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Date Sun, 14 Aug 2005 12:02:44 +0200 (CEST)


Le 6 décembre dernier, on marquait le quinzième anniversaire de la tuerie
de l?école Polytechnique de Montréal. Alors que parents, féministes et
médias soulignent à chaque année depuis 1989 les meurtres prémédités de
quatorze jeunes femmes (et de 13 autres blessées) par Marc Lépine, les
motifs de ce dernier ont un tout autre écho chez certains groupes
d?hommes, ici même au Québec.

À lire également: Qui sont les masculinistes? [ http://nefac.net/node/1811 ]

En effet, le groupe L?Après-rupture a récemment traduit en français un
plaidoyer pour la réhabilitation de Marc Lépine, publié par un certain
Peter Douglas Zohrab. Ce dernier décrit Lépine comme un «activiste des
droits de l?homme (quoique extrémiste)» et soutient que «non seulement
Marc Lépine n?était pas sexiste, comme l?ont affirmé les médias [qu?il
croit contrôlés par des féministes] mais il se battait contre le sexisme
féministe»!

Que du délire? Certes! Mais malheureusement, ce discours anti-féministe
est de plus en plus présent et influent au sein de la société. Ce discours
témoigne de l?émergence d?un «mouvement» en réaction au changement social
apporté par les luttes féministes. Ce «mouvement», de droite
conservatrice, est ce que l?on appele le masculinisme.

Le masculinisme : une définition

D?abord, le masculisme est une perspective révisionniste. Il nie de façon
entêté que les femmes vivent encore et toujours des inégalités. Selon les
masculinistes, l?égalité entre les sexes a été réalisée par le féminisme
et les femmes vivraient aujourd?hui dans des conditions identiques à peu
de choses près à celles des hommes. Et il n?y aurait pas de quoi se
réjouir, car le féminisme serait de ce fait «allé trop loin» et aurait
renversé «les valeurs essentielles et fondamentales qui concernent la
famille (La Presse, 24 octobre 1991)» (1).

Le discours masculiniste se façonne donc autour de la défense des rôles
sociaux traditionnels entre les sexes. Il défend des divisions
hommes-femmes calquées sur les stéréotypes sexuels et les justifient par
un discours biologique sur la nature profonde (sic) de la virilité
masculine. Ainsi, les masculinistes se défilent devant les faits
terribles, par exemple, sur la violence conjugale, en disant qu?on n?y
peut rien, que les hommes sont ainsi faits et que vouloir changer les
comportements masculins (lire machistes et virils) est contre-nature. Le
féminisme est donc une menace, car il remet en cause ce discours
biologique et questionne la domination masculine. Mais pire encore, le
mouvement féministe aurait dépassé les limites de l?équité et les hommes
se retrouveraient aujourd?hui relégués au second rang.

Bien sûr, les masculinistes se gardent bien de parler des écarts de
salaire toujours existant entre les hommes et les femmes, des ghettos
d?emplois féminins, du partage inégal du travail domestique, de
l?analphabétisme et de la pauvreté plus marquée chez les femmes et j?en
passe. Alors sur quoi basent-ils leur discours?

Les hommes, ces victimes

D?une part, les masculinistes affirment que les hommes et les femmes se
retrouvent aujourd?hui dans une situation d?égal à égal, une situation
symétrique, c?est-à-dire que le pouvoir serait également partagé entre les
hommes et les femmes. Ainsi, toute référence à des problèmes tel que la
violence contre les femmes est replacé dans un cadre symétrique, à savoir
qu?autant les hommes que les femmes s?agressent mutuellement et également.
Alors qu?au Canada, par exemple, «98% des agressions sexuelles et 86% des
crimes violents sont commis par des hommes (Johnson, 1996), que les femmes
représentent 98% des victimes de violence conjugale sous forme d?agression
sexuelle, d?enlèvement ou de prise d?otage (Fitzgerald, 1999), et où 80%
des victimes de harcèlement criminel sont des femmes alors que 90% des
personnes accusées sont des hommes (Kong, 1996), les masculinistes
n?hésitent pas à avancer que les hommes subissent autant, voire plus de
violences que les femmes, que les chiffres sont truqués» (2). Ce n?est, ni
plus ni moins, que la négation de l?oppression spécifique des femmes.

D?autre part, cette situtation symétrique entre les hommes et les femmes
inférioriserait les hommes et leur prêterait un statut de «victime» face
aux femmes en général, qui bénéficieraient maintenant de «privilèges».
Ainsi, depuis leur émancipation, les femmes auraient fait pression,
disent-ils, pour que «les lois soient changées au détriment des hommes, et
bien des hommes seraient accusés faussement de violence et d?abus, et
privés injustement de leurs droits» (3). Les masculinistes affirment donc
que les féministes exagèrent, qu?elles confondent l?agressivité naturelle
des hommes avec la violence. D?après eux, «les hommes accusés de violence
conjugale sont présumés coupables et deviennent les victimes d?un
?véritable terrorisme judiciaire fondé sur le sexisme? (Le Devoir, 16
septembre, 2000)» (4).

