaines de personnes se
seraient mobilisées cette année. Il est vrai que tout le gratin de la
gauche institutionnelle a une fois de plus préféré déserter la rue pour
se rendre à Porto Alegre, où, paraît-il on a débattu d’autogestion du
forum (comme à Davos on a parlé de la pauvreté). Après sa fuite à New
York en 2002, le WEF a multiplié son travail de lobbying en direction des
médias et ce travail a porté ses fruits. Cette année, l’alibi a pris la
forme de quelques "stars" qui ont réussi à récolter quelques miettes pour
des bonnes causes.

Le bilan est cependant beaucoup plus contrasté. Il est vrai qu’en terme
de contenus de l’appel de l’Alliance anti-WEF, des alliances ayant pu
être mises en place et des possibilités de blocage du WEF un certain
recul est à observer. Pourtant, malgré la militarisation du pays, les
interdictions de manifester, les tentatives de criminalisation des
manifestantEs, jamais il n’y a eu autant d’actions de protestation contre
le WEF : théâtres de rue, manifs, actions, bombes de peinture contre les
sièges de multinationale... Malgré les intimidations de cette année et la
répression des années précédentes, nombreux/ses sont celles et ceux qui,
dans diverses villes, ne se laissent pas démonter pour autant.
Le texte ci-dessous rend compte de ce qui aurait dû être la manif
centrale à Berne. La police a exigé dans un premier temps que les
manifestantEs se rendent en train spécial directement au stade de foot où
tout l’arsenal existe pour contrôler les supporters. Les autorités ont
ensuite proposé comme "compromis" que nous manifestions dans une cage
devant le parlement. L’Alliance anti-WEF a refusé, annulé la manif prévue
mais appelé à des actions décentralisées dans la capitale.


Journée d’action contre le WEF à Berne
On a rien cassé mais on vous informe quand même
Au cas où ça vous intéresserait malgré tout

Samedi 22 janvier, malgré un déploiement policier sans précédent et
l’interdiction de manifester, le mouvement anti-WEF a réussi à se
réapproprier la rue !


Manif interdite, manifs partout !

Il est difficile de rendre compte de l’ambiance qui régnait le 22 janvier
2005 à Berne. La manifestation prévue par l’Alliance anti-WEF ayant été
interdite de facto car personne ne voulait manifester dans la cage que
les autorités s’apprêtaient à ériger sur « la plus prestigieuse place de
Suisse » (dixit la municipale de police bernoise), un appel à se rendre
malgré tout dans la capitale pour y mener des actions décentralisées en
petits groupes a été lancé une semaine avant la date fatidique.
L’Alliance anti-WEF s’est refusée d’appeler dans un premier temps à une
manif puis à des actions non-violentes comme l’exigent aujourd’hui
systématiquement les bien-pensantEs, mais elle a également refusé de
souscrire au scénario de confrontation mitonné par la flicaille et les
autorités. Au dernier moment, la police a toutefois autorisé une parade
dansante au bord de l’Aar avec cinq sound systems. Cette dernière a été
essentiellement autorisée pour des raisons tactiques: la police espérait
ainsi éloigner le plus possible de manifestantEs du centre commerçant de
la ville où devaient avoir lieu les actions.

Etat de siège

En se promenant le matin la ville semblait calme, les gens faisaient
leurs courses et seuls quelques magasins avaient barricadé leurs vitrines
à l’aide de palissades en bois, contrairement à ce que les mass médias
propageaient depuis quelques jours pour faire monter la tension et
décourager ainsi un maximum de personnes à répondre à l’appel. Tous les
poncifs sur les débordements et les « casseurs » nous ont été servis,
alors que l’année dernière, comme de coutume, c’est la police qui a fait
régner la terreur en s’attaquant à un train rempli de manifestantEs
rentrant d’une paisible manif autorisée à Coire, fichant au passage plus
de mille personnes (T'Okup! 43 et 45).
Les choses ont commencé à se corser et la ville de Berne à prendre une
couleur franchement martiale vers 11h30 lorsque huit camions militaires
et d’innombrables fourgons remplis d’anti-émeutes ont commencé à
converger vers la gare pour réceptionner un train parti de suisse
romande.
Contrairement à d’autres, des personnes de Lausanne, Genève et Neuchâtel
avaient décidé d’y aller groupées, refusant de se séparer et revendiquant
le droit de se rendre à la parade dansante autorisée. Toute la gare a été
bloquée pour réceptionner ces dangereux/euses manifestantEs en tutus
roses arméEs de musique et de matériel de jonglage. Les flics ont alors
amené une table dans le souterrain de la gare pour procéder à une fouille
systématique et au fichage des manifestantEs. Les fiches étaient ensuite
classées dans l’une ou l’autre des deux attachés-case, selon la
dangerosité supposée du/de la ManifestantE. Certains ont été arrêtés,
menottés et emmenés au poste pour possession de marker, mini-ciseaux de
trousse de secours, lunettes de protection (rappelons que plusieurs
personnes ont perdu l’usage d’un œil ces dernières années suite aux tirs
tendus de balles en caoutchouc) ou spray au poivre. Notons que la
possession d’aucun de ces objets n’est en soi interdite. Les autres ont
été relâchéEs petit à petit par des sorties différentes afin de les
disperser. Outre les anti-émeutes, une masse impressionnante de flics en
civil parcouraient la gare et la ville, à l’écoute attentive des
conversations des manifestantEs, tandis que flics et sécu empêchaient de
filmer même des journalistes.

