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(fr) Monde libertaire # 1385

From FA <relations-exterieures@federation-anarchiste.org>
Date Sun, 13 Feb 2005 15:06:13 +0100 (CET)


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Le Monde libertaire #1385, du 10 au 16 février 2005
SOYEZ RESOLUS DE NE PLUS SERVIR ET VOUS VOILA LIBRES

Sommaire :
Travailler pour vivre ou vivre pour travailler, par Pierre, page 3 On
commémore puis on oublie, par Maurice Rasjfus, page 6
Des militants d’Act Up poursuivis en justice, par Patrick Schindler, page
6
L’extrême-droite contre l’avortement, par Jocelyn Bezecourt, page 7 Au
Struthof aussi, il y avait un camp, par Pierre Liebrecht, page 9 La démo
cra cra, la démocraCIA, par Jacques Langlois, page 11
L’économie sociale et solidaire, c’est pas encore l’anarchie, par
Justhom, page 14
Quand le Nestor s’en prend à l’âme de Dieu, par Nestor Potkine, page 15
L’obscurantisme à la Réunion, par Joël Grouffaud, page 16
T’es pas invité à la télé, toi ? par Roger Dadoun, page 17
La poésie de Jean l’Anselme, par Claude Kottelanne, page 19
Le retour des vieilles hantises, par Jacques Vallet, page 20
A la chasse aux étoiles, par Julien et Christophe, page 21
Le mouvement, page 22
Agenda, page 23

L’éditorial :

Et comme tout le monde nous attendons avec impatience et fébrilité la
mort du pape. Il y a bien quelques signes encourageant, un microbe par
çi, un virus par là mais malheureusement rien de définitif. Cette vieille
carne est foutue de nous en remettre pour vingt ans. Bon si c'est pas lui
ça sera un autre mais celui là est particulièrement détestable. Enfin...

Va faire un éditorial sur un non événement. Heureusement l'actualité
sociale nous réserve en ce moment de quoi réfléchir. La proximité du
referendum sur l'Europe agitant la CGT de manière significative, il est
amusant de noter que les grands médias, télévision en tête, se régalent
de constater qu'il puisse y avoir un débat interne dans cette
confédération et, partant, sont presque prêts à nous affirmer que rien ne
va plus chez les Thibaud's brothers. Nous ne sommes pas à la Fédération
anarchiste des forcenés de l'adhésion à la CGT, les individus sont
entièrement libres de se syndiquer ou non au syndicat qu'ils désirent
(pas à la CFDT quand même ! Si ?) et comme dans de multiples
organisations de saines opinions de sains débats peuvent mûrir, évoluer
et faire avancer les choses. Pourquoi après tout n'en serait-il pas de
même à la CGT ? Il s'agit en l'occurence de savoir si oui ou non le corps
électoral doit donner sur accord à la constitution européenne. Belle
affaire sans doute sur laquelle nous reviendrons en temps voulu, mais le
temps n'est désormais plus ou les positions de l'ex centrale communiste
ne pouvait souffrir d'aucune contestation. C'était la démocratie ou mon
poing dans la gueule. Certes il y a bien toujours quelques nervis
ricardisés amateurs de service d'ordre musclé et adhérents au fan club de
Pif le chien, certains animateurs de Radio libertaire en ont fait les
frais il y a quelques mois, mais reconnaissons que les temps, et nous ne
pouvons pas reéllement nous en plaindre, ont un peu changé.
Plus inquiétant et syndicalement plus porteurs, sont les menaces qui
pèsent sur la réduction du temps de travail. Les trente cinq heures
(c'est trente de trop je sais !) n'ont pas été le fruit d'une lutte
sociale, mais il n'empêche qu'elles sont là et bien là même si au bout
du compte elles n'ont jamais pu générer une régression de la précarité et
du chômage comme les sociaux démocrates nous l'avaient prédit.



La citation de la semaine :

« Lorsque les Blancs sont venus en Afrique, nous avions les terres et ils
avaient la Bible. Ils nous ont appris à prier les yeux fermés : lorsque
nous les avons ouverts, les Blancs avaient la terre et nous la Bible. »

Jomo Kenyatta

Et en prime un article :

Travailler pour vivre, ou vivre pour travailler ?

