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(fr) Douze preuves de l'inexistence de Dieu (1)

From worker <a-infos-fr@ainfos.ca>
Date Sat, 9 Apr 2005 16:56:46 +0200 (CEST)


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A G E N C E D E P R E S S E A - I N F O S
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Douze preuves de l'inexistence de Dieu
Sébastien Faure

Camarades

Il y a deux façons d'étudier et de tenter de résoudre le problème de
l'inexistence de Dieu. La première consiste à éliminer l'hypothèse Dieu du champ des
conjectures plausibles ou nécessaires par une explication claire et
précise par l'exposé d'un système positif de l'Univers, de ses
origines, de ses développements successifs, de ses fins. Cet exposé rendrait inutile l'idée de Dieu et détruirait par avance
tout l'échafaudage métaphysique sur lequel les philosophes
spiritualistes et les théologiens la font reposer. Or, dans l'état actuel des connaissances humaines, si l'on s'en tient,
comme il sied, à ce qui est démontré ou démontrable, vérifié ou
vérifiable, cette explication manque, ce système positif de l'Univers
fait défaut. Il existe, certes, des hypothèses ingénieuses et qui ne
choquent nullement la raison ; il existe des systèmes plus ou moins
vraisemblables, qui s'appuient sur une foule de constatations et
puisent dans la multiplicité des observations sur lesquelles ils sont
édifiés un caractère de probabilité qui impressionne ; aussi peut-on
hardiment soutenir que ces systèmes et ces suppositions supportent
avantageusement d'être confrontés avec les affirmations des déistes ;
mais, en vérité, il n'y a, sur ce point, que des thèses ne possédant
pas encore la valeur des certitudes scientifiques et, chacun restant
libre, somme toute, d'accorder la préférence à tel système ou à tel
autre qui lui est opposé, la solution du problème ainsi envisagée,
apparaît, présentement du moins, comme devant être réservée. Les adeptes de toutes les religions saisissent si sûrement l'avantage
que leur confère l'étude du problème ainsi posé, qu'ils tentent tous
et constamment, de ramener celui-ci à ladite position ; et si, même
sur ce terrain, le seul sur lequel ils puissent faire encore bonne
contenance, ils ne sortent pas de la rencontre - tant s'en faut - avec
les honneurs de la bataille, il leur est toutefois possible de
perpétuer le doute dans l'esprit de leurs coreligionnaires et c'est
pour eux, le point capital. Dans ce corps à corps où les deux thèses opposées s'empoignent et
s'efforcent à se terrasser, les déistes reçoivent de rudes coups ;
mais ils en portent aussi ; bien ou mal, ils se défendent et, l'issue
de ce duel demeurant, aux yeux de la foule, incertaine, les croyants,
même quand ils ont été mis en posture de vaincus, peuvent crier
victoire. Ils ne se privent pas de le faire avec cette impudence qui est la
marque des journaux à leur dévotion ; et cette comédie réussit à
maintenir, sous la houlette du pasteur, l'immense majorité du
troupeau. C'est tout ce que désirent ces mauvais bergers.

