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(fr) En la voix du chauffeur resonne celle du flic

Date Sat, 31 Dec 2005 10:37:54 +0100 (CET)


En la voix du chauffeur résonne celle du flic
(contribution en mémoire à des émeutes d'automne)

« Mais c'est une jacquerie ?!
Non, sire, c'est une abdelkaderie. »

Les feuilles d'automne flambent mais s'éloignent. Un mois environ que les
émeutes suburbaines ne font plus la une du décompte journalier des fichus
médias. Les quelques milliers « d'énergumènes » qui ont osé s'insurger
contre la banalisation de leur existence humiliée sont une fois de plus
les vedettes de l'oubli, après avoir été les vedettes du mépris et de la
désinformation de la norme blanc-bec, après avoir été aussi les vedettes
de l'incompréhension auprès de ceux qui osent profiter de ce genre
d'occasion pour débouler avec un discours (de gauche) paternaliste dans
ces lieux qu'ils désertent d'habitude.
On est depuis passé-e à d'autres décomptes, d'autres chiffres, d'autres «
inquiétudes », celles de savoir si oui ou non cette année encore le record
de la consommation des ménages va être battu. La « crise » est celle des
fonds de caisse qui ont peur de ne pas éclater d'abondance encore cette
année. En attendant, les unions de commerçants se plaignent de leur «
angoisse » tout en se frottant les mains. C'est que la
démocratie des décrets-lois autorise la « fête ». C'est que cette « fête »
doit être bien urgente pour qu'elle puisse se dérouler en période d'état
de guerre. Ben oui idiot, cette fête, c'est la leur. Idiot est celui qui
n'appartient pas à la « fête », la « fête » des gouvernants, la messe
d'une philosophie érigée en dogme républicain et financier. Le rituel des
« lumières » de noël pour un flirt improbable avec les
fantômes de la ville. Ces « lumières » étaient déjà installées que des
émeutes d'automne éclataient un peu partout dans les zones excentrées de
l'hexagone. Ces « lumières » n'éclairent personne. Surajoutées aux
lampadaires, aux façades d'immeubles et à d'autres supports de
vidéosurveillance, elles servent à nous éblouir de la nudité de nos
relations sociales. Et à perpétuer le « rêve » qui est réalité... et parce
qu'elle est la norme, cette réalité est un « doux » cauchemar qui passe
comme une lettre à la poste totalement privatisée. Le « rêve » donc.
Christmas Dream. « Ils » ont transformé « notre » parc « public » en parc
d'attraction et d'extraction. « Christmas Dream » pour un « Christmas Land
». Le territoire est envahi par les troupes de « Christmas », dieu de
l'uniformité et de l'hyperconsommation. L'entrée « libre » commence à 10h
et se termine à 20h : autre expression du couvre-feu, ou comment la « fête
» participe de l'état d'urgence. Incubation de « marchés de noël » dans
les moindres espaces « vides » de la ville ; même si on ne peut y
installer qu'un cabanon pour que le quidam puisse
participer au « dream » et emporter son ridicule concept de sapin,
qu'importe, pourvu que l'espace soit colonisé. Stupides blancs-becs. Avant
d'avoir pondu leur marché de noël ici, ce parc était tout le temps ouvert
(enfin, en dehors des rondes de flics). Parc confisqué pour cause de «
fête » et tu ne peux y entrer que si tu participes à la « fête » : « Les
caisses sont de ce côté, svp »... Et « ils » ont fait en sorte de
barricader le parc pour qu'on ne puisse y entrer que d'un seul côté. Une
seule et unique porte, la porte du « bonheur », sésame ouvre-toi.
Barricadages avec leurs barrières de sapins, de métal et de vigiles. La
marchandise vous fait barrière et fait mine de s'offrir à vous. On va là
acheter ce qui nous encloître.

