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(fr) Decroissance ou capitalisme, l'antagonisme

From FA <relations-exterieures@federation-anarchiste.org>
Date Tue, 5 Oct 2004 16:40:22 +0200 (CEST)


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A G E N C E D E P R E S S E A - I N F O S
http://www.ainfos.ca/
http://ainfos.ca/index24.html
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Le bimestriel (intéressant) « La décroissance » (casseurs de pub) vient,
dans son dernier numéro, de publier un article intitulé : « La
décroissance est-elle possible sans sortir du capitalisme ? ». Serge
Latouche semble se lamenter : « Il s’agit d’une question récurrente qui
revient pratiquement à chaque débat public sur la décroissance ».
Effectivement. C’est même la seule question qui vaut la peine d’être
posée, car tout le reste en découle !

Dans l’article précité, trois invités s’expriment : Serge Latouche,
professeur d’économie, José Bové, membre fondateur d’ATTAC, et Albert
Jacquard, généticien. Nos trois compères paraissent déterminés dans leur
positionnement sur cette question précise. Pour Serge Latouche : « il va
de soi que la critique du développement et de la croissance implique la
remise en cause du capitalisme. » José Bové pense que « décroissance et
capitalisme sont parfaitement antagonistes. » Albert Jacquard écrit : «
Il me semble évident que le capitalisme est un système irrecevable dans
une société de décroissance. »

La destruction de l’environnement et du lien social par le capitalisme
crève à tel point les yeux qu’il devient difficile de ne pas le dénoncer.
Cependant, si l’on y regarde de plus près, c’est pour découvrir une
extrême prudence, le maniement de la langue de bois, du double langage,
des litanies de vœux pieux, l’art de tourner autour du pot, la maîtrise
de l’euphémisme, la pratique de la valse-hésitation, la stratégie de la
diversion, le doigté de l’amalgame.

Serge Latouche : « Si je n’insiste pas sur la critique spécifique du
capitalisme, c’est qu’il me paraît inutile d’enfoncer une porte ouverte
». La fin du capitalisme, c’est tellement évident…qu’on n’en parle pas !
Le meilleur moyen de franchir un obstacle…c’est de le supprimer ! Plus
loin, il s’escrime à entretenir un flou artistique : « …si le marché et
le profit ne peuvent plus être les fondements du système, ils peuvent
persister comme incitateurs. » On réinvente le petit profit !

José Bové, lui, après avoir reconnu que « le capitalisme du XXIe siècle
organise un exode rural inédit dans l’histoire du monde » (800 à 900
millions de paysans seront chassés de leurs terres dans les dix ans),
concède : « Il faut permettre à différentes formes d’échanges de
fonctionner en parallèle. » C’est-à-dire le capitalisme, auquel on n’ose
pas s’attaquer…et les quelques marginalités que ce capitalisme voudra
bien tolérer !

Quant à Albert Jacquard, il fait carrément dans une naïveté à mourir : «
« Pourquoi n’existerait-il pas une économie de marché qui fasse de la
place aux petits, aux handicapés ? » Un capitalisme à visage humain : on
a déjà vu le film ! « Peut-être, ajoute-t-il, faudrait-il privilégier
l’émulation au détriment de la compétition. » Il suffirait même que les
politiciens renoncent au pouvoir, et que les hommes d’affaires dédaignent
le profit ! La plus sûre méthode pour traiter un problème, c’est de le
croire résolu !

Car l’essentiel, pour ces gourous peu subversifs, c’est sinon d’occulter
les antagonismes de classes, du moins d’éviter d’aborder les conditions
dans lesquelles pourrait s’effectuer la sortie du capitalisme,
c’est-à-dire d’esquiver l’allusion au seul rêve fécond, celui d’une
révolution sociale et libertaire, le mot tabou.

En laissant croire que d’infimes transformations du système produiront un
système « autre », que des alternatives « à l’intérieur » du système
capitaliste engendreront « naturellement » une alternative « au » système
en question. Et pourquoi pas que l’accumulation du capital pourrait être
abolie à coups de décrets ou de 49-3 ! Sous couvert de ne pas imposer un
« modèle unique » ( ? ), on se limite à dépeindre une pluralité
d’initiatives, un foisonnement d’innovations, ce qui permet de se
dispenser d’une réflexion théorique plus approfondie…révélatrice des
contradictions.