Le problème posé en termes précis

Toutefois, camarades, il y a une seconde façon d'étudier et de tenter
de résoudre le problème de l'inexistence de Dieu. Celle-là consiste à examiner l'existence du Dieu que les religions
proposent à notre adoration. Se trouve-t-il un homme sensé et réfléchi, pouvant admettre qu'il
existe, ce Dieu dont on nous dit, comme s'il n'était enveloppé d'aucun
mystère, comme si l'on n'ignorait rien de lui, comme si on avait
pénétré toute sa pensée, comme si on avait reçu toutes ces confidences
: Il a fait ceci, il a fait cela, et encore ceci, et encore cela. Il a
dit ceci, il a dit cela, et encore cela. Il a agi et parlé dans un tel
but et pour telle autre raison. Il veut telle chose, mais il défend
telle autre chose ; il récompensera telles actions et il punira telles
autres. Et il a fait ceci et il veut cela, parce qu'il est infiniment
sage, infiniment juste, infiniment puissant, infiniment bon ? A la bonne heure ! Voilà un Dieu qui se fait connaître ! Il quitte
l'empire de l'inaccessible, dissipe les nues qui l'environnent,
descend des sommets, converse avec les mortels, leur confie sa pensée,
leur révèle sa volonté et donne mission à quelques privilégiés de
répandre sa Doctrine, de propager sa Loi et, pour tout dire, de le
représenter ici-bas, avec pleins pouvoirs de lier et de délier, au
ciel et sur la terre ! Ce Dieu, ce n'est pas le Dieu Force, Intelligence, volonté, Energie,
qui, comme tout ce qui est Energie, Volonté, Intelligence, Force, peut
être tour à tour, selon les circonstances et par conséquent
indifféremment, bon ou mauvais, utile ou nuisible, juste ou inique,
miséricordieux ou cruel ; ce Dieu, c'est le Dieu en qui tout est
perfection et dont l'existence n'est et ne peut être compatible,
puisqu'il est parfaitement juste, sage, puissant, bon, miséricordieux,
qu'avec un état de choses dont il serait l'auteur et par lequel
s'affirmerait son infinie Justice, son infinie Sagesse, son infinie
Puissance, son infinie bonté et son infinie Miséricorde. Ce Dieu, vous le reconnaissez ; c'est celui qu'on enseigne, par le
catéchisme, aux enfants ; c'est le Dieu vivant et personnel, celui à
qui on élève des temples, vers qui monte la prière, en l'honneur de
qui on accomplit des sacrifices et que prétendent représenter sur la
terre tous les clergés, toutes les castes sacerdotales. Ce n'est pas cet "Inconnu" cette Force énigmatique, cette Puissance
impénétrable, cette Intelligence incompréhensible, cette Energie
incognoscible, ce Principe mystérieux : hypothèse à laquelle, dans
l'impuissance où il est encore d'expliquer le comment et le pourquoi
des choses, l'esprit de l'homme se plaît à recourir ; ce n'est pas le
Dieu spéculatif des métaphysiciens, c'est le Dieu que ses
représentants nous ont abondamment décrit, lumineusement détaillé. C'est, je le répète, le Dieu des Religions, et, puisque nous sommes en
France, le Dieu de cette Religion qui, depuis quinze siècles, domine
notre histoire : la religion chrétienne. C'est ce Dieu-là que je nie, et c'est celui-là seulement que je veux
discuter et qu'il convient d'étudier, si nous voulons tirer de cette
conférence un profit positif, un résultat pratique. Ce Dieu quel est-il ?
Puisque ses chargés d'affaires ici-bas ont eu l'amabilité de nous le
dépeindre avec un grand luxe de détails, mettons à profit cette
gracieuseté de ses fondés de pouvoirs ; examinons-le de près ;
passons-le à la loupe : pour le bien discuter, il faut le bien
connaître. Ce Dieu, c'est lui qui, d'un geste puissant et fécond, a fait toutes
choses de rien, celui qui a appelé le néant à l'être, qui a, par sa
seule volonté, substitué le mouvement à l'inertie, la vie universelle
à la mort universelle : il est Créateur ! Ce Dieu, c'est celui qui, ce geste de création accompli, bien loin de
rentrer dans sa séculaire inaction et de rester indifférent à la chose
créée, s'occupe de son œuvre, s'y intéresse, intervient quand il le
juge à propos, la gère, l'administre, la gouverne : il est Gouverneur
ou Providence. Ce Dieu, c'est celui qui, Tribunal Suprême, fait comparaître chacun de
nous après sa mort, le juge selon les actes de sa vie, établit la
balance de ses bonnes et de ses mauvaises actions et prononce, en
dernier ressort, sans appel, le jugement qui fera de lui, pour tous
les siècles à venir, le plus heureux ou le plus malheureux des êtres :
il est Justicier ou Magistrat. Il va de soi que ce Dieu possède tous les attributs et qu'il ne les
possède pas seulement à un degré exceptionnel ; il les possède tous à
un degré infini. Ainsi, il n'est pas seulement juste : il est la Justice infinie ; il
n'est pas seulement bon : il est la Bonté infinie ; il n'est pas
seulement miséricordieux : il est la Miséricorde infinie ; il n'est
pas seulement puissant : il est la Puissance infinie ; il n'est pas
seulement savant : il est la Science infinie. Encore une fois, tel est le Dieu que je nie et dont, par douze preuves
différentes (à la rigueur, une seule suffirait), je vais démontrer
l'impossibilité.
Division du Sujet

