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(fr) Apres la catastrophe : Plus jamais ça ou Toujours pareil ?

Date Wed, 14 Dec 2005 18:48:36 +0100 (CET)


LA GESTION DE CRISE COMME NORMALITE SOCIALE (EXEMPLE DE LA LOUISIANE)

Déjà la Nouvelle-Orléans fait date dans l'histoire, en tant que
laboratoire mondial d'une catastrophe écologique incroyablement importante
dans un pays industrialisé. Comment cela se passe-t-il "avant" ? Et
"pendant" ? Comment réagit une population livrée à elle même dans des
conditions extrêmes de survie ? Comment des soldats qui ont pour ordre de
laisser mourir -sous leurs yeux- des femmes, des vieux, des enfants
appliquent-ils les consignes ? Une rébellion peut-elle survenir ? Sur quoi
peut-elle déboucher ? Autant de questions auxquelles les événements de
Louisiane apportent des éléments de réponse que ce dossier, rédigé par
divers militants, cherche à mettre en lumière.

Trois textes composent ce dossier (ils seront diffusés les uns après les
autres):

AVANT LA CATASTROPHE ... "TOUT VA TRÈS BIEN, MADAME LA MARQUISE" (Déjà
publié : http://cnt-ait.info/article.php3?id_article=1171)

PENDANT : "AUTANT EN EMPORTE LE VENT" (Déjà publié :
http://cnt-ait.info/article.php3?id_article=1172)

APRES : "PLUS JAMAIS CA" ou ... "TOUJOURS PAREIL" ?
http://cnt-ait.info/article.php3?id_article=1173

**********************************************************************

APRES :
"PLUS JAMAIS CA" OU "TOUJOURS PAREIL" ?



Shérifs à la gâchette facile, gardes nationaux promus au rang de geôliers
soupçonneux et agressifs face à des rescapés traumatisés et en attente de
secours dans le dénuement le plus grand, l?Autorité donne d?elle-même une
image fort peu flatteuse en affichant ainsi sa volonté unilatérale de
rompre "le contrat social". Cette "politique de communication" est-elle à
mettre aussi au compte de l?incompétence et de l?incurie ou obéit-elle à
des stratégies bien définies ? S?inscrit-elle dans la continuité d?une
gestion calamiteuse de la crise ou bien, la diffusion massive de cette
mauvaise image de marque des pouvoirs procède-t-elle d?une toute autre
intention ?

Un avertissement à la population mondiale

La première puissance mondiale laisse les caméras du monde entier filmer
l? engloutissement d?une de ses villes et son incapacité apparente à en
sauver les habitants. Comment ne pas y voir le message glacial adressé aux
populations par le plus puissant État du monde ? Comment comprendre
autrement qu?un avertissement cynique cette mise en scène terrible de la
non-assistance massive à personnes en danger ? Cette complaisance morbide
à montrer l?insoutenable ne peut être gratuite, fortuite. Le spectacle de
la désolation doit donner à penser et surtout à craindre. Voici ce qu?on
peut décrypter du message : "Pauvres d?ici et d?ailleurs, citoyens sans
importance, figurants de partout et de toujours, vos vies ne comptent pas
à nos yeux. Nous, puissance Étatique, pouvons tout à fait oublier de vous
secourir, car tel est notre bon vouloir. Vos conditions habituelles d?
existence, qui vous semblent si fades et misérables, peuvent encore se
dégrader radicalement sans notre bienveillante intervention. Sans nous,
vous êtes perdus ! Sachez enfin, que même lorsque nous sommes
provisoirement absents (nous avons tant de priorités, le monde est si
complexe), nos mercenaires seront toujours là pour vous rappeler
brutalement à l?ordre (si vous avez la ridicule prétention de vous
organiser vous-mêmes pour subsister). Contentez-vous du peu que nous vous
octroyons, car le pire peut survenir à tout moment. Craignez le courroux
du ciel et la colère de vos maîtres !"

