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(fr) Que l'institution scolaire fasse naufrage !

From worker <a-infos-fr@ainfos.ca>
Date Fri, 8 Apr 2005 10:02:23 +0200 (CEST)


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A G E N C E D E P R E S S E A - I N F O S
http://www.ainfos.ca/
http://ainfos.ca/index24.html
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Dans le cadre de la grève étudiante au Québec
Voici une série de textes qui chacun à leur tour démonte les rouages de
l'institution scolaire, institution de domination depuis toujours


L'école prison et sa destruction créatrice
éditorial de Désinstruction

Dans les écoles, il n'y a aucune liberté. L'école est l'endroit où l'on
apprend à se conformer aux normes de la société. On y apprend à être un
rouage bien graissé de l'engrenage. L'enseignement, qu'il soit
primaire,secondaire, collégiale ou universitaire, est une prison; une
prison aux murs si larges qu'on y parle abondamment de liberté.
Lorsque nous l'affirmons publiquement et sans fioriture, on nous rétorque
toujours les mêmes discours complaisants sur l'importance de la
culture,de l'élévation de l'esprit et du choix citoyen. Mais ces
personnes n'y pensent pas sérieusement : elles sont sous l'emprise d'une
illusion; elles ont gobé le discours de la classe dominante à qui
appartient l'école. Ces personnes veulent gérer une institution emmurée -
au propre comme au figuré - lorsque l'heure est à sa destruction
définitive.
Nous dépendons d'institutions qui, historiquement, nous oppriment. On
reçoit de l'argent de l'État, on travaille durement l'été, etc. Avec
autant decontraintes venant des institutions les plus autoritaires, comment est-il
possible de se prétendre libre? Comme tout le monde et peut-être
davantage, les étudiantEs doivent se vendre d'une manière ou d'une autre.
Les limites de cette prétendue liberté dans l'école
sont certainement celles de la société capitaliste
dans son ensemble, car pour ceux et celles qui
auraient refoulé cette information fondamentale, c'est
l'école du capitalisme dont il s'agit. Il y a la
sécurité (police), l'administration bureaucratique
(l'État), les employéEs de l'entretien et de la
cafétéria (maman), les professeurEs (papa) et les
enfants privés de parole (les producteurs),
c'est-à-dire nous les étudiantEs. Tous les éléments
d'autorité traditionnels sont présents et les
comportements sont prescrits systématiquement. Outre
ces rôles sociaux caricaturés, l'étudiantE est
essentiellement unE élève, unE disciple du maître. On
lui demande une soumission aveugle.

L'industrie culturelle manipule davantage l'individu
que l'institution scolaire. Le spectacle télévisuel,
par exemple, empreigne l'esprit des enfants et les
conditionne définitivement. En fait, l'école fait
partie intégrante de cette industrie culturelle
infernale qui détermine la vie humaine.

L'école n'est qu'une étape fondamentale dans le
processus de soumission des individus aux réalités
économiques et culturelles. Elle forme l'élite de
demain dont la tâche est de gérer le monde dans les
limites fixées par les chefFEs. L'école, on y va
d'abord pour ne pas vivre d'un salaire de misère toute
sa vie, pour des intérêts carriéristes,
individualistes, parce qu'on en a eu la chance grâce à
nos origines sociales et que, dans le fond, on croit
que c'est mieux qu'une jobine de merde ou la roulette
russe.

Au gré de notre cheminement individuel, l'école nous
contrôle, nous oblige, nous sépare des autres, nous
filtre, nous force à dire ce qui semble être une
banalité de notoriété publique. Les fausses certitudes
qu'elle professe enrayent quotidiennement notre
imagination et calibrent efficacement nos champs
d'évasion. Repousser les limites devient alors une
affaire de professionnelLEs, de spécialistes.

L'école nous forge d'une manière telle que la
contestation de la totalité du système sociale est
reléguée au rang des légendes d'une jeunesse révoltée,
une phase d'adolescentEs malades qui se prolonge.
C'est, malgré nos vains reniements, ce que nous
sommes. Il s'agit - dès lors que nous l'admettons
sereinement - de donner un sens à cette révolte de la
jeunesse, de la répandre, de la promouvoir à un niveau
irrécupérable et d'en faire un détonateur
révolutionnaire. Il n'y a aucun mal à se déclarer
malade soi-même lorsque la société, dans son ensemble,
est malade et refuse obstinément d'y croire.

