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(fr) Monde libertaire # 1384

From FA <relations-exterieures@federation-anarchiste.org>
Date Sun, 6 Feb 2005 22:41:15 +0100 (CET)


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A G E N C E D E P R E S S E A - I N F O S
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Monde libertaire # 1384 du 3 au 9 février 2005

Le sommaire :
Page 3 : Sursaut dans l’éducation nationale, par Virginie
Page 5 : Chirac, c’est un sacré rigolo, par le Furet
Page 6 : Quelle putain d’école, par Fred
Page 7 : Tête hors du sable, l’autruche, par F.Ladrisse
Page 8 : Le nucléaire, une histoire, par Daniel
Page 9 : Tu creuses, nous creusons, ils s’encaissent, par A.Béjeant et
a.Devriendt
Page 12 : Et ils actionnent la pompe à phynance, par Jacques Langlois
Page 15 : La chasse est toujours ouverte, par André Sulfide
Page 17 : CNT, le journal de la glorieuse CNT
Page 18 : Ngo Van, l’arbre abattu, par Charles Reeve
Page 19 : La renaissance du cinéma afghan, par Laurence Berger
Page 21 : Brassens, un calotin ? par Jipé
Page 22 : De l’oseille pour notre poste, par RL
Page 23 : Agenda militant


L’éditorial en prime :

En cette période de commémoration de la Shoah, que peuvent ajouter les
anarchistes ? Il est rude de répondre. Redire « plus jamais ça ! » ? Nous
voudrions nous joindre à cette expression convenue, mais depuis 1945
l'horreur concentrationnaire, l'extermination génocidaire se sont répétés
en de nombreux pays, même si elles n'ont pas atteint le niveau
d'ignominies que représente la Solution finale mis en place par le régime
nazi, c'est à dire l'industrialisation de la mise à mort des Juifs.
L'Humanité s'est réveillé difficilement de ce cauchemar, et à juste titre
: ce cauchemar étant devenu de facto une part de notre identité. Le nier,
refuser le statut d'homme aux responsables et exécuteurs de la Shoah en
les transformant en monstres permet de nous déresponsabiliser face à
cette horreur, celles qui ont suivi et qui suivront.

L'indispensable travail de mémoire tant plébiscité ces jours-ci n'est pas
une tâche aussi simple que les médias le laissent penser. Pour exemple,
la France d'après-guerre n'a voulu voir qu'une facette bien réductrice de
cette horreur. Les seuls récits accessibles étaient alors ceux des hommes
de la Résistance. La France devait se reconstruire... Il a fallu attendre
les années soixante-dix pour parler du génocide des Juifs et encore
quelques années plus tard pour évoquer celui des Homosexuels et des
Tsiganes, pour reconnaître depuis peu l'implication de l'État français
dans la Shoah.

La date du 27 janvier 1945, libération du camp d'Auschwitz-Birkenau, où
furent exterminés près d'un million de juifs, a été choisi pour
commémorer la Shoah. L'État d'Israël n'a pas choisi paradoxalement cette
date. Il lui a préféré une autre date en avril correspondant à
l'insurrection du ghetto de Varsovie. Il préférait l'image de résistants
juifs s'élévant contre la barbarie que celle d'un peuple humilié, gazé et
brûlé dans les fours crématoires. La raison est légitime mais aussi
instrumentalisée puisque, pendant les années cinquante, choix de cette
date de commémoration, l'État d'Israël était en pleine construction dans
une région hostile, l'image positive de combattants étant alors plus
adéquate. Lire à ce sujet le livre d'Idith Zertal, intellectuelle
israëlienne, La nation et la mort, La Shoah dans le discours et la
politique d'Israël aux Editions La
Découverte.

Si elle n'est pas laissée aux seuls historiens pour la construction d'un
savoir désintéressé, la mémoire a ceci de complexe qu'elle devient alors
la cible de multiples intrumentalisations du pouvoir en place. Les
démocraties actuelles ne nous protègent en rien de cette
instrumentalisation. Elles se sont montrées à de multiples reprises
défaillantes ou complices des régimes autoritaires. Elles ont pu
elles-mêmes revêtir le masque de l'horreur contre les peuples.



Et un article en cadeau :

SURSAUT DANS L’EDUCATION NATIONALE ?

Après les échecs du printemps 2003 sur la loi de décentralisation et les
retraites, on pensait qu’il serait encore difficile de mobiliser dans
l’Education Nationale pendant un certain temps. Il est vrai que le moral
a été atteint et que, plus grave encore, la confiance dans la capacité
collective de changer les choses s’était bien émoussée. Dans le même
temps, le gouvernement peine un peu à mettre en place son projet de
décentralisation, comme quoi la résistance déployée n’a pas été
totalement inutile. L’an passé, c’est surtout à des cas de répression
syndicale graves, comme dans tous les autres secteurs, et à des abus de
la
hiérarchie que les personnels ont été confrontés. Rappelons le cas de
Roland Veuillet, CPE à Nîmes et muté arbitrairement à Lyon. Après un long
combat : 800 kms à pied de Nîmes à Paris, entre août et décembre 2003 et
une grève de la faim de 40 jours devant le Ministère de l’Education
Nationale en 2004, il a appris le 25 janvier le verdict du Conseil
Supérieur de la Fonction Publique : que les faits reprochés n’étaient
avérés. C’est une victoire pour lui et tous ses soutiens (notamment
Sud-Education), mais combien d’autres cas non-résolus ?

Trop, c’est trop !