Dans une moindre mesure et de façon plus prosaïque, la mise en scène de
cette "non-intervention humanitaire" s?adresse aussi aux autres
gouvernants du monde et vise à obtenir des subsides : accoutré des
haillons du mendiant, brandissant sa sébile, Oncle Sam rappelle à ses
acolytes -à ses complices de toujours- qu?un manquement à l?esprit de
corps entraînerait une déroute générale. Sans doute s?agit-il aussi de
promouvoir une nouvelle méthode de gestion de crise, -gestion a minima-,
propre à séduire des classes dirigeantes toujours plus cupides et
traditionnellement cruelles.

Nos bons maîtres, gestionnaires incompétents et calamiteux de la planète,
préoccupés uniquement des leurs intérêts immédiats et de leurs
prérogatives ont accumulé au-dessus de nos têtes tellement de menaces, de
risques divers qu?entre les scénarios les plus cauchemardesques, nous
n?avons que l? embarras du choix : pandémies variées (grippe aviaire,
sida), attentats bactériologiques ou chimiques, inondations et tempêtes
atypiques dues au dérèglement climatique, contaminations radioactives
suite à des accidents nucléaires majeurs ou à des guerre interétatiques,
rien ne semble a priori exclu, tout dans le pire semble plausible.

Voilà donc la première puissance mondiale "tsunamisée" comme n?importe
quel pays du tiers-monde, apparemment incapable de faire face à une
catastrophe "naturelle" (pour autant que l?on puisse encore parler de
cataclysme naturel dans un monde si dévasté par l?activité industrielle
que son climat en est gravement perturbé), tétanisée par l?ampleur du
désastre et pratiquement obligée d?accepter l?aide internationale :
événement sidérant, épisode dramatique mais combien emblématique d?un
monde chaotique, dont on pressent que les soubresauts d?agonie ne font que
commencer. Sans vergogne aucune, l? administration américaine étale au
grand jour, à la face du monde, son mépris pour ses concitoyens : ils sont
pauvres, ils sont noirs ; il n?y a donc pas d?urgence à les secourir. Mais
il serait bon de se souvenir qu?en pareille situation bien des États
réagissent avec la même "inconséquence", la même "négligence", le même
mépris.

Ainsi, lors de l?explosion d?AZF à Toulouse, les habitants des quartiers
populaires qui attendaient du secours pour leurs blessés ont vu arriver
les forces de l?ordre venues "sécuriser" les points sensibles (banques,
etc.) bien avant les premières ambulances. Au Sri Lanka, frappé par un
violent tsunami à la fin de l?année passée, l?armée s?est déployée afin de
contrer toute tentative d?infiltration de la guérilla tamoule, bien avant
de porter secours aux survivants. Quelle que soit la couleur politique du
gouvernement en place, quelque soit le pays touché, la gestion de crise
semble bien obéir aux mêmes impératifs : alors que chacun peut constater
l?extrême faiblesse de l?État en ces moments de confusion, il lui faut
montrer sa force, exhiber ses mercenaires, restaurer un ordre dont tout le
monde peut mesurer la fragilité, l?incroyable injustice et la profonde
bêtise.

LA LOUISIANE N?EST PAS UN EXCEPTION : C?EST UN EXEMPLE

La fréquence de catastrophes massives, qu?elles soient d?origines
militaires ou non, est maintenant assez importante pour que se détachent
certains points communs dans le déroulement des "jours d?après". On
distingue un scénario similaire. Tout commence par un isolement de la
zone, ce qui permet à la fois de protéger les classes dirigeantes et de
diffuser des rumeurs, (pillages, violences, ..). Ces rumeurs sont des
préalables à la reconquête militaire de la zone. Ensuite vient un discours
grandiloquent (sur la solidarité, le ?plus jamais ça?...) qui tente de
balayer toutes les mauvaises impressions. Les conséquences de ce scénario
sur la population peuvent être dramatiques, la mise en quarantaine, le
?tirer pour tuer?, peuvent faire de nombreuses victimes qui seront passées
en pertes et profits à grands renforts de ?cellules psychologiques? et
autres liturgies plus ou moins modernes censées aider le ?travail de
deuil?.

