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(fr) Informations sur le soulevement d'octobre 2003 en Bolivie (1)

From worker <a-infos-fr@ainfos.ca>
Date Tue, 30 Nov 2004 11:55:18 +0100 (CET)


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A G E N C E D E P R E S S E A - I N F O S
http://www.ainfos.ca/
http://ainfos.ca/index24.html
_________________________________________________

Salut, vous trouverez ci-dessous la première partie d'un dossier d'infos
sur le soulèvement populaire de 2003 en Bolivie écrit par un compagnon de
la FORA argentine qui a passé plusieurs mois dans ce pays. Ce texte,
traduit par le SIA de Caen et publié dans le N° 18 de son journal
"Solidarité" (4 N°par an, abonnement de 8 euros, frais de port compris,
chèque à l'ordre du SIA, BP 257 14013 Caen cedex), peut être librement
reproduit et diffusé. @+

Le Syndicat Intercorporatif Anarchosyndicaliste de Caen est en contact
depuis plusieurs années avec un compagnon anarchiste argentin de la FORA
qui réside actuellement en France. Ce compagnon a eu l'occasion de
parcourir la Bolivie d'octobre 2003 (immédiatement après l'explosion
sociale qui a secoué le pays) jusqu'à février 2004, d'y rencontrer des
anars et de participer à quelques activités libertaires. Il a rédigé, un
an après les évènements, un projet de texte qui doit servir de base à un
dossier d'information sur la Bolivie, dossier qui sera remis aux
différentes sections de l'Association Internationale des Travailleurs
lors du congrès qui se tiendra en Espagne au mois de décembre. En accord
avec ce compagnon, nous avons réalisé une traduction de ce projet de
texte. Lui comme nous pensons en effet que les informations qu'il
contient doivent circuler dans le mouvement anar francophone. Nous
publions donc aujourd'hui, avec son aimable autorisation, ce projet de
texte accompagné de quelques notes destinées à faciliter sa
compréhension. Bonne lecture.

INFORMATIONS SUR LE SOULEVEMENT D'OCTOBRE 2003 EN BOLIVIE

Ce dossier tente de refléter ce qui s'est produit durant le mois
d'octobre 2003 en Bolivie afin de répondre à la nécessité d'informer (de
manière détaillée) sur le processus qui a débouché sur la chute du
gouvernement de Gonzalo Sanchez de Lozada suite à ce qu'on a appelé " la
guerre du gaz ", expression qui fait référence à " la guerre de l'eau "
de l'année 2000 où les communautés et la population en général se
révoltèrent contre la tentative d'appropriation de cette ressource par
les entreprises étrangères. Les sources de ce dossier proviennent de
documents directement récupérés en Bolivie durant le voyage réalisé par
le militant de la FORA-AIT (Fédération Ouvrière Régionale Argentine,
section de l'Association Internationale des Travailleurs) qui écrit ce
texte. La complexité et la diversité du mouvement m'obligent à envisager
ce dossier à partir de points qui seront développés de manière à ce qu'on
puisse voir dans tous ses aspects la richesse de l'expérience
d'organisation et de résistance que les boliviens surent mener. Une
description de chaque mouvement et de leurs dirigeants suivra avec, pour
terminer, une brève description de ce qu'on peut rencontrer comme
mouvement anarchiste dans ce pays andin. Simplement, j'espère pouvoir
être à la hauteur des circonstances et que tout cela puisse nous servir à
nous former, à apprendre et à poursuivre la lutte contre l'autoritarisme
vers
l'émancipation intégrale que nous poursuivons aux 4 coins du monde en
tant que travailleurs de finalité anarchiste.