L?anti-féminisme, pierre angulaire de leur programme politique

Le féminisme serait donc à l?origine de l?infériorisation des hommes et de
leur déclassement social, le tout débutant au sein de la famille et se
transportant dans d?autres domaines tels que l?éducation et le travail.
Les masculinistes ne se gênent donc pas pour critiquer le mouvement
féministe en affirmant qu?il a manqué à ses promesses d?égalité entre les
sexes! Ils utilisent ainsi l?excuse de la défense des droits de l?homme
pour lutter contre les droits des femmes. Les critiques qu?ils font du
mouvement féministe tournent principalement autour de la féminisation du
système scolaire, responsable des difficultés, des retards ou du
décrochage scolaire chez les garçons, mais aussi autour de la paternité et
de la garde des enfants. Voici brièvement quelques-uns de leurs arguments.

Le monde de l?éducation et du travail
Extrait de la bande dessinée «Les Vaginocrates» de Ferrand, l'un des
principaux porte-parole du mouvement masculiniste.
Selon les masculinistes, le système scolaire ne serait plus adapté aux
garçons, car les féministes y auraient dicté leurs lois et leur volonté.
Ainsi, l?école aurait été dénudée de tout caractère masculin et n?aurait
plus aucun intérêt pour les garçons qui s?y ennuient et y vivent des
troubles d?apprentissage. De plus, le fait que le personnel enseignant y
soit majoritairement féminin aurait une conséquence directe sur la non
performance des garçons qui n?auraient pas de modèles masculins auxquels
s?identifier. Mais pire encore, puisque les méthodes d?enseignement et les
programmes féminisés ne correspondent pas à la «nature masculine», les
garçons décrochent. En fait, affirment les masculinistes, les programmes
scolaires décourageraient les jeunes hommes virils, mais seraient fait sur
mesure pour les filles puisqu?elles sont naturellement dociles,
conformistes et obéissantes.

Mais ce qui dérange le plus les masculinistes, c?est la bonne performance
des filles à l?école. Par exemple, «si les garçons prennent du retard sur
les filles à l?école, ce serait en partie parce qu?ils auraient tendance à
considérer que la langue, l?écriture et la littérature sont des activités
féminines. Mais au lieu de reconnaître là l?effet d?un stéréotype sexiste,
les masculinistes rétorquent que les livres choisis par les enseignantes
correspondent plus aux goûts des filles, et que les professeurs manquent
d?équité dans la correction des travaux d?écriture» (5).

Enfin, parce que les filles réussissent (les masculinistes font la
généralisation à tout le groupe de sexe), ce sont donc elles qui
décrochent les meilleurs emplois. La féminisation du système scolaire est
donc responsable du chômage chez les hommes! Les masculinistes affirment
en effet que la présence des hommes sur le marché du travail n?a cessé de
diminuer au Québec (de 75% à 70%) tandis que celle des femmes s?est
maintenue (environ 54%). Bien sûr, ces derniers restent muets sur l?écart
entre 54% et 70%. mais ils continuent d?utiliser leur discours victimisant
d?hommes défavorisés aux profit des femmes à qui on aurait accordé trop
d?attention et d?espace au cours des dernières décennies.

L?enfant

Les lois sur le divorce et la garde partagée des enfants ont été à la base
de la création des groupes masculinistes. C?est sur cette base qu?ils ont
ensuite développé leur discours sur la discrimination contre les pères, la
victimisation des garçons par le système scolaire, etc. D?après eux, « les
femmes auraient dépossédé les hommes de leur rôle parental et de leur rôle
de pourvoyeur. Dans les cas de divorce et de séparation, le père serait
privé de son droit de paternité pour ne devenir ?qu?un géniteur et une
machine à sous?, les mères s?acharnant à éloigner les enfants avec la
complicité des juges (La Presse, 15 février 1995)» (6). Mais encore, ils
s?opposent à l?avortement avec leur notion de droits à la reproduction des
pères et prennent position contre l?homosexualité. Rien de moins que la
défense pure et simple de la famille patriarcale et des valeurs
conservatrices.

Et quoi d?autre?

Un autre thème traité par les masculi-nistes (nous en avons parlé plus
haut) est la violence autour de laquelle ils ont développé des théories
très controversées (principalement américaines) mais surtout
incroyablement ridicules, soit le syndrome d?aliénation parentale, le
syndrome de la mère malveillante, le syndrome des faux souvenirs et des
fausses allégations. Toutes ces inventions pseudo-scientifiques leur
servent à justifier et à revendiquer le droit des pères à l?inceste, le
droit de garde ou à l?accès des enfants quoi qu?ils aient pu faire
auparavant, le droit de ne pas payer de pensions alimentaires, le droit de
violenter leur conjointe et de se voir offrir les services du CLSC plutôt
qu?une peine de prison ou une perte de privilèges parentaux?(7) Serait-ce
pertinent de rappeler ici que les militants masculinistes les plus actifs
sont généralement des hommes étiquetés comme «hommes violents» et ayant
souvent subis des peines judicaires?