Voici l'ordre dans lequel je vous présenterai mes arguments.
Ceux-ci formeront trois groupes : le premier de ces groupes visera
plus particulièrement le Dieu-Créateur ; il comprendra six arguments ;
le deuxième de ces groupes concernera plus spécialement le
Dieu-Gouverneur ou Providence ; il embrassera quatre arguments ;
enfin, le troisième et dernier de ces groupes s'attachera au
Dieu-Justicier ou Magistrat ; il comportera deux arguments. Donc : six arguments contre le Dieu-Créateur ; quatre arguments contre
le Dieu-Gouverneur ; deux arguments contre le Dieu-Justicier. Cela
fera bien douze preuves de l'inexistence de Dieu. Le plan de ma démonstration vous étant connu, vous pourrez plus
aisément et mieux en suivre le développement.
PREMIERE SÉRIE D'ARGUMENTS

PREMIER ARGUMENT
Le Geste créateur est inadmissible

Qu'entend-on par créer ?
Qu'est-ce que créer ?
Est-ce prendre des matériaux épars, séparés, mais existants, puis,
utilisant certains principes expérimentés, appliquant certaines règles
connues, rapprocher, grouper, sérier, associer, ajuster ces matériaux,
afin d'en faire quelque chose ? Non ! Cela n'est pas créer. Exemples : Peut-on dire d'une maison
qu'elle a été créée ? - Non ! Elle a été construite. Peut-on dire d'un
meuble qu'il a été créé ? - Non ! Il a été fabriqué. Peut-on dire d'un
livre qu'il a été créé ? - Non ! Il a été composé, imprimé. Donc, prendre des matériaux existants et en faire quelque chose ce
n'est pas créer. Qu'est-ce donc que créer ?
Créer... je suis, ma foi, fort embarrassé d'expliquer l'inexplicable,
de définir l'indéfinissable ; je vais, néanmoins, tenter de me faire
comprendre. Créer, c'est tirer quelque chose de rien ; c'est avec rien du tout
faire quelque chose ; c'est appeler le néant à l'être. Or, j'imagine qu'il ne se trouve pas une seule personne douée de
raison qui puisse concevoir et admettre que de rien on puisse tirer
quelque chose, qu'avec rien il soit possible de faire quelque chose. Supposez un mathématicien ; choisissez le calculateur le plus émérite,
placez derrière lui un gigantesque tableau noir ; priez-le de tracer
sur ce tableau noir des zéros et des zéros ; il aura beau totaliser,
multiplier, se livrer à toutes les opérations de la mathématique, il
ne parviendra jamais à extraire de l'accumulation de ces zéros une
seule unité. Avec rien, on ne fait rien ; avec rien on ne peut rien faire et le
fameux aphorisme de Lucrèce ex nihilo nihil reste l'expression d'une
certitude et d'une évidence manifeste. Le geste créateur est un geste impossible à admettre et une absurdité.
Créer, c'est donc une expression mystique, religieuse, pouvant
posséder quelque valeur aux yeux des personnes à qui il plaît de
croire ce qu'elles ne comprennent pas et à qui la foi s'impose
d'autant plus qu'elles comprennent moins ; mais créer est une
expression vide de sens pour tout homme avisé, attentif, aux yeux de
qui les mots n'ont de valeur que dans la mesure dans laquelle ils
représentent une réalité ou une possibilité. En conséquence, l'hypothèse d'un Être véritablement créateur est une
hypothèse que la raison repousse. L'Être créateur n'existe pas, ne peut pas exister.