Les événements survenus en Louisiane ces jours de septembre 2005 viennent,
nous l?avons écrit plus haut, infirmer de manière cinglante les propos
post-tsunami des bureaucraties modernes et de leurs pseudo-opposants. Ils
ont reçu un traitement à l?opposé de celui qui était sensé être celui
d?une grande puissance mettant sa population à l?abri. 48 heures avant
l?arrivée du cyclone les autorités avaient bien prévu le désastre et
l?inondation, puisqu?elles ont concentré une partie de la population dans
le superdome de la Nouvelle-Orleans dés le 27 août 2005. Mais déjà le
traitement de cette population présageait ce qui allait suivre. La
concentration de civils était précédée de fouilles minutieuses effectuées
par des militaires -lesquelles occasionnèrent d?ailleurs de longues files
d?attente- comme s?il s?agissait d?individus dangereux qu?il convenait
d?enfermer. Pourtant, la lenteur des secours dans le cadre du risque
d?inondation était prévisible puisque l?on parquait des milliers de
personnes dans un espace que l?on savait destiné à se transformer en une
île inaccessible. S?il s?était agi de ?sauver? la population, il convenait
au contraire de la déplacer, non dans ce qui allait devenir un piège, mais
dans des lieux plus au sec et plus accessibles aux secours. Quoiqu?il en
soit, une fois entassés dans des conditions de vie insupportable, les
naufragés déjà suspects dès leur entrée dans le superdome, allaient
rapidement devenir la cible de rumeurs de violences et de pillages,
propagées par les sphères gouvernementales.

Decomposition des institutions

Pourquoi tant de haine ? C?est que, l?État le sait bien, une catastrophe a
ceci de particulier qu?elle remet en question bien des préjugés. Ici, les
gens prennent ceux dont ils ont besoin pour survivre, il y a un
bouleversement des mentalités. On assiste à une véritable décomposition
des institutions face aux événements qui les dépassent. Parfois, les
uniformes tombent, des policiers se suicident. Il peut même se trouver que
des personnes garantes de l?ordre capitaliste, des fonctionnaires de
police, passent de l?autre côté de la barricade. Dès le mardi 30 septembre
2005 des supermarchés sont dévalisés et, dans certains quartiers, la
police encourage les habitants à faire des ?provisions?. Des vigiles
aident les civils à s? approvisionner, ils les abritent dans des hôtels de
luxe dont ils ont pourtant la garde.

Devant ce qui apparaît pour le moins, comme un abandon de la cité par les
classes possédantes et dirigeantes, il y a effectivement un réflexe de
survie et une déstabilisation des codes. De ce réflexe, de cette
déstabilisation peuvent naître de nouvelles formes d?organisation sociale
d? autant plus que le pouvoir, en abandonnant le terrain, montre pour le
moins son impuissance. Comme l?histoire l?a maintes fois démontré, ce
genre de contexte est porteur de germes révolutionnaires. C?est pourquoi
le système doit effectivement, s?il veut survivre, trouver un
rééquilibrage. Il va se créer les repères moraux qui lui conviennent pour
pouvoir redémarrer.

La bourgeoisie et l?État ont déserté la cité et abandonné à leur sort les
habitants les plus faibles (pauvres, malades, nouveaux-nés, vieillards).
Dans cette société hiérarchisée dans laquelle nous vivons, ils se sont mis
d ?eux-mêmes au plus bas de l?échelle, au niveau des rats qui quittent le
navire. Il leur faut donc dénoncer les turpitudes supposées des autres,
(comme les "pillages", qui ne sont que la conséquence inévitable de leur
trahison) pour faire oublier leur conduite et retrouver de la crédibilité.
Ils cherchent à inverser les rôles. Les lâches et les traîtres dans la
catastrophe se présentent comme des sauveurs.

INTOLERABLE ANARCHIE

Aujourd?hui donc, les capitaines ne sombrent plus avec leurs bateaux. Ils
sont les premiers à bord des canots. Une fois au sec, ils tirent à vue sur
les naufragés. N?est-il pas insolent, ce Gouverneur de Louisiane (Kathleen
Blanco), bien au chaud, qui déclare, à propos des troupes envoyées à la
Nouvelle-Orléans : "Ces troupes sont entraînées au combat, elles disposent
de fusils d?assaut M16 chargés. Ces hommes là savent tirer et tuer et j?
attends d?eux qu?ils le fassent". Et cet autre, celui-là secrétaire à la
sécurité intérieure (Michael Chertoff), bien caché derrière 300 000 garde
nationaux surarmés et cagoulés, "nous ne tolérerons pas l?anarchie" . De
tels propos, rapportés par une dépêche de l?agence Reuters (02 sept.
2005), ... on croirait entendre Thiers et les versaillais !