Face à cette occupation, se projettent des visions « indigènes », des
visions de cabanons qui brûlent avec leurs marchandises dedans. Voilà ce
que mérite ceux qui colonisent « nos » territoires. Ce parc pourtant
n'était jusqu'alors qu'un concept anodin du quotidien minable, voire un
espace un peu fourbe parce qu'il reflète souvent l'ombre des normes
sociales. C'était d'abord un espace enfermé entre 4 murs de fumées
automobiles, un espace jeté là, une miette territoriale laissée aux prolos
et qui sert de soupape au système de domination. Une miette qui donc
renforce ce système. Le concept d'espace vert fait ainsi partie de
l'industrie des « loisirs », industrie qui recycle l'idée même de repos
dans le cercle travail-exploitation-consommation, le repos étant alors
conçu comme un espace-temps où la personne exploitée se « refait » pour
pouvoir être plus efficacement pressée les lendemains en dépit de ses
usures corporelles croissantes. Le repos comme outil de rendement
optimum. Outil dont on apprend à battre la mesure dès l'école, avec
l'apparition du terme « récréation », transition terminologique d'une «
re-création », entre deux espaces-temps emprisonnant. Cette transition se
matérialise aussi dans ces parcs publics dès que l'écolierE est libéréE de
l'enceinte scolaire l'après-midi avant d'être enferméE pleinement dans
l'enceinte familiale jusqu'au lendemain matin, lorsqu'ille sera
reconduitE de nouveau au « pénitentiaire » scolaire... Malgré cette
défiance, dès qu'il a été envahi par une puissance coloniale du nom de
Christmas Dream, ce parc est devenu « nôtre », c'est-à-dire un territoire
à protéger. C'est un peu le même réflexe qui agit quand on se sent
encerclé-e par des flics qui se mettent à occuper le territoire déchu dans
lequel « on » nous a reléguéEs. Une agression territoriale dans le
territoire-même qui nous agresse. Au bout de ce cheminement, l'épuration.
Si même « on » nous refuse cette miette territoriale, c'est qu'« on » est
capable de nous éliminer si nous refusons de nous soumettre à cet ordre
épuré. Une colonisation de l'espace, où nos corps butent... qui
s'achemine « tranquillement » vers une colonisation de nos corps, qu'« on
» veut buter.

C'est la colonisation totale :
1.Coloniser les espaces des individus qui sont pour le coup indigénisés -
et abattre les résistances
2.Parquer les indigènes « dociles », en l'occurrence ceux qui ont survécu,
dans des réserves, déchéance territoriale qui marque leur déchéance
sociale ? et abattre les résistances (bis)
3.Marquer la présence du maître par des contrôles systématiques et
humiliants pour rappeler aux indigènes que leur territoire est occupé et
qu'ils sont les grands vaincus ? et abattre les résistances (ter)
4.De l'exterritorialisation à la déterritorialisation. Appliquer des
mesures d'extermination territoriale pour faire en sorte que ces réserves,
derniers lieux d'entraide entre indigènes, disparaissent : expulsions
locatives ; inciter les indigènes à singer leurs maîtres (discours «
d'intégration » visant à diviser les « indigènes », poussant certains à
rejoindre les blancs-becs dans leur morale coloniale et dans leurs ghettos
de riches) ; sous prétexte de rénovation, casser les réseaux de solidarité
en démolissant les anciens bâtis et en relogeant les habitantEs dans des
secteurs qui les éloignent les unEs des autres...
5.De la déterritorialisation à l'enterrement des corps. En dépit des
efforts pour accentuer la désolation de leur retranchement, si des
survivants persistent dans l'existence et la visibilité, appliquer des
mesures d'extermination corporelle les plus discrètes et détournées
possible. Place donc à l'imagination répressive : introduction de drogues
qui tuent, atrophient et criminalisent ; la prison comme maison secondaire
ou principale pour beaucoup de ces « indigènes » ; « bavures » policières
qui sont autant de crimes policiers avalisés par la justice ; expulsions
vers leur pays « d'origine » ; suicides...