DEUXIÈME ARGUMENT
Le "pur Esprit"
ne peut avoir déterminé l'Univers

Aux croyants qui, en dépit de toute raison, persistent à admettre la
possibilité de la création, je dirai qu'il est, en tous les cas,
impossible d'attribuer cette création à leur Dieu. Leur Dieu est pur Esprit. Et je dis que le pur Esprit : l'Immatériel
ne peut avoir déterminé l'Univers : le Matériel. Voici pourquoi : Le pur Esprit n'est pas séparé de l'Univers par une différence de
degré, de quantité, mais par une différence de nature, de qualité. En sorte que le pur Esprit n'est et ne peut pas plus être une
amplification de l'Univers que l'Univers n'est et en peut être une
réduction du pur Esprit. La différence ici n'est pas seulement une
distinction, mais une opposition, opposition de nature : essentielle,
fondamentale, irréductible, absolue. Entre le pur Esprit et l'Univers, il n'y a pas seulement un fossé plus
ou moins large et profond qu'il serait, à la rigueur, possible de
combler ou de franchir ; il y a un véritable abîme, dont telles sont
la profondeur et l'étendue que, quel que soit l'effort tenté, rien
personne ne saurait combler ni franchir cet abîme. Et je mets le philosophe le plus subtil comme le mathématicien le plus
consommé au défi de jeter un pont, c'est-à-dire d'établir un rapport
-quel qu'il soit - (et à plus forte raison un rapport aussi direct et
aussi étroit que celui qui relie la cause à l'effet) entre le pur
Esprit et l'Univers. Le pur Esprit ne supporte aucun alliage matériel ; il ne comporte ni
forme, ni corps, ni ligne, ni matière, ni proportion, ni étendue, ni
durée, ni profondeur, ni surface, ni volume, ni couleur, ni son, ni
densité. Or, dans l'Univers, tout, au contraire est forme, corps, ligne,
matière, proportion, étendue, durée, profondeur, surface, volume,
couleur, son, densité. Comment admettre que cela a été déterminé par ceci ?
C'est impossible.
Arrivé à ce point de ma démonstration, je campe solidement sur les
deux arguments qui précèdent, la conclusion suivante : Nous avons vu que l'hypothèse d'une Puissance véritablement créatrice
est inadmissible ; nous avons vu, en second lieu, que, même si l'on
persiste à croire en cette Puissance, on ne saurait admettre que
l'Univers essentiellement matériel ait été déterminé par le pur Esprit
essentiellement immatériel ; Si, néanmoins, vous vous obstinez, croyants, à affirmer que c'est
votre Dieu qui a créé l'Univers, le moment est venu de nous demander
où, dans l'hypothèse Dieu, se trouvait la Matière, à l'origine, au
commencement. Eh bien ! de deux choses l'une : ou bien la Matière était hors de Dieu
; ou bien elle était en Dieu (et vous ne sauriez lui assigner une
troisième place). Dans le premier cas, si elle était hors de Dieu,
c'est que Dieu n'a pas eu besoin de la créer, puisqu'elle existait
déjà ; c'est qu'elle cœxistait avec Dieu, c'est qu'elle était
concomitante avec lui et, alors, votre Dieu n'est pas créateur ; Dans le second cas, c'est-à-dire, si elle n'était pas hors de dieu,
elle était en Dieu ; et dans ce cas, j'en conclus : 1° Que Dieu n'est pas pur Esprit, puisqu'il portait en lui une
parcelle de matière, et quelle parcelle : la totalité des Mondes
matériels ! 2° Que Dieu, portant la matière en lui, n'a pas eu à la créer,
puisqu'elle existait ; il n'a eu qu'à l'en faire sortir ; et, alors,
la création cesse d'être un acte de création véritable et se réduit à
un acte d'extériorisation. Dans les deux cas, pas de création.