L'existence des associations étudiantes, aujourd'hui
reconnue par l'État, était d'abord très contestataire.
C'était l'époque où la discipline religieuse en place
prescrivait les pires atrocités, allant du racisme au
sexisme. Lorsque les premières associations étudiantes
ont vu le jour, c'est cette réalité qu'elles ont
attaqué de front; la jeunesse docile prenait
conscience de sa situation et, influencée les combats
syndicaux, la jeunesse a voulu, elle aussi, jouer un
rôle dans la gestion de ce monde administré.

Les partis de gauche ont pris la trajectoire du
compromis; ils ont proposé des adaptations pour que le
système soit moins difficile. Leur volonté d'améliorer
la misère s'est résolue en misère de l'amélioration,
partielle et insignifiante.

Le mouvement étudiant est créé par le système
d'éducation. Tout comme l'école en général, les
structures des associations étudiantes sont
hiérarchisées. Elles favorisent la création de petitEs
politicienNEs qui prennent plaisir à gérer la misère
étudiante. Leurs luttes, si l'on peut parler ainsi,
tentent d'améliorer un peu notre calvaire. Les
directeurs, l'administration et le gouvernement
deviennent des gens avec qui «on pourra sûrement
s'entendre», avec qui on se doit de négocier, quitte à
faire des ententes qui nous désavantagent. Les
associations étudiantes sont davantage des réseaux
élitistes de carriéristes amateurs qui font de la
politique spectacle que des centres de lutte.

Un principe mérite toutefois la peine d'être défendu :
la souveraineté totale des assemblées générales. Si
nous participons activement aux assemblées générales,
c'est que nous croyons que tous les libertaires
doivent absolument s'impliquer dans toute démocratie
directe afin d'en élargir le contenu. En tant que
membres actionnaires des associations étudiantes,
laisser cet espace aux petitEs chefFEs bureaucrates
leur offre une force financière et morale déterminante
qui se transforme en pouvoir politique autoritaire.
Pour nous, les associations étudiantes sont des vaches
à lait qui permettent d'obtenir ce que nous impose la
réalisation de projets révolutionnaires dans la
société marchande. (1)

Il est clair que cette vision des assos est loin
d'être révolutionnaire en soi : tous les comités issus
des associations étudiantes, qu'ils soient de gauche
ou de droite, partagent cette vision sombre mais
réaliste de la corporation. C'est lorsque ce constat
est fait et pleinement assumé qu'il est possible
d'utiliser les associations étudiantes de façon
cohérente dans une perspective révolutionnaire.

Nous n'attendons rien du système d'éducation qui mine
nos vies, nous domine et nous oppresse, nous asservit
à la reproduction servile des systèmes dominants
(patriarcal, capitaliste, étatique, écocidaire,
etc.).Nous le détruirons par la lutte de classe que
nous menons et mènerons, par l'autogestion de nos vies
et la réalisation d'une éducation volontaire
généralisée à toutes les dimensions de nos êtres
(économique, sociale, affective, culturelle,
éthique...) et à tous les lieux. Ainsi, notre combat
et notre existence ont entre autres objectifs la
liberté la plus entière, la solidarité la plus commune
et la créativité continue. C'est à cela que vous
convie le Collectif Désinstruction!


(1) Cependant, dans l'état actuel des choses, nous
sommes conscientEs que certains moyens, tel que la
grève, sont facilités par les associations en raison
de leur légitimité légale illusoire dont nous ne
pouvons pas faire abstraction.

De la destruction de l'école
Nico, jeudi, 14/11/2002 - 19:06
Analyses | Économie | Éducation


