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(fr) Retour sur un conflit dans l'usine Fiat de Melfi - Italie

From worker <a-infos-fr@ainfos.ca>
Date Sat, 2 Oct 2004 21:00:04 +0200 (CEST)


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A G E N C E D E P R E S S E A - I N F O S
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Faisons une halte en Italie. Pas celle du Nord, l'Italie dite « utile »,
qui « travaille » selon l'extrême-droite italienne, mais celle du Sud, ce
Sud pauvre, rural, indolent.

Bienvenue donc en Basilicate, près de la ville de Melfi, soit la région
la plus pauvre et la moins industrialisée de l'Italie. C'est là qu'en
1993, la FIAT a choisi d'installer une nouvelle usine de production
automobile ultra-moderne, à haute productivité, fonctionnant au flux
tendu avec une organisation du travail évidemment révolutionnaire sensé
rendre les relations salariales plus humaines. Là, 5100 salariés
produisent chaque jour 1200 Fiat Punto et Lancia Ypsilon, ce qui fait
d'eux les travailleurs les plus productifs du groupe.

Bref, tout irait pour le mieux pour la direction de Fiat. D'autant plus
qu'elle avait tout fait pour qu'il en soit ainsi.
Tout d'abord, le site de Melfi a été fondé comme société indépendante
sous le nom de Fiat Sata. Cela veut dire que ce nouveau fleuron
industriel ne fut pas soumis à l'accord d'entreprise de Fiat Auto. Cela
veut dire que les salaires des ouvriers de Fiat Melfi sont inférieurs de
15% à ce qui se pratiquent dans les autres établissements du groupe, que
les rythmes de travail sont plus soutenus. Et pour enfoncer le clou, les
ouvriers sont soumis au « doppia battuta », soit le « double coup » : en
clair, ils enchaînent « douze jours de travail consécutifs, avant d'avoir
le droit au repos compensateur, même s'ils travaillent en équipe de nuit
». Dans cette Italie si catholique, c'est le monde à l'envers : c'est le
patronat qui éloigne le prolétariat de son opium dominical !
On peut dès lors être surpris d'apprendre que le site de Fiat Melfi a
vécu durant une décennie sans l'ombre d'un conflit social majeur ! A
cela, rien d'anormal. Investir dans une région pauvre et rurale, c'est
bénéficier d'une main d'¦uvre abondante, jeune, sans espoir de travail et
sans culture ouvrière ; une main d'¦uvre prête à travailler à n'importe
quelle condition, du moment que celle-ci les fait sortir de la précarité
sociale qui les environne ; une main d'¦uvre plus docile, moins touchée
par la culture de la grève et du conflit. A cela, s'ajoutent les
recettes-maison, mélange de paternalisme et de militarisme bureaucratique
: côté « carotte », chaque matin, les ouvriers reçoivent gratuitement un
exemplaire du journal La Stampa qui n'est autre que le journal détenu par
la famille Agnelli, actionnaire majoritaire du groupe Fiat ; côté « bâton
», l'encadrement, sensé pourtant faire dans le management moderne et
participatif, assomme les ouvriers à coups de mises à pied et de
suspension de salaires : entre 2001 et 2003, on a recensé ainsi 9000
mesures disciplinaires ! Pas étonnant dès lors que ce soit le syndicat
maison, le FISMIC, qui soit arrivé en tête lors des premières élections
du personnel.

Mais ce temps-là est révolu, apparemment.
En avril 2004, les ouvriers de Fiat ont décrété la grève illimitée avec
blocus de l'entrée du site. La cause de leur colère : la grève entamée
depuis quelques jours par les salariés d'une entreprise sous-traitante
gérant la logistique de l'usine. Depuis trois jours, chaque matin, les
ouvriers étaient renvoyés chez eux, mis en chômage technique du fait de
ce mouvement.