TROISIÈME ARGUMENT
Le Parfait ne peut produire l'imparfait

Je suis certain que si je posais à un croyant cette question :
L'imparfait peut-il produire le parfait ? ce croyant me répondrait
sans la moindre hésitation et sans crainte de se tromper : L'imparfait
ne peut produire le parfait. Or, je dis, moi, : Le parfait ne peut pas produire l'imparfait et je
soutiens que ma proposition possède la même force et la même
exactitude que la précédente, et pour les mêmes raisons. Ici encore : entre le parfait et l'imparfait il n'y a pas seulement
une différence de degré, de quantité, mais une différence de qualité,
de nature, une opposition essentielle, fondamentale, irréductible,
absolue. Ici encore : entre le parfait et l'imparfait, il n'y a pas seulement
un fossé plus ou moins profond et large, mais un abîme si vaste et si
profond que rien ne saurait le franchir, ni le combler. Le parfait, c'est l'absolu ; l'imparfait, c'est le relatif ; au regard
du parfait qui est tout, le relatif, le contingent n'est rien ; au
regard du parfait, le relatif est sans valeur, il n'existe pas, et il
n'est au pouvoir d'aucun mathématicien ni d'aucun philosophe d'établir
un rapport d'établir un rapport - quel qu'il soit - entre le relatif
et l'absolu ; a fortiori, ce rapport est-il impossible, quand il
s'agit d'un rapport aussi rigoureux et précis que celui qui doit
nécessairement uni la Cause à l'Effet. Il est donc impossible que le parfait ait déterminé l'imparfait.
Par contre, il existe un rapport direct, fatal, et, en quelque sorte
mathématique, entre l'œuvre et celui qui en est l'auteur : tant vaut
l'œuvre tant vaut l'ouvrier ; tant vaut l'ouvrier tant vaut l'œuvre ;
c'est à l'œuvre qu'on reconnaît l'ouvrier, comme c'est au fruit qu'on
reconnaît l'arbre. Si j'examine une rédaction mal faite, où abondent les fautes
françaises, où les phrases sont mal construites, où le style est
pauvre et relâché, où les idées sont rares et banales, où les
connaissances sont inexactes, je n'aurai pas l'idée d'attribuer cette
mauvaise page de français à un ciseleur de phrases, à un des maîtres
de la littérature. Si je jette les yeux sur un dessin mal fait, où les lignes sont mal
tracées, les règles de la perspective et de la proportion violées, il
ne me viendra jamais à la pensée d'attribuer cette ébauche
rudimentaire à un professeur, à un maître, à un artiste. Sans la
moindre hésitation, je dirai : c'est l'œuvre d'un élève, d'un
apprenti, d'une enfant ; et j'ai l'assurance de ne pas commettre
d'erreur, tant il est vrai que l'œuvre porte la marque de l'ouvrier et
que, par l'œuvre, on peut apprécier l'auteur de celle-ci. Or, la Nature est belle ; l'Univers est magnifique et j'admire
passionnément, autant que qui que ce soit, les splendeurs, les
magnificences dont il nous offre l'incessant spectacle. Pourtant, si
enthousiaste que je sois aux beautés de la Nature et quelqu'hommage
que je leur rende, je ne puis dire que l'Univers est une œuvre sans
défaut, irréprochable, parfaite. Et personne n'oserait soutenir une
telle opinion. L'Univers est donc une œuvre imparfaite.
En conséquence je dis :
Il y a toujours entre l'œuvre et l'auteur de celle-ci un rapport
rigoureux, étroit, mathématique ; or, l'Univers est une œuvre
imparfaite ; donc l'auteur de cette œuvre ne peut être qu'imparfait. Ce syllogisme aboutit à frapper d'imperfection le Dieu des croyants
et, conséquemment, à le nier. Je puis encore raisonner comme suit :
Ou bien ce n'est pas Dieu qui est l'auteur de l'Univers (j'exprime
ainsi ma conviction). Ou bien, si vous persistez à affirmer que c'est lui qui en est
l'auteur, l'Univers étant une œuvre imparfaite, votre Dieu est
lui-même imparfait. Syllogisme ou dilemme, la conclusion du raisonnement reste la même :
Le parfait ne peut déterminer l'imparfait.