LA BOLIVIE ET SA DIVERSITE

La Bolivie est un pays complexe qui se caractérise par une diversité
géographique, culturelle, ethnique et de ressources naturelles. Sans
débouché maritime, après un conflit gagné par le Chili, cette région est
resté un peu isolée du monde, comme de ses pays voisins, tant
culturellement que commercialement. Plus de 70% de sa population est
composée par diverses ethnies indigènes (aymaras, quechuas, guaranies et
autres petits groupes ethniques andins ou amazoniens), chacune avec sa
culture, ses coutumes et son dialecte. Le reste de la population est
composé de métis descendant des conquérants européens, principalement
espagnols qui au long de ces 500 dernières années se sont enrichis en
pillant, exploitant et massacrant les peuples originaires, générant un
racisme marqué comparable à celui de l'Afrique du Sud ou des USA envers
sa population latina ou afro-américaine. Il existe dans ce pays des
différences très accentuées et évidentes entre classes : des millions de
pauvres et d'indigents, chômage très massif, misère, faim, absence de
système de santé, manque d'eau potable,
d'éducation, espérance de vie réduite. Les boliviens ne vivent pas, pour
la plupart, ils survivent... Basiquement, il existe des paysans, des
transporteurs (chauffeurs de bus ou de camions qui trimballent personnes
et marchandises), des petits commerçants et aussi des mineurs qui
travaillent dans des conditions inhumaines, tant pour les grandes
entreprises étrangères que pour des petites coopératives de travailleurs
ou des exploitation particulières. Il existe aussi une partie de la
population, essentiellement indigène, qui vit de la production et de la
vente d'artisanat, qui vendent au tourisme étranger et qui commence à
représenter une ressource importante pour le pays. Les marchés locaux,
généralement approvisionnés par le paysannat et par la contrebande,
permettent une économie informelle qui se reflète même dans la pratique
du troc et du marchandage. La femme bolivienne a un rôle prépondérant
comme administratrice de l'économie familiale et les enfants travaillent
souvent à partir d'un âge très très précoce. Le pays compte très peu de
routes asphaltées et ceci rend très difficile la circulation spécialement
par temps de pluie, les chemins sont si dangereux et dans un tel état de
dégradation qu'on peut mettre 12H pour faire 200 kilomètres. Ceci est, à
grand traits, le panorama de l'un des pays les plus pauvres d'Amérique
Latine et qui est, néanmoins, le deuxième endroit avec la plus grande
réserve de gaz libre (gaz facilement exploitable, sans beaucoup
d'investissements nécessaires du fait qu'il est naturellement contenu
dans de vastes poches rocheuses assez aisément accessibles-NDT) du
continent. Améliorer la qualité de vie de l'ensemble de la population
bolivienne en se basant sur cette ressource est ce qui a unifié une lutte
qui parvint à mettre en question le système de gouvernement et la
politique néo-libérale brutalement exercée au détriment de la vie dans ce
pays.

LA QUESTION DU GAZ : YPBF (Gisements Pétrolifères Fiscaux Boliviens, le
terme " Fiscaux " indiquant en l'occurrence le caractère étatique de la
propriété des gisements-NDT).