Face à cette colonisation totale, une décolonisation totale est exigée.
Sachez, bandes de blancs-becs, que l'indifférence que vous « accordez » à
ces indigènes a priori éloignéEs de vos quotidiens, vous sautera à la
gueule. Je ne dis pas ça pour vous dire de vous méfier d'une révolte «
indigène » qui pourrait un jour vous prendre de court (quoique). Je dis
plutôt cela pour vous rappeler que les processus de colonisation appliqués
dans les « territoires » indigénisés, pourraient très bien se retourner
contre vous, si ce n'est pas déjà le cas. Les opérations de « pacification
» dans les colonies comme dans les banlieues a servi d'entraînement au
Pouvoir pour contrôler l'ensemble de la société (l'asociété ?) que vous
constituez. Les corps que vous êtes, sont peut-être déjà colonisés par
l'ordre d'épuration, son dogme sécuritaire et ses programmes de
divertissement. L'idéologie de la « sécurité » réduit vos (nos) corps à
rentrer dans les canaux d'information légiférés. Ces corps sont ainsi
réduits à devenir des corps-flics. Ce conducteur de bus de la TAG* se
rend-t-il compte qu'il est un concept atrophié qui ne fait même plus
semblant de dire bonjour, encore moins de regarder les gens qui montent
dans son fichu bus à puce.

Ces voyageur-e-s sont censé-e-s « valider » leur titre de transport à
chaque montée. La plupart possèdent une carte d'abonnement mensuelle
incrustée d'une puce électronique. La carte est rechargée une fois pour
tout le mois et est censée être un pass qui permet de voyager « librement
» sur tout le réseau. Sauf que les porteur-e-s de cette carte à puce sont
censé-e-s composter cette carte à chaque montée auprès des bornes
magnétiques qui jalonnent le réseau (sur les quais de tram et dans les
bus). Ce qui est a priori absurde puisque la carte est valable tout le
temps dès lors qu'elle a été rechargée en début de mois. La carte est donc
« valable » magnétiquement pendant tout ce temps. Sauf que cette procédure
de compostage magnétique n'est pas aussi naïvement absurde : on a là un
exemple de conditionnement au contrôle quotidien des corps et de leurs
déplacements. Et aussi un outil qui permet de matérialiser un système de
délation : lorsque la carte magnétique n'est plus rechargée (donc plus «
valable ») une lumière rouge assez visible s'affiche sur le composteur
pour qu'éventuellement la tronche du potentiel-le
fraudeur-euse vire à la même couleur ; si le délateur-euse est aveugle ou
préfère faire travailler son ouïe, un son particulier est émis en cas de
non-validité de la carte. Par contre, la carte est « valable » lorsqu'une
lumière verte apparaît, couleur d'espoir, avec un son apaisé pour
rassurer l'ouïe des délateurs : « vous pouvez passer mon sire ». Ces
procédures de validation peuvent donc se percevoir comme des expériences
concrètes visant à banaliser l'acceptation des contrôles « routiniers » et
préparer le terrain à des innovations technologiques de contrôle (comme la
biométrie) qui se révèleraient matériellement plus
contraignantes que n'importe quelle forme élaborée jusqu'alors, depuis
l'?il de « Dieu » jusqu'à la vidéosurveillance. Les chauffeurs de bus sont
ainsi conviés à participer à ce grand « jeu » comme quiconque.

Dans ce bus, comme dans beaucoup d'autres, les montées se font à l'avant.
C'est la première phase du filtre. Deuxième phase : tout le monde valide
son titre de transport devant le chauffeur et gare au mauvais son ou à la
mauvaise lumière qui s'affiche. Le conducteur qui fait aussi office de
contrôleur veille, même s'il fait mine de regarder ailleurs. Quelle «
non-spécialisation », c'est presque magnifique ! Au flot de voyageurs,
aucune partie de son corps ne s'était adressée. Jusqu'au moment où il
lâcha un : « S'il vous plaît Mademoiselle », d'un ton sec et procédurier
qui faisait comprendre à la collégienne concernée que sa carte ou sa
personne (ou les deux) étaient louches et qu'il fallait qu'elle recommence
la procédure devant ses yeux cette fois-ci (il a daigné quand même tourner
la tête vers elle à un moment).

