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(fr) Faucheurs volontaires : action directe ou opération politicienne ?

From worker <a-infos-fr@ainfos.ca>
Date Sat, 27 Nov 2004 22:25:13 +0100 (CET)


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A G E N C E D E P R E S S E A - I N F O S
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http://ainfos.ca/index24.html
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Le 25 septembre dernier les « faucheurs volontaires » ont mené une
nouvelle action nationale contre des parcelles expérimentales d'OGM.
Partis de la Puye, dans la Vienne, le cortège automobile devait rallier,
quelques kilomètres plus loin, une parcelle à Valdivienne, commune située,
clin d'œil de la société industrielle aux mécréants du progrès que nous
sommes, au pied de la centrale nucléaire de Civaux. L'opération se solda,
comme lors des précédentes, par quelques violences policières qui
entraînèrent des protestations d'autant plus véhémentes de la part des
organisateurs qu'elles leur permirent de masquer ce qui ne fut, en fait,
qu'une opération inscrite dans les grandes manœuvres de recomposition de
la gauche de la gauche. Une occasion de faire le point sur les enjeux de
ces nouveaux mouvements qui se réclament à tort d'une orientation
libertaire.
Alors que l'action était sensée se préparer plus ou moins discrètement, à
l'abri en tout cas du regard médiatique, sinon policier, nous fûmes
surpris de constater, quelques jours avant le jour J, du nombre de gens au
courant. Qui plus est, la presse elle-même annonçait à grands renforts de
gros titres la venue certaine du pape Bové dans nos villages ! C'est que,
une fois de plus, les leaders de la Confédération paysanne, cheville
ouvrière de ces opérations avec la complicité active d'ATTAC et des Verts,
ont préféré l'efficacité douteuse des feux de la rampe à la réalité
tangible de la destruction d'OGM.
C'est ainsi qu'au départ du cortège nous eûmes droit à la présence très
médiatisée de José Bové, bien sûr, mais aussi de Noël Mamère, d'Alain
Lipietz, de Marie-Christine Blandin et de Besancenot. Radios et télés
s'intéressaient davantage à ces têtes d'affiche qu'aux quelques centaines
de manifestants venus de toute la France et aux motifs même du
rassemblement.
Après quelques discours convenus sur la mondialisation, ces braves gens
nous expliquèrent qu'il fallait, pendant cette action, respecter la
discipline, refuser la violence (c'est-à-dire non seulement ne pas la
provoquer, mais encore ne pas riposter aux flics), et s'en remettre aux
porteurs de brassards dont les différentes couleurs indiquaient la nature
de leur compétence (parcours, décisions de replis, blessures, etc.)Une fois parvenus à Valdivienne nos bureaucrates et leurs petits soldats
embrassardés ne purent évidemment rien faire face aux forces de l'ordre,
malgré des négociations menées en sous-mains avec les autorités et le haut
niveau d'encadrement des manifestants venus là, tout de même, pour faucher
un champs de maïs, faut-il le rappeler ! Mais cet objectif concret n'était
pas partagé, semble-t-il, par nos organisateurs davantage soucieux
d'assurer un succès médiatique que de laisser se dérouler une action
directe menée par la base.

Les faucheurs volontaires

On entendit parler des premiers mouvement anti-OGM lorsque, aux Indes, des
paysans se sont soulevés contre la firme qui leur avait promis de
meilleurs rendements s'ils cultivaient du coton transgénique, ce qui fut
très loin d'être le cas ! C'est aussi dans ce pays que des groupes
s'élevèrent contre une entreprise américaine qui voulait faire breveter
une molécule provenant d'un arbre du pays et utilisée depuis fort
longtemps dans le traitement de certains maux. On se souvient également
qu'aux USA quelques agriculteurs menèrent une résistance spectaculaire
contre les OGM et les firmes qui les imposaient, et furent victimes d'une
répression exemplaire sur le plan juridique.
En France, entre la première action anti-OGM resensée — revendiquée comme
fait syndical — (1997, fauchage dans l'Isère, trois paysans condamnés le
21 mai 2004 à 600 euros d'amende et 400 euros de dommages et intérêts à la
société Monsanto, puis amnistiés) et le lancement en août 2003 des
"faucheurs volontaires" lors du rassemblement du Larzac, les actions
menées furent le fait d'initiatives très diversifiées.
Des destructions de maïs et de colza de Monsanto, en 1998 qui entraînèrent
des poursuites contre Riésel, à celle du riz trangénique au CIRAD l'année
suivante en présence de la caravane intercontinentale des Indiens du
Karnataka (poursuites contre René Riesel, José Bové et Dominique Soulier),
des actions revendiquées ensuite par la confédération paysanne, aux
multiples interventions des "enragés en campagne" (Péré, 17), des
"chercheurs dans la nuit" à Toulouse', des Obscurs anti-scientistes dans
le Tarn et Garonne, aux " mal-confinés en Ile et Vilaine, pour n'en citer
que quelques unes, les intitiatives étaient diverses et variées, réclamant
des mesures institutionnelles pour les unes, ou s'attaquant globalement
aux causes pour les autres, risquées pour leurs auteurs dans certains cas,
ou plus cool dans d'autres, elles offraient l'image d'un mouvement
naissant, vivant, aux mille facettes.
Un seul principe de précaution, la destruction

