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(fr) Au sujet de la TAZ No Border à Perpignan

From worker <a-infos-fr@ainfos.ca>
Date Thu, 16 Sep 2004 23:10:55 +0200 (CEST)


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A G E N C E D E P R E S S E A - I N F O S
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Premiers retours sur un échec.Il ne nous est pas habituel de raisonner en
termes d'échec ou de réussites, comme nous essayons d'inscrire nos
actions dans un continuum politique sans les considérer comme une
succession d'événements dont la finalité serait leur seule existence.
Mais la TAZ No Border mérite sans conteste la qualification d'échec, vue
qu'elle n'a pas eu lieu. Quelles en sont les raisons, et quels
enseignements en tirer ?

Un contexte social aride
Une question a été lancée lors des premiers debriefings (entre des
individu) du No Border : faut-il positiver ou pas ? Je ne pense pas, il
faut dire ce qu'il en est, poser les problèmes pour mieux les résoudre et
trouver les équations adéquates. Il existe un mauvais pli, dans les
mouvements sociaux, qui consistent à taire les échecs, à magnifier les
demi-échecs et à mettre sans cesse en avant les trop rares victoires,
pour la raison qu'il ne faudrait pas créer de désespoir en montrant la
réalité dans sa face la plus crue. A affirmer qu'il y a 200 manifestants
là où il y en a 30, on finit par créer de faux espoirs, on se surcharge
d'une responsabilité qui ne correspond pas à la vérité, et l'on risque de
développer une fausse analyse d'une société dans laquelle soit la
sauvegarde, soit l'intérêt individuels règnent en maître.
Ces derniers mois, par exemple, la gauche "Bobo" s'est ébahie de l'entrée
des chercheurs dans la lutte, a trouvé magnifique leur cri de caste
intitulé de façon si explicite "La guerre à l'intelligence". Où sont-ils
maintenant qu'ils ont récupéré leurs crédits ? Où sont les chômeurs qui,
soutenus par la bonté d'âme des associations, ont récupéré leurs droits à
bouffer les miettes, lors de la campagne des recalculés ? Que devient le
mouvements des intermittents ? Et pourquoi ? Sans parler de la sécu... Il
ne s'agit pas de nous décharger de nos propres responsabilités dans
l'échec de la TAZ, mais encore faut-il l'inscrire dans ce contexte
social... qui reste à étudier plus en profondeur et où le dossier sur la
centralité du travail, dans ce numéro, tente d'apporter sa petite pierre.

Au sujet du projet initial
Il s'agissait de proposer un village autogéré, sur le modèle du VAAAG, et
de le lier à la problématique des centres de rétention et de la liberté
de circulation en l'inscrivant dans la dynamique européenne du réseau No
Border. La première réunion a eu lieu pendant le FSL (Forum social
libertaire à St Ouen en novembre 2003) et a réuni une quinzaine de
personnes. S'est déjà posée la question de la viabilité du projet, alors
que l'AL venait juste de proposer une rencontre internationale avec la
SIL (Solidarité internationale libertaire), dans la même région, à la
même date (ce qui relevait d'une coïncidence). Bien sûr les deux projets
n'étaient pas concurrents et des discussions, dans le cadre démocratique
des réunions du SIL France, ont eu lieu peu après pour tenter d'accorder
les violons, avec beaucoup de bonnes volontés d'ailleurs. Puis, faute de
personnes intéressées au sein des orgas parties prenantes du SIL (1), le
projet de réunion internationale capote. Nous décidons donc de continuer
le projet de TAZ. Des collectifs se montent dans plusieurs villes ou
départements : Perpignan, Nantes, Paris, St Etienne, l'Aude, Troyes,
Corrèze, etc. et une coordination hexagonale réunit ce beau monde une
fois par mois dès janvier.