La CFDT se fait aujourd’hui le défenseur de ce « progrès social » que
représenterait les 35 heures. Dans le cadre de la « journée d’action » du
5 février, les confédérations syndicales appellent à la mobilisation
entre autre sur cette question-là…

Petit rappel historique :

La première loi de réduction sur le temps de travail dite loi Aubry 1
permettait de réduire le temps de travail par accord collectif de 10%
(passage de 39 à 35 h). Cette réduction pouvait être réalisée en trois
étapes, et il devait y avoir au moins 6 % d’embauches ou 6 % d'emplois «
sauvés », en cas de procédure pour licenciement (ces embauches n’étant
pas obligatoires pour les petites entreprises). Cela s’assortissait pour
le patron d'une réduction forfaitaire des cotisations patronales de
Sécurité sociale d’une durée de 5 ans.
La loi Aubry 2 innove en ne demandant aucune contrepartie d’embauches aux
patrons malgré un nouvel allégement des cotisations patronales de
Sécurité Sociale: une aide pérenne aux 35 heures de 636,32 euros par
salarié et par an, et une réduction des cotisations sur les bas et moyens
salaires. Evidemment, ces cadeaux fiscaux peuvent être majorés et cumulés
avec d’autres allégements liés par exemple à des contrats d'adaptation,
la convention de coopération Assedic, l'aide au poste des entreprises
d'insertion, la subvention Agefiph pour l'embauche d'un travailleur
handicapé, les allocations de chômage partiel et le taux vieillesse
réduit des professions médicales et des journalistes.
Pour information, les allégements de charge ont une longue histoire en
France, sous la gauche comme sous la droite : Globalement, cette
politique a été mise en place progressivement à partir de juillet 1993:
allégement de charges sur Bas salaires (applicables pour les entreprises
de bénéficiant pas de Aubry 2), loi Fillon du 17 janvier 2003 (se
substituant aux 2 premières), loi de Robien de 1996, exonérations 35h des
Aubry 1 et aubry 2, ou encore l’abattement de 30% pour les temps
partiels. La plupart de ces mesures se cumulent. Le total des
exonérations patronales se monteraient en 2005 à 18 Milliards d’Euros
soit plus de la moitié du budget du Ministère du Travail et des affaires
sociales°! Ainsi, alors qu’en 1993, le Taux de cotisations employeurs au
SMIC était de 32%, il n’était plus que de 4, 2% en 2002. Nous voyons ici
clairement que le mise en place des 35 heures par la gauche a donc été un
cadeau fiscal aux patrons. Rappelez-vous, l’an dernier, Douste-Blazy a
fait sa contre réforme sur la Sécu, en argumentant que décidément , le
trou était trop énorme. C’est ce trou, fabriqué de toute pièce, qui a
financé les exonérations de charges des 35H !

Mais qu’en disent les salariés et comment le vivent-ils ?

