A - I n f o s
a multi-lingual news service by, for, and about anarchists **

News in all languages
Last 40 posts (Homepage) Last two weeks' posts

The last 100 posts, according to language
Castellano_ Deutsch_ Nederlands_ English_ Français_ Italiano_ Polski_ Português_ Russkyi_ Suomi_ Svenska_ Türkçe_ The.Supplement
First few lines of all posts of last 24 hours || of past 30 days | of 2002 | of 2003 | of 2004

Syndication Of A-Infos - including RDF | How to Syndicate A-Infos
Subscribe to the a-infos newsgroups
{Info on A-Infos}

(fr) Octobre 1954 : naissance du Monde libertaire

From FA <relations-exterieures@federation-anarchiste.org>
Date Sat, 2 Oct 2004 01:03:23 +0200 (CEST)


_________________________________________________
A G E N C E D E P R E S S E A - I N F O S
http://www.ainfos.ca/
http://ainfos.ca/index24.html
_________________________________________________

En ce mois d’octobre 2004, le Monde libertaire fête ses cinquante ans
d’existence. c’est l’occasion de s’arrêter sur notre propre histoire et
plus particulièrement sur les raisons qui ont pousser à sa création.

Le Monde libertaire est né à la fin de l’année 1954, suite à une grave
crise interne du mouvement anarchiste français. Dix ans plus tôt, à la
libération, la Fédération anarchiste avait été fondée. Elle regroupait
toutes les tendances libertaires (syndicalistes, communistes,
individualistes, pacifistes …) avec une nette prédominance communiste
libertaire. Elle a alors pour journal le Libertaire. Mais, très vite,
cette FA est noyautée par un petit groupe, l’Organisation Pensée Bataille
(O.P.B.), qui agit clandestinement de l’intérieur afin d’en prendre la
direction et d’exclure à tour de bras ceux qui les gênent. En 1953, la
FA, vidée d ses forces militantes, est transformée en Fédération
Communiste Libertaire (F.C.L.).

Ceux qui n’ont pas été chassés la quittent et en décembre 1953 créent une
nouvelle Fédération anarchiste. La FCL disparaîtra quelques années plus
tard, vers 1956, pour diverses raisons : la répression qu’elle subit, son
entrée en clandestinité pendant la guerre d’Algérie, sa participation
pathétique aux élections législatives de 1956 et son discrédit dans le
milieu des réfugiés anti-franquistes, provoqué par les contacts avec le
stalinien Marty fraîchement évincé du PCF et surnommé le « boucher
d’Albacète » par les libertaires espagnols en exil.

Toutes les organisations politiques ayant un journal, la FA va elle aussi
se doter de son propre organe et s’exprimer sur la scène publique. En
1954, existent déjà quelques publications anarchistes, chacune
d’orientation spécifique : l’Unique, exclusivement individualiste ;
Défense de l’Homme de Louis Lecoin, antimilitariste et pacifiste ; la
Révolution prolétarienne, revue syndicaliste-révolutionnaire ; Noir et
Rouge, revue anarcho-communiste qui a l’ambition de renouveler la pensée
anarchiste, etc.

En 1956, suite à la faillite de l’OPB, des saisies de police, mais aussi
faute de lectorat, le Libertaire disparaît. Le Monde libertaire devient
ainsi le journal d’une seule organisation. Il se veut le réel
continuateur du Libertaire créé, rappelons-le, par Louise Michel et
Sébastien Faure en 1895, et organe de l’Union anarchiste, la principale
organisation
libertaire de l’entre-deux-guerres, qui comptait jusqu’à 3 000 militants.
Repris à la Libération par la FA, cet hebdomadaire connut un immense
succès durant les grèves insurrectionnelles de 1947, puisqu’il tire à
plus de 100 000 exemplaires. Ce passé quelque peu prestigieux explique la
volonté des refondateurs de la Fédération anarchiste de 1953
(c’est-à-dire 6 ans après ce gigantesque mouvement social) de retrouver
un tel journal.

Le nom choisi, le Monde libertaire reflète cet état d’esprit. il s’agit
de se positionner comme les continuateurs légitimes du Libertaire.
D’ailleurs, encore aujourd’hui, le discret visage de Louise Michel dans
le logo du titre du Monde libertaire montre cette filiation avec le Lib’
original.