DE LA DESTRUCTION DE L'ECOLE

Dans un débat sur l'école laïque publié par La Guerre sociale en 1909, l'
anarchiste individualiste André Lorulot déclarait : " N'est-ce pas de l'
école laïque que sont sortis les pioupious qui, à Narbonne et à
Dravail-Vigneux, ont assassinés leurs frères de travail ? (.) L'école
cléricale abrutit au nom de la religion, au nom de Dieu. Mais l'école
laïque est également remplie de préjugés. On y impose la Patrie, le
Capital, la Propriété, l'Autorité, l'Obéissance. La Laïque est un
abrutissoir, une fabrique d'abrutis et d'esclaves au même titre que
l'école où l'on donne l' enseignement religieux " (1). Critiques
impitoyables de la vulgate démocratique et du marxisme frelaté diffusée
par les socialistes (2), les individualistes ne se faisaient guère
d'illusions sur les possibilités d' utiliser l'école, les parlements, les
syndicats dans un sens révolutionnaire (3). Au-delà de l'autonomie
ouvrière, ils voyaient comment le rapport social capitaliste réduisait
l'individu au rôle de travailleur, de simple vendeur de force de travail,
et concevaient donc - implicitement - la révolution comme autonégation du
prolétariat, d'une manière beaucoup plus claire que les socialistes. La
notion d'En-dehors exprimait a contrario le mieux possible la limite du
cycle de luttes qui allait amener la classe ouvrière à être politiquement
et socialement ce qu'elle était économiquement, à s' affirmer comme le
pôle travail du capital (4).

Au delà de la définition brutale de Lorulot, il est possible de montrer
que l'Ecole n'est pas seulement une question idéologique, mais qu'elle
est directement liée à la formation de la valeur. Rappelons simplement
que celle-ci est liée au " temps socialement nécessaire à la production
des marchandises est celui qu'exige tout travail, exécuté avec le degré
moyen d' habileté et d'intensité et dans des conditions qui, par rapport
au milieu social donné, sont normales " (5). Autrement dit, la formation
de la valeur est directement liée à la formation reçue (degré moyen
d'habileté) et à la discipline (degré moyen d'intensité) par les
travailleurs dans des conditions sociales données. Plus précisément, " en
tant que valeur, la force de travail représente le quantum de travail
social réalisé en elle " (6). Ce quantum de travail social peut
représenter bon nombre choses, depuis l'apprentissage de la discipline de
base par la soit-disant " socialisation ", jusqu'à l'apprentissage des
techniques les plus complexes, en passant par le niveau commun
d'éducation requis dans un pays donné. Toutes ces variables ont quelque
chose de commun, celle d'être elles-mêmes issues d'un temps de travail
consacré à " l'éducation ". Ce temps " réalisé " dans la force de travail
agit directement sur la valeur de celle-ci, sur ce qu'elle va transmettre
à la marchandise dans la production. Ainsi, " le temps est tout, l'homme
n'est rien ; il est tout au plus la carcasse du temps " (7).

Dans sa définition, d'ailleurs très brève, de la valeur de la force de
travail, Marx ne détaille guère la place qu'y tient l'école, même s'il
signale que " les frais d'éducation, très minimes d'ailleurs pour la
force de travail simple, rentrent dans le total des marchandises
nécessaires à la production " (8). Peu importe qu'il s'agisse d'un
apprentissage direct ou d' une formation scolaire, d'une école publique
ou privée, religieuse ou laïque : l'éducation est subordonnée à la
production, intégrée dans la reproduction du capital.

On peut aller un peu plus loin dans l'analyse de la mise en place d'un
système éducatif en Europe occidentale dans le cadre du capital, sur la
simple base des définitions précédentes. Dans l'ancien système des
métiers, l'ouvrier apprenait auprès d'un maître, qui lui transmettait son
savoir-faire. Ce maître consacrait une partie de son temps à la formation
de l'apprenti ,durant lequel il ne participait pas directement à la
production, mais bien à la reproduction du système. Ce temps était
financé à la fois par les parents de l'apprenti et par leur participation
à la production. Mais un même maître avait rarement plus de quelques
apprentis en même temps, et ne pouvait y consacrer tout son temps. Cette
impossibilité trouvait sa stabilité dans la limitation imposée par les
organisations professionnelles au nombre de maîtres en exercice dans une
ville. Autrement dit, c'est un système qui se reproduit, mais qui ne
s'élargit pas.

Avec un prolétariat nombreux, mais un travail simple, l'éducation
nécessaire pour élargir le système est limitée : l'expropriation des
ruraux suffit à provoquer l'expansion numérique du prolétariat, tandis
que la formation des ouvriers peut encore être assurée par les plus
expérimentés d'entre eux ou par le maître, lorsqu'il est encore
directement impliqué dans le métier. " Tout ouvrier n'ayant jamais
travaillé aux jacquards, quoique tisserand, sera tenu de faire pièces
sans pouvoir quitter ; sinon, il devra payer 10 F d' apprentissage "
indique un règlement d'atelier en 1841 : on voit comment la formation est
intégrée à la production, alors même que l'instruction primaire est rare
parmi ces ouvriers tisserands du Nord (9). Cette expansion numérique du
prolétariat accentue le mouvement de déqualification déjà existant sous
l'Ancien régime : dans le Paris des années 1860, à peine un ouvrier sur
six est passé par l'apprentissage (10). Plus que la
qualification des ouvriers, en dehors des métiers les plus spécialisés,
c' est l'obsession des capitalistes, pour augmenter la valeur produite,
est principalement d'instaurer la discipline dans les ateliers : le mot
et la figure du contremaître apparaissent vers 1840 en France (11).