Le gouvernement bolivien, le MNR et les multinationales pétrolières sont
les protagonistes de l'escroquerie causé par la " capitalisation "
d'YPFB, ex-entreprise d'Etat bolivienne qui fournissait, depuis 1954, la
totalité de la demande interne de pétrole et de gaz et qui représentait,
depuis 1985, le principal soutien économique du pays, permettant avec ses
revenus de financer les besoins en santé et éducation, entre autres
apports. L'arnaque débuta en 1992 quand le gouvernement (MIR, Movimiento
de la Izquierda Revolucionaria, Mouvement de la Gauche Révolutionnaire)
impose, du fait de la baisse de production et de rentabilité de
l'entreprise, sa privatisation, ce à quoi le MNR (à la veille
d'élections) (MNR, Mouvement National Révolutionnaire-NDT) oppose la "
capitalisation " par le moyen d'un projet de loi qui est bientôt
approuvé. Le projet de capitalisation consiste dans le transfert de 49%
des actions d'YPFB à des entreprises associées par appel d'offres, chose
qui éventuellement devait dynamiser la situation économique stagnante
d'YPFB et augmenter les revenus par le biais d'amélioration
technologiques et d'apports de capitaux, tout cela sans perdre le pouvoir
décisionnel, 51% des actions restant aux mains de l'Etat. Le 30 janvier
1994, la loi fut proposée et elle fut adoptée le 21 mars 1994. Le projet
se basait principalement sur la répartition des actions de l'Etat à
chaque citoyen bolivien sous forme de fonds de pensions permettant de
toucher, après les 65 ans, une mensualité de 200$US selon les prévisions
concernant la valeur des actions. Avec cette propagande le MNR gagna les
élections et put disposer de tous les instruments pour le coup final. Il
introduisit un changement dans les règles définissant la participation
des entreprises actionnaires en abaissant à 50% la part de l'Etat (sous
prétexte qu'aucune firme ne regrouperait 49% des actions) et, en plus, il
remit aux entreprises actionnaires le contrôle décisionnel de la nouvelle
société anonyme. Concernant les actions qui devaient bénéficier à chaque
citoyen boliviens, personne n'a jamais vu un centime. La gestion des
actions fut confiée aux AFP (Administratrices de Fonds de Pension) sous
la direction d'une société dirigée en grande partie par les mêmes
directeurs des APF, qui dépendent à leur tour d'organismes bancaires
étrangers également associés aux
capitalisations. Cela fut mené à bien grâce à l'appel d'offre et au choix
frauduleux et manipulé des AFP. C'est alors que disparaissent les
bénéfices, du fait que ce sont les AFP qui deviennent les actionnaires et
non les citoyens qui ne peuvent plus qu'espérer les supposés fruits des
dividendes, qui n'arriveront jamais jusqu'à leurs poches vu qu'ils ne
sont pas, depuis l'autorisation donnée par la loi au pouvoir exécutif de
déterminer la distribution des actions, les propriétaires légitimes de ce
patrimoine ou, pour le dire mieux, qu'ils ne le furent jamais. Grâce à
cette manipulation des multinationales et de l'Etat, on aboutit, sans
rien vendre ni acheter, à offrir et faire changer de mains le fruit du
travail des boliviens et les bénéfices qu'ils en tiraient. Il s'en suivit
seulement une augmentation du prix du gaz dans le pays et évidemment une
pénurie due à la totale liberté pour les entreprises capitalisatrices
(ENRON, SHELL, REPSOL-YPF, PEREZ CONPANC etc...) d'extraire et vendre le
produit où elles le souhaitent du fait de leur pouvoir décisionnel. Le
projet PACIFIC-LING élaboré par les multinationales REPSOL-YPF, BRITISH
GAZ et BRITISH PETROLEUM, qui consiste à transporter le gaz extrait en
Bolivie vers la Californie pour approvisionner des zones des USA via le
port de Mejillones au Chili, et cela avec seulement 18% de taxes à
l'exportation (ce qui équivaut à seulement 10% de ce que rapportait YPFB
au pays avant sa capitalisation) depuis l'année 2001, est l'un des
résultats de la grande escroquerie du peuple bolivien, qui n'hésita pas à
mettre un frein au vol de ses richesses au moyen de soulèvements massifs
sur tout le territoire en faveur du retour au fonctionnement antérieur
d'YPFB.