Face à cette colonisation totale, une décolonisation totale est exigée. Le
bus avance. Deux minutes plus tard, surgit, le long d'un trottoir, une
nouvelle chronique de la « banale » colonisation territoriale et
corporelle par les agents du Pouvoir. Une voiture de keuf a stoppé une
voiture de « pauvre ». Le conducteur, un bonnet un peu hippy sur la tête,
a été sorti de sa caisse. Debout sur le trottoir, les mains posées sur le
toit de sa voiture, il a été mis face à la chaussée pour signifier
publiquement son humiliation : contrôle d'identité, fouille, il se fait
palper le corps. Procédure d'intimidation histoire de trouver sans doute
un bout de shit. Colonisation territoriale et corporelle dans
l'indifférence générale. La personne est isolée, mais ce qui est plus
flagrant, c'est que la scène elle-même est isolée. Une scène de conquête
territoriale et corporelle qui apparaît comme un « ailleurs », presque une
scène fantasmée alors qu'elle se déroule ici. Il y a la scène du contrôle
policier d'un côté, et le « reste » de l'autre, le « reste » qui n'est
même pas un ensemble de spectateurs, mais qui joue son rôle, celui de
transformer la gravité de ce contrôle en une scène de banalité
quotidienne. Le drame du contrôle policier se réduit ainsi à un « contrôle
routinier ». La société (l'asociété) est une scène éclatée avec des
acteurs qui non seulement ne se renvoient pas de réplique, mais qui jouent
dans des scènes de répétition, séparément, en se morfondant souvent dans
des monologues silencieux.
La « réussite » du Pouvoir réside notamment dans cet éparpillement des
territoires. Il réussit à maintenir les composantes de « la » société dans
des zones éclatées qui ont du mal à lancer des ponts et à se
constituer en réseaux.


Cette réussite du pouvoir se renforce en employant un discours
paternaliste qui se voudrait rassurant : « rassurez-vous, c'est moi qui
m'occupe de créer du lien social pour vous ». Il nomme alors des experts
en création de lien social. Gestion coloniale du lien social, qui prend la
forme d'une gestion coloniale des « fêtes » avec des noms différents selon
les saisons : « Christmas Dream », « Carnaval », « Fête des Voisins », «
Fête de la Musique », « Fête du 14 juillet », « Fêtes de quartier », etc.
Une multitude festive qui n'est qu'apparente, parce qu'elle crée autant de
frustration sociale par la gestion canalisée qui la travaille. Des « fêtes
» où l'individu n'a que des « droits » : le droit de dépenser pour
consommer, le droit de rentrer chez lui/elle après l'heure fatidique, le
droit d'être béatE devant le divertissement. Stupides blancs-becs. En
dehors de ces zones canalisées de « fête », les normes sociales reprennent
le flambeau du Pouvoir. La marchandise dicte qu'elle est le seul lien
social possible, discours qui se confirme trop souvent lorsque la seule «
aventure » sociale d'un-e quidam se résume à un échange de monnaie avec
des épiciers.