Qu’est-ce qui fait qu’à nouveau on peut sentir frémir un vent de colère ?
Pourquoi en grève pour plus de 50% d’entre eux le 20 janvier dernier, les
personnels de l’Education Nationale sont-ils massivement descendus dans
la rue alors que la résignation semblait l’emporter ?
C’est l’ensemble du monde du travail qui est touché par des licenciements
et la remise en cause des acquis sociaux. Le fait que d’autres secteurs
des Services publics se soient mobilisés dans la même semaine de façon
relativement unitaire a sûrement été une raison de la réussite de cette
journée, le passé ayant montré la nécessité impérieuse de luttes
inter-professionnelles. Il y a dans l’Education Nationale un vrai
ras-le-bol. On accuse « l’incompétence des enseignants à assurer la
réussite scolaire de tous les enfants », quand on sait que les causes de
l’échec sont avant tout sociales et que sans agir profondément et
durablement sur les conditions de ressources et de vie des familles, rien
ne pourra être réglé. La France serait l’un des pays à dépenser le plus
de moyens pour son école, donc, puisque les moyens n’auraient pas
d’incidence directe sur les résultats , on peut se permettre de ne pas
remplacer la moitié de ceux et celles qui partent en retraite. Ainsi 5500
emplois sont supprimés dans le second degré. Les fermetures de classe
annoncées dans le premier degré sont aussi catastrophiques (60 dans la
seule académie de Rouen !)
Les personnels dans leur ensemble, et les parents par la même occasion,
sont « incapables de remplir leur rôle éducatif et d’apprendre les règles
de vie en société aux jeunes », alors on licencie les emplois-jeunes, on
réduit les heures de surveillance et on envoie la police pour mâter les «
sauvageons ». En effet, le 6 janvier dernier, on a assisté dans beaucoup
d’établissements « sensibles » à un déploiement de forces de l’ordre pour
fouiller et impressionner les jeunes. Il n’y a aucune raison pour que
cela s’arrête !

La précarisation et la privatisation sont des éléments structurels de
gestion des personnels et des missions et sont liés à une volonté de
réduire le coût du Service Public.
C’est ce qui est en jeu dans la loi que le Ministre Fillon s’apprête à
présenter à l’Assemblée.

Le projet Fillon réactualise la fonction sociale de l’école

L’idée que l’école et les choix d’orientation des jeunes doivent être
guidés par les besoins prévisibles de la société et l’économie est une
constante dans le projet de loi. La fonction sociale de l’école serait
d’adapter les élèves aux conditions de la compétitivité économique. De
plus, le vocabulaire employé est significatif. S’il est réaffirmé que
l’école doit apporter des connaissances, des savoirs-faire, des
savoirs-être, le terme de compétences est largement utilisé.

Le projet est élaboré sur la base de ce que l’école coûte à la société

D’où la mise en place d’un socle commun de compétences et de
connaissances indispensables et la suppression simultanée des
enseignements qui coûtent cher au regard de ce qu’ils apportent au monde
de l’entreprise
(suppression de l’option économique et sociale en seconde…). Ce choix est
le reflet d’une conception purement utilitariste de l’enseignement : en
savoir suffisamment pour être employable et capable d’adaptation. Il
consacre le renoncement à apporter une culture la plus large possible aux
populations qui n’y ont pas accès en dehors de l’école. Il entérine
l’abandon de l’idée que chaque élève est susceptible de progrès.
Pour atteindre cet objectif de réduction des coûts, on fera de plus en
plus appel à des assistants d’éducation, des professeurs associés issus
des milieux professionnels. De même , en cas d’absence d’un prof, les
enseignants peuvent être appelés à effectuer le remplacement en heures
supplémentaires, (plus de remplaçants) et la formation continue sera
désormais effectuée en partie hors temps scolaire.
L’école maternelle est gravement menacée d’extinction. En effet, la
grande section se voit rattachée à l’école primaire dans le nouveau cycle
1 et dans le même temps, il n’y a plus d’obligation d’accueil pour les
jeunes enfants dont les parents le souhaitent. Economie et retour des
femmes à la maison, on fait d’une pierre deux coups !

La fonction de contrôle social est nettement renforcée :

Au collège, une note correspondant à l’assiduité et au comportement des
élèves sera introduite dans le diplôme national du brevet. Le projet de
loi prévoit également la mise en place d’un « contrat individuel de
réussite éducative ». Présenté comme un moyen d’aider les élèves en
difficultés, c’est aussi un moyen de sélection et d’orientation vers des
filières de relégation. L’introduction du contrat responsabilise l’élève
mais en faisant de lui le seul responsable de son échec ; en effet ici un
des deux signataires du contrat est à la fois juge et parti. (On est loin
du contrat égalitaire cher à Proudhon ou aux militants de la pédagogie
Freinet!).

Ne nous y trompons pas, certains parents et même certains enseignant(e)s
vont peut-être apprécier cette reprise en main de façade. Par ces temps
de chômage, il est légitime de souhaiter que les jeunes puissent tous
avoir un débouché professionnel, même s’ils n’ont pas le choix et sont
orientés de plus en plus tôt. Mais il faut être conscient que cette loi
relève d’une politique globale volontaire de précarisation de la
population pour une meilleure mise sous la coupe libérale. Elle a aussi
une fonction idéologique de normalisation de la jeunesse.
Peut-être les lycéens(nes) largement mobilisé(e)s durant les dernières
manifs et apportant un vrai souffle de dynamisme l’ont-ils pressenti ?
Les enseignants devront encore dépasser leur relative inertie et faire
savoir de toutes leurs forces le refus des lois qui se mettent en place
et leur volonté de construire une véritable école du peuple.

Virginie


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