Puisque l'augmentation de la valeur du travail est lié au fameux "
quantum de travail social réalisé en elle ", il existe une relation
directe entre le temps consacré par l'enseignant à la formation, le temps
durant lequel l' élève reçoit celle-ci et la valeur du travail de l'élève
un fois formé. Plus le nombre d'heures d'enseignement est important, plus
cette valeur sera élevée (12). De plus, un enseignant transmet son savoir
à plus d'élèves que ne le faisait un maître avec ses apprentis, ce qui
démultiplie la création de valeur, pour un coût optimisé. Dans le cadre
de la division sociale du travail, l'école est donc liée à l'augmentation
de la valeur globale. Elle ne crée pas directement cette valeur, mais
constitue son point de départ.

Dans le système de formation par les ouvriers les plus expérimentés, le
capitaliste n'intervient pas dans la formation des travailleurs, dans la
production de la force de travail. De manière plus générale, le travail
est organisé selon les méthodes et le savoir-faire des ouvriers, sous le
contrôle du capitaliste. Lorsque les patrons tentent d'augmenter la
productivité du travail, ils font progressivement - et non sans
résistance - passer l'organisation du travail lui-même sous leur
contrôle, notamment par le développement de la technologie. Le travail
est alors réellement " subordonné au capital " (13). L'école, parce
qu'elle dépossède la communauté de travail de sa propre reproduction pour
la soumettre au capital, est l'un des éléments dynamiques de cette
subordination. Or, les grands patrons tels que Schneider ou l'imprimeur
Chaix, ou encore les Frères des Ecoles Chrétiennes, ont joué un rôle
important dans cette contestation de " l' endotechnie ", de la formation
des jeunes ouvriers par les plus
expérimentés, et à former des écoles patronales fondées selon leurs
propres normes. Savoir lire un dessin technique, ou des normes de
production, c'est déjà - littéralement - mettre en application le " plan
du capital ".

Par sa place même dans la reproduction de la force de travail et dans la
subordination du travail au capital, elle est l'une des pièces
essentielles du rapports d'exploitation. L'école capitaliste est tout,
sauf un lieu d' épanouissement de la personnalité. " Quoi d'étonnant si
la prison ressemble aux usines, aux écoles, aux casernes, aux hôpitaux,
qui ressemblent tous aux prisons ? " (14).

Cette vision carcérale de l'école dans une société transformée en usine
se heurte généralement à l'idée, couramment admise, d'une revendication
ouvrière du droit à l'instruction. Si on adopte un point de vue
objectiviste, tout va bien : les capitalistes développent le système
scolaire parce que cela leur permet d'augmenter leurs profits, et si les
ouvriers réclament le droit à l'instruction, c'est, au choix, parce
qu'ils sont dupés par le capital, ou parce que celui-ci est "
progressiste " tant qu'il peut se le permettre. Dans les deux cas, la
lutte des classes n'est pas le " moteur de l'histoire ", mais son théâtre
apparent, tandis que la belle machinerie du capitalisme constitue la
seule dynamique réelle. Dès que l'on observe ces questions sous l'angle
subjectiviste, c'est-à-dire de sujets agissant dans l'histoire, les
classes sociales, la question devient naturellement plus complexe. Après
tout, si quelques patrons lucides ont soutenu la création d'écoles, ce
n'est pas le cas de la classe capitaliste dans son ensemble. Ce sont
plutôt les classes moyennes, et notamment les professions libérales, qui
ont contribué le plus à l'émergence d'un système scolaire. Il faut, pour
bien le comprendre, voir comment l'éducation est perçue par la classe
ouvrière.