Les contes de fées et autres mythes hétérosexuels, quant à eux, enfoncent
le clou de l'éclatement social, imposant le couple comme unique modèle
d'alternative à la solitude subie. Stupides blancs-becs. L'indigène gêne
le paysage des contes de fée. À croire que sa brunâterie voilerait les
prismes du monde et empêcherait la fée de bien faire son travail de
prédiction. À défaut de faire disparaître totalement l'indigène des contes
de fée, on pratique les méthodes d'« intégration » pour le faire
disparaître sous un miroir réducteur. -Première phase : L'indigène
s'intègre d'abord à l'histoire en jouant le rôle du terroriste : c'est le
syndrome de Jo l'Indien. L'ombre du chapeau de Jo l'Indien est censée à
elle seule « nous » faire frémir d'angoisse.
-Deuxième phase : L'indigène s'intègre ensuite après avoir été domestiqué
par le colon. C'est Jo l'Indien pacifié, le « sauvageon » mis sous prozac.
Jo l'Indien est confiné à un rang subalterne, en admiration devant ses
maîtres auxquels il offre volontiers son corps (sa force de travail). Le
mythe de Jo l'Indien est alors relayé par celui de Bouba, le petit ours
brun adopté par des humains amérindiens qui eux-mêmes sont « adoptés » par
une famille de colons. Bouba et ses maîtres indigènes logent dans la
partie réservée aux domestiques de la propriété. Le petit ours brun
s'amourache de la petite ourse blanche, propriétée animale et pâle des
colons au même teint. On en tient un, là, de mythe hétéro.
-Ce qui peut en effet ouvrir voie à la troisième phase d'intégration : la
phase d'intégration totale, la plus fatale, la phase d'intégralisation, ou
comment l'indigène est absorbé-e intégralement à l'intérieur de la norme
des dominants. Pour les dominants qui cherchent une « alternative »
(dominante) à l'élimination des indigènes, cette phase incarne la «
réussite sociale » qu'ils souhaitent afin de consolider la « paix »
sociale, leur paix sociale, celle qui assure le maintien de leurs
privilèges et donc des structures de domination dont émanent ces
privilèges. Cette phase s'incarne aussi à travers le thème actuellement à
la mode de « l'ascenseur social ». Jo l'Indien prend l'ascenseur lorsque,
précisément, il s'appelle Jo, et non plus « Geronimo » ou un de ces noms
fleuves avec des x et des q. Jo l'Indien prend l'ascenseur lorsque « Jo
l'Indien » singe « Jo le dieu blanc » en mangeant sa chair en mangeant son
sang. L'ascenseur, c'est lorsque les publicitaires rêvent d'afficher des
pères noël à la peau noire, ou comment confondre « peaux-rouges » et
habits du père noël. Que tout le monde soit de la « fête » et l'ascenseur
« social » ne s'en retrouvera que comblé de dorures financières. En
attendant le décollage vers la lune du CAC 40, ces publicitaires doivent
encore certes refuser d'employer des intermittents à la peau brunâtre qui
iraient se cailler l'hiver sous une barbe et un costume ridicules. Malgré
tout, Yannick Noah est le bouffon préféré des « Français » et Jamel
Debbouze est la mascotte favorite des petites têtes blondes et des plus
grandes. ''Vous reprendrez bien une tête de travailleur sénégalais pour
votre p'tit dèj !'' Stupides blancs-becs.