La difficulté de défendre la liberté de circulation / d'installation Dès
la coordination de Nantes (début février), ou se retrouvent pourtant une
grosse vingtaine de mandaté-e-s, se posent de nombreux problèmes
concernant la finalité du camps et son organisation. Déjà à cet époque le
collectif de Perpignan nous parle de la difficulté à trouver un terrain
libre dans la région, à cette date précise, problème que l'on décide de
repousser, surtout parce qu'on a, ou l'on croit avoir, une solution de
rechange.
Outre le terrain, et dès ce moment là, l'aspect politique se concentre
surtout sur l'intérêt d'une TAZ autogérée, et notre discours a été rôdé,
suite à de nombreux débats internes au réseau No Pasaran. L'aspect
politique autour de la lutte des sans papiers et contre les centres de
rétention est par contre mis de côté. La plupart d'entre nous sont issus
d'orgas, de réseau ou de collectifs ayant participé à ces luttes ­ Gisti,
No pasaran, CNT, autonomes, etc. Et nous pensons alors que cela suffit,
que tout est dit avant d'être formulé. Le "4 pages" hexagonal ayant servi
de support écrit, malgré la qualité de ses textes, a certes été relu
collectivement lors d'une réu hexagonal (Paris en mai) mais n'est pas
issu d'une discussion collective, seulement de personnes qui ont écrit
dans leur coin... Certains camarades ont déploré que nous ne soyons pas
spécialisés dans ces luttes. D'abord, ce n'est ni tout à fait juste ni
vrai de dire ça : certains d'entre nous n'ont fait "que ça" pendant
plusieurs mois ou années (Paris n'est pas l'unique ville en France).Le premier problème a été le non-lancement d'une campagne contre les
centres de rétention. Les copains du CAE nous ayant proposés de
participer à leurs actions ou de nous coordonner, ce qui n'a pas marché.
Les raisons de cette non participation n'ont pas été totalement élucidées
et d'autres compte-rendus, dans les prochains numéro de No Pasaran ou
autres, y reviendront certainement. Néanmoins, on peut miser sur le fait
que les groupes capables, en terme de structuration politique et humaine,
delancer une telle campagne sont peu nombreux. Même en Île de France,
lorsque 30 ou 50 personnes se retrouvent sur une action contre les
centres de rétention, dans une région de 10-12 millions d'habitant...
L'aspect de la lutte des sans papiers est plutôt vue du côté du soutien
humanitaire : on aide des gens qui sont dans la dèche, au cas par cas, et
l'aspect politique, c'est-à-dire le lien entre ces "injustices", est
totalement éludé.
Reste que pour l'instant on ne sait pas pourquoi une telle campagne n'a
pas été lancée au niveau hexagonal ; je peux par contre répondre au
niveau des collectifs corréziens : le collectif des sans papiers
algériens s'est dissous dans le cas par cas, on n'est pas nombreux, on
n'a pas de centres de rétentions proches (le plus proche : l'aéroport de
Limoges à 100 km)... et les personnes qui auraient pu la porter ont été
prises par les luttes syndicales, autour de la sécurité sociale ou encore
contre la précarité...
L'autre problème c'est notre non-volonté d'argumenter sur la liberté de
circulation ou "des papiers pour tous". Or vous avez dû sans doute
remarqué que cette revendication ne passe pas du tout dans la population,
à part peut-être dans les facs de lettres : que ce soit sur les lieux de
travail, la rue, l'école, les espaces associatifs ouverts, etc. on se
heurte soit à de l'indifférence soit à de l'hostilité (le plus souvent)
lorsque le sujet est abordé. On peut parler de beaucoup de choses, faire
progresser nos idées sur plein de points (précarité / ressources
garanties, construction des genres, antifa/anti-autoritarisme) mais dès
qu'il est question de liberté de circulation / installation... pas facile
de défendre cette liberté fondamentale dans un contexte de croyance en un
danger permanent (terrorisme), l'islamophobie qui progresse, etc. ou
lorsque la précarité et la pauvreté touchent des pans entiers de la
population. (2)Evidemment ces questions-là sont difficiles à aborder collectivement,
c'est sans doute pour cela qu'elles ont été esquivées d'ailleurs. Du
temps, on en a trouvé pour discuter de l'intérêt ou pas de la zone
non-mixte (vive l'auto-organisation des luttes, sur ce sujet-là,
d'ailleurs. Sic !) Il aurait été sans doute mieux value laisser celles
qui voulaient s'y investir s'occuper de leur projet et régler tous la
question fondamentale de la liberté de circulation / d'installation : à
quel axe relie-t-on cette liberté, dans quelles dynamiques politiques
l'inscrivons-nous ? Croire qu'il suffit de scander des slogans sur le
sujet pour fédérer des foules relève d'une insupportable légèreté, que
l'on paye cher sur le plan politique ­ on n'est pas pris (du tout) au
sérieux sur cette question. A moins de considérer qu'on fasse de la
politique pour se faire plaisir ou "briller" dans les bulles militantes...
On a en effet parfois l'impression que la revendication de liberté de
circulation et d'installation ne sert qu'à séparer le bon grain de
l'ivraie dans les milieux militants, résulte d'un plaisir intellectuel,
ou encore d'un générosité exceptionnelle. Les sans papiers sont défendus
au cas par cas parce que virer des noirs, c'est mal et c'est raciste...
Mais encore ? Quel contenu politique met-on derrière ? Quelle idée de
l'internationalisme et de la lutte globale contre le capitalisme ?
Comment concilier cette question avec les luttes réelles des sans
papiers, qui cherchent avant tout, pour la plupart, à être tranquille
avec leurs papiers (ce qui se comprend). Quand on me répond que c'est pas
un problème, je me demande si l'on vit tous dans le même monde...
Encore une fois, il ne s'agit pas de tomber dans un mode de pensée
"réformiste" ou d'éluder la question, en disant que comme la population
dans son ensemble, soit on se fout du reste de la population (en disant
que ce sont de méchants fachos etc.) soit on met de côté cette
revendication. Ni l'un ni l'autre : il faut poser le problème de la
liberté d'installation/circulation de manière rationnelle, en affirmant
pourquoi on la défend comme liberté essentielle et dans quel continuum
politique l'inscrivons-nous.
L'absence de suivi de l'information
Comment coordonner ce projet de TAZ à l'échelle hexagonale et européenne
? Nous avions décidé de passer par un portable et par le net (mailing
lists et site). Mais, au niveau organisationnel, nous avons encore pêché
par légèreté. Personne n'était mandaté pour répondre aux contacts :
chacun-e faisait selon son bon vouloir et réexpédiait ensuite les
réponses sur la mailing list. Parfois cela marchait, au petit bonheur la
chance, d'autre fois... tant pis. La raison avancée pour défendre un tel
non-fonctionnement était qu'il fallait éviter les prises de pouvoir (de
qui ? comment et pourquoi ?) alors qu'on aurait pu élire de nouveaux
mandaté-e-s chaque mois par exemple, et suivre les mandats pour vérifier
que tout se passe bien. Les personnes qui nous contactaient n'étaient que
très aléatoirement au courant de l'avancée des travaux, des dates de
réunion, etc. De plus, il n'y avait aucun suivi dans l'information. Le
site a été peu nourri par les collectifs, si ce n'est lors des deux
derniers mois où les textes ont plu comme vache qui pisse. Bref, ce pli
là étant fréquent dans nos milieux, ce qui explique aussi le nombre de
personnes investies dans les mouvances libertaires ou chômeurs/précaires,
y'a rien de neuf sous le soleil. (3)