On constatait aisément que les actions anti-OGM partaient dans deux
directions distinctes : d'un côté celles qui attaquaient de front le
capitalisme et critiquaient la société industrielle dans sa globalité et
qui n'avaient que faire des pressions institutionnelles (les réalistes),
et de l'autre celles qui se plaçaient sur l'échiquier politique comme
demandeuse de strapontins au sein des institutions pour obtenir un
capitalisme à visage humain, citoyen, propre et sans dette pour les pays
du Sud (les utopistes illusionnistes).
Cette diversité ne pouvait pas plaire à tout le monde et ne devait
évidemment pas durer. Pour contrôler puis éradiquer l'incontrôlable, pour
orienter le mouvement dans la bonne direction des négociations avec le
pouvoir, il fallait structurer tout ça. Ce qui fut fait avec la création
des "faucheurs volontaires" en août 2003, lors du rassemblement au Larzac,
et qui fut, en quelque sorte, l'acte fondateur de la récupération et de
l'institutionnalisation d'un mouvement qui fut autrement plus radical et
autonome qu'il ne l'est à présent.
Cette institutionnalisation des fauchages et des arrachages a eu comme
effet d'accompagner le ralentissement du nombre des opérations menées (dû
à la répression promise et mise en place par le pouvoir) plutôt que de le
combattre.
A partir de ce moment, les « officiels » qui se sont appropriés le
mouvement vont commencer à dénoncer les actions des « incontrôlables » et
des « irresponsables »..
Deux exemples pour illustrer ces propos.
Le 20 octobre 2000, la Confédération paysanne et Attac, dans un communiqué
de presse affirme non seulement n'être pour rien dans la destruction d'une
parcelle à Longué (Maine et Loire) revendiquée par "quelques ennemis de la
transgenèse et de son monde", mais encore que "cette destruction non
revendiquée gêne leur démarche qui vise essentiellement à établir la
transparence et à modifier la réglementation". Le Porte parole de la Conf'
du Maine et Loire avait même, le 11 septembre précédent espéré que "la
gendarmerie va pouvoir identifier rapidement les auteurs". D'ailleurs,
c'est à cette même période que la direction nationale de la Confédération
paysanne avait interdit à ses sections locales la moindre initiative sans
son accord.
Le 16 juillet 2001, à Guyancourt (78) le groupe des "Ravageur" détruit une
parcelle de 300 m2 d'un maïs transgénique insectiside expérimenté par le
Groupe d'étude et de contrôle des variétés et des semences (GEVES).
l'action est immédiatement condamnée par les associations écologistes et
environnementalistes du département des Yvelines "opposés à toute action
violente" (Terre et environnement) et "condamnant ce type d'actions
clandestines" (mouvement écologiste indépendant). (huit jours plus tard la
confédération paysanne mènera pourtant au même endroit une action du même
type, très médiatisée, qui entraînera la poursuite contre 9 de ses
militants).
En fait donc, la création des faucheurs volontaires fut un outil de
vérouillage et de contrôle de tout ce qui pouvait s'organiser sans en
référer à quiconque et qui risquait ainsi d'échapper aux visées
stratégiques politiciennes que les chefs des nouvelles gauches entendaient
mettre sur pieds.

