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(fr) Monde libertaire # 1383

From FA <relations-exterieures@federation-anarchiste.org>
Date Tue, 1 Feb 2005 23:42:36 +0100 (CET)


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A G E N C E D E P R E S S E A - I N F O S
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Le Monde libertaire #1383 du 27 janvier au 2 février 2005

Sommaire :
Fribourg, perquisitions â tout va, par Olynx , page 4
Nouvelles des fronts, la lutte continue, par H. Lenoir, page 5
Un volatile dérangeant, par F. Ladrisse, page 7
Je consomme, tu consommes... par B. Hennequin , page 7
Responsables irresponsables, par N. Potkine, page 8
Voile, hypocrisie et colonialisme, pari.-C.R., page 9
Tsunamis, les masseurs scientologue prennent la relève, par Nicolas, page
10
Battisti, état des non-lieux, part J. Vallet, page 11
Étatisme, capitalisme et socialisme, par R. Breton, page 15
Festival d'Autogestion à Rio de Janeiro, par T. Libertad, page 17
Anatomie de la peur, par O. Suffider, page 19
Religion et oppression, par M.J. Pothier, page 20
Bavure et pastis, par Chroniques rebelles, page 21
Vie du mouvement et Radio libertaire, page 22
Agenda, page 23

En prime l’éditorial :

C'est nouveau, ça vient de sortir. Après avoir décrété que la population
française était morose, les médias ont soulevé un autre lièvre. Toutes
tendances confondues ( PS, UMP, UDF ...) des partis politiques
inventeraient un « nouveau militant ». Accroître le nombre de leurs
troupes serait le noeud du problème . Des sommités qui s'intéressent à la
« recherche politique » ont même déclaré que « les formes de militantisme
traditionnel sont obsolètes ». Quand on entend aussi certains milieux
politiques de notre cher Hexagone vanter l'efficacité de la politique
outre-atlantique, on comprend mieux pourquoi l'expression même de «
mouvement ouvrier » fait passer celui (ou celle) qui le prononce pour un
avatar du XIXe siècle. Tous les néolibérauz vous le diront, les classes
sociales et toute notion de conflit entre elles c'est de la vieille
histoire, de vieux trucs à jeter aux orties. Les Maîtres des forges n'ont
jamais dit le contraire !
Pourtant, y'a de la grogne et les journaux en causent. Un quotidien
national et recentré a même titré que « - Le réveil de la mobilisation
fait frémir le .pouvoir ».
Certes l'amplitude du mouvement laisse encore à désirer, mais, en quête
de redorure, les divers éléments de ce qu'il est convenu d'appeler la
gauche plurielle débattent de leurs liens avec le mouvement social.
Courroie de transmission ou bride sur le cou, le débat ne date pas
d'hier.
La mobilisation est dans la rue et Raffarin se pavane sur les plateaux de
l'étrange lucarne. Comme si la politique se discutait entre deux pubs
pour la lessive et l'exhibition de créatures de la Star Academy !
Paraît qu'aux USA ça marche. En tout cas en douce France le Conseil
supérieur de l'audiovisuel (CSA) renforce son ancrage à droite, le
contrôle des médias, de l'opium du peuple, ça ne se néglige pas. ' De
toute façon Bush peut aller chez Plumeau, c'est la France qui devrait
former les policiers irakiens. Après les conseils aux militaires chiliens
tout marché est bon à prendre.
Avec tout cela où en est-on pour un autre futur ? À part l'unité dans les
luttes pour mettre des bâtons dans les roues au corporatisme des
boutiques syndicales, on peut toujours mettre l'imagination en avant !


Et un article :

Le voile n'est pas soluble dans l'anarchisme…

Il est quelquefois des cheminements de la pensée qui étonnent celui qui
cherche à comprendre le monde et surtout à le vivre suivant les valeurs
fondatrices de l'anarchisme qui ont toujours été et restent, l'individu
unique, le rejet de toute autorité issue d'un Dieu extérieur comme le
rejet de l'autorité humaine, l'égalité sociale entre les êtres qu'ils
soient bien évidemment femmes ou hommes, d'ici ou d'ailleurs, mais aussi
blancs, noirs ou jaune, petit ou grand… et enfin l'égalité économique
totale.

Cela dit et écrit, il est bien évident qu'il n'est pas toujours facile de
tenir en harmonie des principes aussi rigoureux et la réalité du monde
tel qu'il est autour de nous avec (pour faire court) ses inégalités, son
capitalisme planétaire et ses religions multiples et omniprésentes…

Ainsi, la plus grande partie de la planète, exploitée par le capitalisme
mondialisé à son profit mais aussi à celui, plus modeste, des habitants
des zones dites «développées» fait-elle partie de l'espace que nous
devons soutenir par nos actions militantes ici et maintenant. De même
pour les exclus de notre espace social.

Mais soyons clairs, devons-nous soutenir ces luttes «les yeux fermés» ou
bien devons-nous le faire en affirmant et respectant nos valeurs
sociétables et philosophiques afin de simplement donner à penser
autrement à celles et ceux qui sont écrasés par le poids de l'injustice
et de l'extrême misère…

La réponse a toujours été claire pour le mouvement anarchiste par le
passé et elle le reste encore aujourd'hui: notre soutien ne fera jamais
silence de nos valeurs.