Une mention particulière revient à Serge Latouche. Dans son dernier
ouvrage « Décoloniser l’imaginaire » (Parangon), il écrit, à la page 83 :
« De larges zones du monde vivent cependant déjà en complète anarchie. »
Il récidive à la page suivante : « Le Liban a longtemps fourni le
spectacle exemplaire d’un régime d’anarchie durable ». On peut comprendre
que des politiciens animés par leurs seules ambitions de pouvoir, ou que
des hommes d’affaires se sentant menacés dans leur quête effrénée de
profits, s’évertuent à discréditer une notion qui trouble leur sérénité.
On comprend moins facilement qu’un professeur d’économie, censé respecter
ses étudiants et ses lecteurs, contribue délibérément à entretenir la
confusion en usant du mot « anarchie » dans le sens de « chaos social »,
imitant ainsi de plus en plus d’intellectuels de la gauche caviar.

Si les anarchistes ne caracolent pas nécessairement avec plusieurs
longueurs d’avance en matière de réflexion sur ce que pourrait être une «
décroissance » vécue par la population dans sa quotidienneté, ils ont au
moins le mérite d’être les seuls à se positionner clairement par rapport
au capitalisme. Puisque c’est la loi du profit qui, dans le capitalisme
industriel, a accéléré de manière fulgurante la destruction des
ressources et des équilibres naturels, alors l’objectif ne peut être que
l’abolition de la propriété privée des moyens de production et de
distribution qui génère ce profit.

A cet égard, la décroissance constitue le meilleur angle d’attaque du
capitalisme. Le « concept toxique » de développement durable, habillage
fallacieux du capitalisme, laisse imaginer une croissance ralentie. La
décroissance, par l’inversion de la pente, véhicule l’idée fondamentale
de rupture. Le clivage devient alors beaucoup plus clair. D’un côté,
développement durable, continuité, réformisme, réalisme (c’est-à-dire
soumission aux impératifs de la finance internationale), mythe du pouvoir
du consommateur (c’est-à-dire refus de remettre en cause des rapports de
production). De l’autre, décroissance, rupture, révolution, utopie
(c’est-à-dire projet revendiqué d’une société qui n’existe nulle part, et
non aménagement du système dominant), primauté du producteur sur le
consommateur (c’est-à-dire remontée aux causes, et non traitement des
seuls effets).

Le capitalisme a coupé l’homme de ses racines, en accentuant la pression
sur la biosphère. Il a réduit le bonheur à la seule satisfaction des
besoins matériels. Il a transformé des richesses illusoires en dettes
envers les générations futures. Les mystificateurs du système libéral, et
même de l’altermondialisme, qui freinent, par aveuglement ou par lâcheté,
l’ardeur contestataire, portent une lourde responsabilité. Ils pourraient
bien être débordés, dans un avenir relativement proche, par une foule qui
aura compris ce qu’une « élite » aura évité de lui expliquer !

J-P. Tertrais, Groupe La Sociale de la Fédération anarchiste

Texte extrait du monde libertaire n°1369, du 30 septembre au 6 octobre
2004

Le Monde libertaire, l’hebdomadaire sans Dieu, sans maître et sans
publicité de la Fédération anarchiste, chaque jeudi dans vos kiosques.

24 pages couleurs en papier recyclé pour deux euros

Le Monde libertaire souffle sa cinquantième bougie en Octobre 2004, pour
l’occasion, un numéro hors-série n°26 « spécial 50 ans » de 100 pages
sortira en kiosque le lundi 27 Septembre pour 7,50 euros. Un livre de 400
pages retraçant la vie du journal de la Fédération anarchiste sortira aux
éditions du Cherche-Midi et sera en vente dans les librairies à partir du
15 octobre.

Rédaction / Administration / Abonnement : 145 rue Amelot 75011 Paris
Archives sur le net : www.federation-anarchiste.org/ml


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