QUATRIÈME ARGUMENT
L'Être éternel, actif, nécessaire, ne peut,
à aucun moment, avoir été inactif ou inutile

Si Dieu existe, il est éternel, actif et nécessaire.
Eternel ? Il l'est par définition. C'est sa raison d'être. On ne peut
le concevoir enfermé dans les limites du temps ; on ne peut l'imaginer
commençant ou finissant ; il ne peut avoir ni apparition ni
disparition. Il existe de tout temps. Actif ? Il l'est et ne peut pas ne pas l'être, puisque c'est son
activité qui a tout engendré, puisque son activité s'est affirmée,
disent les croyants, par le gest le plus colossal, le plus majestueux
: la Création des Mondes. Nécessaire ? Il l'est et ne peut pas ne pas l'être, puisque sans lui
rien ne serait ; puisqu'il est l'auteur de toutes choses ; puisqu'il
est le foyer initial d'où tout a coulé ; puisque, seul, se suffisant à
lui-même, il a dépendu de sa seule volonté que tout soit ou que rien
ne soit. Il est donc : éternel, actif et nécessaire. Je prétends et je vais démontrer que, s'il est éternel, actif et
nécessaire, il doit être éternellement actif et éternellement
nécessaire ; que, conséquemment, il n'a pu, à aucun moment, être
inactif ou inutile ; que, conséquemment, enfin, il n'a jamais créé. Dire que Dieu n'est pas éternellement actif, c'est admettre qu'il ne
l'a pas toujours été, qu'il l'est devenu, qu'il a commencé à être
actif, qu'avant de l'être, il ne l'était pas ; et, puisque c'est par
la création que s'est manifestée son activité, c'est admettre du même
coup que, durant les milliards et les milliards de siècles qui,
peut-être, ont précédé l'action créatrice, Dieu était inactif. Dire que Dieu n'est pas éternellement nécessaire, c'est admettre qu'il
ne l'a pas toujours été, qu'il l'est devenu, qu'il a commencé à être
nécessaire, qu'avant de l'être, il ne l'était pas et, puisque c'est la
Création qui proclame et atteste la nécessité de Dieu, c'est admettre
du même coup que, durant les milliards et les milliards de siècles qui
peut-être ont précédé l'action créatrice, Dieu était inutile. Dieu oisif et paresseux !
Dieu inutile et superflu !
Quelle posture pour l'Être essentiellement actif et essentiellement
nécessaire ! Il faut donc confesser que Dieu est de tout temps actif et de tout
temps nécessaire. Mais alors, il ne peut l'avoir créé ; car l'idée de création implique,
de façon absolue, l'idée de commencement, d'origine. Une chose qui
commence ne peut pas avoir existé de tout temps. Il fut nécessairement
un temps où, avant d'être, elle n'était pas encore. Si court ou si
long que fut ce temps qui précède la chose créée, rien ne peut le
supprimer ; de toutes façons, il est. Il en résulte que :
Ou bien Dieu n'est pas éternellement actif et éternellement nécessaire
; et, dans ce cas, il l'est devenu par la création. S'il en est ainsi,
il manquait à Dieu, avant la création, ces deux attributs : l'activité
et la nécessité. Ce Dieu était incomplet ; c'était un tronçon de Dieu,
pas plus ; et il a eu besoin de créer pour devenir actif et
nécessaire, pour se compléter. Ou bien Dieu est éternellement actif et nécessaire ; et, dans ce cas,
il a créé éternellement la création est éternelle ; l'Univers n'a
jamais commencé ; il a existé de tout temps ; il est éternel comme
Dieu ; il est Dieu lui-même et se confond avec lui. S'il en est ainsi, l'Univers n'a pas eu de commencement ; il n'a pas
été créé. (Dans le premier cas, Dieu, s'il n'était ni) actif, ni nécessaire,
était incomplet, c'est-à-dire imparfait ; et, alors, il n'existe pas ;
dans le second cas, Dieu étant éternellement actif et éternellement
nécessaire, ne peut pas l'être devenu ; et, alors, il n'a pas créé.
CINQUIÈME ARGUMENT
L'être immuable ne peut avoir créé