Un rapport du Commissariat général au plan relève que si les salariés
sont, "en très grande majorité satisfaits de la RTT en matière de
conditions de vie" (59 %), beaucoup se montrent "plus perplexes en
matière de conditions de travail". La moitié des salariés interrogés
estime en effet que les conditions de travail ne se sont pas améliorées
et un quart disent même qu'elles se sont détériorées. En cause:
flexibilité, intensification des rythmes de travail et réorganisation des
structures.On se rappelle des nombreuses grèves dans le privé comme dans
le public sur la mise en place des 35H. Pour éviter une mobilisation
massive, le gouvernement a laissé les négociations se faire entreprise
par
entreprise, ce qui a eu comme conséquence des grèves isolées, bien que
nombreuses. Les confédération syndicales n’ont rien fait pour mobiliser
les salariés de façon unitaire dans l’action pour défendre leur droits,
et pour cause : leurs partis politiques étaient au pouvoir ! Parfois, les
négociations ne se sont pas trop mal déroulées, dans les grosses
entreprises para-publiques où les organisations syndicales pèsent encore
un peu, et dans les entreprises de service. Dans le secteur industriel
privé,souvent nettement moins bien…Dans le privé, par exemple, des très
nombreuses négociations se sont faites, entre les patrons et des
salariés, non syndiqués, mais mandatés par une organisation syndicale.
Dans le meilleur des cas, souvent ils ignoraient tout de leurs droits, et
dans le pire, se faisaient acheter leur carte de Délégué Syndical
directement par le patron… D’où des accords parfois pourris. C’est ainsi
qu’aujourd’hui, d’une entreprise à l’autre, la réduction du temps de
travail n’est pas vécue de façon uniforme par les salariés… Parfois, le
patron peut imposer les jours de RTT aux salariés, en fonction de la
charge de travail : c’est la modulation horaire, grâce à l’annualisation
du temps de travail. Un employeur peut calculer les horaires à l'année :
1600 heures réparties sur l'année avec des semaines qui peuvent aller
jusqu'à 48 heures et d'autres semaines qui peuvent être de 30 heures. Le
salarié doit se plier en toute flexibilité aux carnets de commande du
patron. En plus, les entreprises appliquant un accord de modulation du
temps de travail peuvent bénéficier des allocations de chômage partiel
pour chaque heure perdue en deçà de la durée du travail prévue. Souvent,
la mise en place des 35h a signifié le gel des salaires pendant plusieurs
années (2 ou 3 ans bien souvent). Les patrons ont pu mettre en place les
forfaits jours par exemple pour les cadres : il n’y a plus aucune
limitation à la durée quotidienne de travail, les 11 heures de repos
légal quotidien restent le seul garde-fou. Dans ce cas, aucune heure
supplémentaire ne peut être payée ou récupérée...
Selon l’Insee, « [l’effet RTT] aurait légèrement accentué la modération
salariale à la fin des années 1990 ». En effet, « la plupart des accords
négociés dans le cadre des lois Aubry ont prévu un maintien du salaire
mensuel au moment du passage aux 35 heures en contrepartie d’une période
de croissance modérée des salaires mensuels ». L’Insee estime la durée de
cette modération à deux ans en moyenne. Son ampleur est mesurée par des
enquêtes du ministère du Travail : elle correspondrait à 0,5 à 1 point de
croissance des salaires en moins pour les entreprises passée aux 35
heures par rapport à celles restées à 39 heures.
La mise en place des 35 heures a permit aux patrons de définir le « temps
de travail effectif » : les temps de pause, d’habillage/déshabillage ou
de transport pour l’entreprise… ne rentrent plus dans le temps de
travail, il s’agit de « loisir » !
Dans la fonction publique, la mise en place des 35 heures s’est faite
sans embauche ou presque, malgré les mouvements de grèves des salariés,
ceux de la santé notamment en revendiquant 80 000 embauches, alors que
Jospin n'en a cédé que 45 000... sur trois ans.
La RTT aurait créé de 350 000 (selon la DARES) à 500 000 emplois (selon
l’IRES.) Cela ne nous dit pas de quel type d’emplois il s’agit
(Aujourd’hui, l’écrasante majorité des créations d’emploi sont précaires
ou à temps partiels…) De plus, en diminuant le temps de travail de 10%
(en passant de 39 à 35 heures), le nombre d’emplois créés aurait dû être
de 1,5 Millions. Où est passé la différence ? Dans l’augmentation de la
productivité horaire, qui a été de l’ordre de 5%. Le patronat a su
profiter de l’occasion pour « réorganiser le travail à sa convenance, en
l’intensifiant, en l’annualisant, bref en le flexibilisant.
L’augmentation de l’intensité du travail a des conséquences évidentes en
terme de souffrance et de dégradation des conditions de travail.
La mise en place des 35 heures à engendré la création de 6 SMIC en
fonction de l ‘année de passage aux 35h. Il y a eu « décrochages » des
SMICs. Après avoir créés des « sous-SMICs », il était facile pour le
gouvernement de « freiner » l’augmentation du SMIC du « haut », pour
qu’il se fasse « rattraper » par celui du « bas », tout en annonçant
officiellement des augmentations du SMIC.
Depuis le début des années 1980, l’économie française est entrée dans une
phase de “ modération salariale ”.
Un rapport de l’Insee analyse deux événements susceptibles d’expliquer ce
phénomène : l’arrêt de l’indexation des salaires sur les prix, à partir
de 1982, et la généralisation de la réduction collective du temps de
travail (RTT) depuis 1996. En bref, la baisse du pouvoir d’achat (autre
revendication des organisations syndicales les 18,19 et 20 janvier et le
5 février) au profit de la rémunération des actionnaires s’est faite…
principalement sous leurs alliés de gauche !