Le terrain
C'est la principale raison qui explique la non-tenue de la TAZ. Les
mandats concernant la recherche du terrain n'ont pas ou peu été tenus
sans que ce problème ait été interrogé. Nous avons aussi fait preuve
d'une certaine légèreté alors que le collectif de Perpignan nous assurait
que dégoter un terrain serait ardu pendant la période estivale, et ce
quelque soit la méthode envisagée ­ légale ou occupation. Le fait est que
les Hautes Pyrénées ne ressemblent pas vraiment au Limousin, avec ses
vallées désolées, ses lacets tortueux et ses bois impénétrables. Là-bas
le terrain est plat, des personnes qui s'installent sont visibles à 10 km
à la ronde, les flics patrouillent partout, les touristes sont légions,
la propriété privée et occupée règne en maître... Il s'agit d'un fin goulet
entre la montagne et la mer avec peu d'espace libre. Nous avions envisagé
une solution de repli : un terrain légal vers Argelès mais si cette
solution a été envisagée 8 mois à l'avance les mandats n'ont pas été
tenus pour les contacts... et aucun compte n'a été demandé.
Fin juillet un groupe de personnes, issu de la coordination hexagonal, a
donc envisagé d'une occupation de terrain et en parallèle de demander au
préfet ainsi qu'au maire de Perpignan un terrain, ce qui n'avait pas été
fait jusque là. Mais c'était bien tard et les risques se multipliaient
alors que nous foncions droit vers l'inconnu, et d'autres questions
primordiales relatives à la sécurité des sans papiers et aussi au sens
politique que pouvait avoir le maintient du projet nous ont poussé-e-s à
plier les gaules.

Une faible mobilisation
Ce qui nous amène directement à l'autre raison de l'annulation : la très
faible mobilisation locale, que ce soit à Perpignan même mais aussi dans
les villes et départements limitrophes (Aude, Montpellier, Toulouse...)
Certaines personnes ou groupes libertaires ont affirmé qu'ils n'étaient
pas intéressés par le projet, d'autres auraient préféré la forme du
cartel d'organisation, d'autres craignaient "que No Pasaran les manipule"
(c'est dire si ça va mal), d'autres commentaient tranquillement sur le
banc de touche, en se demandant si on allait se casser la gueule ou pas,
cette fois-ci, etc. Bref, rien de neuf à Nanar-land (4). Après, chacun
fait bien ce qu'il veut, selon le principe de liberté d'association même
si nous nous attendions à pouvoir travailler ensemble sur un tel projet...
Au niveau des sans-papiers le collectif 66 (Hautes Pyrénées) a pleinement
soutenu le projet, ce qui a poussé plusieurs camarades restés sur place à
continuer la TAZ pour eux, même lorsque le mois d'août mûrissant laissait
présager l'échec du projet. Mais les sans papiers eux-même, par dépit
politique, sont rentrés dans une stratégie du cas par cas et ce dès le
mois de juin.