Si Dieu existe, il est immuable. Il ne change pas ; il ne peut pas
changer. Tandis que, dans la Nature, tout se modifie, se métamorphose,
se transforme, tandis que rien n'est définitivement et que tout
devient, Dieu, point fixe, immobile dans le temps et l'espace, n'est
sujet à aucune modification, ne connaît et ne peut connaître aucun
changement. Il est aujourd'hui ce qu'il était hier ; il sera demain ce qu'il est
aujourd'hui. Qu'on envisage Dieu dans le lointain des siècles révolus
ou dans celui des siècles futurs, il est constamment identique à
lui-même. Dieu est immuable.
Je prétends que, s'il a créé, il n'est pas immuable, parce que, dans
ce cas, il a changé deux fois. Se déterminer à vouloir, c'est changer. De toute évidence, il y a eu
un changement entre l'être qui ne veut pas encore et l'être qui veut. Si je veux aujourd'hui ce que je ne voulais pas, ce à quoi je ne
songeais même pas, il y a quarante-huit heures, c'est qu'il s'est
produit en moi ou autour de moi une ou plusieurs circonstances qui
m'ont déterminé à vouloir. Ce vouloir nouveau constitue une
modification : il n'y a pas lieu d'en douter : c'est indiscutable. Pareillement : se déterminer à agir, ou agir, c'est se modifier.
Il est, en outre, certain que cette double modification : vouloir,
agir, est d'autant plus considérable et marquée, qu'il s'agit d'une
résolution plus grave et d'une action plus importante. Dieu a créé, dites-vous ? - Soit. Alors il a changé deux fois : la
première fois, lorsqu'il a pris la détermination de créer ; la seconde
fois, lorsque, mettant à exécution cette détermination, il a accompli
le geste créateur. S'il a changé deux fois, il n'est pas immuable.
Et s'il n'est pas immuable, il n'est pas Dieu, il n'existe pas.
L'Être immuable ne peut avoir créé.

SIXIÈME ARGUMENT
Dieu ne peut avoir créé sans motif ;
or, il est impossible d'en discerner un seul

