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(fr) Apercu des luttes contre le TGV Lyon-Turin

Date Fri, 9 Dec 2005 13:43:23 +0100 (CET)


Une mobilisation étonnante prend de l'ampleur depuis plusieurs mois dans
les Alpes italiennes. Récits d'actions, de manifestations, de réactions de
dirigeant-e-s...
---

Cela fait cinq mois que la "coopérative rouge" CMC essaie de mener à bout
l'expropriation de 84 terrains à Venaus (Val de Suse, Italie), afin de
commencer les travaux d'une galerie de service de 10 km, prélude au
percement d'un tunnel de 53 km, la pièce maîtresse du chantier du TGV
Lyon-Turin. A chaque tentative (29 juin, 6 octobre), la mobilisation de la
population de la vallée, largement opposée au TGV, l'en a physiquement
empêchée. Le 30 novembre, la CMC revient à la charge, mais 5000 personnes
l'attendent à nouveau de pied ferme, marquant le début d'une occupation
nuit et jour des terrains de Venaus.

Mardi 6 décembre, en pleine nuit, les 200 personnes qui campaient à Venaus
sont réveillées par des coups de matraque : l'expulsion des terrains a
lieu dans une violence disproportionnée.

"Je suis un journaliste de la Stampa (quotidien du Piémont), cette nuit
j'étais au campement anti-TGV e j'ai vu de mes yeux ce qui s'est passé :
peu après 3h30, policiers, CRS et carabiniers sont arrivés en force (au
moins cinquante fourgons, plus de 500 personnes à vue d'oeil et dans la
frénésie du moment, qui a été très long), ils ont chargé et frappé jeunes
et vieux. L'un qui dormait, enveloppé dans les couvertures et allongé par
terre ; l'autre, plus pacifique que jamais, frappée au front et
sanguinolente ; un vieux, qui devait avoir 70 ans, jeté au sol et
battu..."
Carlo Grande
http://italy.indymedia.org/news/2005/12/938389.php

"Ca a été une action infâme de la police, comme on en a vu seulement à
Gênes - raconte Alberto Pierino, quinquagénaire, ex-directeur de banque et
coordinateur de l'un des comités de la vallée - ils ont agressé quiconque
se trouvait sur leur passage. Aucun d'entre nous n'a réagi. Mais la vallée
saura répondre à cette provocation ; nous, nous avons fait la Résistance,
ici ils ne passeront pas. Ils ne feront aucun Jeu Olympique."
(...)
La réponse de la vallée a été immédiate, grèves spontanées dans les écoles
et dans les usines (...), manifestations sur la route entre Avigliana
(d'où une auto de la municipalité, munie d'un haut-parleur, a invité les
gens à se mobiliser) et Oulx, rapide assemblée sur la place du Marché à
Bussoleno, et des blocages de partout.
(...)
Des gens comme Barbara De Bernardi, enseignante de religion et maire de
Condovè qui, avec les deux curés du village, s'est mise en première ligne
des blocages, afin de conjurer la menace de la charge de police pour
libérer la Nationale : "la vallée s'est arrêtée, l'indignation est telle
que nous n'avons pas besoin de nous réunir ; les blocages et les places
sont nos lieux de rencontre."
http://italy.indymedia.org/news/2005/12/940642.php