La précarisation contre la politique
Le fossé entre le nombre de personnes réellement investies, et celles qui
nous "soutenaient" n'a eu de cesse de nous interroger : où se situe le
blocage ? Nous avons dû recevoir durant les derniers mois des dizaines de
mails ou coups de fils, de personnes ou groupes qui annonçaient leur
venue mais lorsqu'on donnait les dates de réunions hexagonales, ou
lorsqu'on leur demandait ce qu'elle comptait faire, s'instaurait dès lors
un silence gêné. Où l'on a parlé par la suite, lors des réunions ou
pendant des groupes de discussions de "consumérisme militant". Cette
explication ne me satisfait pas entièrement, avant tout parce qu'on est
tous "consommateurs militants", lorsqu'on se déplace à des initiatives
dans d'autres villes. Même si bien sûr on y participe une fois que l'on
est sur place, on n'a pas forcément aidé à l'organisation en amont... Le
fait est que beaucoup de choses reposaient sur les épaules des deux
collectifs locaux, l'Aude et Perpignan, et lorsqu'ils se sont retrouvés à
5 ou 6 courant juillet, cela a commencé à sentir sérieusement le roussi.
Il aurait fallu être une trentaine de personnes, disponibles en journée.
Tout ceci, on y avait bien sûr pensé avant mais parmi les personnes qui
s'étaient engagées à venir certaines n'ont pas pu, d'autres n'ont jamais
donné de nouvelles... La précarité joue un grand rôle dans l'échec de la
TAZ No Border, et nous payons aujourd'hui le prix fort de l'ignorance de
ce problème. La précarité se joue avant tout en terme financier mais
aussi au niveau du temps disponible en continu et parmi les personnes
impliquées dans le No Border beaucoup étaient précaires, peu étaient
profs par exempleŠ Si certains se déplaçaient en stop restaient à se
nourrir une fois sur place et ce pendant deux mois (en tenant compte des
suites judiciaires possibles du camp). Restaient, une fois le camp
terminé, à savoir comment vivre alors que les moins de 25 ans par exemple
n'auraient eu aucune ressource pendant 2 mois (pas de RMI) et au niveau
de la manche Perpignan a l'air de "saturer". Bref... Après il existe une
quantité de solutions qui auraient pu permettre de palier à cette
précarité mais il aurait fallu plus de temps pour les mettre en places,
et plus de personnes sur place... Pour les salariés ce n'était guère plus
évident : ce n'est pas très facile de demander à des ouvriers ou des
salarié-e-s dans la grande distrib', par exemple, de passer toute leurs
vacances devant un tribunal ou à se faire matraquer par les flics...
lorsque ces mêmes personnes ne sont pas dans les roues militantes au
quotidien surtout.
La précarisation et l'intensification du travail bouffent le temps libre
et les énergies, et rendent difficiles des prévisions dans le temps. Si
des solutions existent, elles sont collectives et c'est ce qui permet
d'ailleurs aux militants de s'investir, malgré la précarité, mais il faut
du temps pour les pérenniser et les élargir.
Plus globalement, il aurait fallu lancer le projet sur deux ans : une
année pour participer à la campagne contre les centres de rétentions, une
autre pour la continuer et faire la TAZ. On a "oublié" (ou on a pas voulu
écouter et comprendre, ce qui est pire) que toutes les personnes
intéressées n'était pas déjà dans "la roue militante" et que certaines
avaient besoin de plus de temps.