Lors du congrès constitutif de 1953, plusieurs propositions de titres
avaient été émises : Le Libertaire nouveau, le Lib’, le Libertaire
fédéré, les Libertaires, l’Action libertaire, ou encore, mais cette fois
avec des titres en rupture : l’Homme révolté, Germinal, L’Insurgé,
Fraternité, Terre et Liberté. Le Monde libertaire, avec son logo très
proche du Libertaire, montre que les militants de la nouvelle Fédération
anarchiste voulaient concurrencer le journal de la FCL. Le premier numéro
paraît en octobre sur quatre pages grand format, et sa parution sera
mensuelle jusqu’en 1977.

La crise du mouvement anarchiste connaît donc une issue dans la création
de la FA et du Monde libertaire, mais sa situation en 1954 est la même
que 10 ans plus tôt : les militants ont de nouveau tout à reconstruire,
et il leur faut en plus des moyens financiers.

En effet, tout au long de son existence, le Monde libertaire a une
existence extrêmement précaire. Il connaît régulièrement des difficultés
financières, car sortir un journal coûte très cher. Les rentées d’argent
se font par les ventes et les abonnements, les souscriptions de soutien,
ainsi que par les galas annuels. Sans le fort soutien des militants et
des sympathisants, le journal ne pourrait être viable. A plusieurs
occasions, en 1966 et en 1969, le journal fut sur le point de
disparaître…

De grands noms de la chanson se produisent au bénéfice du Monde
libertaire. Outre la présence quasi annuelle de Léo Ferré et de Georges
Brassens, il faut citer aussi la participation de Jean Yann, Boby
Lapointe, Léo Campion, Jacques Brel, Bernard Lavilliers, Claude Nougaro,
etc. Mais le journal affronte également des saisie, la répression de la
Justice et, à deux reprises, les attentats de l’extrême-droite. La
librairie Publico, qui est aussi le siège du journal, est plastiquée une
première fois en 1962 par l’OAS, et au milieu des années 1970, elle subit
un autre attentat perpétré cette fois par des franquistes. Attentats, qui
donneront paradoxalement un peu de publicité au mouvement libertaire.

Contre-pied du journal de la FCL, sous la direction d’un clan, le Monde
libertaire se veut un journal anarchiste pluraliste, qui accepte
l’expression de tous les courants se réclamant de l’anarchisme sans
exclusive. On peut ainsi lire dans l’éditorial du premier numéro cette «
profession de foi » :

« Notre journal, votre journal, est le fruit de l’effort commun consenti
par les libertaires de toutes écoles, unis dans la Fédération anarchiste.
[…] Notre journal sera le journal de tous les libertaires. »

Ce projet unitaire sera réaffirmé dans le numéro e novembre : « tribune
ouverte à tous les courants de la pensée anarchiste, ce journal sera
jamais au service exclusif d’une tendance ou d’une majorité. »

Toutes les tendances libertaires doivent pouvoir s’exprimer. Cette
déclaration d’intention révèle le traumatisme lié aux dernières années
d’existence de l’ancienne FA et de la FCL où toute personne n’appartenant
pas au « clan » de l’OPB est écartée du Libertaire. Le journal veut aussi
être à l’image de la nouvelle organisation, c’est à dire diversifié
idéologiquement dans sa composition et regroupant des personnes parfois
éloignées sur le plan des idées et de l’action. Le projet est explicite,
mais on peut se demander si toutes les tendances pourront s’y exprimer
librement. Cette volonté affichée, régulièrement invoquée au cours de
cette période, montre l’originalité du journal par rapport à d’autres
publications libertaires spécialisées sur certains thèmes (pacifisme,
syndicalisme, etc …). On peut voir dans ce projet l’expression de
tendances contradictoires. Mais la volonté d’unité prévaut sur le souci
de cohérence idéologique, et le fait qu’il n’y ait pas d’unité
idéologique provoque un grand nombre de débats. Il est ainsi possible de
lire des articles pacifistes côtoyant des contributions sur la nécessité
de la lutte armée, des articles syndicalistes et antisyndicalistes,
d’autres sur la question des luttes de libération nationale, etc.

