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(fr) Situation en Bolivie : explications du collectif Quilombo libertaire

From worker <a-infos-fr@ainfos.ca>
Date Fri, 4 Feb 2005 17:05:30 +0100 (CET)


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A G E N C E D E P R E S S E A - I N F O S
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Que se cache-t'il derrière les véléités autonomistes des départements
boliviens de Santa Cruz et de Tarija ? Quilombo libertaire de Bolivie nous
fait le récit des évènements, effectue un retour historique et nous
explique la spécificité de la région.
BOLIVIE : LES INSOMNIES DES ELITES

Un soulèvement des élites de l'orient de Bolivie, soutenu par quelques
dirigeants d'organisations populaires, a effectué un premier pas vers la
prise du pouvoir politique du département de Santa Cruz de la Sierra.L'objectif est de s'approprier les terres et les ressources naturelles.
L'“autonomíe” serait alors le pivot politique qui permettrait une
marchandisation à grande échelle des ressources naturelles de la région.

Pour comprendre la complexe situation de Bolivie et en particulier du
département de Santa Cruz (équivalent de l'“Etat” au Brésil; de la
“province” en Argentine; de la “région” au Chili), il est utile de tracer
une carte du pouvoir de la région.

Région mise à l'écart et oubliée de Bolivie, l'orient, et
particulièrement Santa Cruz, s'est dévelloppé grâce aux richesses
naturelles : agriculture (soja actuellement), réserves forestières
hautement rentables, élevage de bovins et hydrocarbures, auxquels il
faut ajouter les découvertes d'or et autres métaux, même si depuis le
début et jusqu'à aujourd'hui, Santa Cruz a vécu sous un
système social basé dans le “paternalisme” (il existe toujours des
esclaves indigènes dans des exploitations agricoles) et l'existence de
“patricios” (autodésignés “cruceños”) et de “plebeyos” (“cambas”, terme
qui désignait indistinctement l'indigène, le paysan ou l'employé de
ferme (peón).

Politiquement, cette élite de patrons qui avec le temps allaient adopter
le qualificatif de “cambas” comme identité régionale, a soutenu des
coups d'Etat militaires de caractère fasciste comme celui de Banzer
(1971) et le narco-coup d'Etat de García Mesa (1980). Une partie de la
croissance économique de Santa Cruz dans les décennies 50, 60 et 70 est
due au pétrole du Chaco, une région partagée par les départements de
Santa Cruz, Tarija et Chuquisaca, et qui a permit le développement de la
ville de Santa Cruz, mais a laissé le Chaco dans une misère dans
laquelle aujourd'hui encore il se trouve.

Ce développement s'est appuyé sur l'administration des privilèges
pétroliers par Santa Cruz jusqu'au début des années 60 et sur la
création de coopératives de services publics, qui ont permis
l'apparition d'une classe moyenne, phénomène quasi unique dans le pays,
qui à la différence de La Paz ne s'est pas basée dans les secteurs
employés publics/commercants. Des années 70 aux années 90, la production
de stupéfiants et l'économie de contrebande, ajoutées à la répartition
injuste de la terre, et qui aujourd'hui sont remises en cause, ont
cimenté le pouvoir économique des élites locales, en comptant également
sur le soutien du gouvernement central de La Paz, qui a aussi su se
porter garant de crédits internationaux contractés par des entrepreneurs
cruceños (UNAGRO, par exemple).

LES ELITES ET L'AUTONOMIE

Il est facile de comprendre que, avec autant de mise à l'écart et un
développement économico-social et culturel peu articulé avec le reste du
pays, le sentiment d'“autonomie” politique et économique soit fortement
enraciné parmi les gens. Mais aujourd'hui, comment sont les élites à
Santa Cruz ?

Le boum du gas en Bolivie, dont les plus importantes réserves se trouvent
dans les départements de Santa Cruz et de Tarija, a créé un nouveau
pouvoir économique et politique, émergent à partir de l'arrivée des
transnationales du pétrole, qui ont cherché à s'associer aux élites
locales, en les incorporant dans leurs directions ou bien au travers
d'alliances
commerciales avec des entreprises de prestation de services cruceñas,
alliances qui furent téléguidées depuis l'intérieur des corporations par
ces mêmes cruceños embauchés. A leur tour, les directions étrangères des
compagnies pétrolières ont été invitées à faire partie de quelques
institutions “cruceñas” (fondations de défense de l'environnement,
culturelles, etc.). Avec la poussée des capitaux externes dans le secteur
agricole et dans l'exportation de gaz, ceci a conduit Santa Cruz à
devenir le principal
département exportateur de Bolivie et celui de meilleur niveau de vie.