Oui, à ces technocrates il est intolérable d?apparaître pour ce qu?ils
sont. Comme il leur est intolérable que les gens envisagent de se
débrouiller sans eux et sans leur morale frelatée. Et, n?en déplaise aux
niaiseux du Monde Diplomatique qui nous récitent en long en large et en
travers les rapports lénifiants de l?ONU, les gouvernements, ou du moins
leurs stratèges, savent qu?ils ne pourront pas parer à la plupart des
catastrophes possibles. Leur préoccupation n?est donc pas de mettre la
population à l?abri. Cela, c?est bon pour ceux qui veulent y croire comme
Ramonet. Le système sait très bien que ces situations de catastrophes sont
pour lui périlleuses : Le danger impose la fuite transitoire du pouvoir,
sinon sa destruction, et cette fuite non seulement le montre sous son jour
véritable mais laisse la place à des réflexes qui échappent au cadre
idéologique dominant. Spinoza et la gendarmerie nationale

On est bien clairvoyant dans la "Revue de la gendarmerie nationale" qui
fait sienne les paroles de Spinoza : "... celui à qui est déféré le
pouvoir de l? Etat craindra toujours les citoyens plus que ses ennemis, et
... par conséquent il s?efforcera, quant à lui de se garder, et quant à
ses sujets, non pas de veiller sur eux, mais de leur tendre des pièges".
Dans le numéro du quatrième trimestre 2002 de cette revue, un an après
AZF, voilà ce qu? exprime au sujet de la gestion de ce genre de crise un
professeur
britannique de management stratégique ( !) : "La véritable mission des
responsables est de traiter la non prédictibilité, l?instabilité, l?
irrégularité, le non sens et le désordre". Il suffit donc en reprenant les
propos de Spinoza de remplacer ?ennemis? par ?catastrophe?, et tout est
dit. C?est effectivement, compte tenu du sens de l?ellipse coutumier à
Cambridge, ce que nous ont résumé tour à tour, le chef de Scotland Yard en
juillet et l ?administration américaine en septembre : ?Schott to kill !?.
Ce discours, qui a permis d?expliquer pourquoi un paisible promeneur
brésilien a été assassiné de 7 balles dans la tête servira bien à
justifier d?autres massacres. Là réside toute la débilité des discours de
la gauche et de l? extrême-gauche consistant à réclamer "plus de moyens"
pour l?État afin qu?il assume la protection des habitants. Non seulement
ces moyens sont corrélés à la croissance du capitalisme, et donc
justifient son développement (et avec ce développement augmente le risque
techno- industriel) mais de plus ils sont confiés à des bureaucraties qui
invariablement les utilisent pour accroître leur pouvoir de répression
dont les victimes de catastrophes sont souvent les premières à souffrir.
(L?exemple des expulsions survenues après les incendies parisiens de cet
été est à ce titre également significatif.)

Dès lors, le Risque planant lourdement au-dessus de nos têtes, nos maîtres
apprentis sorciers, incapables de prévoir où et quand le ciel tombera, en
sont réduits à une prévention de a minima, à l?aveuglette en quelque
sorte. Cette absence de politique d?anticipation s?accompagne par contre
d?une stratégie de communication musclée et d?un retour massif des forces
de répression sur le terrain dès que le premier danger est passé. La
proclamation urbi et orbi de la présence multiforme des risques cherche à
enfoncer les populations dans l?angoisse et la résignation, la
sur-présence policière, à briser les velléités de rébellion.

Notre avenir ne nous appartiendrait pas plus que notre présent, notre
futur se conjuguerait inéluctablement avec une apocalypse à épisodes,
voilà ce dont nos excellents maîtres voudraient nous convaincre.

Il est encore temps de lever les hypothèses que ces apprentis sorciers
font peser sur notre avenir, de choisir une autre voie, d?oser un autre
futur.


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