#Une page de Pub : « Nocibé : confiez-moi tous vos rêves de fêtes »#

Stupide blanc-bec et ta rengaine de « fin d'année ». Tu ressors les
récits ressassés et lavés à la crème de marron. Les « marrons » que t'a
cueillis dans les lointaines colonies et que t'a pressés sous ta machine,
sous vide, sous ton vide. Ça fait du jus de banania. Alors c'est le retour
du ridicule dans les lucarnes urbaines. Le kitsch est en
compétition du haut des balcons, du haut des falaises de béton des prisons
qui font office d'habitation pour les « civilisés » qu'on nous a dit
d'être. Une voix murmure : « Colore ta ville en gris et tire des ficelles
du béton pour qu'elles s'allument une fois vert, une fois jaune, une fois
rouge. » Une fois bleu, une fois blanc, une fois rouge... C'est du
colifichet de république plane, pas du baroque. Quand on flanque des
ficelles tortillées colorées sur des surfaces planes, ce n'est pas du
Baroque, c'est du colifichet. Le rouge flanchant des poupées de père noël
sur les façades de l'Ordre, c'est une babiole dans l'existence misérable
des « pauvres ». Un rouge mollissant qui ne fait qu'enfoncer les « pauvres
» dans la « culture du pauvre ». Fichu « pauvre ». Prépare-toi aux
techniques de guerre, aux techniques de sioux. La peau rouge. Le jour où
un autre jour viendra tâcher ces façades, un jour rouge, le rouge du sang,
le sang de la bourgeoisie aux viscères éclatés, c'est que le « pauvre » en
aura fini d'abord avec « lui-même » pour aller achever cet « autre » qui
lui colle à la peau de l'extérieur, parce que le « pauvre » est aussi
l'autre condition de l'existence de cet « autre » qui le domine, de cet «
autre » QUI L'A fait « pauvre », de cet « autre » QU'IL A fait « riche »
et qui se fait « riche » : le bourgeois, le blanc-bec, le normal. Il
pourra alors constuire l'ère du Baroque, il pourra alors se reconstruire,
sans fuir, ailleurs. Ailleurs est ici. Une encre murmure que la hâche de
guerre est déterrée depuis longtemps et nous dit d'en faire un bon usage.
Les arcs et les flèches nous réclament et leur poison. Les alliances entre
des « tribus d'individus » nous attisent de leurs cercles. C'est que dans
« indigène », il n'y a pas seulement « tribu », mais aussi « individu ».
Soyons fous, c'est la meilleure façon d'être lucides. Il faudra être assez
fous et folles pour constituer des groupes solidaires et d'auto-défense.
L'heure est toujours aux youyous de guerre. Il faudra être assez fous et
folles pour harceler comme de « bon vieux Apaches » les cow-boys de la
police et arracher de leur lasso les trop nombreuses victimes de leurs
contrôles « routiniers ». «
Peaux-rouges » vs « Peaux-lisses ». Il faudra être assez fous et folles
pour percevoir cette « démocratie » comme une uniformisation
d'existences. Il faudra être assez fous et folles pour résister à cette
banalisation fascisante. Il faudra être assez fous et folles pour être
barbaries et entraides. Il faudra être assez fous et folles pour détruire
pour construire.

Kandjare Bayn Asnan
décembre 2005

____
¤Notes¤

*TAG : « Tansports de l'Agglomération Grenobloise ».
_____


__________
**GLOSSAIRE**_

¤BAROQUE : substantif révolutionnaire qui s'oppose à :
1."colifichets"
2."construire sur des ruines ou sur une surface platonique".
Ces dites ruines peuvent, parfois, être récupérées dans une optique de
construction BAROQUE, mais BAROQUE signifie avant tout détruire toute les
surfaces platoniques, y compris leurs ruines, pour construire des espaces
autonomes communiquants qui respirent le pli, forme incarnée de la
convulsion politique (somme de convergences et de divergences dans un
corps bégaillant). Ces ruines cessent à la rigueur d'être "ruines" quand
elles se fondent dans un usage BAROQUE (recyclage des matières détruites,
ou décomposées, en vue d'être détournées de leur usage primaire...). Dans
tous les cas, BAROQUE ne signifie pas un colifichet posé sur un espace
pour l'embellir. Il ne s'agit pas d'une surcharge décorative, mais d'une
charge explosive qui ouvre la voie à une décharge exploratoire, excentrée
et excursive.


¤SURFACE PLATONIQUE : surface plane, incarnation d'une géométrie qui a
pour fonction mathématique d'imposer un ordre d'épuration. Par extension
-> théories et pratiques du Pouvoir à travers les enjeux du contrôle
social. « Il est plus facile de contrôler les individus quand l'espace
suit une ligne droite qu'une courbe » (marquis de Courbature).