La gauche partageait la misère, la Droite va augmenter celle-ci…

Le capitalisme est soumis depuis des années à une véritable crise de son
taux de profit : les placements financiers, plus rentables à court terme
que les investissements productifs, exigent une rendement toujours plus
élevés. Le capitalisme a besoin de diminuer le coût du travail à
l’échelle mondiale pour tirer parti des opportunités que lui offre
l’arrivée sur le marché mondial de régions où les conditions d’extraction
de la plus-value sont meilleures, et ainsi mettre en concurrence toutes
les forces de travail du monde. C’est pourquoi, après avoir aboli les
obstacles à la circulation des capitaux, le capitalisme veut démolir tout
ce qui reste des systèmes sociaux et le code du travail. C’est dans ce
cadre que rentre le projet de loi examiné du 1er au 3 février par
l’Assemblée Nationale. Il comporte trois articles. Le premier permet,
dans le cadre d’un accord de branche ou d’entreprise, d’utiliser le
compte épargne-temps pour « compléter la rémunération » du salarié.
L’article 2 permet aux « salariés qui le souhaitent, en accord avec leur
employeur » de travailler au-delà de l’épuisement du contingent d’heures
supplémentaires annuel autorisé. Autrement dit, un temps « choisi ”
(rappelons que ce sont les patrons qui décident des heures
supplémentaires, un salarié les refusant peut se faire licencier pour
cela), qui repousse les limites maximales de la durée hebdomadaire à
celles déterminées au niveau européen, soit 48 heures… Enfin, le dernier
article prolonge jusqu’à la fin 2008 le régime dérogatoire et «
transitoire » qui permet aux PME de moins de 20 salariés de payer les
heures supplémentaires avec une majoration de 10 % et non plus de 25
%.Après avoir payé la mise en place de la RTT, les salariés pourraient
être contraints par leur employeurs d’augmenter leur temps de travail,
sans revalorisation de leur salaire de base. Et pour cause, puisque les
exonérations de « charge » (en fait, du salaire socialisé) sur bas
salaires font pression sur tous les salaires à la baisse. Comment peut-on
souhaiter « volontairement » travailler plus , à moins d’y être contraint
par un revenu insuffisant pour boucler les fins de mois ?
Officiellement, les patrons ne touchent pas aux 35 heures (car cela leur
permet d’avoir des exonérations de charges supplémentaires !). Mais en
redéfinissant les heures supplémentaires et avec la mise en place des
Comptes Epargnes Temps, il s’agira bien de travailler plus pour gagner
moins ! Par la même occasion, cela permet de casser davantage le code du
travail en particulier parce que dans certains secteurs, des conventions
collectives moins favorables que le code du travail vont s’appliquer… Un
décret du 21 décembre 2004 porte déjà le contingent d’heures
supplémentaires de 180 à 220 heures par an et par salarié
Le "compte épargne temps" va de pair avec l'annualisation. Le principe
est que les jours de congés que les salariés ne peuvent ou ne veulent pas
prendre sont placés sur un compte. En général, quand on fait un crédit,
cela se fait avec intérêt, et bien là, non ! En gros, le salarié fait
crédit, sans abondement, de ces jours de congé payés au patron. Il doit
au minimum prendre 12 jours de congés par an, et le reste de ses congés,
dès qu'ils auront atteint deux mois, il devra les prendre ou se les faire
payer dans les cinq ans qui suivent le dernier jour acquis. Vu la
faiblesse des salaires, certains pourront être tentés de se faire payés
ces jours, au détriment de leur santé…

Les heures supplémentaires allongées et moins payées :