Face à l'ascension irrésistible des indigènes, qui en plus de leurs
demandes de terres et de territoires, cherchent à faire entendre et à
faire respecter leurs droits consacrés par la loi ; face à une
hypothétique mais crainte insurrectioin de l'occident du pays ; face à
la discussion publique autour de la nationalisation des ressources
naturelles (gaz et autres), le pouvoir économique de Santa Cruz souhaite
son “autonomie” pour “pouvoir gérer "ses" propres ressources” .

Ce pouvoir économique est formé par diverses institutions : CAINCO, CAO,
Fédération des Entrepreneurs Privés, Comité Civique Pro Santa Cruz.

COMMENT S'EST IL PREPARE ?

Premièrement, ils firent une place dans le Comité Civique à un secteur
indigène guaraní, lidéré par Bonifacio Barrientos, coopté par les
compagnies pétrolières et qui représente 10% des communautés de cette
ethnie, organisée dans la APG .

Ensuite, ils ont incorporé, avec de bons apports d'argent et des
promesses diverses de la part des patrons et des compagnies pétrolières,
la Centrale Ouvrière Départementale (COD), à un tel point que le
directeur général des Entrepreneurs Privés (Julio Kempff) a composé
récemment le texte de l'hymne de la COD. L'hymne prolétaire cruceño est
composé par les patrons.

CRONIQUE D'UNE AUTONOMIE ANNONCEE

Les faits remontent à juin 2004, quand l'“appareil” patronal a transporté
les travailleurs (35.000 chauffeurs, 4000 ouvriers, 5000 producteurs
agricoles, 10.000 étudiants, 15.000 “syndicalistes”/commercants des
marchés, etc.) à un meeting de 100.000 persones sous le thème
“Autonomie et Travail”.

En juillet, l'élite de Santa Cruz a souffert son premier échec politique
quand un haut pourcentage d'habitants à voté lors du référendum sur le
gaz, une des demande d'octobre 2003, malgré l'appel au boycot de la part
du Comité Civique.

Décidés à lancer le mouvement pro-autonomie, et avec l'excuse du décret
présidentiel de fin 2004 qui a autorisé l'augmentation du prix des
carburants, ils ont occupé les édifices publics et l'INRA, institution
qui gère l'assainissement et la titularisation des terres. Pour ces
actions ils ont utilisé des clubs de supporters d'équipes de foot, des
étudiants et des chômeurs et tenté une prise du pouvoir dans la
tradition fasciste avec le soutien de secteurs populaires. La réponse
des Forces Armées, qui n'avaient pas donné leur aval à l'aventurisme des
leaders civiques et qui l'avaient publiquement exprimé, les fit renoncer
à prendre d'assaut le pouvoir départemental. Peu de jours après le
Préfet renoncait, tandis que le gouvernement décidait de donner un cadre
légal à l'autonomie de Santa Cruz.

MERVEILLES MEDIATIQUES

Les médias de communication (sauf d'honorables exceptions en raison de
leurs journalistes) faisaient une démonstration de leur absence de
professionalisme, en partialisant le conflit : dans l'orient en faveur de
l'autonomie et dans l'occident contre le comité civique cruceño. Aucun
média de l'orient ne s'est préoccupé de faire comprendre le mouvement en
occident et aucun média en occident ne s'est préoccupé pour faire
comprendre ce qui se passait.

Cette partialisation a débouché sur des informations en faveur d'un côté
ou d'un autre, cette attitude délibérée de désinformer, a eu pour
conséquence de réaviver de vieilles rancunes régionales et raciales
entre "cambas" et "collas", ce qui a rendu impossible et a marginalisé
une discussion dans le reste du pays. Finalement cela a terminé par
renforcer le propre
gouvernement, né sans parti politique, qui se retrouve avec un bloque
parlementaire et des manifestations de milliers de personnes de tout le
pays en sa faveur.

Les merveilles médiatiques sont de nouveau entrées en scène : si en
octobre 2003 elles réussirent à "imposer" des leaders sociaux à une
insurrection populaire spontanée et attribuer la "Guerre du gaz" à
quatre dirigeants syndicaux, en janvier 2005 elles ont réussi à diviser
le pays en deux, le faisant rétrocéder de cinquante ans et renforcer la
gestion de son ex-collègue et actuel président Carlos Mesa, gourou et
référent de toute la presse jusqu'à il y a quatre ans.