De quelque façon qu'on l'envisage, la Création reste inexplicable,
énigmatique, vide de sens. Il saute aux yeux que, si Dieu a créé, il est impossible d'admettre
qu'il ait accompli cet acte grandiose et dont les conséquences
devaient être fatalement proportionnées à l'acte lui-même, par
conséquent incalculables, sans y être déterminé par une raison de
premier ordre. Eh bien ! Quelle peut être cette raison ? Pour quel motif Dieu a-t-il
pu se résoudre à créer ? Quel mobile l'a impulsé ? Quel désir l'a pris
? Quel dessein a-t-il formé ? Quel but a-t-il poursuivi ? Quelle fin
s'est-il proposée ? Multipliez, dans cet ordre d'idées, les questions et les questions :
tournez et retournez le problème ; envisagez-le sous tous ses aspects
; examinez-le dans tous les sens ; et je vous mets au défi de le
résoudre, autrement que par des balivernes ou de subtilités. Tenez : voici un enfant élevé dans la religion chrétienne. Son
catéchisme lui affirme, ses maîtres lui enseignent que c'est Dieu qui
l'a créé et mis au monde. Supposez qu'il se pose à lui-même cette
question : Pourquoi Dieu m'a-t-il créé et mis au monde ? et qu'il y
veuille trouver une réponse sérieuse, raisonnable. Il n'y parviendra
pas. Supposez encore que, confiant dans l'expérience et le savoir de
ses éducateurs, persuadé que, par le caractère sacré dont, prêtres ou
pasteurs, ils sont revêtus, ils possèdent des lumières spéciales et
des grâces particulières, convaincu que, par leur sainteté, ils sont
plus près de Dieu que lui et mieux initiés que lui aux vérités
révélées, supposez que cet enfant ait la curiosité de demander à ses
maîtres pourquoi Dieu l'a créé et mis au monde, j'affirme que ceux--ci
ne peuvent faire à cette simple interrogation aucune réponse
plausible, sensée. En vérité, il n'y en a pas.
Serrons de près la question, creusons le problème.
Par la pensée, examinons Dieu avant la création. Prenons-le dans son
sens absolu. Il est tout seul ; il se suffit à lui-même. Il est
parfaitement sage, parfaitement heureux, parfaitement puissant. Rien
ne peut accroître sa sagesse ; rien ne peut augmenter sa félicité ;
rien ne peut fortifier sa puissance. Ce Dieu ne peut éprouver aucun désir, puisque son bonheur est infini ;
il ne peut poursuivre aucun but, puisque rien ne manque à sa
perfection ; il ne peut former aucun dessein, puisque rien ne peut
étendre sa puissance ; il ne peut se déterminer à aucun vouloir,
puisqu'il ne ressent aucun besoin. Allons ! Philosophes profonds, penseurs subtils, théologiens
prestigieux, répondez à cet enfant qui vous interroge et dites-lui
pourquoi Dieu l'a créé et mis au monde. Je suis bien tranquille ; vous ne pouvez pas répondre à moins que vous
ne disiez : Les desseins de Dieu sont impénétrables, et que vous ne
teniez cette réponse pour suffisante. Et sagement vous ferez en vous abstenant de répondre, car toute
réponse, je vous en préviens charitablement, serait la ruine de votre
système, l'écroulement de votre Dieu. La conclusion s'impose, logique, impitoyable : Dieu, s'il a créé, a
créé sans motif, sans savoir pourquoi, sans but. Savez-vous, camarades, où nous conduisent forcément les conséquences
d'une telle conclusion ? Vous allez le voir.
Ce qui différencie les actes d'un homme doué de raison des actes d'un
homme frappé de démence, ce qui fait que l'un est responsable et
l'autre pas, c'est qu'un homme de raison sait toujours, en tous cas
peut toujours savoir, quand il a agi, quels sont les mobiles qui l'ont
impulsé, quels sont les motifs qui l'ont déterminé à agir. Quand il
s'agit d'une action importante et dont les conséquences peuvent
engager lourdement sa responsabilité, il suffit que l'homme en
possession de sa raison, se replie sur lui-même, se livre à un examen
de conscience sérieux, persistant et impartial, il suffit que, par le
souvenir, il reconstitue le cadre dans lequel les événements l'ont
enfermé, qu'en un mot, il revive l'heure écoulée, pour qu'il parvienne
à discerner le mécanisme des mouvements qui l'ont fait agir. Il n'est pas toujours très fier des mobiles qui l'ont impulsé ; il
rougit souvent des raisons qui l'ont déterminé à agir ; mais, que ces
motifs soient nobles ou vils, généreux ou bas, il parvient toujours à
les découvrir. Un fou, au contraire, agit sans savoir pourquoi ; son acte accompli,
même le plus chargé de conséquences, interrogez-le ; pressez-le de
questions ; insistez ; harcelez-le. Le pauvre dément balbutiera
quelques folies et vous ne l'arracherez pas à ses incohérences. Donc, ce qui différencie les actes d'un homme sensé des actes d'un
insensé, c'est que les actes du premier s'expliquent, c'est qu'ils ont
une raison d'être, c'est qu'on en distingue la cause et le but,
l'origine et la fin ; tandis que les actes d'un homme privé de raison
ne s'expliquent pas, qu'il est incapable lui-même de discerner la
cause et le but, qu'ils n'ont pas de raison d'être. Eh bien ! si Dieu a créé sans but, sans motif, il a agi à la façon
d'un fou et la Création apparaît comme un acte de démence.
2e partie à suivre

[ texte repris du site http://perso.wanadoo.fr/libertaire/ ]




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