Leur nombre va pouvoir augmenter par voie dérogatoire au niveau des
entreprises et leur taux de majoration devrait être fixé à 10 % minimum,
ce qui correspond à une perte drastique de salaire pour ceux qui en
faisaient un complément salarial. En effet, les heures étaient majorées à
25 % auxquels s’ajoutaient un repos compensateur de 50 % dés la 41ème
heure : ensuite elles étaient majorées de 50 % à partir de la 44ème heure
avec repos compensateur, lequel repos compensateur était porté à 100 %
au-delà du contingent annuel. Ce contingent a été porté à 180 h pour les
entreprises de moins de 20 salariés, mais il devrait l’être pour toutes,
et certaines branches (la poissonnerie) l’ont déjà porté à 230 h. Un
total de 230 h dans l’année, cela revient à imposer 14 mois de travail en
11 mois (si le salarié prend des congés et si le « compte épargne temps »
n’est pas un moyen de le contraindre à les différer). Comme le salarié
est subordonné, on en arrive à des situations où l’employeur décidera
seul de variations formidables de la durée du travail annualisée appuyé
sur des accords d’entreprise dérogatoires « bidon ». C’est ainsi que le
gouvernement contourne largement les 35 h en tant que durée légale, sans
formellement les supprimer.

Le patronat explique que l’on produira plus si on travaille plus
longtemps, et que chaque salarié doit être en position de choisir de le
faire. Il y a en France plusieurs millions de personnes qui aimeraient
travailler, tout simplement, ou travailler plus longtemps, pour celles
qui sont cantonnées à des emplois précaires ou à temps partiel imposé. Et
pas, parce qu’elles s’ennuient chez elles, mais parce qu ont besoin
d’argent pour vivre… Rallonger la durée du travail sans augmenter –
évidemment – la masse salariale globale pèserait encore plus sur la
situation de l’emploi. Aujourd’hui 10 % de la population active est au
chômage, 15 % à temps partiel majoritairement contraint, et sans doute au
moins 10 % en situation de sous-emploi. Dans le même temps, la commission
européenne est en train de discuter de porter la durée du travail
hebdomadaire normale à 65 h, voire 78 h avec autorisation spécifique.
Voilà comment le capitalisme réduit la durée du travail : de manière
discriminatoire et inégalitaire.
Une Réduction du Temps de Travail, OUI, mais sans patrons et sans
gouvernement !

Même si certains travailleurs ne s’en sont pas trop mal tirés en nombre
de jours de RTT (plus souvent des cadres dans des grosses entreprises à
haute valeur ajoutée du secteur tertiaire), la Réduction du Temps de
Travail a été avant tout un dispositif législatif permettant d’Aménager
et Organiser le Temps de Travail au bénéfice des patrons. Le gouvernement
de gauche a réussit à dévoyer une revendication historique du monde du
travail en en faisant un outil d’adaptation du salariat aux contraintes
d’un capitalisme post-fordiste, mondialisé, fonctionnant à flux tendu. Si
les 35 heures ont été un moyen de diminuer le coût du travail, leur
remise en cause par la clique à Chirac (élu avec les voix de gauche lors
du « séisme d’Avril 2002 » !), n’est qu’un moyen de tirer toujours plus
sur la corde.

En Mai 1906, la centrale syndicale CGT, alors sous forte influence
anarcho-syndicaliste, organisait sa première grève générale, en
revendiquant « 8h de travail, 8 h de repos , 8 heures de loisir ». Nous,
anarchistes, savons bien que la question du partage du temps de travail
est inséparable de celle du partage des richesses.
Pensez le partage du temps de travail sans aborder l’abolition du
salariat serait se condamner à se partager la misère entre travailleurs.
A la différence des sectes marxistes, nous faisons également le lien avec
la nécessité de repenser le travail. Dans une société libertaire, une
fois que nous aurons repris en main l’appareil de production et
d’échanges, comment organiserons-nous le travail entre nous ? Comment
gérerons-nous les emplois actuels socialement inutiles, voire « nuisibles
» ?

Si nous devions manquer de courage ou de ténacité dans nos réflexions et
surtout nos actions sur ce terrain de la lutte des classes, soyons bien
sûr que le MEDEF, qui se targue, avec sa novlangue, « d’être
révolutionnaire contre les conservatismes », se ferait fort de repenser
les utopies à notre place. Cela ne dépend que de notre capacité à nous
organiser et à militer…

Pierre, groupe La Sociale, Fédération anarchiste de Rennes


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