Pendant ce temps, les personnes qui avaient décidé de se rendre à la
parade dansante contre le WEF qui devait débuter à midi avaient, elles
aussi, droit à des contrôles volants lors de leur passage du pont qui
menait au lieu de rendez-vous. Tout cela avait un petit goût de loi
martiale qui ne semblait pas déranger des autorités toujours promptes à
parler de pacifisme et de non-violence. On pouvait craindre le pire.

Subvertissons leur répression

Malgré le fait que des escadrons d’anti-émeutes quadrillaient tout le
centre-ville, l’ambiance a changé du tout au tout aux alentours de 13
heures lorsque des centaines de petits groupes envahirent la cité
tournant en dérision l’ordre répressif et marchant qui y régnait.

Il est impossible de citer ici toutes les actions menées. Mais nous ne
résistons pas a en décrire quelques-unes. Tout ceci avait un petit air
surréaliste dans cette ville en état de siège. Il a ainsi été possible de
croiser une troupe de faux militaires débraillés qui marchait au pas et
singeait les forces de l’ordre faisant le salut lorsqu’ils croisaient une
colonne d’anti-émeutes. Alors que ceux-ci avaient encerclé des centaines
de personnes ayant tenté une manif, les faux militaires se sont dirigés
vers le cordon de police pour ramper entre les jambes des flics
interloqués et rejoindre ainsi les manifestantEs momentanément
prisonniers/ères. Un peu auparavant, un groupe d’adorateurs/trices du
capital qui arboraient un gros dollar au bout d’une perche était venu se
prosterner devant un Mc Do en psalmodiant des prières à la gloire de la
multinationale. Egalement pris dans la nasse précédemment évoquée, le
groupe est allé se prosterner cette fois-ci devant les forces de l’ordre.
Un cordon de manifestantEs s’était formé derrière le cordon policier et
les gens applaudissaient, empêchant les anti-émeutes - inquiets d’être
ainsi pris en sandwich - de se sentir en terrain totalement conquis. Une
fausse patrouille de flics armés de matraques et de boucliers paradait et
gesticulait, faisant la circulation aux passages des vrais véhicules de
police et militaires qui transportaient les troupes d’un coin à l’autre
de la vieille-ville. Au détour d’une place, on tombait sur un groupe de
quatre personnes en costard assises par terre, entourées d’un barbelé,
qui jouait au monopoly sur un plateau au centre duquel figurait le sigle
du WEF. D’autres avaient décidé de se mettre un cornet type Migros sur la
tête sur lequel figuraient des inscriptions dénonçant le WEF et de
parcourir ainsi les supermarchés. Un autre, isolé, avait adopté une
patrouille d’anti-émeutes qu’il suivait tout en imitant scrupuleusement
les postures. D’innombrables personnes se baladaient dans tout le centre
munies de pancartes ou encore de ballons multicolores gonflés à l’hélium
sur lesquels on pouvait lire « faites sauter le WEF, un autre monde est
possible ». Une femme s’appliquait quant à elle à faire reluire le
bouclier des anti-émeutes à l’aide d’un chiffon. Passait alors un groupe
de « supporters de la Municipalité rouge-verte » demandant plus de
répression, arborant des calicots sur lesquels on pouvait par exemple
lire « Tschäppät (maire socialiste de la ville de Berne) tu es des nôtres
» et scandant « à ceux qui veulent dominer le monde, nous répondons
bienvenus ». D'autres encore avaient monté une fanfare, s'étaient
habillées en pleureuses, avaient transposés des ateliers de couture des
townships sur le trottoirs ou se sont enfermé dans une cage de hamster en
criant Wipe out WEF!, tandis qu'un couple bâillonné distribuait des
tracts tout blancs en arborant une banderole « Consume and shut the fuck
up . »
A noter encore que sur bien des places ou à l’aide d’une petite radio
qu’il était conseillé de prendre avec soi, il était possible d’entendre
radio Rabe qui diffusait des informations sur le déroulement et le
pourquoi de cette journée de protestation. La liste serait encore longue
et nous encourageons les personnes qui ont participé à la journée
d’action à rendre compte de ce qu’elles ont fait ou vu afin que toutes et
tous puissent s’en inspirer ou trouver de nouvelles idées pour détourner
le triste quotidien auquel les capitalistes, avec la complicité des
autorités, fussent-elles de gauche, voudraient bien nous réduire.