La colère se répand dans toute l'Italie, et le jour même, des actions de
solidarité ont lieu dans les grandes villes. A Turin plusieurs usines se
mettent en grève, et des manifestations de 500 à 2000 personnes
parcourent la ville, une fois dans l'après-midi et une deuxième fois le
soir : blocage pendant une heure des quais de la gare principale,
arrachage des stores d'un "magasin qui vend des gadgets des Jeux
Olympiques de Turin 2006" (d'après le quotidien la Stampa), "actes de
vandalisme" sur la voiture de la présidente de la Région Mme Bresso,
destruction de la vitrine d'une banque, "dommages" sur deux véhicules de
la police municipale, un agent de police blessé à la tête, et "les murs
des bâtiments, qui avaient été fraîchement repeints en vue des Jeux
Olympiques, barbouillés d'inscriptions injurieuses sur le ministre Pisanu,
Mme Bresso, la Digos [Renseignements généraux italiens]"
(d'après le quotidien il Sole). Des communistes s'empressent de se
dissocier de ces actes et invitent les manifestants, en bons
citoyens-flics, "à photographier tout ce qui se passe autour du
cortège". Le gouvernement, lui, braque les projecteurs sur ces
violences, occultant celles qu'il inflige lui-même au val de Suse. "Des
groupes de l'extrême-gauche, du courant antagoniste et de
l'anarcho-insurrectionnalisme tentent d'étendre les désordres du val de
Suse à Turin, Rome, Milan et autres villes. Le gouvernement est
fermement décidé à s'opposer à ce dessein qui n'a rien à voir avec la
protestation pacifique de la vallée".
(http://www.rdbcub.it/2005_notav_index.htm)

"Pendant que le gouvernement déverse ses fermes bénédictions sur les
crânes des collectivités du val de Suse, pour sonder l'impact
environnemental de la matraque dans les zones alpines, la protestation
s'étend aux centres urbains. Comme dans les banlieues parisiennes on
craint la violence métropolitaine, mais celle des groupes extrémistes de
gauche, puisque nous n'avons malheureusement pas encore assez
d'africains naturalisés à insérer tout en bas de l'échelle sociale et tout
en haut de celle des responsables quand il est question de
subversion. (...) L'activité terroriste en Italie est encore associée à la
gauche."
http://maxrob.splinder.com/

Le lendemain mercredi 7, les rassemblements continuent dans plus de 10
villes à travers l'Italie et la Suisse.

Jeudi 8 décembre, une marche est organisée de Suse à Venaus, sous la neige
: 30.000 personnes reprennent possession des terrains évacués le 6,
l'espace de quelques heures, en débordant les forces de l'ordre par des
sentiers de montagne, tenant des barricades sur les routes,
organisant une assemblée sur place...
(http://grenoble.indymedia.org/index.php?page=article&id=1646)
Quelques photos :
http://italy.indymedia.org/news/2005/12/940596.php
http://italy.indymedia.org/news/2005/12/940889.php

La mobilisation d'une vallée entière soutenue par tout ce que l'Italie
compte d'anti-capitaliste et d'écologiste, et capable de rassembler près
de 100.000 personnes en manifestation (comme le 16 novembre), est une
gigantesque menace pour les dirigeant-e-s, patron-ne-s, syndicats
cogestionnaires, et surtout... leurs Jeux Olympiques, qui doivent
commencer dans deux mois, pile autour de cette vallée qui relie Turin aux
stations de Sestrière ou Bardonnèche. On entend dans les cortèges des
slogans tels que "Tremblez, tremblez, les JO vous pouvez les
oublier" ou "Eteignons la flamme olympique, allumons la flamme de la
révolte". La flamme olympique devait d'ailleurs partir ce même jeudi 8
décembre de Rome, dans une cérémonie à laquelle assistaient le maire de
Turin et la présidente de la région Piémont, pour une tournée à travers
l'Italie...

"Jeudi 8 décembre, 20h20, Rome : un manifestant interrompt la cérémonie
olympique.
Evènement hors programme place du Capitole, où est arrivée la torche
olympique. Un représentant de la coordination nationale anti-TGV est monté
sur la tribune en hurlant "Vergogna" (Honte) à l'intention du maire de
Turin, Sergio Chiamparino. L'homme a été emmené par les forces de
l'ordre".
http://repubblica.it

Les autorités frissonnent donc, et tentent plusieurs argumentaires, plus
classiques les uns que les autres, pour casser le mouvement (voir en
italien : http://italy.indymedia.org/news/2005/12/940636.php,
http://www.corriere.it/Primo_Piano/Cronache/2005/12_Dicembre/08/scontri.shtml
et http://www.rdbcub.it/2005_notav_index.htm).