Du voile comme vecteur du colonialisme…

Les colonialismes ont toujours respecté les us et coutumes des
«colonisés» lorsque ces us et coutume leur permettaient d'asseoir leur
domination par le maintien d'inégalités internes à l'espace colonisé.

Ces inégalités donnaient au «colonisé» le sentiment d'une «certaine»
liberté en ayant sous son joug plus «colonisé» que lui…

L'exemple de l'Algérie est lourd de sens… Si l'homme maghrébin était
soumis et exploité, le maintien de son statut dominant sur le monde
féminin en termes de pouvoir, de droits, de sexualité n'a jamais été
remis en cause par la République. Un français installé en Algérie était
soumis au code civil alors que l'Algérien de souche «bénéficiait»
d'aménagement qui lui permettait l'achat d'un être humain, la femme, - ce
qui reste l'acte esclavagiste par excellence - la polygamie, la
répudiation et tout cela en application du droit coranique. (1)

Les affaires de voile que nous rencontrons aujourd'hui ne sont que le
prolongement de cette écœurante histoire coloniale.

En mai 1989, lors d'un colloque (2), C. Belkhodja relevait que «couramment
des militants des droits de l'homme ou se prétendant tels, se retranchent
derrière les spécificités culturelles maghrébines et musulmanes pour
refuser de traiter le problème des droits des femmes».

Quinze ans après, ces «militants» sont omniprésents pour nous expliquer
que le voile, - le signe le plus évident de la soumission de la femme à
l'homme et aussi au pouvoir temporel et financier d'individus se faisant
passer pour les intermédiaires entre Dieu et ce monde - ne serait «qu'une
réalité sociologique: une revendication de femmes issues des migrations»,
«un symbole» et même, comble de l'hypocrisie, «l'expression vestimentaire
d'un nouveau féminisme».
Alors que viennent jusqu'à nous les cris des femmes battues, violées,
méprisées, vendues, excisées, vitriolées, répudiées…

Alors que dans nos villes, dans nos quartiers, des jeunes filles se
lèvent pour décrire comment elles subissent dans leur chair la violence
d'une morale religieuse rétrograde…

Alors que Fadela Amara nous dit que «de nombreuses jeunes filles portent
le voile sous la pression de la famille, des religieux ou de la cité, que
d'autres le portent comme une armure censée les protéger de l'agressivité
masculine, et qu'elle se bat contre ce foulard synonyme d'oppression et
d'enfermement»…

Alors que Chahdortt Djavann nous assomme: «J'ai porté dix ans le voile.
C'était le voile ou la mort. Je sais de quoi je parle»…

Alors que Loubna Maliane nous rappelle que dans les cités, les jeunes
filles se sentent prisonnières «d'un machisme qui les contraint à raser
les murs», que dans les quartiers elles subissent «agressions verbales et
port du foulard alors que leurs mères ne le portaient plus»…

Alors qu'hier encore, dans une réunion publique à Stains, dans la région
parisienne, au milieu de l'immense cité du Clos Saint-Lazare où «les
barbus» sont si pesants, deux jeunes femmes d'une vingtaine d'années
livraient leurs difficultés à dialoguer avec les garçons, leurs craintes
de voir les filles se faire de plus en plus discrètes, se replier entre
elles, s'habiller en garçon ou bien porter le voile
pour ne pas susciter la convoitise. Elles disaient la peur de perdre «sa
réputation» face à des garçons manipulés par les religieux, les films
porno et l'image de la femme objet-sexuel…

Des imbéciles, islamo-gauchistes, acceptent toutes ces ordures au nom
d'un pseudo-combat anti-impérialiste en compagnie d'apprentis dictateurs
carburant aux pétrodollars saoudiens.

Une logique ethno-différencialiste…

L'ethno-différencialisme, totalement opposé à l'universalisme, prône le
développement séparé des peuples et des cultures. Il s'agit de
systématiser le «droit à la différence», en mettant en avant la
pseudo-existence de différences fondamentales entre les Hommes en
fonction de leurs histoires, de leurs traditions, de leurs modes de vie
et bien sûr de leurs religions. Il s'agit surtout de défendre un modèle
social dans lequel chaque communauté ethnique (ou religieuse) peut
s'organiser de manière autonome autour de ces propres normes éthiques et
juridiques.(3)

Il conviendrait donc de refuser les schémas archaïques de domination
lorsqu'il s'agit des femmes européennes et cela en terme de liberté
sexuelle, de liberté amoureuse, d'égalité entre les femmes et les
hommes, mais, suivant les nouveaux militants islamo-gauchistes, de les
accepter pour les africaines et pour les femmes et les hommes issus de
l'immigration musulmane au nom d'un relativisme culturel.

Il y a dans cette façon de construire le Monde un évident comportement à
caractère colonialiste et plus particulièrement raciste que tous les
anarchistes se doivent de radicalement condamner.

Notre voix et notre place sont aujourd'hui avec les organisations qui
tout en luttant contre le capitalisme et l'impérialisme agissent pour
l'égalité entre les hommes et les femmes, contre les monothéismes et
surtout pour une approche universaliste de la morale.

Jean Claude RICHARD

Jean Claude RICHARD milite au groupe Henry POULAILLE de la F.A.

(1). La constitution de 1946 permettait à des colonisés, considérés
désormais comme des citoyens français, de conserver leur « statut
personnel » d’origine coutumière ou confessionnelle.
(2). « Droits de l’homme, droits des peuples du Maghreb ».
(3). Voir l’excellent site de Reflex sur le sujet.


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