¤ÉTAT D'EXCEPTION : expression technique du Pouvoir qui surgit
approximativement tous les vingt ans. Anathème lancé par ledit Pouvoir dès
qu'Il se sent menacé sérieusement par un tourbillon social. Ce sont des
minorités socio-politiques en résistance qui sont la plupart du temps
visées par cette expression.« La ''fête'' participe de l'état
d'exception... »
Dans ce langage institutionnel, un ÉTAT D'EXCEPTION n'a d'exceptionnelle
que sa permanence : un « ÉTAT D'EXCEPTION permanent », expression d'une
colonisation permanente, d'une banalisation du contrôle social :
l'expression ÉTAT D'EXCEPTION fait écho à une autre expression tronquée :
« contrôle routinier ». La phrase « ce n'est qu'un contrôle routinier »
impose la force de contrainte comme une banalité sociale ; le contrôle
devient cette chose sympathique qui décore les paysages de province et de
banlieue. Et voilà la notion de contrôle social folklorisée. Elle
deviendrait même la « fondu savoyarde » des romans policiers, l'anecdote
citée pour remplir le récit en banalisant la fonction du flic pour nous la
rendre plus familière, « Ce n'était qu'un contrôle routinier », alors que
les contrôles d'identité sont plutôt vécus comme un traumatisme par les
minorités qui les subissent quotidiennement : ou comment confondre
humiliation quotidienne et routine policière. Le concept de « contrôle »
euphémisé ici par le concept de « routine », devient une chose « anodine
», « sans importance », « sans gravité », une chose vis-à-vis de laquelle
il est inimaginable de « s'interroger », et encore moins de résister ; et
là si tu résistes, c'est toi qui est dans « l'exception », c'est-à-dire
hors-de-la-norme. Avec ces expressions (ÉTAT D'EXCEPTION, « contrôle
routinier »...), on assiste à une normalisation de la contrainte étatique
qui est pourtant une violence sur les individus. Sauf que par sa
normalisation, cette violence deviendrait une « violence légitime » qui,
du fait même d'être « légitime », perdrait son caractère de « violence »
(« La violence, ce sont les voleurs qui tirent sur les gendarmes et pas
les gendarmes qui tirent sur les voleurs, encore moins les situations
sociales qui font qu'on devient ''voleur'' pour pouvoir subsister à ses
besoins »). L'ÉTAT D'EXCEPTION se réduit alors à la conception de l'État,
porteur de la « violence légitime ».
L'expression ÉTAT D'EXCEPTION est ainsi tronquée du fait de sa PERMANENCE
sociale. Elle l'est aussi du fait de sa permanence historique. Cet « ÉTAT
D'EXCEPTION (permanent) » suit les lignes structurelles de l'histoire de
la plupart des humains. À l'échelle très contemporaine, cet ÉTAT
D'EXCEPTION remonte à la première guerre du Golfe en 1990-91 avec
l'instauration du « plan Vigipirate » qui n'a pas été abrogé dès lors (il
s'est même renforcé avec les lois sécuritaires votées depuis à gauche
comme à droite). Cependant on peut remonter à beaucoup plus loin pour
retrouver le filon de ces ÉTATs D'EXCEPTION, plus loin que la répression
de « mai 68 », plus loin que l'épisode de « Vichy », plus loin que la
répression de la Commune et des insurrections du 19e siècle, plus loin que
la récupération des révoltes des années 1790s, plus loin que les
jacqueries sous « l'Ancien Régime » (en outre, n'est évoqué ici que ce
concept territorial restreint qu'est « la France »)... L'Histoire, c'est
une stratégie de tension permanente entre des individus dominants et des
individus dominés. L'histoire, c'est le souci des dominants à conserver
leurs privilèges de domination, par la force et par la force de
dissuasion... C'est le souci de maintenir cette tension qui relève des
enjeux du maintien de ce Pouvoir.
Et cette méthode de tension s'appuie sur une gamme d'outils. L'Histoire,
c'est donc aussi le souci de la mise en place de ces outils de domination.
L'Histoire, c'est l'histoire des technologies du contrôle des individus :
des technologies magiques-ecclésiastiques (pouvoirs de prédiction, thème
du destin, concepts d'?il divin et de châtiment...) aux techniques
matérielles-séculières (armées/polices, vidéosurveillance, puces
électroniques, biométrie...). L'Histoire, c'est l'histoire du contrôle
technique des individus. C'est l'histoire d'une brutalité et d'une
subtilité : maintenir l'individu entre la peur suscitée par ces
technologies de colonisation, ET l'amour d'être colonisé. L'amour d'être
colonisé prendrait alors la forme de la « routine », du « quotidien », du
« c'est normal ». La peur sonnerait parfois des clairons pour rappeler
qu'une transcendance, qu'un Ordre surplombe le tout et qu'elle/il agit
pour le bien de tous (le « salut commun » en terme religieux) ; les
clairons pourraient s'appeler ÉTAT D'EXCEPTION, « état de guerre », « état
d'urgence », « délinquance », « prison », « excommunication »... Le comble
de cette dialectique du contrôle pourrait être une chapelle dans une
prison, dont l'accès est encadré par des gardiens et soumis à la
reconnaissance d'une puce électronique.