"La présidente de la région Piémont, Mercedes Bresso, qui participait à
Rome à la cérémonie pour le départ de la flamme olympique, a déclaré que
"Turin2006 contribuera certainement à calmer les esprits, à faire voir
combien le Val de Suse est beau, et attirera certainement beaucoup de
touristes. (...) Je crois qu'il faut trouver un accord raisonnable pour
éviter de donner une image dévastatrice de la situation. Nous trouverons
sûrement le moyen pour donner la meilleure image possible de nous."

"Pour le ministre de l'équipement, Pietro Lunardi, il s'agit d'une
protestation "insensée". "C'est désormais un problème d'ordre public, qui
ne regarde plus mon ministère. C'est un chantier voulu de tous. Les Verts
français ont dit qu'ils voulaient la grande vitesse et qu'ils voulaient
les chemins de fer."
Il sole 24ore, 7/12

"J'ai ouvert une table de concertation il y a un an - a continué Lunardi -
pour qui veut des explications, pour les gens du coin. Personne n'est
jamais venu. Nous, nous sommes à leur disposition. Maintenant je vais
ouvrir aussi un observatoire permanent à Suse pour pouvoir contrôler,
auquel devront participer tous les intéressés, des syndicats jusqu'aux
curés, aux gens du coin, à leurs experts, à tous ceux qui veulent avoir
des explications sur ce chantier qui doit se faire et qui est
indispensable."
"C'est un chantier européen qui doit se faire et sur lequel nous nous
sommes mis d'accord à Bruxelles."
Corriere Adriatico, 7/12

""Le TGV est un chantier auquel on ne peut renoncer et qui a toutes les
garanties du point de vue environnemental." Ainsi a parlé le président du
conseil Silvio Berlusconi, conversant avec les journalistes au
Palazzo Grazioli. Il a ensuite ajouté : "peut-être sur ce point n'y a-t-il
pas eu suffisamment de communication"."

""Il faut isoler ceux qui utilisent les circonstances de compréhensible
divergence politique et de craintes à caractère environnemental, à des
fins qui frôlent la violence et la subversion. Il faut sans aucun doute
les isoler et les combattre." C'est ainsi que le président du sénat
Marcello Pera, en marge de la cérémonie de passage de la flamme
olympique, est revenu sur le projet de la grande vitesse en val de Suse.
Il souhaite "un rapprochement et un dialogue avec les autorités
locales", soulignant que "le développement économique non seulement de la
région, mais de l'Italie toute entière, est une priorité"."

""J'espère qu'avec le dialogue on dépassera aussi la situation de
difficulté qu'il y a en val de Suse. Avec le dialogue et la légalité."
C'est l'avertissement du président de la chambre [des députés] Pier
Ferdinando Casini sur l'affaire TGV. "Le dialogue - relève Casini - ne
veut pas dire que les autorités publiques cèderont par rapport au
respect de leurs propres responsabilités. Parce qu'un dialogue qui
reviendrait à céder serait une capitulation, et signifierait également que
qui bloque les routes a raison. Et cela - conclut-il - c'est
inacceptable"."

Opposons-leur pour conclure quelques paroles de personnes en lutte...