Face à ce mouvement soutenu par le syndicat de la métallurgie de la CGIL
(équivalent, dirais-je, de la CGT en France) et des syndicats autonomes
situés à l'extrême-gauche mais également à la droite de l'échiquier
politique, la direction a tenté de mobiliser les non-grévistes comme elle
le fit avec succès en 1980, imposant à cette époque une défaite terrible
à la CGIL. Là seule une centaine de salariés s'est désolidarisée de leurs
camarades en lutte. La direction fit alors appel aux forces de l'ordre
pour forcer le blocus de l'usine. Le gouvernement Berlusconi s'empressa
de répondre favorablement à sa demande au nom de la sacro-sainte liberté
du travail. Mais si l'opération fut un succès militaire, elle fut une
erreur tactique, provoquant l'émoi dans la population. Depuis 1969 en
effet, jamais la Police n'avait été utilisée contre les ouvriers ! Tandis
qu'une centaine d'ouvriers sur 5000 reprenaient le travail à Melfi, en
riposte, le mouvement s'étendait par solidarité aux autres usines du
groupe.
Contrainte et forcée, la Direction s'est donc assise à la table des
négociations et ce, durant quinze jours ! Finalement, les principales
organisations syndicales, dont plusieurs opposées au mouvement, ont signé
un accord, approuvé dans la foulée par 80% des salariés. Cet accord
prévoit l'alignement des rémunérations de Fiat Melfi sur les autres
usines du groupe d'ici juillet 2006, l'abolition des douze jours de
travail consécutifs, le réexamen des mesures disciplinaires et une
nouvelle attention portée à la formation des salariés dans l'entreprise.

Que retenir de ce long conflit social ? Plusieurs choses :
- Primo : tout d'abord qu'il a fallu une dizaine d'années pour que des
néo-prolétaires sans culture ouvrière s'affirme comme classe dans un
contexte difficile, marqué par l'autoritarisme patronal,
- Deusio : que les grévistes ont du se battre quasiment seuls, soutenus
uniquement par les organisations syndicales minoritaires et, non sans
difficulté, par la CGIL. Car si la CGIL du site de Melfi participa bien
au conflit, elle le fit sans l'appui immédiat de sa fédération, opposée à
un blocus provoquant des perturbations dans les autres usines du groupe.
C'est la répression policière qui entraîna l'extension du mouvement et
non une volonté de la direction syndicale. La CGIL du site de Melfi était
donc dans une situation très délicate : comment participer à un mouvement
revendicatif d'ampleur sans se marginaliser des autres confédérations
syndicales opposées, elles, au dit mouvement ? Elle est, je trouve, dans
une situation un peu similaire à celle de la CGT, tenaillée entre une
base revendicative et une direction désireuse de redevenir
l'interlocutrice incontournable du patronat et de l'Etat en lieu et place
de la CFDT. Depuis 1996, la CGIL n'a pu signer aucun accord d'entreprise
chez Fiat, la direction préférant négocier avec les confédérations
réformistes plus conciliantes. La dureté du conflit et sa conclusion font
d'elle la grande gagnante : elle est redevenue un partenaire social à
part entière. Le nouveau président de la Fiat, Luca Di Montezemolo, a
d'ailleurs annoncé clairement qu'il entendait rompre avec la politique
antérieure du groupe et renouer des relations plus sereines avec les
organisations syndicales dont la CGIL.
- Tertio, les capitalistes déploient une énergie phénoménale pour saper
les capacités de résistance des travailleurs : contrôle social de plus en
plus fort même s'il sait parfois se faire plus subtil, nouvelle
organisation du travail, recours massif à la sous-traitance etcŠ mais
d'un autre côté, le recours au flux tendu les rend plus fragiles. Sans
stock, les autres usines du groupe ont été asphyxiées par le blocus du
site de Melfi : en quelques heures seulement, cette action a provoqué
l'inévitable chômage technique des autres travailleurs de chez Fiat !
Certains bureaucrates syndicaux, y compris certains de la CGIL, ont
utilisé cet argument pour demander l'arrêt de cette forme de lutte. Eux
qui n'avaient rien fait depuis des années pour unifier les salaires dans
toutes les usines du groupe reprochaient maintenant aux travailleurs de
Melfi de se battre pour cela ! Curieux syndicalistes que ces gens-là !
Heureusement, leur stratégie a échoué : ceux de Melfi ne se sont pas
laissés culpabiliser ; les autres travailleurs, en cessant le travail par
solidarité, ont montré de quel côté ils étaient.

Patsy <patsy-alternantes(a)internetdown.org>

Texte issue de l'émission de radio "Le Monde comme il va"
Hebdo libertaire d'actualité politique et sociale, nationale et
internationale

Tous les jeudis de 19h à 19h50
Alternantes FM 98.1 Mgh (Nantes) / 91 Mgh (Saint-Nazaire)
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