¤STYLO : « Une petite sacoche large et longue comme une feuille de papier
pliée en 4, menacerait « l'ordre public ». C'est la théorie des flics
municipalEs qui gardent l'entrée de la mairie. Sans doute pour m'embêter
après leur avoir adressé un regard peu approbateur en entrant, sans doute
aussi par conviction paranoïaque (la « routine » du contrôle sous les
auspices de Vigipirate), illes m'interpellent en me demandant d'ouvrir la
sacoche que je porte en bandoulière. Je proteste en ironisant sur
l'improbabilité de cacher une bombe dans cette ridicule sacoche
visiblement presque vide. J'avais d'ailleurs intentionnellement pris cette
sacoche pour ne pas en prendre une plus grosse, ne voulant plus leur
offrir le spectacle de participer à la messe routinière de Vigipirate, ne
voulant plus subir cette petite humiliation à laquelle tout le monde ou
presque semble se résoudre et qui consiste à ouvrir son sac pour qu'un
stupide flic y mette ses pattes de flic. ?Ben oui, monsieur, on peut y
mettre une mini-bombe, vous savez, on peut même cacher une mini-bombe dans
un stylo?... et sa collègue d'ajouter : ?Comme en Amérique, blablabla?. Un
stylo qui enferme une bombe. Ça pourrait être une métaphore, mais de la
part de cette stupide bouche incarnée de flic, ça sonne comme une cloche
répressive qui fait résonner le « choc des civilisations » au diapason du
« 11 septembre ». Les références en matière de littérature bombière, nous
viennent maintenant de l'Amérique. Les histoires de bombe, made in USA,
sont une valeur sûre. Elles sont censées clouer le bec à toute
protestation ; l'autre fichu journaliste du Monde ne croyait pas si bien
dire en affirmant que « Nous étions tous des Américains » le lendemain du
« 11 septembre ». « Vous avez vu aux USA, les terroristes cachent
maintenant des bombes dans des stylos ». C'est quand même un peu la faute
à James Bond, au commissaire Juve et à l'inspecteur Gadget tout ça, vous
ne croyez pas ?
Aller, amusez-vous bien les plantons et surveillez en effet tous les
stylos. Ils peuvent lancer tout style de bombe. Ils peuvent même crever
des yeux ou aveugler. Ou couper la carotide mieux qu'une carotte. Ou comme
Dead Man, écrire des poèmes avec des lettres de sang et clouer les mains
des prêtres-missionnaires sur leur comptoir. On peut aussi cacher des
bombes dans sa culotte ou dans sa bouche, bande de flics, mais en même
temps ça vous exciterait de palper les gens ou de les faire passer sous
des portiques magnétiques, histoire de marquer encore votre territoire sur
tous les corps. »
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