Une nouvelle forme de militantisme : le lobbying

Pourtant, les récupérations ne se font plus comme jadis à coup de discours
à la serpe et de termes issus en droite ligne du vocabulaire et de
références léninistes. On fait référence aux « copains » plutôt qu'aux «
camarades », on fait volontiers appel à un supposé « esprit libertaire »
qui teinterait ces mouvements, on ne demande plus d'obéir mais de
respecter les consignes, ces dernières n'étant plus issues d'une analyse
politique ou scientifique mais du simple « bon sens ».
Nous sommes en présence de formes de militantisme et d'organisations qui
sont très à la mode depuis quelques années : le lobbying comme méthode
assortie de la médiatisation comme objectif immédiat ; un centralisme plus
ou moins rigoureux et en tout cas des décisions toujours prises par le
haut ; un recrutement sélectif de gens pas trop enclins à agir ou à
décider par eux-mêmes mais désireux tout de même de « faire quelque chose
».Prenons l'exemple de Greenpeace. Adhérer ce n'est ni participer à la vie
de l'organisation ni participer à ses actions, c'est juste accepter un
virement mensuel témoin d'une certaine bonne conscience. A l'opposé de
cette large base mondialement représentée, quelques dirigeants salariés
qui siègent à Amsterdam en liaison directe avec leurs antennes nationales.
Ce sont eux qui décident de tout : des campagnes, des actions, de l'emploi
des fonds reçus. Et entre les deux des petits soldats, très spécialisés,
aguerris, entraînés, triés sur le volet, qui mènent les actions, celles
dont on parle à la télé, celles qui attirent la sympathie de qui partage
plus ou moins des sentiments écologistes et qui prennent, de toutes les
façons, fait et cause pour David contre Goliath. Quand aux comités locaux
il n'ont ni le droit de prendre des initiatives locales en tant que tel,
ni celui d'apposer leur signature aux côtés d'autres forces sans l'aval de
la direction nationale. Ils ont, en revanche l'autorisation de recruter
des donateurs et des membres.
Autre exemple, celui d'ATTAC : la majorité du conseil d'administration est
composée de membres fondateurs qui se cooptent entre eux. Les comités
locaux n'engagent jamais leur direction nationale et leurs délégués qui
composent la conférence nationale des comités sont sans pouvoir et ne peut
qu'enregistrer des décisions prises ailleurs. Ce qui faisait dire à un
groupe dissident : « le fonctionnement d'Attac manifste la croyance que la
démocratie est pesante et qu'il faut s'en remettre au pouvoir et à la
clairvoyance d'un seul ou d'un groupe dirigeant auto institué ».Cette peur de la démocratie (la vraie ! Pas son ersatz parlementaire ou
représentative) on l'a retrouvé au récent Forum social européen qui s'est
tenu à Londres lorsque Bernard Cassen, ex-président d'attac et manitou des
forums sociaux, a proposé que ces derniers se réunissent moins souvent (ce
qui, en effet, laisserait les coudées plus franches aux représentants
autoproclamés qui se partagent pouvoirs et décisions). On se souvient
également qu'à Porto Alègre, Attac, de connivence avec le PT de Lula
voulait empêcher les Forum sociaux de prendre des initiatives
internationales... initiatives qui devraient être, selon eux, réservées à
ces mêmes élites (non élues et souvent occultes) qui président à ces
mouvement et sont seules à même de bien comprendre les situations et les
enjeux et qui, de ce fait, voient toujours d'un mauvais œil les
initiatives de la base, comme par exemple cette « assemblée des mouvements
sociaux » à Londres, appelant malgré tout à des mobilisations anti-guerre
pour le 20 mars 2005. C'est que pour eux, il s'agit avant tout d'éviter
que ces mouvements s'éloignent des social-démocratie : lors du FSE à
Londres les slogans anti-Bush semblaient remplir tout l'espace politique,
comme si l'anti-impérialisme devait se résumer à l'anti-USA. Rien ou
presque contre Blair... C'est qu'il fallait ménager le maire « rouge »
(gauche du parti travailliste) de Londres, ce dernier devant ménager
Blair, le chef du parti. Même chose en France où l'objectif est de
constituer une force suffisamment crédible pour jouer dans la cour du PS
mais en partenaire réel, pas en tant que pion. Exercice d'équilibriste qui
oblige à critiquer un peu mais pas trop les alliés de l'ex-gauche
plurielle qu'ils rêvent de reconstituer (1)
En fait, sous des oripeaux vaguement « modernistes » et « libertaires »,
on retrouve les mêmes mécanismes animant jadis un certain « centralisme
démocratique » : des citisants, des distributeurs de tracts, des