Une offensive patriarcale

Un peu partout dans le monde, les groupes masculinistes pullulent et
forment même, à certains endroits, de véritables lobbys qui tentent de
convaincre les gens que le mouvement des femmes a créé un nouveau système
social qui infériorise les hommes.

Ils tentent de faire croire que ce sont les femmes, individuellement et
collectivement, qui sont la cause de tous les maux qui accablent les
hommes, du décrochage scolaire à leur perte d?identité. Ils désirent donc,
et proposent à cet effet, de revenir au modèle traditionnel de la famille
pour que l?homme, le sexe «fort», y retrouve sa place dominante et
naturelle. Ce ne serait qu?une simple question de droits...

Qu?ils soient en France, en Nouvelle-Zélande, en Australie ou ici au
Québec, les groupes masculinistes occupent l?espace médiatique au maximum
et sèment le doute. Ils utilisent abondamment internet, mais aussi la
presse écrite. Partout, ils s?attachent à fournir un arsenal idéologique
contre les acquis des femmes, des idées qui font leur chemin à même
l?État, l?école, les tribunaux, les médias...

Les masculinistes en veulent aux différentes ressources et programmes
consacrés aux femmes tels que les politiques contre le harcèlement sexuel,
les maisons d?hébergement pour femmes violentées, la loi sur les pensions
alimentaires, la loi sur la garde des enfants, la mixité scolaire, etc.
Ils veulent un pendant masculin, comme des subventions pour les hommes
violentés et en détresse psychologique, mais au lieu de demander l?argent
d?un autre secteur, c?est spécifiquement celui accordé aux femmes qu?ils
revendiquent pour eux (comme si la souffrance des hommes était plus noble
que celle des femmes). À cet effet, le groupe masculiniste L?Après-rupture
a publié la liste de tous les codes postaux des Maisons d?hébergement pour
femmes, accompagné du montant des subventions qu?elles avaient reçues pour
démontrer l?horreur du complot féministe. Cela relève d?un profond mépris
pour les femmes quand on sait que les ressources accordées à celles-ci ne
répondent même pas à la demande. Nous n?avons qu?à penser aux maisons
d?hébergement qui sont largement débordées...

Les groupes masculinistes n?ont donc aucune réflexion propre et leur cadre
d?analyse s?inspire de la méconnaissance et de la haine. Ils en veulent
aux femmes, mais surtout, aux féministes qui ne sont pour eux que des
«vaginocrates», des «féminazies» ou encore des «féminihilistes» ou des
«fémino-centristes» (8). Depuis 10 ans, leur discours s?est développé et
s?est outillé de nouveaux arguments (pseudo-théories, fausses
statistiques, «syndromes» pré-fabriqués) pour justifier la fameuse
souffrance des hommes causée par le féminisme. Tout ça pour défendre, avec
nostalgie, les rapports traditionnels entre les sexes pour que l?homme
retrouve sa place dominante qu?il occupait jadis.

Il est clair que l?émergence du discours masculiniste relève, dans un
contexte de la montée de la droite et de l?extrême droite, de la volonté
de revenir à des valeurs conservatrices, à une société patriarcale
traditionnelle. Il s?agit donc d?une menace pour les femmes auxquelles on
désire diminuer, voire enlever, leurs droits.

Enfin, depuis la tuerie en 1989 à l?École polytechnique de Montréal, pas
moins de 593 femmes et 172 enfants ont été tuéEs par des hommes (ou des
inconnus) au Québec. Et il s?inscrit une hausse régulière des meurtres de
femmes commis par un conjoint, ex-conjoint ou partenaire sexuel dans le
décompte total des décès féminins. Cette proportion est passée de 37% en
1989 à 73% en 2004 (9). L?oppression des femmes est donc toujours bien
réelle et la lutte anti-patriarcale demeure plus que jamais d?actualité.

E. Morraletat

Notes :

1. La stratégie masculiniste, une offensive contre le féminisme, Pierrette
Bouchard, 1er avril 2003, http://sisyphe.org/article.php?id_article=329

2. Le discours masculiniste dans les forums de discussions, Natacha
Ordioni, 27 décembre 2002, http://sisyphe.org/article.php?id_article=271

3. op. cit., Pierrette Bouchard.

4. op. cit., Pierrette Bouchard.

5. Les arguments du discours masculinistes,2003,
http://sisyphe.org/article.php?id_article=703

6. op. cit., Pierrette Bouchard.

7. Face au machisme et au masculinisme : l?expérience du Collectif
masculin contre le sexisme, Martin Dufresne, Collectif masculin contre le
sexisme, 3 juin 2004, http://www.antipatriarcat.org/cmcs/

8. op. cit., Pierrette Bouchard.

9. 765 femmes et enfants tuéEs depuis le 6 décembre 1989; 15 ans après
l?attentat terroriste de l?École polytechnique, la violence sexiste
continue, Collectif masculin contre le sexisme, 19 novembre 2004,
http://www.antipatriarcat.org/cmcs

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Texte en ligne sur http://nefac.net/node/1810 et extrait du numéro 5 de
Ruptures, la revue francophone de la NEFAC.

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