Toutefois, si effectivement aucune tendance n’a été écartée du journal,
on peut constater qu’il est largement centré sur les problématiques
sociales et syndicales. Les articles à caractère individualiste sont
assez peu nombreux, même si certains auteurs comme Maurice Laisant,
George Vincey ou Charles-Auguste Bontemps ont été très impliqué dans la
vie de Monde libertaire. L’accent est donc mis sur la portée socialiste
et
révolutionnaire des libertaires. Il s’agit de lier l’anarchisme au
mouvement ouvrier. A ce propos, Maurice Joyeux écrit dans ses mémoires :
»Le premier numéro du Monde libertaire symbolisa toute l’action que nous
allions entreprendre dans les années qui suivirent pour replacer
l’organisation dans le courant des luttes ouvrières. »

L’anarchisme est une tendance du socialisme révolutionnaire. Dans ce
sens, l’individualisme est toléré tant qu’il ne remet pas en cause cet
anarchisme de lutte des classes. L’anarchisme est né du mouvement ouvrier
et des idées socialistes, et ce lien provient de la part importante
d’articles syndicalistes jusqu’à la fin des années 1970. Spécificité du
Monde libertaire, toutes les tendances ont la possibilité de s’y
exprimer. On peut penser que l’individualisme est une sorte de garde-fou,
protégeant le journal et la FA des dérives bolchevisantes ou autoritaires
que l’ancienne organisation et la FCL ont connues. C’est seulement au
congrès de 1978 que les principes de base de la FA reconnaissent la lutte
des classes. Jusque-là, les individualistes s’y étaient toujours opposés.
Cela montre la prédominance de l’anarchisme social sur l’individualisme.
Mais il faut remarquer que cette reconnaissance officielle de la lutte
des classes intervient alors que la distinction entre les trois tendances
s’est déjà largement amenuisée. Ce cloisonnement n’existe plus vraiment
aujourd’hui alors qu’il était très fort dans les premières années. Si la
synthèse des courants semble n’avoir été qu’une juxtaposition entre elles
dans les premières années, aujourd’hui cette division est beaucoup moins
pertinente.

La naissance du Monde libertaire a été difficile. Les militants à
l’origine du journal n’auraient sûrement pas imaginé que celui-ci puisse
encore exister de nos jours.

Et même si ce Monde libertaire n’a jamais réussi à avoir une audience
comparable à son ancêtre, il a su fédérer les libertaires malgré leurs
différences.

Pascal – Groupe Claaaaaash de la FA

Notes :

1. Il a souvent été avancé par les protagonistes qu’il s’agissait de
créer une authentique organisation communiste libertaire de masse en
évinçant les individualistes et les « nullistes » de l’organisation … Ce
qui ne tient absolument pas puisque les premiers exclus de la FA étaient
des militants ouvriers communistes libertaires.

2. Le Monde libertaire, n°1, octobre 1954, éditorial page 1

3. Le Monde libertaire, n°2, novembre 1954, éditorial page 1

4. Maurice Joyeux, « La reconstruction difficile de la Fédération
anarchiste (1954-1960)) », page 69, La Rue, revue culturelle et
littéraire d’expression anarchiste.


Texte provenant du Monde libertaire n°1369, du 30 septembre au 6 octobre
2004

Le Monde libertaire, l’hebdomadaire sans Dieu, sans maître et sans
publicité de la Fédération anarchiste, chaque jeudi dans vos kiosques.

24 pages couleurs en papier recyclé pour deux euros


Le Monde libertaire souffle sa cinquantième bougie en Octobre 2004, pour
l’occasion, un numéro hors-série n°26 « spécial 50 ans » de 100 pages
sortira en kiosque le lundi 27 Septembre pour 7,50 euros. Un livre de 400
pages retraçant la vie du journal de la Fédération anarchiste sortira aux
éditions du Cherche-Midi et sera en vente dans les librairies.

Rédaction / Administration / Abonnement : 145 rue Amelot 75011 Paris

Archives sur le net : http://www.federation-anarchiste.org/ml

Transmis par le secrétariat aux Relations Extérieures de la Fédération
anarchiste.
relations-exterieures(a)federation-anarchiste.org




*******
*******
****** Agence de Presse A-Infos ******
Information d'intérêt pour et au sujet des anarchistes

INFO: http://ainfos.ca/org http://ainfos.ca/org/faq-fr.html
AIDE: a-infos-org@ainfos.ca
ABONNEMENT: envoyer un email à lists@ainfos.ca avec la commande suivante
dans le corps du message "subscribe (ou unsubscribe) nomdelaliste votre@email".

Les options pour toutes les listes se trouvent à http://www.ainfos.ca/options.html


A-Infos Information Center