LE CONFLIT

Pour que le peuple bolivien, à travers ses organisations sociales et ses
mouvements, soit conscient de l'arnaque du gaz et puisse lui donner corps
dans l'ensemble de la population, il a fallu de nombreuses années de
travail de diffusion des documents et d'explications simples. Ce travail
fut pris en charge avec patience et bon sens par le compagnon anarchiste
Juan Perelman Fajardo, professeur de l'université de San Andres à La Paz,
qui, à travers conférences, publications, correspondances et travail
documentaire, réussit à déclencher une vague gigantesque. La supposée
ruine d'YPFB n'était qu'une chimère pour offrir une énorme ressource que
les boliviens venaient de découvrir sous leurs pieds et qui constitue la
deuxième plus grande réserve de gaz libre d'Amérique Latine. Cette
découverte, présentée comme récente, était en fait connue des
marionnettes des entreprises multinationales, c'est à dire Gonzalo
Sanchez de Lozada et toute la tête du gouvernement, avant de promouvoir
une capitalisation qui, en réalité, était une reddition. Rapidement, les
mouvements sociaux, syndicaux et les communautés indigènes firent écho à
la dénonciation du scandale. La nouvelle du " Nous sommes riches mais ils
nous ont déjà tout volé " arriva jusqu'au coin le plus reculé de Bolivie,
on discutait dans les rues, on discutait dans les universités, dans les
marchés, dans les communautés, dans les quartiers, les associations de
voisins, dans les mines et peu à peu, ils en firent une de leurs causes,
une cause supplémentaire, en plus des problèmes de toujours qui
arrivaient alors jusqu'au cou de la population, des problèmes qui avaient
déjà débordé en février à La Paz avec une grève des policiers qui s'était
terminé en affrontements armés avec les militaires. De nombreux conflits
locaux éclataient aussi qui, sporadiquement, réchauffaient le climat de
refus dans tous le territoire bolivien, refus non seulement de la
politique de GONI (le surnom du président-NDT) mais de la politicaillerie
en général. Les sphères dirigeantes des syndicats, des mouvements sociaux
et politiques qui cherchaient une place au gouvernement tentaient de
faire leur ce mouvement mais elles commencèrent à être débordées par
leurs propres bases. Au début d'octobre la mobilisation commence à se
faire sentir de manière plus intense à La Paz comme dans le reste du
territoire. Les coupures de routes débutent ainsi que la grève, qui n'est
pas encore générale mais commence à se faire sentir. Le gouvernement de
Goni répond par la répression sans donner, au début, trop d'importance au
conflit, parlant devant les caméras d'une déstabilisation de la
démocratie menée par des séditieux qui veulent entraîner le pays vers une
folle dictature " a-NARCO-syndicalista ", faisant bien sur allusion aux
revendications des cocaleros qui commençaient à se faire sentir. Les
ayllus (nom des
communautés aymaras-NDT) se mobilisaient réclamant leur autonomie, les
sans-terres en revendiquaient et tous répétaient la consigne : Que soit
nationalisé le gaz et le pétrole, que soit refondé YPFB comme entreprise
publique d'extraction, raffinage, transport et commercialisation du gaz
et du pétrole bolivien. Perelman proposait, lui, directement la
socialisation et l'autogestion de l'entreprise comme le firent les
compagnons espagnols durant la guerre civile.