Dans le travail salarié, le salaire est une variable déterminée par les
rapports sociaux, et, en fin de compte, par les luttes sociales. Ces
luttes présentent un caractère double, puisque le salaire est à la fois
une marchandise dont le prix est négocié entre vendeur et acheteur - même
si cette négociation peut rendre des formes très violentes de part et
d'autre - et qu'en tant que tel, il est conforme au fonctionnement
général du système ; mais d'un autre côté, puisque le salaire est le prix
de la force de travail et que le travail est la seule marchandise qui se
trouve présente dans toutes les productions, il acquiert un caractère
central dans la réalité capitaliste, et par là même, dans l'esprit des
salariés. Or, a partir du moment où l'éducation est l'un des éléments de
cette négociation, c'est-à-dire où le salaire est au moins en partie
fondé sur la qualification, la lutte pour l'instruction fait partie des
luttes pour le salaire (au sens large de prix du travail).
Les ouvriéristes italiens avaient développé l'idée d'autovalorisation des
travailleurs dans la lutte pour les salaires, même s'ils en ont
tardivement perçu les limites (15). Cette idée est correcte, à condition
de la replacer dans le cycle de l'affirmation du prolétariat à
l'intérieur du capital, donc de son " intégration " au capital et de sa
volonté d'en prendre le contrôle : " le prolétariat cherche à libérer
contre le capital sa puissance sociale existante dans la capital. Ce qui
lui confère sa capacité à promouvoir cette large affirmation devient sa
limite " (16). Dans le mot d'ordre du " droit à l'instruction ", se
trouvent combinées la revendication de salaires élevés, d'une
reconnaissance professionnelle et l'affirmation de la pleine citoyenneté
- droit à l'instruction et suffrage universel sont fréquemment liées.
Comme l'adresse un ouvrier russe à la rédaction de l'Iskra, ce qu'il aime
dans ce journal c'est qu'il " considère l'ouvrier comme un citoyen "
(17).

Cet engouement ouvrier pour l'éducation s'affirme essentiellement dans
son auto-organisation (la pratique des bibliothèques ouvrières, des cours
du soir, de l'autodidaxie,.). Il existe une certaine méfiance ouvrière
envers l 'école, renforcée par l'obligation de mettre les enfants au
travail le plus tôt possible. Si la revendication du droit à
l'instruction publique apparaît dans tous les programmes ouvriers, les
luttes réelles (grèves générales, pétitions massives, etc.) sont rares,
contrairement à al question du suffrage universel. Ainsi, en 1841, la
première loi française sur le travail des enfants et leur scolarisation a
été fort débattue entre médecins, inspecteurs du travail et patrons, sans
susciter d'intérêt particulier côté ouvrier : le célèbre journal
L'Atelier ne lui consacre pas une ligne (18). Il ne faut donc pas
confondre le désir d'instruction et revendication d'une instruction
publique encadrée par l'Etat.

Or, malgré des initiatives patronales isolées, seul l'Etat est en mesure
de réaliser concrètement la demande. Le capitaliste individuel peut
envisager la formation de ses salariés pour des tâches spécifiques, mais
son intérêt consiste à trouver sur le marché du travail un travailleur
déjà formé. Seuls quelques très grandes entreprises peuvent réellement se
permettre d'intégrer de véritables écoles. Il existe bien sûr des écoles
privées ", mais le plus souvent, elles ont d'abord existé comme lieu de
reproduction des classes moyennes, de la petite-bourgeoisie plus que du
prolétariat - encore que l' église catholique se soit parfois, pour
maintenir sa position idéologique, investie sur ce terrain.

L'Etat, par contre, a un intérêt plus général à ce que les capitalistes
trouvent le plus facilement possible ces travailleurs déjà formés, qui
vont permettre d'accroître les profits réalisés sur son territoire. En
retour, cela l'oblige à ponctionner sur cette masse de profits les moyens
de réaliser cette tâche. L'éducation, consommatrice de valeur en vue de
produire une valeur plus grande ultérieurement, ne peut être assumée que
par un capitaliste qui possède une masse importante de capitaux et un
temps de circulation particulièrement long.