"Nous voudrions expliquer au président de la Chambre, l'honorable Pier
Ferdinando Casini, que le TGV Turin-Lyon traverse les vallées olympiques
depuis 8 bonnes années, jamais contesté par personne, avec six convois
quotidiens (...) toujours pratiquement vides. Les chemins de fer
italiens ont en outre, depuis septembre 2004, supprimé le super-train
rapide Pendolino sur la même ligne à cause du trop faible nombre de
passagers. Nous informons par ailleurs que le val de Suse est (...) déjà
occupé par une ligne de chemin de fer internationale (Turin-Modane), une
autoroute, trois cols alpins, deux routes nationales et deux
départementales, deux gazoducs, deux lignes à haute tension, (...) un
fleuve et 18 torrents (qui nous offrent tous les 5 ou 6 ans une
inondation) et, là où il reste de la place, par nous autres 70.000
habitant-e-s, avec le record des tumeurs dans le Piémont (40% de plus par
rapport aux autres cantons piémontais). Nous précisons
qu'aujourd'hui les TGV voyagent déjà à 160 km/h sur la ligne actuelle, qui
est utilisée à 38% de ses capacités alors que tous les jours nous
accueillons 35% du trafic de marchandises de tout l'arc alpin. Et
maintenant le projet de TGV prévoit dans notre pauvre vallée encore 64 km
de galeries creusées dans des montagnes pleines d'amiante, nonobstant
l'interdiction par l'Union Européenne de l'extraction de ce minerai depuis
8 ans. Ils veulent ouvrir au moins 12 chantiers dans les filons d'amiante.
Pourquoi ? Ces derniers temps on nous traite comme des
montagnards ignorants et rétrogrades. (...) La fermeté de notre
protestation n'est pas dictée par des motifs idéologiques mais seulement
par la raison des données que les responsables du projet eux-mêmes nous
ont fournies dans les 15 dernières années (qui ont déjà coûté 1100
milliards de vieilles lires [environ 500 millions d'euros], dépensées par
la société Alpetunnel qui a déjà fait faillite)."
Giuseppe Dolfini et Jacopo Suppo
http://italy.indymedia.org/news/2005/12/940657.php

"(...) Ce qui se joue en val de Suse n'est pas seulement une question
d'environnement mais aussi une bataille politique, économique et
culturelle, qui met en jeu le destin des milliers de personnes qui
l'habitent, et qui face à la "hâte" de la mondialisation, ne sont que de
petits obstacles le long du "corridor" qui reliera Turin à l'Europe. (...)
Quand ils ont construit l'autoroute ils ont raconté la belle fable des
emplois, des possibilités de développement, du tourisme. Les gens ont
appris à leurs dépens que l'ombre longue et sombre des pylônes de
l'autoroute est l'indicateur symbolique et matériel des gaz
d'échappement, du bruit, de l'assèchement des nappes phréatiques.
Pendant que les monstres du transport super-rapide étaient projetés et
bâtis, les services aux personnes empiraient. Les petites gares ont fermé
leurs billetteries et salles d'attente car elles n'étaient pas rentables :
ainsi les pendulaires, étudiants et travailleurs attendent le train
dehors, l'été comme les longs mois d'hiver. La ville de Suse, où se trouve
l'hôpital, certaines écoles supérieures et d'autres
services, est reliée [aux autres villages] par une petite ligne de chemin
de fer, qui fonctionne peu et mal. Si le TGV voit le jour, les gens auront
du mal à rejoindre l'hôpital alors que des fusées fileront au ras de leurs
maisons toutes les 5 minutes à 300 km/h. Cela aussi c'est de la "logique",
la logique du profit qui ne regarde personne dans les yeux. Les fauteurs
du TGV cherchent à transformer le val de Suse en un espace inhabité, un
corridor dans lequel courent des trains
super-rapides, destinés à relier des métropoles invivables et
monstrueuses, faites de banlieues anonymes et de centres décisionnels.
Nous ne signerons pas : à la logique du profit nous opposons la pratique
de la liberté."
Fédération Anarchiste Turinoise, 12/04/2005
http://www.ainfos.ca/05/apr/ainfos00202.html

Gardons en tête la date du 17 décembre : une grande manifestation est
prévue... Pour mémoire, le val de Suse c'est juste derrière la
frontière, à 150 km de Chambéry, 200 de Grenoble ou Annecy, 250 de Lyon ou
Genève...

Plus d'infos en français :

Rebellyon
http://rebellyon.info

Indymedia-Grenoble
http://grenoble.indymedia.org

Une article de la FA Chambéry qui présente la lutte dans son ensemble
http://grenoble.indymedia.org/index.php?page=article&id=1615

Une association écolo du val de Suse
http://www.legambientevalsusa.it/MAIN_francais.htm

Pour ceux qui lisent l'italien :

Indymedia-Piémont
http://italy.indymedia.org/features/piemunt/

Non aux Jeux Olympiques 2006
http://nolimpiadi.8m.com/mainita.html

[ expediteur/expéditrice <sortidserre(a)no-log.org> ]
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