Vu des circonstances plus qu’inquiétantes, un bilan réjouissant qui reste
à faire

Sans surprise, les commentaires des mass médias se résument généralement
à relater le fait qu’il n’y a pas eu de casse et d’affrontements, que
tout est resté calme. C’est en effet depuis quelques années bien souvent
le seul critère à l’aune duquel les journalistes rendent compte des
manifs. Soit il y a de la casse - quitte à dénicher péniblement une photo
de banque sprayée - et il y a matière à article, soit il n’y a pas de
casse et il n’y a rien à rendre compte, n’en déplaise à celles et ceux
qui trouvent que la casse fait passer sous silence le contenu des manifs.
Un léniniste attardé nous expliquera peut-être doctement que ce n’est pas
ainsi que nous ferons la révolution. Certes. Peut-être. N’empêche que
quelque chose s’est passé ce 22 janvier 2005 à Berne bien qu’il soit
encore trop tôt pour en tirer un bilan, qu’il s’agira d’en débattre
collectivement ces prochaines semaines. L’intransigeance de la police et
des autorités, si elle n’a pas eu raison de notre détermination, nous a
en quelque sorte pousséEs à faire ce dont nous parlions depuis longtemps
mais n’avions jusque-là jamais osé mettre en œuvre. Une manifestation
étant impossible dans le contexte bernois décrit, il a fallu mettre à
contribution l’imagination et la fantaisie de chacune et chacun pour
détourner l’interdiction tout en évitant le massacre. Et ça a marché !
Bien sûr de nombreuses choses sont à revoir et gageons que les forces de
répression sauront également adapter leur dispositif. Cette tactique a
montré un certain nombre d’avantages. Plutôt que d’avoir une manif de
quelques milliers de manifestantEs qui défilent durant deux heures en
ville, la manif s’étend tout l’après-midi à l’ensemble du centre-ville.
Cela casse avantageusement la barrière qu’il y a souvent entre
l’intérieur et l’extérieur de la manif, celle-ci se dissolvant dans la
population. De ce fait, il est plus facile de s’arrêter pour discuter
avec les gens, puisqu’il n’y pas le risque de perdre la manif ou de
devoir lui courir après. Il s’est avéré que nombreuses étaient les
manifestantEs ayant préparé des actions et des formes de protestation
pour cette journée. Les gens s’impliquent plus facilement, il est
possible d’organiser quelque chose avec des amiEs et cela produit une
joyeuse émulation. Si un cadre avait bien été posé pour cette journée, il
était largement possible de se l’approprier.

Si la présence policière massive et menaçante reste bien sûr un problème
majeur, elle avait toutefois l’avantage, puisque devant être présente
partout en même temps, de bloquer à elle seule la gare, la circulation et
les commerces qui ont eu plus de peine que d’habitude à extorquer au
populo l’argent qu’il avait gagné durant la semaine. Il était également
étonnant de voir la capacité des manifestantEs à tourner en dérision les
innombrables provocations policières. Bien souvent les anti-émeutes ne
savaient plus où donner de la tête et le type d’actions menées ne
légitimait pas une intervention musclée. Sans compter que les
manifestantEs étant répartiEs dans tout le centre, il leur aurait fallu
gazer tout le centre. On a ainsi eu l’impression que certainEs
anti-émeutes ont passé leur après-midi à monter et descendre de leur
fourgon.

Certes, bien des choses sont à dire au chapitre de la répression et de
l’intimidation : contrôle et fichages de masse (654 personnes, à quoi il
faudra ajouter quelques centaines lors de la non-manif de Bâle quelques
jours plus tard), check-points à la gare à l’aller comme au retour et
volant dans tout la ville. Confiscations d’objets prétendument dangereux
et arrestations préventives de personnes (79 hommes et 5 femmes) étaient
là comme pour justifier l’ampleur du dispositif mis en place. Jamais nous
n’avions vu autant de flics en civil. De nombreuses choses doivent encore
être éclaircies, notamment le déroulement des détentions. Un manifestant
s’est par exemple vu lâcher un chien dans la cage où il était détenu et
mordre la jambe parce qu’il protestait contre son enfermement. Il a été
emmené à l’hôpital. A ce titre, nous verrons ce qu'auront à répondre ce
coup-ci certainEs parlementaires de gauche qui préfèrent aller se pavaner
à Porto Alegre en nous conseillant de parsemer nos appels du qualificatif
de non-violent devant à lui seul nous préserver de la répression.
A noter que quasi plus aucun parti ou syndicat ne se risque à critiquer
le WEF, sans parler d’appeler à manifester.

Espérons que l’expérience de ce 22 janvier encouragera les nombreuses
personnes intimidées par la répression de ces dernières années à
redescendre dans la rue. Il n’en demeure pas moins qu’une telle présence
policière et qu’un tel fichage soit possible reste inquiétant !
Ce fut une curieuse journée. Même si cela peut paraître contradictoire,
nous avons l’impression de nous être réapproprié la rue l’espace d’un
instant.

Wipe out WEF !
A bas l’Etat policier !
A bas l’Etat !

Tiré du T’Okup’ n° 50, Lausanne, Suisse
www.squat.net/espaceautogere

[ expéditeur/expéditrice <espaceautogere(a)squat.net> ]




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