Pas de hiérarchisation suffisante dans les priorités
En sachant cela, nous aurions dû redéployer nos énergies sur la recherche
du terrain. Ce que l'on a fait, mais bien tard, trop tard, dans un
contexte répressif dans la région (une dizaine de sans papiers expulsés
de Perpignan courant juin). Globalement, le manque de temps aurait dû
nous pousser à plus hiérarchiser nos priorités, mais ce concept de
hiérarchisation a dû mal à passer dans les milieux libertaires. Il ne
s'agit pas de dire qu'une lutte ou qu'une activité est plus importante
qu'une autre en générale, mais qu'on ne pouvait pas tout faire pour ce
camp, lors de sa préparation ou durant ses dix jours.
Des actions ou une manif d'ouverture du camp n'ont été envisagées que
début juillet, alors qu'on aurait pu se servir de moments forts pour
servir de levier pour le camp. Quant à savoir ce qu'il aurait fallu
supprimer ou conserver, à mon avis la TAZ aurait dû se recentrer
uniquement sur les axes de luttes premiers ­ luttes avec les sans
papiers, contre les centre de rétention, pour la liberté de circulation /
installation, contre le capitalisme en décidant de modes d'interventions
précis à proposer avant le camp à l'ensemble des participants : agit
prop, actions, manifs.
C'est-à-dire que même en gardant l'autogestion pour la bouffe et la prise
de décision nous aurions dû squizzer l'aspect culturel, purement et
simplement. Le théâtre, les concerts, s'ils sont un élément de fédération
importants, existent déjà "partout" : dans le lieu où je vis par exemple,
il y aura 300 personnes qui se déplaceront pour s'extasier devant une
pièce reprenant les textes du sous-commandant Marcos, autant qui
s'investiront dans du théâtre militant, mais seulement 3 pour differ
devant une ANPE. A un moment il faut aussi savoir rompre avec cette
culture de la représentation de la simulation. Du théâtre militant, c'est
très bien mais ça ne correspond pas à grand-chose si les personnes
n'agissent jamais dans le réel (5)... Un voeu pieux, un rêve de post
adolescents...
Tout n'a pas été perdu

Pour finir sur une note plus positive, malgré l'annulation du projet tout
n'a pas été perdu. Restent de nombreux liens qui ont été créés, des
textes et guides (et tous n'ont pas été publiés sur le site
www.rivesaltes2004.org). L'argent récolté par les collectifs peut leur
servir pour une lutte locale contre les centres de rétention, ou pour
dédommager des avocats...
Enfin, l'autre aspect intéressant ce sont les nombreux débats politiques
que l'on a eus. Autant nous avons été "légers" sur la question de la
liberté de circulation et d'installation, autant de nombreux autres
sujets ont été approfondis comme : les médias, l'autogestion et le
fédéralisme dans une expérience limitée, le féminisme et la non mixité,
le rapport entre culture et politique, le fonctionnement des AG, le
respect d'autrui et le pouvoir, la non-spécialisation dans les soins
médicaux, etc. Tout ça n'est jamais perdu...

un participant, membre du réseau No Pasaran

(1) La Sil France est composée d'Alternative Libertaire, Fédération
Anarchiste, No Pasaran, Organisation communiste libertaire et Offensive
libertaire et sociale. A l'occasion du G8 à Evian en 2003 elle a organisé
une tournée de libertaires venus d'Amérique du Sud qui nous ont
présenté-e-s leurs luttes et alternatives. Elle soutient également des
projets de solidarités internationales. Une vingtaine de structures en
font partie au niveau international.
(2) C'est aussi pour cela que le réseau No Pasaran agit contre
l'idéologie du "Nationalisme révolutionnaire" incarnée en France par des
groupes comme le Bloc identitaire et les Jeunesses Identitaires : son
mélange d'anticapitalisme (de façade) et de haine raciale nous semble
capable de fédérer de nombreuses personnes sans repères. Ces groupes sont
d'ailleurs en progression dans l'Est ou le grand Sud de la France, et
peuvent désormais se pavaner ouvertement dans les rues de certaines villes
comme Montpellier sous l'oeil indifférent ou complice d'une grande partie
de la population. Des groupes du réseau luttent contre eux et leur
influence ;nous y reviendrons...
(3) A noter que les structures qui se développent sont, bizarrement,
celles qui répondent aux personnes et sympathisantes. Ainsi le
Scalp-Reflex de Paris dispose d'une commission accueil depuis plusieurs
années et la CNT dispose d'un numéro azur et fait le suivi de ses
contacts...(4) Critique valable surtout pour le Sud et le Sud Ouest. A Paris par
exemple, Radio Libertaire a ouvert ses ondes pendant l'été au collectif
No Border local ; Alternative Libertaire nous a prêté ses locaux pour une
réunion hexagonale, etc.
(5) Problématique que nous sommes plusieurs à soulever. Lire également le
discours de clôture des intermittent-e-s à Avignon, lors de la fin du
dernier festival (www.cip-idf.org)

Texte paru dans No Pasaran # 32

No Pasaran
21ter rue Voltaire, 75011 Paris
tél : 06 11 29 02 15 - fax : 01 43 72 15 77
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Les options pour toutes les listes se trouvent à http://www.ainfos.ca/options.html


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