manifestants d'un côté, et de l'autre des décideurs organisés de manière
pyramidale. La différence, et elle est de taille, c'est qu'il n'y a plus,
comme jadis, un modèle pour servir de référence et que, par conséquent,
les leaders sont beaucoup plus fragiles et doivent se servir de méthodes
de manipulation plus sophistiqués qui peuvent paraître plus démocratiques,
moins « autoritaires » (utilisation des medias, de la dynamique de groupe,
etc.). Mais le résultat est identique.
Ces caractéristiques on peut les repérer facilement dans le mouvement des
faucheurs volontaires. Lors des rassemblements anti OGM... annonce est
faite pour que s'inscrivent de nouveaux « volontaires » à entrer dans la
grande famille des « faucheurs ». Noms, adresse, et vous serez convoqués
pour les prochaines actions... mais pas pour en discuter. Vous ferez 500
bornes en voiture pour vous voir offrir un brassard d'encadrement de telle
ou telle couleur si vous êtes repréré comme élément sûr (c'est-à-dire
proche ou membre d'attac, de la conf' ou des Verts, ou plus certainement
pour suivre les consignes données au micro, puis vous faire taper sur la
gueule, sans avoir le droit de riposter, par les forces de l'ordre (mais
là je crois qu'il ne faut pas rêver, la grande majorité des volontaires au
fauchage sont d'accord avec cette stratégie plus ou moins non violente, et
sont des admirateurs inconditionnels de "José"). Là comme à ATTAC ou à
Greenpeace, les décisions se prennent en haut. Ainsi, a-t-on entendu Bové,
après l'action de Valdivienne, annoncer à la presse que, sans doute, ce
type d'action serait la dernière car « on ne pouvait pas continuer à
envoyer des gens se faire casser la figure et qu'on en reviendrait
certainement à des opérations plus discrètes ». Très bien, mais qui les y
a envoyé jusqu'à présent? Et pour quels objectifs ? Pourquoi l'aspect
médiatique fut-il privilégié ? Et cette décision soudaine de changer de
manière, qui en a décidé? Le staff, les dirigeants des trois compères
Attac, la Conf' et les Verts...
A un degré moindre, la Réseau « Sortir du nucléaire » obéit aux mêmes
principes. Certes les groupes de base y sont plus autonomes qu'à
Greenpeace. Pourtant le lobbying y est largement utilisé au détriment
d'actions plus offensives et concrète. Témoin le récent Tour de France
antinucléaire dont le seul objectif fut de mobiliser la presse (ce fut un
échec de ce côté-là) par des jeûnes, des actions symboliques et des
contacts avec les élus. Choisissant délibérément des rassemblements en
semaines et dans la journée, cela ne pouvait concerner qu'une infime
partie des antinucléaires (ceux qui sont les plus « dans la ligne » du
Réseau) et surtout faire apparaître une sur-représentation des élus Verts
ou autres alternatifs.
ATTAC, Greenpeace, les « faucheurs volontaires », le Réseau pour un avenir
sans nucléaire s'inscrivent donc, à des degrés divers et chacun dans leur
domaine, dans cette logique qualifiée souvent abusivement de libertaire
mais qui, surtout, s'appuie sur un fondement politique bien précis : une
vision de la société où la « citoyenneté » remplace la lutte des classes,
où l'« opinion publique » (dont nul ne sait ce qu'elle est, mais dont nous
savons à quoi elle sert) devient la forteresse à conquérir, où la
revendication étatique est omniprésente au détriment de l'« autogestion ».
Chacune des revendications de ces courants (transparence, modification des
réglements, débat national sur telle ou telle question, etc.) se traduit,
dans le cadre de leur lutte dite antilibérale, par davantage d'Etat... Un
Etat au dessus des intérêts particuliers, bien sûr, et au service des
citoyens.
Et comme bien sûr, aucun débouché réel et tangible n'est promis en tant
que tel à ce genre d'engagement, il faudra bien un jour que se concrétise
très vite un débouché plus politique, entendez électoral c'est-à-dire tout
aussi illusoire, mais visible et tangible. Les Verts, comme la LCR l'ont
bien compris qui accompagnent ces mouvements et comptent bien en faire
leur base électorale.

1. Par exemple on ne dit pas un mot de la duplicité du PS qui, comme
Segolène Royal en Poitou Charentes, soutient les maires refusant des
expérimlentations d'OGM sur leur commune mais qui, lorsqu'il étaient au
pouvoir qualifiait d'illégal (Jospin le 28 août 2001) les actions anti-OGM
et affirmait qu'il ne les laissera pas faire (Glavany, ministre de
l'agriculture).
[ article extrait de Courant alternatif # 143 et repris du site :
http://oclibertaire.free.fr/ ]


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