WELCOME TO BOLIVIA.

Le “cabildo” (assemblée) (figure juridique coloniale aujourd'hui
inexistente dans le pays) n'a pas élu de nouveau préfet, action qui
constituait la seconde alternative des élites pour s'imposer de fait
comme pouvoir départemental mais, en accord avec le gouvernement, il a
été nommé une assemblée de 200 députés et de 4 délégués d'ethnies
régionales, sur laquelle reposerait l'autorité autonome régionale de
transition.
Tout semble indiquer que le Pouvoir Economique de Santa Cruz prévoit de
participer à l'Assemblée Constituante avec des représentants “pro
–autonomistes”, monopolisant la voix de Santa Cruz et laissant les
ethnies indigènes sans représentation ou en se présentant comme la voie
majoritaire de la région, privilégiant ses intérêts.

(...)

AUTONOMIE : PREMIERE PARTIE D'UNE MEGA-AFFAIRE ?

Le lendemain du cabildo, l'Assemblée du Peuple Guaraní, commémorant le
“Massacre de Kuruyuki” de 1892 réalisé par le gouvernement d'alors et des
propriétaires terriens cruceños, a publiqué un document dans lequel ils
exigent : “une véritable autonomie régionale qui signifie la
reconstitution de notre territoire d'origine... dans lequel se trouve
aujourd'hui la plus grande richesse économique du pays : le gaz... Nous
proposons à la Nation Bolivienne que... soit créé le “Département du
Chaco”...”
Cette proclamation préfigure le premier conflit d'importance que devra
affronter l'autonomisme cruceño : l'autonomie des territoires où se
trouve le gaz. C'est que depuis des années, les ethnies de l'orient
réclament l'autonomie de leurs territoires. Mais l'autonomie des
territoires indigènes supposerait que le nouveau gouvernement autonome
de Santa Cruz n'ait pas non plus sous tutelle directe les ressources
naturelles (gaz et autres), objectif réel des élites. La caisse
enregistreuse des hydrocarbures leur échapperait et les prodigieux
revenus iraient, majoritairement, aux communautés indigènes. Quelqu'un
le permettra-t-il ?

Ce sont les peuples indigènes, qui depuis dix ans exercent une vigilance
sociale jalouse sur les ressources naturelles face aux corporations
pétrolières, la grande barrière pour le grand objectif de l'élite : une
méga-affaire avec les ressources naturelles, comme par exemple celui de
la Fondation Petite Forêt Sèche (Fundación Bosque Seco Chiquitano), où
participent Enron et Shell, qui ne fait aucun cas de la conservation de
la forêt, sans aucune autorisation, en violant la loi ; ou les accords
signés sur la réserve de Huanchaca, avec la British Petroleum et
American Electric Power y PacifiCorp (accusée avec Sempra et d' autres
compagnies de provoquer une crise énergétique artificielle en Californie
en 2001), comme “puisard” de carbone pour que ces entreprises puissent
continuer de contaminer l'environnement.
Une partie du plan est que le gouvernement autonome soit un facilitateur
d'opérations de ce type qui ne sont que des privatisations dissimulées
des ressources naturelles sous le prétexte de la conservation,
dépouillant à nouveau les peuples indigènes et tout le monde des sources
qui cimentent nos vies.

Les élites cruceñas n'ont qu'un seul objectif : continuer à être les
"patrons" de cette gigantesque propriété remplie de richesses
inépuisables, appelée Santa Cruz de la Sierra, même s'ils savent qu'ils
vont passer de “propriétaires” à simples “administrateurs” ou “gérants”.

AUTONOMIE POUR QUI ?

“Aujourd'hui, 28 janvier 2005, de même qu'en ce janvier 1892, nous sommes
face à face aux mêmes personnes. Il y a ceux qui se réunissent en
Cabildo à Santa Cruz pour concentrer leur pouvoir et ceux, qui avons
toujours été opprimés, qui nous réunissons à Kuruyuki (Camiri)”
– Fermeture de la Proclamation du Peuple Guaraní à la Nation Bolivienne à
l'occasion des 113 années du Massacre de Kuruyuki, où l'Etat central
bolivien et les propriétaires terriens cruceños ont exterminé 5 000
indigènes, comme solution finale au "problème guaraní” –.

Quilombo Libertario – Bolivia
quilombolibertario(a)hotmail.com

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Traduction : Fab
santelmo(a)no-log.org




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