WARISATA : LA GOUTTE QUI FAIT DEBORDER LE VASE

A 100 kms de La Paz, à Warisata, les villageois aymaras et les élèves du
centre éducatif (qui regroupe école primaire, collège et lycée, où l'on
peut apprendre la langue aymara et qui a une tradition combattive) se
mobilisent énergiquement pour réclamer le gaz aux boliviens et
l'autonomie des ayllus. Parmi eux se trouvent aussi des membres du MALLKU
(mouvement indigéniste et autonomiste dirigé par Felipe Quispe, un
nationaliste aymara proche des cocos-NDT) qui se mobilisent pour la
libération de quelques prisonniers politiques. La mobilisation avait un
caractère énergique mais pas violent jusqu'à ce que, selon les
témoignages d'artisans et d'un chauffeur de bus qui monte jusqu'à cette
communauté, tout empire à partir du moment où les gens se rendent devant
un hôtel d'un propriétaire terrien allemand très proche du gouvernement.
Celui-ci était en train de recevoir un ministre (ou quelqu'un comme ça).
Un hélicoptère de l'armée apparaît alors et la foule tente de rejoindre
les officiels qui, par peur d'être lynchés, courent vers l'appareil.
C'est à ce moment que retentissent les premiers tirs.
L'hélicoptère décolle en ouvrant le feu de manière indiscriminée contre
la population aymara. La nouvelle que l'armée envoie des renforts et que
des enfants de l'école ont été pris pour cible se répand comme une
traînée de poudre. Les paysans de la communauté ne tardèrent pas à
répondre à une telle injustice en déterrant les fusils Mauser qu'ils
gardaient depuis la guerre du Paraguay et mirent à profit leur
connaissance du terrain pour faire face à l'armée en lui tendant des
embuscades, ce qui provoque de nombreux morts des 2 cotés. La première
garnison de l'armée qui vint renforcer la répression de ces communautés
était composée par des sous-officiers et des conscrits qui, en bonne
partie, étaient fils du peuple aymara qui était dans les rues. Face à une
telle injustice -tirer contre les siens-, de nombreux conscrits
refusèrent d'ouvrir le feu, d'autres tentèrent de déserter, d'autres
encore passèrent du coté aymara. Encore aujourd'hui, on recherche les
corps de nombreux jeunes fusillés pour ne pas avoir voulu défendre des
intérêts qui leur étaient étrangers. Goni l'assassin ne pensait pas faire
marche arrière et la répression devint féroce sur tout le territoire.
Warisata et sa résistance, Warisata et ses morts... La Bolivie s'émeut,
la patience prend fin et Warisata sert de détonateur pour que tous les
secteurs du pays se mobilisent en demandant la démission de Goni
l'assassin. Débute alors une série de grèves, de coupures de routes, de
blocages d'aéroports mais aussi de réserves de carburants afin d'éviter
le réapprovisionnement de l'armée. Les secteurs syndicaux, populaires et
indigènes se soulevèrent contre la tyrannie du pillage et contre la
répression. Les moyens de lutte se firent chaque fois plus durs et la
grève paralysa le pays durant plusieurs jours. Les affrontements se
radicalisèrent spécialement dans la zone d'El Alto et à Cochabamba
(théâtre majeur de la guerre de l'eau en 2000-NDT). L'Etat mit à profit
des rancœurs régionales et mobilisa des troupes de Tarija et de Santa
Cruz, zones où il existe un profond
ressentiment envers les " Kollas de merde " (le terme " kollas " désigne
la population indienne de l'Altiplano à la peau sombre-NDT) comme le
répétaient des graffitis sur les murs de ces villes où les " comités
civiques ", quelque chose comme les comités de défense citoyenne, au lieu
de se solidariser avec la mobilisation nationale, se déclaraient contre
la nationalisation et en faveur de l'exportation vu que le gaz se
trouvait dans cette zone et que la bourgeoisie du lieu souhaitait
impulser une lutte pour l'autonomie de la région. Au fur et à mesure que
se développait un tel soulèvement populaire, la pénurie commençait à
apparaître dans les villes et les figures les plus médiatiques du
mouvement, comme Evo Morales, un syndicaliste devenu politicien, pour les
cocaleros et Felipe Quispe, se présentaient comme les dirigeants du
mouvement alors qu'en réalité ils n'avaient aucun contrôle réel sur la
situation. Le peuple démontrait qu'il pouvait se défendre et résister par
ses propres moyens en réussissant à livrer une guerre à Goni l'assassin
et à tout ce que lui et ses fidèles représentaient.