Ainsi, même si l'initiative du " droit à l'instruction " est issue de l'
auto-valorisation ouvrière, de l'affirmation du prolétariat comme classe
(donc dans le capital), c'est dans la rencontre - conflictuelle - avec l'
Etat qu'elle trouve la possibilité de se concrétiser. Cette rencontre est
facilitée par l'existence d'une classe qui trouve dans l'éducation la
possibilité de s'affirmer et de se développer, les " intellectuels ",
dont l 'existence même est fondée sur la détention d'un savoir (19). Dans
le cycle d'affirmation du prolétariat, il existe une certaine forme de
complémentarité entre les intellectuels et les ouvriers. Mais, si les
deux classes prétendent gérer le capital à leur manière, seuls les
intellectuels ont la possibilité de le faire réellement, parce que leur
imbrication dans le système disciplinaire et dans la planification du
capital leur permet de se substituer à la bourgeoisie, alors que la
prétention du prolétariat à gérer le capital est un non-sens pratique.
Georges Sorel, dans l'Avenir socialiste des syndicats, montre bien
comment Kautsky introduit en fraude les intellectuels dans le prolétariat
pour justifier leur domination politique sur celui-ci, et pourquoi ils
ont tout à perdre à la victoire de la classe ouvrière (20).

Toutes les mystifications éducationnistes de la " gauche ", qui ne voient
pas la conscience politique du prolétariat dans l'expérience immédiate de
l' exploitation, mais dans les révélations apportées par l'éducation,
masquent la réalité sordide de l'école capitaliste. Celle-ci est pourtant
la seule école de masse qui ait jamais existé historiquement, qui ne soit
pas liée uniquement à la reproduction de la classe dirigeante, mais bien
à celle du prolétariat. Dans les périodes de montées des luttes
ouvrières, le discours éducationnistes est contraint de changer, de
s'adapter, d'imaginer des " alternatives pédagogiques ", ne serait-ce que
parce que les intellectuels ne peuvent plus s'affirmer que contre l'Etat
et retourner contre lui son idéologie - ou en faire la conquête. Mais
même dans ces périodes, la place de l'école dans le rapport de
production, non pas idéologique mais matérielle, directement liée à la
production de la valeur, ne peut leur apparaître que lorsqu'ils dépassent
la contradiction qui oppose leur position sociale de détenteurs de savoir
à leur condition de salariés.

Alors, ils découvrent avec horreur leur absence d'avenir, ils comprennent
que pour eux, " la socialisation des moyens de production se traduirait
par un lock-out gigantesque " (21).

Nico, novembre 2002
www.geocities.com/demainlemonde/

1) Raoul Vilette (1999), La Guerre sociale, un journal " contre. La
période héroïque : 1906-1911. Les nuits rouges, pp. 351-352.
2) Maurice Dommanget (1969), L'introduction du marxisme en France.
Rencontre.
3) " Les élections font durer l'autorité ; les syndicats font durer le
patronat ; les coopératives font durer le commerce ", déclarait Georges
Paraf-Javal dans Le libertaire.
4) Roland Simon (2001), Théorie du communisme, vol. 1. Fondements
critiques d'une théorie de la révolution. Au-delà de l'affirmation du
prolétariat. Sénonevero.
5) Karl Marx (1976), Le Capital. Critique de l'économie politique. Livre
premier. Le développement de la production capitaliste. Editions
sociales, p. 44.
6) Idem, p. 131.
7) Karl Marx, Misère de la Philosophie.
http://www.marxists.org/francais/marx/works/1847/06/km18470615e.htm 8)
Karl Marx (1976), Le Capital, livre premier, p. 132.
9) Paul Delsalle (1985), La brouette et la navette, Tisserands, paysans
et fabricants dans la région de Roubaix et Tourcoing (Ferrain, Mélantois,
Pévèle), 1800-1848. Westhoek / éd. Des Beffrois.
10) Antoine Prost (1968), Histoire de l'enseignement en France, Armand
Colin.
11) Denis Woronoff (1994), Histoire de l'industrie en France du XVIe
siècle à nos jours. Le Seuil, pp. 290-296.
12) C'est sur la base de cette notion que Baudelot, Establet et Malemort
ont étudié la formation des techniciens et ingénieurs. Hélas, comme ils
confondent valeur du travail et prix du travail, ils arrivent à un
non-sens, qui rejette ces salariés en dehors du prolétariat sur la base
de leurs salaire élevés, plutôt que de s'interroger leur place dans les
rapports de production. Christian Baudelot, Roger Establet et Jacques
Malemort, La petite bourgeoisie en France. Maspero, Cahiers libres
270-271, pp. 223-235. 13) Karl Marx (1971), Un chapitre inédit du
Capital, 10/18, pp. 191-223. 14) Michel Foucault (1975), Surveiller et
punir, naissance de la prison. Gallimard, p. 264.
15) Steve Wright (2002), Storming Heaven. Class composition and struggle
in Italian Autonomist Marxism. Pluto press.
16) Théorie Communiste n° 14, " Fondements de la critique des Gauches ",
pp. 45-46.
17) Trotsky (1970), Nos tâches politiques. Pierre Belfond, p. 77.
18) Pierre Pierrard (1987), Enfants et jeunes ouvriers en France, (XIXe -
XXe siècle). Editions ouvrières, p. 56.
19) Anton Pannekoek (1982), Les conseils ouvriers, tome I. Spartacus, pp.
75-80
20) Georges Sorel (1981), Matériaux d'une théorie du prolétariat,
Slatkine, pp. 93-99.
21) Idem, p. 97.