LA GUERRE DANS LES RUES

Pour décrire au mieux ces évènements, j'ai décidé d'utiliser un extrait
de " Combate ", publication anarchiste qui surgit de l'action de
compagnons de La Paz, d'un groupe autour du professeur Perelman et de
militants argentins qui se trouvaient dans le pays à ce moment là. Le
journal sortit dans les rues de La Paz et d'El Alto afin de pouvoir
donner de manière plus claire à la population les points de vue de
l'anarchisme tant par rapport à ce qui concernait le gaz que par rapport
à ce qui peut être construit quand on renverse un gouvernement. Sa
diffusion fut importante, un succès, et eut pas mal d'écho du fait de
l'ouverture d'esprit des ouvriers boliviens qui, sortant d'une expérience
marquée par l'autoritarisme marxiste dans leurs organisations, étaient
disposés à la dépasser avec des pratiques clairement fédéralistes à la
base. " Durant la guerre du gaz, il n'y eut pas un centre mais de
nombreux centre qui convergèrent sur un seul point d'embrassement, le
siège du gouvernement, mettant en déroute la force de l'Etat, se
convertissant en une seule machine de guerre nomade qui avança sur le
centre du pouvoir de l'Etat en le désarticulant totalement. Cette machine
de guerre était composée par de nombreux centres d'intensité et de force.
L'un d'entre eux fut le surprenant et étincelant mouvement des paysans
aymaras des ayllus et des communes agraires et d 'élevage de la steppe
occupant les routes et les remplissant de pierres pour disparaître, aussi
subitement qu'elles surgirent, à l'aube, moment auquel arrivait l'armée
pour débloquer laborieusement les routes, ce qui lui prenait la majeure
partie de la journée. De cette manière, ils coupèrent le trafic routier
de la ville de La Paz avec le lac Titicaca, le Pérou, les Yungas et le
Beni par le nord et avec Oruro, Cochabamba et Santa Cruz par le sud. Ces
actions ne provoquèrent pas de pertes parmi les soldats des forces
répressives mais les dommages pour l'Etat furent économiques et d'une
valeur incalculable vu qu'elles interrompirent le trafic commercial
depuis La Paz vers le reste du pays et les marchés extérieurs et le
trafic depuis l'intérieur du pays et les marchés extérieurs vers La Paz.
De plus, au cours des jours, La Paz commença à manquer de ravitaillement
surtout en aliments, légumes, viande, farine etc... D'autre part, les
paysans, en endommageant l'asphalte des routes, produisaient un dommage
plus grand pour l'Etat que les soldats morts, vu que pour l'Etat bolivien
la vie d'un pauvre soldat indigène et de l'immense masse des conscrits
indigènes ne vaut rien et qu'il n'économise évidemment pas les vies. Ce
qui par contre le touche ce sont les trous dans l'asphalte des routes et
le travail de déblocage et nettoyage de celles-ci par des tracteurs et
des troupes. Les points d'embrassement où ce fit le contact furent Sorata
et surtout l'affrontement armé à Warisata, qui démontra le pouvoir et
l'efficacité des vieux fusils Mauser, de la guerre du Chaco (1932-1935,
conflit entre la Bolivie et le Paraguay pour la possession de cette
région. Le Paraguay en sortit vainqueur. NDT), sur les fusils
automatiques FAL et M16 que possède l'armée. Les mineurs d'Huinuni
réalisèrent un mouvement enveloppant et avancèrent rapidement jusqu'à La
Paz en une espèce de blitz-krieg ou guerre de mouvement et de manœuvre.
Les mineurs sortent d'Huinuni vers Oruro, l'armée sort pour les
intercepter dans les plaines de Sora Sora, les mineurs évitent l'armée en
un mouvement de flanc par les collines, de cette manière ils entrent à
Oruro et l'occupent, ils débouchent sur les arrières de l'armée et la
laisse derrière, ils s'éloignent. De Oruro, ils avancent rapidement
jusqu'à Caracollo et de Caracollo, l'avant-garde des mineurs avance
jusqu'à l'Altiplano, traverse Sica Sica et Patacamaya et arrive à
Ventanilla dans les environs d'El Alto. De là, furtivement, ils décollent
par groupes jusqu'au centre de la cuvette de la Paz occupant en silence
et secrètement le grand bâtiment de l'Université Supérieure de San Andres.
Le gros du contingent de 3000 mineurs arrive jusqu'à Patacamaya où il est
arrêté par l'armée, puis il recommence à avancer jusqu'à arriver à La Paz.
Les mineurs portaient de la dynamite et de vieux fusils mausers. Les
guerriers de l'improvisation.Une véritable machine de guerre. Nomadisme et rapidité.




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