www.geocities.com/demainlemonde/
Site mondialiste libertaire

Que l'Université fasse naufrage !
Christian Labrecque (cuni28), mardi, 20/08/2002 - 13:32
Analyses | Éducation | Opinion
Que l’université fasse naufrage !

De la contestation universitaire au mouvement révolutionnaire :
commentaire d’un ex-étudiant universitaire

1ère partie

par Christian Labrecque

L’Université est le lieu par excellence de reproduction du savoir
hégémonique, hiérarchique, bourgeois et élitiste depuis le début de son
existence en tant qu’institution. Elle est un instrument de reproduction
des élites d’État et des élites capitalistes. Elle est une arme aux
mains de ceux qui possèdent et administrent le Capital social (culturel,
économique, technologique, technique...). Elle produit les patrons, les
cadres, les fonctionnaires, les politiciens, les intellectuels, etc. (au
féminin comme au masculin de plus en plus) qui reproduisent la
domination capitaliste et qui en jouissent. Elle permet la
restructuration de la société de classes et de strates, de la société
qui produit une minorité de maîtres et une majorité d’asserviEs. Se
battre pour le maintien de cette institution hiérarchique, c’est se
battre ni plus ni moins pour la reproduction de la domination bourgeoise
(quelle qu’en soit la forme). Que vous soyez de jeunes capitalistes,
technocrates, intellectuels en devenir qui jouissez de vos futures
positions ou que vous soyez de ceux qui pleurent “le naufrage de
l’université” comme institution soi-disant universaliste, vous appartenez
à une des deux faces de la médaille bourgeoise qui tire profit de la
soumission des non-universitaires, prolétaires et sous-prolétaires
(simples travailleurs et individus dépourvus de travail) que vous
dirigerez bientôt. La continuité même de la lutte pour le maintien et
l’amélioration de la condition universitaire n’est qu’un combat d’élite.
Pour ceux et celles d’entre vous qui viseraient, à travers cette lutte,
des fins honnêtement et authentiquement révolutionnaires, il serait
grand temps de vous en apercevoir avant que vous soyez à votre tour
intégrés dans les rouages de cette institution ou dans ceux des autres
institutions bourgeoises.


La prise de partie pour la constitution du mouvement révolutionnaire ne
peut se faire pour nous, universitaires ou anciens universitaires, que
par l’abandon de nos privilèges et de notre position d’élite. Nous
pouvons que nous lier aux autres éléments révolutionnaires de cette
société ainsi qu’à ceux et à celles pour qui la révolution serait être
la rupture avec leur position de dominéEs (prolétaires et
sous-prolétaires ou autrement dit simples travailleurs et individus
dépourvus de travail), car même l’autogestion de l’université comme
institution de domination ne peut mener qu’à l’autogestion des
conditions de la domination. La seule fin
révolutionnaire qui peut être envisagée par rapport à l’université comme
institution particulière est sa destruction dans le mouvement de
destruction de l’ensemble des institutions bourgeoises et des phénomènes
autres de reproduction des inégalités(États, capitalisme, hétéronomie,
patriarcat, racisme, xénophobie, hétérosexisme, etc.). Elle doit
disparaître comme tout phénomène inégalitaire et bourgeois détruite par
le mouvement communiste révolutionnaire-libertaire, par l’autonomie
destructrice-créative des masses. Ainsi à un certain Freitag qui
déplorait “le naufrage de l’université”, nous ne pouvons que répondre :
que meure cette saloperie.
[ expéditeur/expéditrice <calvaire01(a)hotmail.com> ]



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